ANALYSE 5 : LES PILLAGES DES RESSOURCES DE LA RDC

Le Congo – alors Etat Indépendent du Congo-  est né en 1885 pour s’assurer du pillage des ressources de l’Afrique vers l’Europe au nom de la ”mission civilisatrice”. La ”mise en valeur” fut le nouveau nom du ”pillage” entre 1908 et 1960 sous le regime colonialiste du Congo belge. A l’indépendance en 1960, ce ”pillage” a continué sous un vocable inédit : la ”nationalisation”. Ces dernières années, elle se fait au nom de la lute pour la ”démocratie”. Terrible usage des mots pour des vrais crimes contre les peuples d’Afrique ! Examinons la question dans l’ère postoloniale !

1.  LES ANCIENS PILLAGES  

a. Cas de la Banque nationale du Congo en 1960 

Le 2 septembre 1960,  une fraction de l’élite politique congolaise d’alors, les proches du Président Kasavubu, avait crée un organe, le Conseil Monétaire du Congo en application de la Convention de belgo-congolaise de Genève (négociée sous les auspices de Nations Unies).

Mais,  cette création ne tenait pas compte du fait que la nouvelle Banque Nationale du Congo ne prenait pas en compte que le Congo belge avait détenu 50% d’actions, la Belgique 20%, les Privées 20% et le Ruanda-Urundi 10% dans l’ancienne banque du Congo belge et du Ruanda-Urundi.[1]

La fraction politique proche du Premier-Ministre Lumumba contesta cette décision tant au niveau du fond que de la procédure alors utilisée pour la création du Conseil Monétaire du Congo.

Elle accusait la fraction présidentielle d’avoir permis  que les dirigeants monétaires belges de l’ex-Congo belge aient pu ainsi  siphonner plus de 2 milliards de francs lourds avec la complicité de quelques congolais. Le jour de l’indépendance  -le  30 juin 1960 -, les réserves en or  étaient évaluées à 3.764 millions de francs mais elles furent miraculeusement  réduites à  1.1764 millions de francs au 15 aout 1960[2].   

b. Cas du Contentieux belgo-congolais  en 1964-1967  

L’Union Minière du Haut Katanga (UMHK) fut un des producteurs puissants du Monde en tant concessionnaire des gisements des minerais et créatrice d’industries.  Sa concession était de 325 km de longueur et de 50 m de largeur en moyenne, soit plus ou moins 15.000 km2, environ la moitié de la superficie de la Belgique.

Les gisements de Lubumbashi, de Kipushi, de Kolwezi et ceux de Likasi étaient de son ressort. Elle couvrait tous les domaines de l’extraction, de transport et de l’industrie des minerais cuprifères.  Au 1 janvier 1957, elle employait 2.138 européens 9 avec leurs familles, à  6.585 personnes) et à  22.490 africains et avait déployé une intense activiste sociale. Ses camps et ses cités comprenaient plus de 90.000 hommes.

A travers ses filiales, l’UHMK avait créé des sociétés de production et de distribution du courant électriques en exploitant un certains nombre de barrages et chutes (Société Générale des Forces Hydro-électriques du Katanga, Société Générale Africaine d’Electricité).

L’UHMK fabriquait de l’acide sulfurique, du chlorate de soude, des acides gras et divers pour le traitement des minerais de cuivre et pour l’épuration des eaux, et le commerce des produits chimiques. (Société Générale industrielle et chimique du Katanga).  L’UHMK exploitait des mines de charbon (Les Charbonnages de Luena) et elle faisait la mouture et la transformation des céréales (Les Minoteries du Katanga).

L’UHMK avait aussi des sociétés auxiliaires : Société Métallurgique du Katanga (Metalkat) pour la production du zinc électrolytique, Société Africaine d’Explosifs (Afridex) pour la fabrication des explosifs à l’usine de Kakontwe, Société des Ciments de Jadotville, Sociétés de recherche et  d’exploitation des mines (Société de Recherche minière du Sud-Katanga et Société de d’Exploitation des mines du Sud-Katanga).

En tant que élément clé de l’entreprise coloniale, l’UMHK avait fondée une société pour la construction et la gérance  d’habitations à l’intention des européens ainsi que les opérations d’assurance.

L’UHMK participait pour 50% dans la Société Générale Métallurgique de Hoboken en Belgique, laquelle avait trois usines, àHoboken pour le traitement du cuivre, du plomb, de l’étain des sous produits métallurgiques et des matières contenant des métaux précieux, à Reppel pour le traitement des sous-produits arsenicaux et àOlen pour la fabrication du radium, du cobalt et le raffinage du cuivre.

La transformation hâtive des bureaux de représentation des compagnies concessionnaires congolaises en ‘‘sièges sociaux’’ à Bruxelles en Belgique était acte politique par lequel la Belgique s’appropriait – au présent -le patrimoine – les unités de production et les entreprises financières et commerciales leur associées du Congo – et au futur, les revenus  – du capital et du travail – à transférer annuellement du Congo vers la Belgique et les options de réinvestissement de ces revenus dans le monde, sans consentement des autorités congolaises.  

Le ‘‘complot occidental contre la souveraineté du Congo’’ dont avait Lumumba  était bel et bien là.[3]

En 1960, la Belgique s’attela à faire légaliser l’acte de pillage par des démarches diplomatiques. Il fut entrepris des démarches  pour que le Congo acceptât juridiquement, le transfert de son patrimoine économique et financier vers la Belgique sous forme d’une Convention. Pour masquer les choses, les Belges créèrent un pseudo un ‘‘Contentieux belgo-congolais’’ !

En 1964, le Premier-Ministre congolais Cyrille Adoula  refusa  de signer une convention lui proposée par le Premier Ministre belge Théo Lefèvre.  Après le départ de Cyrille Adoula, le Premier-Ministre Moïse Tshombe ratifia sans atermoiement le projet de convention proposée par la Belgique sous la direction du Premier-Ministre belge Henri Spaak, lors des deuxièmes négociations du 28 janvier au 6 février 1965. Il reçut une importante aide alimentaire pour sa campagne électorale de 1965 et un soutien diplomatique de la part de la Belgique !

Le Congo belge percevait de l’UMHK des redevances proportionnelles aux bénéfices avec un taux de 50% sur ces derniers étaient estimés à  – au moins – 35% du capital social. Manifestement, c’était souvent le cas de l’UMHK, avant sa nationalisation[4].

La RDC -  dans les Accords   Tshombe-Spaak -  allaient se contenter  de 17, 95% des droits de vote !

Ce n’était même pas un droit légal  sur les bénéfices mais simplement des droits de vote dans une entreprise où la répartition des bénéfices dépendait  des rapports des forces au sein de l’Assemblée Générale des actionnaires et dans laquelle l’Etat congolais n’était pas majoritaire.

Pire, par ces Accords   Tshombe-Spaak, l’Etat congolais renonçait à  son droit souverain de voir l’UMHK lui céder – de préférence et à prix égal -  le minerai ou la production réalisée. L’Etat congolais n’avait plus la possibilité d’exiger l’UMHK de se conformer aux éventuelles mesures visant à restreindre, à régulariser, à centraliser le produit pour la vente.

Par leur esprit, les entreprises concessionnaires issues de la  Charte coloniale étaient des entreprises d’Etat  dans lesquelles les operateurs privés et les particuliers participaient pour en retirer des bénéfices et avantages. En effet, les mines constituaient une propriété distincte du sol et appartenaient au Gouvernement colonial (Décret du 8 juin 1888). Il fallait avoir un permis de recherche sur les prospections et ensuite un permis d’exploitation pour la production et le traitement des minerais.

C’est dans leur lettre qu’elles étaient des entreprises mixtes ; il n’était pas possible de les ‘‘nationaliser’’ ; tout au plus, on pouvait en exclure – souverainement – les operateurs privés, moyennant une certaine indemnisation !

En principe donc, on ne pouvait pas ‘‘nationaliser’’ pas son propre ‘‘bien’’ – les mines – . l’UMHK était un bien  déjà  ‘‘congolais’’ et quasiment ‘‘étatique’’  dans le cadre de la Charte coloniale où le Patrimoine du Congo belge était distinct de celui de la Belgique !  En fait, avec la ‘‘nationalisation’’,  l’Etat congolais renonçait – de jure-au ‘‘bien national’’ avant de le récupérer au nom du ‘‘nationalisme’’.

En 1966, Joseph Mobutu feignit  de remettre en cause  les Accords Tshombe-Spaak. Mais, en réalité,  Joseph Désiré Mobutu voulait  sa part dans ce phénomène susmentionné de pillage de la RDC par la Belgique !

En date du  02 janvier 1967,  UMHK devint  la Gécomines  et plus tard, en 1974, la Gécamines.

La nationalisation était une supercherie de Joseph Mobutu car il s’agissait en réalité d’une récupération au rabais du portefeuille national. C’était une apparente avancée par rapport aux Accords Tshombe -Spaak mais – en réalité – un recul historique tant en termes de patrimoine qu’en termes des droits et taxes à percevoir !  En 1966, il faut question d’octroyer à la RDC environ 24,49 % au lieu de 17,95 % des droits de vote, en révision superficielle des Accords Tshombe-Spaak !

Finalement, la Gécamines fut contrôlée par l’Etat mais les circuits de commercialisation restaient  aux mains des ex-actionnaires étrangers issus de la colonisation belge.

L’assistance commerciale et technique absorbait une partie substantielle des recettes d’exportation’ Sur le reste, la nouvelle entreprise versait à  l’Etat -, contre rétrocession en monnaie locale, 55% des devises provenant de ces recettes d’exportation ; en plus elle payait  des impôts et taxes divers dont les droits de sortie sur l’exportation des produits (au taux des 30%) et les droits d’entrée sur les marchandises, la contribution sur les revenus des employés.

La Gécamines intervint  alors pour près de 65%  dans les recettes  du budget en devises de la banque centrale et pour une part variant entre 35% et 40% dans les recettes du Budget de l’Etat.

Mais, la gestion prédatrice de Joseph Mobutu fit qu’en 1997 – soit 30 ans après sa nationalisation – sa participation au Budget était nulle contre 865 millions en 1989.  Sur toute la période, sa production était passée de 450.000 tonnes à    environ 25.00 tonnes.

c. Une systématique escroquerie d’Etat

En réalité, on enterrait juridiquement une  escroquerie d’Etat par la Belgique, en ne parlant plus de l’UMHK mais plutôt de la Gécamines !  La loi Bakajika du 07 juillet 1966 n’était qu’une continuité juridique de la meme politique coloniales sur les concessions minières ! Pire, la ‘‘nationalisation’’ version mobutiste ‘‘retirait’’ aux Belges – sans compensation apparente – des choses  qu’elle ‘‘remettait’’ à ces mêmes Belges des anciennes représentations   de l’UMHK  sous forme de sociétés inédites !

Joseph Mobutu en fit de même avec d’autres sociétés, avec la même logique d’escroquerie : ‘‘Société des Mines d’Or de Kilo-Moto’’ devint Office des Kilo-Moto’’(OKOMO), Sociétés exploitantes de l’étain fondues en une seule société, la Société Minière du Kivu’’ (SOMINKI), Forminière et ses filiales devenues  et  ‘‘Minière du Bakwanga (MIBA).

Mais Joseph Mobutu ne s’arrêta pas en si bon chemin.  Il restructura à  sa manière  le portefeuille de l’Etat  de l’ex-Congo belge par de nouvelles ‘‘nationalisations’’ – selon la même logique de rabais  - : les ex-sociétés coloniales d’assurances regroupées dans la nouvelle Société nationale d’Assurance (Sonas), l’ex-Société coloniale de Surveillance  devenue ‘‘Office Congolais de Contrôle’’ (OCC), les ex-entreprises coloniales du secteur énergétique unies dans une nouvelle REGIDESO, l’Office d’Exploitation des Transports Coloniaux (OTRACO)  devint Office National des Transports (ONATRA).  

La supercherie de Joseph Mobutu prit  l’allure de création de nouvelles sociétés publiques  pour sauver des canards boiteux : RMV (Régie des Voies  Maritimes), CMC (Compagnie Maritime Congolaise), Complexe Sucrier de Lotokila, Hôtel Karavia, Banque de Crédit Agricole, Fonds de Promotion Industrielle, en collaboration avec les anciennes directions coloniales de ces entreprises installées en Belgique, devenues entreprises belges.   

Dans d’autres cas, on créa des entreprises d’économie mixte avec des  ex-bureaux de représentation des compagnies concessionnaires congolaises en Belgique, devenues … comme par hasard des maisons-mères (Chanimetal pour  la construction navale ou Egecim pour le secteur cimentier).   

d. La ‘‘zaïrianisation’’  des entreprises tenues par les étrangers  

En 1956, les firmes commerciales, agricoles et industrielles – tenues par des étrangers – étaient  deja au nombre de 24.521 repartis en 41.127 établissements et occupant 197.086 travailleurs [5].

La nationalisation de la seconde génération – des années 1970 – connue sous le nom de ‘‘zaïrianisation’’ s’inscrivait officiellement dans un effort visant à la réappropriation nationale de l’économie ainsi qu’à la redistribution des richesses acquises pendant la colonisation.   Ce fut la nationalisation surtout des petites et moyennes entreprises et autres petits commerces tenus par les étrangers en vue les attribuer aux congolais.

Il s’agissait des firmes tenues par des petits négociants européens s’occupaient  des opérations de détail, en achetant des produits aux congolais  pour les revendre a d’autres entreprises commerciales tenues par des européens auxquelles – à  leur tour – ils achetaient des produits manufacturés d’origine locale ou importés en vue de les réaliser au détail auprès populations congolaises et européennes.

Avec la ‘‘zaïrianisation’’, les impôts et taxes que payaient les entreprises tenues par les étrangers furent perdus pour l’Etat congolais. Le budget ordinaire du pays en  souffrit durablement. Il en a résulté une lente disparition  des infrastructures de base (route, trafic aérien, maritime et fluvial, écoles, hôpitaux, édifices administratifs, …), une liquidation progressive des services publics, une liquéfaction des acquis sociaux pour la population laborieuse, un endettement extérieur toujours plus étouffant.   

Les deux formes ci-dessus de nationalisation, vicieuses et délibérément mal engagées et  sans cadre de gouvernance appropriée, aboutirent à  un incroyable  système de corruption organisée et d’allégeance clientéliste  au pouvoir politique, système devenu de plus en plus  l’unique source des revenus significatifs pour les membres de la classe politique. L’on devint ainsi partisan ou opposant au pouvoir en place, selon que l’on bénéficia ou pas  des revenus engrangés par le dit système.   

L’élite politique courtisane auprès de Joseph Mobutu fut obligée de gérer une masse populaire urbaine en chômage de plus en plus chronique du fait d’un exode rural qui venait compliquer sa tâche,  et ce, chaque jour que Dieu avait créé ! Ce fut le début des contestations sociales contre le régime mobutiste. 

Globalement ce système initié par Joseph Mobutu est toujours en place… mais sur une base économique et sociale de plus en plus étroite. Ce système de corruption organisée et d’allégeance clientéliste  au tenant du pouvoir politique a développé le principe d’octroi des ressources naturelles  aux forces du reste du monde contre des projets internes et non économiques – de prestige.  Il a généré des pratiques  de surfacturation et d’abus des biens sociaux. Il en a résulté  une culture d’arrogance et de train de vie luxueux pour les cupides prédateurs.

3.  LES RECENTS PILLAGES DEPUIS  2001  

a. Le pillage des ressources du Katanga 

La technique de pillage des ressources du Katanga  fut simple  et ‘‘en neuf temps, un seul mouvement’’, spontané ou calculé : 

(1)  La Gécamines cède à vil prix ses mines pour exploitation et/ou réhabilitation de ses installations, à des sociétés-écrans avec la complicité d’un proche du pouvoir d’Etat  et ce, sur base d’un partenariat exclusif à deux ;

(2)  Les nouvelles entreprises minières mises en place par les sociétés-écrans sont ensuite valorisées à  leur juste prix sous forme des projets ayant des réelles  potentialités  et ce, pour allécher les opérateurs sur le marché international ;

(3)  Les nouvelles entreprises minières du Katanga sont ensuite vendues – par voie d’entente et par placements privés  mais sans libération de capital  ou alors dans une toute petite proportion du capital– à des firmes multinationales complices.

(4)  Les nouvelles entreprises minières du Katanga sont  ainsi cotées sur les bourses occidentales, avec la complicité des firmes multinationale en dégageant clairement une plus-value importante ;  

(5)  Par ”nationalisme”, la Gécamines (ou la Sodimco) dénonce les acquisitions externes  en invoquant les bases  juridiques des contrats exclusifs de partenariat qui la lient aux sociétés-écrans.

(6)  La Gécamines (ou la Sodimco) récupère ses propres actifs déjà survalorisés auprès des sociétés-écrans, en utilisant les financements acquis par la RDC auprès des bailleurs extérieurs des fonds.

(7)  La   Gécamines  (ou la Sodimco) cède   les actifs récupérés – aux prix contenant déjà la plus-value – en utilisant les financements acquis par la RDC auprès des bailleurs extérieurs  des fonds en signant avec eux un nouveau partenariat  dans une certaine  proportion. Avec  les Chinois, cette proportion est de l’ordre de 32% pour la Gécamines et pour 68%  pour une entreprise d’Etat chinoise.

(8)  La plus-value ainsi soutirée est partagée entre les médiateurs officieux congolais, les propriétaires des sociétés-écrans et les firmes multinationales ayant facilité l’entrée en bourse de ces  sociétés-écrans.

(9)  Les bailleurs externes des fonds ont ce qu’ils recherchaient : les concessions. Mais, le peuple congolais devrait payer cher pour rembourser des financements mal affectés et détournés en grosse partie  de leur destination initiale  par sa classe politique.

L’opération peut se faire avec des bailleurs des fonds externs autres que les Chinois qui consentent à  payer la plus-value, en acceptant d’acquérir  les entreprises surévaluées à  la Gécamines.

En 2007, dans un article du magazine économique kinois « Entreprendre », article  [6]relatif  au Code minier mis en place dans le cadre des reformes initiées par le Gouvernement disait ceci des experts de la Banque Mondiale qui y avaient contribué : “Les spécialistes du cut and paste ont, derrière eux, plusieurs modèles, et paresseux intellectuels, ils ne prennent pas la peine d’étudier les contraintes locales[7].

Pour le Magazine en question, la principale faute se trouvait  “dans le complot de départ, dans les erreurs de la Banque Mondiale quant à la vision, mais aussi dans les faiblesses de la partie congolaise qui agit souvent en flagrant conflit d’intérêts »[8] .  Perfide, le magazine posait une question : “comment explique-t-on que des ministres, conseillers… qui ont mis en place le Code minier se retrouvent  eux-mêmes operateurs miniers ?[9]“.

b. Transformation maffieuse des entreprises publiques en sociétés privées 

En date du 1er janvier 2011, la transformation des entreprises publiques en sociétés commerciales a été perçue comme un pillage organisé du portefeuille de l’Etat, un ‘’assaut final pour le bradage du portefeuille de l’Etat.’’[10]

ll s’agissait des entreprises publiques qui furent des prospères unités de production avant d’être décriées  pour cause de contreperformances, par ceux-là même qui voulaient souvent les transformer en sociétés commerciales : Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO), La Congolaise des hydrocarbures, (COHYDRO), Entreprise minière de Kisenge Manganèse (SCMK-Mn), Hôtel Karavia Sarl, La Générale des carrières et des mines (GECAMINES),  Lignes aériennes congolaises (LAC Sarl), Lignes maritimes congolaises (LMC Sarl), Régie de distribution d’eau de la RDC (REGIDESO Sarl), Régie des voies aériennes ( RVA Sarl), Société des chemins de fer Uélé-Fleuve, (CFUF Sarl), Société commerciale et industrielle d’explosifs (SOCIDEX Sarl), Société commerciale des transports et des ports – ex-ONATRA  (SCTP Sarl), Société congolaise des postes et des télécommunications (SCPT Sarl), Société congolaise des voies maritimes (SCVM Sarl), Société de développement industriel et minier du Congo (SODIMICO Sarl), Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO Sarl), Société nationale d’assurances (SONAS Sarl), Société nationale d’électricité (SNEL Sarl), Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC Sarl) et Société sidérurgique de Maluku (SOSIDER Sarl)..

Le ‘‘bradage’’ portait aussi sur les entreprises d’économie mixte. Pour le journal Le Potentiel, le processus de désengagement de l’Etat dans la CINAT s’est passé dans une opacité telle que les nouveaux acquéreurs de 41% d’actions de l’Etat tardent à rentrer dans leurs droits[11].

c. Les pillages  minerais de l’Est

 L’institut  Pole a fait un remarquable travail sur le Coltan au Kivu[12] :

  • ‘‘Le phénomène coltan au Congo (1999-2001) a été remarquable de par son intensité et sa courte durée. La RDC ne figure même pas dans les statistiques publiées de production mondiale de tantale avant l’année 2000, moment où elle a surgi de nulle part pour atteindre la seconde place avec 130 tonnes, soit un septième de la production mondiale, juste derrière l’Australie1. La quasi-totalité provenait des provinces du Kivu et de Maniema. Et puis la production a rapidement baissé – à 60 tonnes (2001 et 2002) puis 15 (2003) et a repris un peu de vigueur en 2004 avec 20 tonnes. Le prix du marché a plongé de 220 $ la livre en 2000 à 37$ en 2001 puis à 22$ en 2003 avant de remonter un peu depuis lors. Bien que de telles statistiques ne soient pas fiables, on peut calculer qu’avec une baisse de la production et des prix d’environ 90%, les revenus de 2003 provenant de l’exportation du coltan n’ont pu dépasser 1% de ceux de 2000’’.
  • ‘‘La croissance d’une économie minière informelle au Kivu, favorisée par le déclin d’autres formes d’activités économiques et commerciales, a profité aux milices et armées, congolaises et non congolaises.’’
  • ‘’Entre 1999 et 2001, les exportations de coltan (colombite-tantalite) ont constitué les bases de l’économie de la partie orientale de la RDC. La demande de tantale au niveau mondial – utilisé pour les condensateurs de téléphones portables et des applications informatiques – a atteint son maximum en 2000, les prix ont rapidement grimpé et les exportations de tantale provenant de mines artisanales, de résidus et de dépôts de cassitérite à l’est du Congo sont devenues un business attractif.’’
  • “Les concessions minières existantes fonctionnent maintenant de façon informelle ou artisanale. Ceci est essentiellement vrai pour le tantale. Ce phénomène a provoqué un exode de la population, tous âges confondus, dans le but de trouver du tantale ; de ce fait, les activités agricoles et pastorales ont été abandonnées au profit du tantale.”
  • ‘‘La gestion  de la filière suit une logique de l’‘‘Afrique des Comptoirs’’ sur fond d’importante rivalité économique entre ‘‘mineurs’’ et ‘’négociants’’, avec une domination des négociants : le contrôle des routes de commerce et des lieux de commerce détermine largement le pouvoir socio-économique, tandis que les besoins de l’artisanat minier sont négligés.
  • ‘L’extraction artisanale au Kivu a commencé au moment où elle a été légalisée par le gouvernement zaïrois en 1983 et elle s’est développée alors que l’exploitation industrielle cessait; le commerce informel avec les pays voisins s’est développé dans les années 80 et 90, bien avant que la première guerre du Congo ne débute. Même quand l’intérêt étranger pour les minerais du Congo a décliné, les structures économiques qui soutenaient la production et le commerce sont restées en place, et elles constituent encore à l’heure actuelle la base de toutes les tentatives visant à revitaliser l’économie formelle de l’exploitation minière au Congo.’’
  • ‘‘Souvent ce sont les rapports de force qui décident en dernière instance. Durant la guerre, le pouvoir militaire se muait souvent en pouvoir économique et politique et vice-versa : ceux qui détenaient des pouvoirs militaires pouvaient acquérir des parts de marché importantes dans l’exploitation et le commerce des ressources naturelles, et les opérateurs conventionnels devaient chercher des alliés du côté des militaires’’.
  • ‘‘Les acteurs politiques sont largement impliqués dans le maintien du désordre et contribuent à alimenter des conflits dans ce secteur d’activité.  Les acteurs politiques et militaires usent de leur pouvoir pour asseoir leurs activités économiques personnelles, des fois en conflit, des fois en collaboration les uns avec les autres. Ainsi le mécanisme de l’exploitation des ressources, dénoncé par la communauté internationale durant la guerre, perdure et se trouve même renforcé, même en période de paix relative.’’
  • ‘‘Il existe une relation étroite entre la dimension militaire  et l’octroi légal des concessions, comme une détermination des  conflits et des confusions dans la Région des Grands-Lacs.’’
  • ‘‘Aucun gros investisseur du secteur minier n’a vraiment engagé de capital en RDC.  Des acteurs majeurs ont acquis des droits et projettent d’investir, surtout au Katanga et en Ituri, mais la plupart des partenariats annoncés régulièrement surtout pour la Gécamines, mais aussi la Sominki et d’autres entreprises minières publiques, sont soit des répétitions de projets d’avant-guerre qui ne se sont jamais matérialisés, ou ils n’existent que sur papier. Ils ne semblent destinés qu’à barrer la route aux concurrents, à assurer des dépôts lucratifs à long terme sans engagements à court terme et en utilisant le prétexte de la richesse du Congo pour faire monter les prix de leurs actions.’’
  • ‘‘Une évidence s’impose : tandis que des partenaires de l’extérieur sont encouragés à prendre la direction de l’industrie minière du Congo, les populations affectées n’ont rien à dire et leur propre travail dans les mines n’est pas considéré comme économiquement utile.’’
  • ‘‘Les Congolais vivent pour la plupart de l’économie informelle. Mais la politique du gouvernement traite l’informel comme une alternative inférieure au formel même quand il n’y a pas de formel. Elle n’encourage pas les populations à développer leurs propres cadres de vie.’’

 En fait,  ‘‘(…) les coupables désignés ne sont pas ceux situés en amont du problème. Leurs activités téléguidées s’insèrent dans l’architecture d’une guerre géostratégique menée par des puissances étrangères en RDC. Ces affrontements peuvent être décryptés par la cartographie des acteurs du marché  du coltan. Y distinguer les points névralgiques revient à  identifier les leviers par lesquels les Etats gouvernent le marché de l’or gris dans les circuits internationaux, notamment : HC Starck (Allemagne), Cabot Corp, Komel corp et Vishy Intertechonology (USA) ainsi que Sons of Gwalia (Australie). Ces bras armes des puissances constituent l’autorité économique du marché mondial et fournissent la grille de lecture des affrontements  susmentionnés’’ [13]

‘‘L’Europe et les Etats-Unis sont totalement dépendants des réserves étrangères en coltan. Si aujourd’hui l’Australie et le Brésil en exportent en quantité, l’enjeu géostratégique des puissances, qui raisonnent en termes de réserves en RDC. De ce fait, le coltan de la région du Kivu représente 60 à 80 % des réserves mondiales de tantale (métal extrait du coltan). Pourtant, historiquement influentes dans la les Grands Lacs, les puissances européennes (Allemagne, Belgique et France) disputent la maitrise de cet or gris aux Etats-Unis qui ont depuis acquis une position stratégique. L’enjeu pour les  Etats-Unis est que le coltan, en plus de son potentiel économique substantiel, est  « strategical » : puisque le tantale est indispensable à l’industrie aérospatiale et de défense (réacteurs, missiles, satellites). Cette guerre économique se joue sur plusieurs champs de bataille, ce qui se traduit par un dispositif de contrôle de la filière coltan à  plusieurs strates. Sur le terrain, en RDC, la course au coltan pilotée par les Etats-Unis se fait sans éthique.’’[14]

Notons ce témoignage : ‘‘Situé en pleine forêt équatoriale, à la limite entre la Province Orientale et celle du Sud-Kivu, Walikale est un territoire très enclavé. (…). L’exploitation minière reste (…) l’unique activité qui relie ce territoire au reste du monde. Paradoxe révoltant, malgré la richesse de son sous-sol (or, coltan, diamant, cassitérite, bauxite, etc.), celui-ci vit dans une pauvreté extrême, source de frustration pour la population locale. Ceci explique en partie l’insécurité grandissante dans la région.  (…) Pour de nombreuses personnes interrogées, la responsabilité des officiers militaires dans l’exploitation mafieuse des ressources est évidente, car ils couvrent les atterrissages forcés sur les routes, les terrains de football ou les cours d’écoles. (…) Il y a une connivence entre les officiels et les exploitants qui exportent les ressources minières de la province”, fulmine un pilote de Walikale.’’[15]

Et ce commentaire : ‘‘Les quatre rapports onusiens dénonçant les multinationales occidentales et individus nominalement n’ont concrètement eu pour effet que le développement de subterfuges destinées à brouiller les pistes de la provenance du coltan. Aujourd’hui comme hier, les multinationales qui participent à l’extraction du minerai au Kivu financent indirectement la guerre par les taxes payées aux groupes rebelles qui maîtrisent les mines de la région.’’[16]

Jean Munyampenda

 


[1]Professeur Eugène Banyaku Luape in ‘‘Les hommes du pouvoir et bref commentaire sur quelques fais marquants des régimes politiques en RDC’’, CIEDOS. Kinshasa, 2009. p.7

[2] Idem. p.7

[3]MABONDO Bienvenu Joseph : La multipolarisation de l’économie congolaise avec le concours des puissances étrangères. MédiasPaul. Kinshasa 2010 P.40 

[4] En fait, le paiement des redevances proportionnelles aux bénéfices par l’UMHK à  l’Etat était de taux de 50% lorsque les bénéfices dépassaient  35% du capital social ou de 10% lorsque les bénéfices  ne dépassaient pas 3% du capital social ou encore 12 à 50% par tranches successives des bénéfices  lorsque ces derniers étaient compris entre  3% et 35%  du capital social.

[5]A. Michels et N. Laude : op.cit., p.203

[6]Entreprendre n0 11 Juillet 2007 : “Op.cit”p.14

[7]Entreprendre n0 11 Juillet 2007 : “Op.cit”p.14

[8] Entreprendre n0 11 Juillet 2007 : “Op.cit”p.14

[9]Entreprendre n0 11 Juillet 2007 : “Op.cit”p.14

[10] Le Journal  kinois Le Potentiel du 8/04/2011 :’’La transformation des entreprises publiques : Pillage organisé du portefeuille de l’Etat’’.

[11]Le Journal  kinois Le Potentiel du 8/04/2011 :’’La transformation des entreprises publiques : Pillage organisé du portefeuille de l’Etat’’.

[12] Voir Institut Pole. Regards croisés no 15 ‘‘ Les ressources minées: La faillite de la politique minière de la RDC’’. Décembre 2005.

[13]Christian Harbulot,  cité par  Modeste Mutinga Mutuishayi : RD Congo- la république des inconscients. Editions Le Potentiel. Kinshasa 2010 p. 43

[14]Christian Harbulot,  cité par  Modeste Mutinga Mutuishayi : RD Congo- la république des inconscients. Editions Le Potentiel. Kinshasa 2010 p. 43

[15]Voir www.mediacongo,net : ‘‘Nord-Kivu : des avions et des mines mais, pas routes et d’argent’’. Consulte le 26 octobre 2012

[16] Christian Harbulot,  cité par  Modeste Mutinga Mutuishayi : op.cit. p. 43

 

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