ANALYSE 4 : REFLEXIONS CRITIQUES SUR LA NATURE DE L’ETAT EN RDC

 ‘‘Tous les défunts ne sont pas automatiquement des Ancêtres.  Le processus du devenir Ancêtre commence ici-bas. (…) : Le défunt doit avoir eu une vie exemplaire (….)  [et] ne doit pas avoir été un homme conflictuel (…) il doit avoir été un principe d’unité au sein de la communauté [ou] ne pas être décédé d’une mort violente (…) ! Combien des politiciens congolais méritent-ils – un jour – d’être  appelés  ”Ancêtres” par les générations futures ? L’integrité morale  des hommes et des femmes  est au coeur de l’existence et du maintien d’un Etat ! 1. La critique du paradigme dominant sur l’Etat

Jean Munyampenda Ndahiriwe smallL’État moderne suppose un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif, une organisation  judiciaire  et  un appareil militaire et administratif : forces de police et administration.

Dans la perspective ci-dessus :

  • L’État doit être administré par un gouvernement civil  dont les gouvernants  politiques sont élus et les  gouvernants administratifs sont  fonctionnaires de carrière, en consacrant ainsi  une division sociale du travail entre ces deux types  de personnel au sein de l’Etat.
  • La structure administrative de l’État doit être  la  seule – directement ou par délégation-  à faire respecter les lois à travers l’armée, la police et  la justice. L’Etat  doit être le seul    -  de manière effective – à s’emparer du monopole de la violence physique et symbolique dans l’Etat.

Or,  que cela n’est pas si évident qu’en RDC, il existe un Etat et un système de gouvernement comme l’affiche la Constitution du 18 février 2006 ! Si ‘‘Etat’’ et ‘‘système de gouvernement’’ existent vraiment en RDC, ce n’est pas  selon les canons de l’analyse du paradigme occidental dominant.

Un paradigme  est un modèle de pensée formulée  avec beaucoup des ‘‘a priori’’. Le paradigme est un monde conceptuel dans lequel les idées sont  exclusivement conjuguées selon une structure particulière et bien déterminée. Dans les analyses imbibées du paradigme occidental  actuellement dominant, l’on suppose que dans tous pays du monde – pays entendu comme territoire internationalement reconnu-  il y existe un  ETAT.  

En fait, il s’agit ici d’aborder  deux problèmes intimement lies aux des régimes politiques successifs en RDC – depuis 1960 :

  •  Le problème – des ”laboratoires politiques” ou des  ”gouvernements parallèles” aux institutions officielles établies et
  • Le problème de la quasi-inexistence de facto des services publics dignes d’un Etat moderne.

Ces deux problèmes semblent être des ‘‘hérésies doctrinales’’ à  combattre  ou des ‘‘déviations institutionnelles’’ à  corriger par rapport au modèle dominant alors qu’en fait, il s’agit là  de deux aspects politiques constitutifs de tout  régime politique congolais ! Il s’agit donc d’aborder  ces ‘‘hérésies doctrinales’’ ou des ‘‘déviations institutionnelles’’– autrement – ! Dans une approche différente pour comprendre la quintessence  des régimes politiques successifs en RDC !

La famille congolaise comprenait en général des parents et des enfants, des adoptés  et des ‘‘esclaves’’ domestiques mais le chef était considéré comme un Père pour tous. Le mariage était un vrai contrat matrimonial conférant un droit mutuel de vivre ensemble, de collaborer à la production, de procréer et d’éduquer les enfants entre époux – homme et femme . L’homosexualité était bannie.

Partout, les Africains d’alors croyaient tous en un Etre Suprême, croyance souvent assortie d’un culte aux ancêtres. Le statut de l’ancêtre mérite d’être précisé. L’Ancêtre était surtout un concept, une notion au fondement d’une communauté africaine.  ‘L’Ancêtre constitue la clé de voûte de la conception africaine du monde’’[1]. L’Ancêtre ‘‘est (…) un homme, qui, à  travers la mort conçue comme un rite de passage, est passé dans la vie de l’au-delà et en tant que tel a d’une part un contact direct avec Dieu et d’autre part, participe directement et de manière active à la vie de la famille et aux événements du village’’[2].

 ‘‘Tous les défunts ne sont pas automatiquement des Ancêtres.  Le processus du devenir Ancêtre commence ici-bas. (…) : Le défunt doit avoir eu une vie exemplaire, avoir respecte les lois reçues des Ancêtres ; ‘‘il ne doit pas avoir été un homme conflictuel (…) il doit avoir été un principe d’unité au sein de la communauté, ne pas être décédé d’une mort violente et laisser une progéniture’’[3].

Mais,  l’Ancêtre ‘‘comme modèle et précise que le modèle n’est pas quelqu’un à imiter aveuglement, mais il nous rend créatifs pour le futur’’[4].    ‘‘(…), la vie ne peut éclore et s’épanouir dans toutes ses dimensions multiples que lorsque les descendants demeurent fideles à  leurs ascendants et maintiennent vivante leur mémoire’’[5].

L’activité économique différait considérablement de celle du monde occidental dela fin au XIXème siècle. On notait trois régimes spécifiques[6] :

  • Régime de simple cueillette et de chasse ;
  • Régime d’agriculture à la houe mais complétée par la chasse et la pèche ;
  • Régime d’élevage de gros bétail dominant la vie sociale, politique et économique.

Le système socio-économique proto-congolais revêtait alors plusieurs formes mais partout la base matérielle était fortement dépendante de la nature. Les instruments de production étaient tous très rudimentaires : houes, machettes, bâtons, etc.

En général, le sol appartenait aux lignages dans les sociétés patriarcales, qu’il y ait eu ou non seigneurie, sultanat ou royaume.  La propriété commune du sol était le fondement même de l’effort collectif dans une communauté villageoise.

 Les  populations  africaines ne connaissaient pas la propriété privée et la terre cultivée en groupe ne se vendait pas. Elle n’avait pas de frontières exactes, le territoire d’une petite ethnie pouvant comprendre de près 5000 km². En général, la terre était  largement abondante ! Si la terre appartenait à la collectivité, chaque habitant avait la libre disposition du sol qu’il mettait  en valeur par son travail, mais le chef en restait le représentant et en assurait la répartition.

La production par le lignage était aussi une production pour les membres du lignage. L’organisation et la destination de la production faisait du système africain de production un vrai mode lignager de production. Ceci impliquait un ‘‘collectivisme’’ ouvert, un communautarisme certain. Il y avait entre personnes – se reconnaissant spontanément apparentées- une simple différence de statut à l’intérieur de la  communauté. Cette différence ne pouvait pas se muer en inégalité ou en une hiérarchie économique mais plutôt en une opportunité de coopération entre les personnes.

Pour les échanges extérieurs, les proton-congolais utilisaient plusieurs moyens de paiement pour rémunérer  les services rendus : fers, lances ou houes, chèvres ou vaches. Ils pratiquaient aussi le troc. On faisait du commerce par portage ou par pirogue.

 Les communautés économiques villageoises étaient aussi de véritables communautés des vivants et des morts où la mémoire historique jouait  un rôle idéologique et spirituel essentiel.

‘‘L’individu en tant que tel n’est pas la valeur absolue, mais c’est dans la communauté, lieu de vie par excellence, que sa vie individuelle reçoit tout son sens. Il sait que ce n’est pas sa vie a lui, mais la vie qui st don de Dieu par la médiation des Ancêtres, don fait à  la communauté. A la communauté n’appartient pas seulement les vivants et les défunts (ceux qui vivent dans le village des Ancêtres), mais aussi ceux qui naîtront.

Et chacun des membres de la communauté est tenu à  renforcer la force vitale au sein de la communauté à  travers la transmission de la vie (progéniture), les actes de justice et de bonté. Toute injustice ou toute action mauvaise diminue la force vitale au sein de la communauté. ‘’ (…)   le bien accompli par l’individu  fait croître la communauté alors que le mal commis par un individu la détruit.’’[7]

Pour conjurer le mal à l’échelle communautaire, on avait eu recours à quelques institutions dont  la palabre  et les proverbes et les adages.   L’initiation des jeunes commençait par leur assistance muette aux palabres et par l’instruction sous forme des proverbes et d’adages. C’étaient  à la fois une accumulation des connaissances,   une formation pratique et  une éducation par la sagesse. La science non écrite se transmettait  d’une génération à l’autre, les  enfants assumant les habitudes léguées par leurs parents. Il existe des rites et des liturgies pour chaque type d’initiation.

 Selon sa taille au cours de sa reproduction biologique et sociale, la famille u pouvait devenir un lignage, une tribu voire une ethnie.

  • Lignage : ensemble des personnes  descendants d’un même ancêtre – réel ou mythique- et appartenant- en principe – à  la même lignée par filiation unilinéaire (paternelle ou maternelle).
  • Tribu : groupe humain vivant sous l’autorité d’un même chef et souvent une division d’un ‘‘peuple’’ à la mode ancienne d’Afrique
  • Ethnie : ensemble des personnes appartenant à  un groupe partageant la langue et la culture et organisé  en structures sociales et économiques particulières.

Si les gens issue de cette reproduction biologique ou sociale se constituaient  en une population organisée en entité politique sur  un territoire délimité par des frontières, et donc, avec d’un pouvoir institutionnalisé, l’on est autorisé – aujourd’hui- de parler d’Etat : Etat-Lignage, Etat-Tribu et  Etat-Ethnie. 

Dans tous les cas – en Afrique centrale, australe et orientale d’aujourd’hui – , il semble que les Etats précoloniaux    aient été tous  des Confédérations des Lignages où  le service public était communautaire en ce sens que le pouvoir d’Etat (au nom des lignées ou des tribus ou encore des ethnies)  – gérontocratique ou avec assistance politique de la gérontocratie.

C’est ce pouvoir  gérontocratique  qui déterminait le mode d’éducation  et de socialisation des enfants, les objectifs et les processus matrimoniaux de reproduction de la communauté nationale, les tâches religieux de célébration de la nation, les démarches funéraires  lors des décès, les mécanismes de transmission  des secrets politiques, des rites publics et des connaissances particulières d’une génération à une autre, etc.

Avant la colonisation, le service public  était donc  souvent organisé dans le cadre d’une communauté politique restreinte, une lignée, une tribu ou une ethnie.

En l’absence d’une certaine évolution technologique notable, l’outil de production resta longtemps rudimentaire (houe, machette, bâtons  …) en termes d’accès aux terres et aux ressources naturelles et le  ‘‘communautarisme’’ fut érigée en la caractéristique essentielle des communautés politiques précoloniales.

Une communauté politique africaine précoloniales pouvait s’élargir à tous d’individus vivant sur un même et large sol et liés par un sentiment d’appartenance à une même collectivité, notamment culturelle ou linguistique.

Elle devenait une patrie bien déterminée, voire une nation si elle gardait longtemps une certaine unité politique et devenait – dans l’imaginaire des individus qui la composaient – une entité historique  distincte et titulaire de la souveraineté de type royal. Et ce, malgré leur faiblesse technologique fondamentale. En général, les Etats africains précoloniaux organisées en nations restaient – fondamentalement – des Confédérations des lignages dont un d’entre d’eux détenait la souveraineté au nom des tous les lignages.

Le Souverain-Roi ou la Souveraine-Reine d’une confédération des lignages exerçait sont pouvoir politique en étant symboliquement propriétaire de tous les êtres vivants – hommes et femmes,   animaux domestiques et sauvages- et de tous biens matériels – terre et instruments de travail -.   Il (elle) devait gérer avec rigueur la confédération et ce, en bon père (mère) de famille. La bonne gouvernance était une obligation politique.

Pour la majeure partie de son existence, l’espèce humaine, nomade, vivait de cueillette et de chasse. Ce style de vie s’est modifié avec l’invention de l’agriculture. La pratique de l’agriculture a forcé les hommes à s’installer de façon permanente à certains endroits, près des zones qu’ils cultivaient. Ainsi, le contrôle de la terre est devenu un problème.

C’est ici que l’Afrique noire précoloniale divergea historiquement d’avec l’Occident comme l’indique  le tableau ci-dessous.

Parcours africain de l’Etat

Parcours européen de l’Etat

Etat-lignage

Proto-Etat

Le contrôle collectif de la terre    a accouché d’un système de propriété commune  des espaces et des   ressources au nom de la lignée. L’outil de production d’exploitation de la   terre était rudimentaire. Par leur expérience acquise, des vieillards   détenaient souvent le pouvoir de gestion dans ces communautés.  D’où le   terme de ‘‘gérontocratie’’ à  applicable  à  la forme de   gouvernement dans l’Etat primitif africain. Le contrôle privative de la terre est   devenu un problème duquel est née la propriété privée, et avec elle, les   premières ‘‘guerres’’ sur les désaccords concernant la propriété des terres.   Finalement, un petit groupe de gens a fini par contrôler les terres   travaillées par de nombreuses personnes qui en dépendaient. Ainsi sont nés   les premiers États primitifs. D’où le terme de « proto-État »   applicable aux Etat trop primitifs, sans infrastructures ni lois.

Etat-tribu

Etat-Cité

Les Etats-tribus ont été formés sur des   espaces parfois démesurés en tant que différents groupes humains vivant   chacun sous l’autorité d’un même chef et dont la parole faisait office de loi   dès lors qu’il avait obtenu consensus des principaux  chefs des lignages de la tribu. Les cités-États de la Grèce antique ont   été les premières à établir des États dont les pouvoirs étaient clairement   définis par la loi. Les gouvernants des Cités étaient pour l’essentiel des   « dieux-rois »  et sources absolues des lois, en soi   facilement modifiables. sans aucune limitation.

Etat-Ethnie

Etat-Féodal

La reproduction élargie des tribus et   les guerres entre elles pour le contrôle des terres a donné naissance à des   Etats-Ethnies soit dans une logique d’unification linguistique et culturelle soit   dans une logique d’alliance entre lignages mais se reconnaissant tous en un seul   chef devenu roi ou empereur. La possession des vastes terres restait le   critère de prestige de l’Etat-Ethnie Beaucoup des cités-États ont été créées   par la Rome antique selon la  tradition de la Grèce  mais à sa   chute son empire,  l’État est devenu l’expression d’une vaste possession   de terre sous forme des  royaumes et d’empires. Mais, ces derniers restaient   avant tout de vastes possessions de terre que de véritables royaumes ou   empires au sens moderne de l’Etat.

Etat-Confédération   des lignages

Etat-Nation

L’État africain continua de se   développer selon une logique confédérale d’élargissement des terres   et  de prestige  culturel et politique. Les caractéristiques   principales  de cette étape  furent l’augmentation considérable des  courtisans à une hiérarchie  des chefs politiques locaux et des   intrigues de leurs cours. Le processus de développement des  Etats-Confédérations des lignages  apporta avec lui des guerres    civiles et des alliances politiques transcendant les différences de    lignage ou tribu. L’État européen continua de se   développer en accumulant de plus en plus de richesses et en accentuant   son  prestige économique, mais aussi culturel et politique. Les   caractéristiques  majeures de cette étape  furent  l’émergence   d’une bureaucratie   et l’augmentation considérable du nombre des   fonctionnaires. Le processus de développement des Etats-Nations apporta avec   lui des contestations politiques internes et différentes idéologies appelant   au dépassement du  concept de nation.

Ainsi donc, le service public peut s’organiser dans différents système politiques.  Il reflète une idéologie spécifique à  ce cadre.

Il est absolument faux de dire qu’il existait en Afrique des sociétés sans Etat.   Ce qui n’existait pas, ce sont des Etats technologiquement développés au point de vue des instruments modernes de répression interne  et externe pour assurer sa souveraineté, dans un environnement général qui n’en demandait pas tant !

Mais des populations organisées en entité politique des territoires délimités par des frontières et dotés des pouvoirs  institutionnalisés, il en existait sur toute l’étendue du Continent africain. Ces entités étatiques pouvaient toute simplement être de nature tribale ou ethnique, voire pluriethnique mais tenue politiquement avec une gouvernance économique et sociale exercée par  une, deux ou trois lignages héréditaires ou non mais toujours au nom de tous les lignages.  

2. L’Etat congolais moderne

L’Etat congolais  moderne d’aujourd’hui est né du fait colonial. Le nombre de communautés regroupées au sein de l’Etat Indépendant  du  Congo(EIC), ensuite devenu Congo belge en 1908 puis ‘‘République Démocratique du Congo’’ était assez considérable, environ 600 communautés nettement distinctes.

Ce sont ces communautés qui ont vu s’abattre sur elles la colonisation comme une calamité. La colonisation a été vécue au Congo comme une atroce brutalité[8], un amalgame des peuples différents au sein d’un Etat colonialiste unique et une soumission collective de ces peuples à une logique de productivité appliquée à l’exploitation de l’africain par l’européen, à une échelle d’essence et de mesure jusque là inconnues des Africains [9].Cette oppression a été vécue par le colonisé comme une exploitation du noir par le blanc, le Belge n’étant pas autrement identifié par l’imaginaire collectif des Africains.

Il s’agissait souvent des sociétés villageoises, formées d’un agglomérat de familles descendant d’un ancêtre commun, ancêtre masculin dans les sociétés patriarcales ou d’un ancêtre féminin dans les sociétés matriarcales, On notait de seigneuries, des sultanats et des royaumes. Cependant, il n’y jamais eu  de ‘‘république’’ au sens  occidental d’aujourd’hui !

Le tableau ci-dessous indique l’évolution d’Etat e RDC, cette fois en terme de la finalité  lui assignée par le groupe dirigeant   en différentes époques : époque coloniale, époque postcoloniale dictatoriale et époque postcoloniale récente en quête de démocratie et de croissance économique.  Il compare les époques  historiques de  l’Etat congolais  aux époques correspondantes de l’Occident actuel.

Parcours africain de   l’Etat Parcours européen de   l’Etat 
Etat pluricommunautaire    colonial Etat-Providence   d’Europe
L’Etat   était un territoire occupé par une nation étrangère – la Belgique   -  dont il dépendait  sur le plan politique, économique et   culturel. Beaucoup des Belges  s’étaient installés au Congo pour    le peupler et l’exploiter au nom d’une prétendue ‘‘mission civilisatrice’’   d’où était sortie une forme de paternalisme de mauvais aloi qui consistait à   contrôler les noirs congolais en vue de les utiliser avec efficacité et au   moindre coût à  la mise en valeur économique de la colonie. Les   différents peuples africains colonisés n’avaient de ciment entre eux que   l’’oppression colonialiste qui s’exerçait contre eux. L’organisation du   territoire et l’Administration étaient des instruments de la suprématie   blanche sur Noirs, avec d’énormes inégalités sociales entre eux. L’Etat   était conçu comme une émanation de la providence divine qui devrait être   gouvernée avec sagesse.  Sa gouvernance devrait être rigoureuse au   niveau du respect des lois.  L’État-providence ne pouvait pas se définir   seulement par les droits sociaux qu’il accordait aux citoyens ;  il   fallait aussi tenir compte de la manière dont les activités de l’État   étaient coordonnées avec les rôles du marché et de la famille dans la   prévoyance sociale. Il fallait également réduire les fractures les classes   aisées et celles moins aisées sociales, , veiller à  un équilibre   entre  la sphère publique et à la sphère privée des citoyens. Par-dessus   tout, il fallait éviter que des hiérarchies sociales et les inégalités    se créent à  partir du marché en pratiquant une sorte d’économie sociale   de marché).
Etat   pluricommunautaire, postcolonial  et dictatorial Etat   conservateur et corporatiste
Les   différents peuples africains  étaient devenus des  ‘‘communautés   ethniques’’ dans une nouvelle société pluricommunautaire unique sous contrôle   d’un dictateur. Le leader politique  était devenu un courtisan et   attendait tout du déséquilibre des uns par rapport aux autres. Le   ‘‘nationalisme’’ des dirigeants politiques ne fonctionnait pas comme un   facteur d’intégration et de progrès des populations mais plutôt  comme   un support idéologique  par des élites politiques qui ne voulaient plus   se dessaisir du pouvoir d’Etat devenu leur instrument de jouissance éhontée   des privilèges sociaux et de leur domination sur les masses. L’Etat ne   fonctionnait jamais correctement car les  collaborateurs de la dictature   se laissaient actions désastreuses qui n’avaient d’autres causes que leur   propre faiblesse. L’Etat était un champ clos des luttes ethniques   fratricides, ouvertes ou souterraines. L’Etat   apparaît comme un système dans lequel  les revenus des salariés sont   partiellement maintenus en cas d’accident, de maladie, de chômage ou lorsque   vient l’âge de la retraite suivant un modèle d’assurance sociale obligatoire   généralisée adossé au travail salarié  et ce, en vue de maintenir des   hiérarchies anciennes menacées par le libéralisme, la démocratie et le   capitalisme et ce, au nom valeurs familiales traditionnelles soit pour créer   entre les classes riches et les classes ses laborieuses  classe-tampon –   loyale et asservie – des fonctionnaires ou agents d’entreprises de “condition   plus élevé” soit pour renforcer la possibilité d’une indépendance   individuelle  en faisant rimer protection sociale et travail  par   une offre abondante des services sociaux aux populations et en créant    une situation permanente de plein emploi de nature à minimiser  les   coûts de ces services sociaux.
Etat   pluricommunautaire,  postcolonial  et démocratique Wefare State liberal
Les   localismes politiques et les tribalismes ne sont plus de techniques de   protection des communautés ethniques mais des simples supports des leaders   politiques pour accéder ou se maintenir au pouvoir d’Etat. D’une norme de   civilisation africaine, la solidarité sociale de type lignager s’est   transformée en une technique soit de sécurité sociale en contexte d’extrême   précarité pour les populations appauvries soit de minimisation des coûts   d’encadrement politique de ces populations par les leaders politiques.  L’Etat   accorde un rôle principal aux mécanismes de marché et limite pour l’essentiel   sa protection aux plus faibles. L’Etat fait tout pour limiter constitution   des monopoles ou des oligopoles privées de nature à soutenir une concurrence   entre entreprises privées et  en établissant des lois de nature à   assurer aux populations une large production des biens et leur distribution   par des échanges  à travers un réseau complexe des prix et de marchés.

 3. Le Service public en RDC

La RDC est pays géographiquement immense  avec  un degré élevé de diversité ethnique de sa population  et une abondance de ressources naturelles.  Mais, la population est aussi diversement repartie sur son étendue.

Il existe une équation politique et sociale de nature destructrice de l’économie et de la société globale dont les symptômes sont – entre – autres, les revenus modiques ou le chômage des populations, l’état calamiteux, sinon la quasi disparition des infrastructures  physiques, économiques, sanitaires et socioculturelles et les conflits politiques, armés ou non. 

Du fait de l’incurie administrative et politique ayant provoqué une faible mobilisation des  ressources financières au niveau du Gouvernement, la construction des routes continue de constituer un casse-tête pour les responsables du budget au niveau tant national qu’au niveau provincial.

Et là où un semblant de service public existe, les ruptures, les interruptions, les disparités organisationnelles  ou d’accès cial  sont dans un tel état piteux – à  la fois   malheureux et ridicule – que les populations bénéficiaires sont finalement minimes.

Les indicateurs dénotent des complexités  en termes d’une  gouvernance difficile au niveau de l’Etat.[10].

Tableau  des indicateurs de la situation sociale de la population congolaise en 2012

Indicateurs démographiques

1 Population,   total des deux sexes (en milliers)

69,575.4

2 Population, total des deux sexes (en   milliers)

69,575.4

3 Population urbaine (%) (en % de la   population)

34.8

4 Population,   femmes (en milliers)

34,969.80

5 Population,   hommes (en milliers)

34,605.59

Indices de Développement Humain (IDH) et de Pauvreté

1 Classement sur 186 pays

186

2 IDH (sur   une échelle de 0 à 1)

0.304

3 IDH  ajusté   aux inégalités (sur une échelle de 0 à 1)

0.183

4 Population vivant sous le seuil de pauvreté  sur 100 % des gens en RDC

87.7 %

 Sources : Rapport 2012 du PNUD, consulté à l’internet le 27/04/2013

En RDC, des pans entiers du territoire national ont été depuis longtemps ignorés : ni écoles, ni hôpitaux, services municipaux d’état-civil dans 95% du territoire. Les services de fourniture d’’eau potable et du courant électrique sont inexistants dans plus de 90% du territoire national.

(1) Par rapport à la  définition d’un service public

Un service public est une activité considérée comme devant être disponible pour tous.  C’est une notion qui s’appuie sur celle de l’intérêt général. En tant que telle, elle est trop soumise à l’appréciation subjective et par conséquent, elle n’a pas de définition universellement reçue.

Notons que la notion de ‘‘service public ‘’ peut    parfaitement se concevoir dans une organisation sociale non étatique ou hors de l’Etat et de ses administrations.

Certaines fonctions considérées comme relevant du service public de type étatique actuel – telles que la collecte et le recyclage  des déchets – peuvent être assurés par la sphère sociale privée : organisations non gouvernementales, entreprises individuelles ou coopératives,  associations communautaires, etc.

Les principes fondamentaux d’un service public  sont :

  • L’égalité d’accès : la fourniture d’un bien ou la réalisation d’une prestation dans le cadre d’un service public  devrait être uniforme et se faire dans les mêmes conditions techniques ou de tarification pour tous.
  • La continuité : le service public offert aux populations  ne devrait  pas souffrir d’aucune interruption ou d’aucune rupture dans le temps ni d’aucun hiatus organisationnel ou d’aucune séparation  dans l’espace, en ‘‘endroits privilégiés’’ et ‘‘endroits oubliés’’.
  • L’adaptation : le service public devrait répondre aux exigences particulières des usagers d’aujourd’hui   et donc évoluer dans la perspective de ne point exclure quiconque cherche à bénéficier de ce service public et ce, en soutien prioritaire aux plus nécessiteux.

Lorsque le service  public  est organisé dans le cadre d’un Etat, il s’agit alors d’une une activité de prise en charge, directement ou indirectement, par le gouvernement  au nom de l’intérêt général. On parle alors de secteur public qui comprend les administrations nationales et provinciales  dans les ministères de l’État, les collectivités territoriales locales, les établissements publics et les entreprises publiques relevant  du droit public.

Dans le secteur public, le service public serait une activité mise en place et fonctionnant sous la direction ou le   contrôle des  gouvernements et ce, dans le cadre de l’interdépendance sociale et/ou une perspective de développement.

L’une des contradictions majeures de la RDC, ce que le service public tend à s’organiser dans le secteur communautaire plutôt que dans le secteur public. Pire, le secteur public est dépouillé de ses prérogatives au profit du secteur communautaire.  Il en découle trois maux caractéristiques du système politique congolais actuel :

  • La corruption : les dirigeants politiques et administratifs de l’Etat manquent souvent à  leurs devoirs  en se faisant soudoyer. Ceci altère toute politique publique au point de la pervertir foncièrement entraînant  une certaine décomposition des services étatiques chargés de mener cette politique publique. Il s’en suit un large avilissement    des concepts relatifs à  cette politique dans l’opinion publique.
  • Le clientélisme : les dirigeants politiques sont prompts à  rejoindre n’importe quel cercle politique afin d’y élargir leurs aises matérielles. Ils ainsi capables de  relayer – sans conviction profonde -  les discours démagogiques  d’un autre dirigeant censé plus puissant, l’essentiel étant de rester sous sa protection et de rester à  son service personnel de propagande.
  • L’impunité : toute mise en accusation,  tout châtiment, tout blâme, toute correction sont exclus dans le cadre du cercle de la clientèle politique. C’est en cela que réside la protection, avec comme conséquence une capacité de nuisance  sociale sans égale que la protection des dirigeants au plus homme sommet   de l’Etat.  Abus des biens sociaux, délits d’initié, rapine, détournements des fonds publics sont permis … les fideles tant travaillent dans le cercle de la clientèle.

En RDC,  les principes d’égalité d’accès, de continuité d’adaptation du service public sont difficiles  à  appliquer dans le secteur public.

(2)  Par rapport au  service public au cœur de l’existence d’un Etat

Il y a de considérer l’Etat du point de vue utilitaire, non pas pour les dirigeants des Etats ou de leur critique mais plutôt du point de vue des populations bénéficiaires de son institution sur un territoire déterminé.

Dans la perspective ci-dessus, l’Etat apparaît alors comme l’expression de la solidarité sociale lorsque les hommes, regroupés en sociétés, sont devenus de plus en plus interdépendants. Cette interdépendance est ainsi accompagnée de la création de normes, et pour faire respecter ces normes, des dirigeants en émergent. Dans cette perspective, les dirigeants ne restent dirigeants qu’aussi longtemps qu’ils continuent à se dévouer à la société et à l’organisation de la solidarité sociale au moyen du service public.

 L’État n’est donc qu’une coquille vide, il n’a pas de personnalité ; il ne peut disposer de droits subjectifs et ne saurait être en mesure d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit.  Tout dépend de ce que l’on entend par ‘‘ service public’’[11] !

Si les services publics sont délivrés de manière pérenne à  l’intérieur d’un espace géographique délimité par des frontières territoriales au sein  desquelles des lois s’appliquent, des institutions gèrent ces services publics et donc  exercent autorité et pouvoir, l’on est bien et bien en présence d’un Etat,  qu’il soit ou non reconnu par les autres Etats.

L’État est donc une institution d’institutions en interaction permanente dont chacune a une culture distincte, c’est-à-dire un univers de sens et de pratiques différents. L’État n’est donc pas un, ni unifié. Il est un espace où se développent et où coexistent des cultures et des logiques institutionnelles quelquefois différentes. C’est pourquoi l’État est souvent perçu comme une entité politique constituée d’un territoire délimité par des frontières, d’une population  et d’un pouvoir institutionnalisé.

 L’Etat provient du reste du mot latin status rei publicae qui signifie « forme de gouvernement » pour désigner une forme d’organisation du politique qui s’est développée à partir de la Renaissance[12].Le mot devint stato dans le sens d’‘‘unité politique d’un peuple qui le double et peut survivre aux allées et venues non seulement des gouvernements mais aussi des formes de gouvernement’’[13].

En RDC, l’ordre communautaire semble être le lieu privilégié de la formation de ces cercles de la clientèle et donc du gouvernement, surtout celui parallèle aux organes officiels de l’Etat.

Le cercle de la clientèle obéit facilement à  la fermeture politique et au culte du secret  d’autant plus que l’on prétend défendre sa communauté en face d’autres communautés jugées concurrentes  dans la prédation de l’Etat. Ce modèle fonctionne à la condition d’avoir un  bouc-émissaire dans le chef d’une autre communauté !  Seuls les déracinés tribaux  comme les métis de sang ou de culture et  les citadins mal intégrés dans leurs ethnies ont tendance à   mettre sur pieds des cercles similaires mais sur une base maffieuse pour politiquement tenir !

 Aussi, le défi de la  modernisation politique consiste-t-il  à  organiser le service public dans le secteur institutionnel pluricommunautaire et étatique en liquidant le service public aujourd’hui fragmenté au sein des secteurs communautaires, diffus et plus ou moins institutionnalisés et largement prédateurs sur le secteur étatique.

Au-delà de la démagogie ambiante sous le vocale de la ‘‘révolution de la modernité’’,  la modernisation politique n’est pas la démarche principale de Joseph Kabila. Il ne gouverne pas en RDC ; il se contente d’y tenir les choses en place. Pour lui, toute politique consiste à maintenir le statut quo et à  consentir le moins de reformes possibles et ainsi régner sur un Etat  immense au cœur de l’Afrique mais d’une Afrique rétive au développement économique et social.

La RDC est comme une pâte de farine de manioc  dite ‘‘fufu’’ en jargon kinois; elle ne peut pas exploser d’elle-même. On peut – sans doute la couper comme un vulgaire ‘‘fufu’’ à  la manière africaine mais sa stabilité politique de pâte de manioc n’autorise pas de croire à  une quelconque explosion interne ou une balkanisation de l’intérieur.

Les leaders politiques congolais luttent pour le pouvoir d’Etat par ordres communautaires interposés mais en même temps, ils cherchent à  s’allier pour jouir des privilèges sociaux inhérents à  l’exercice de ce pouvoir.

L’Etat peut ainsi disparaître sur 90% du territoire congolais en termes d’évanescence des pouvoirs publics ou d’autorité d’Etat sur terrain, la RDC resterait unie par la magie des alliances des ordres communautaires sous la dominance d’un d’entre eux comme ordre princier de la république.   Et Joseph Kabila de régner tranquillement sur une société labile. Tristement. Il faut – aujourd’hui – réagir positivement, sinon,  c’est la décomposition continue pour des générations.

Les fonctions reconnues  aujourd’hui à  l’Etat moderne peuvent se réduire en taches essentielles : le maintien ou de promotion de l’unité politique  d’un pays et ou l‘allocation des ressources.

Le tableau ci-dessous indique les points de vue de deux auteurs sur les fonctions de l’Etat moderne :

Pierre   Rosanvallon[1]

Richard   Musgrave[2]

Maintien de l’unité politique
  • Faire   respecter l’ordre à travers la police, l’armée et la justice (État régalien).
  • Unifier   le pays à travers l’école État Instituteur du social  (L’État   Instituteur du social)
 La   distribution ou “répartition” qui a pour but d’influer sur les   inégalités.
Allocation des ressources
  • Redistribuer   les revenus grâce au développement de la solidarité avec la Sécurité sociale   (État-providence).
  • Soutenir   l’économie par une politique de grands travaux (État Promoteur économique).
L’allocation   des ressources ou “affectation” qui concerne notamment la prise en   charge des biens collectifs.

[1]Pierre Rosanvallon  est un historien  de la démocratie-  principalement du modèle politique français, C’est un   intellectuel  français dont les travaux portent surtout  sur le rôle de l’Etat et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines. Internet, consulté le 6 mai 2013.  www.wikipedia.org [2] Richard Musgrave (1910-2007) était un économiste américain   d’origine allemande, spécialiste en économie publique. Il est célèbre pour avoir appliqué le raisonnement microéconomique à la compréhension du fonctionnement de l’État. Il transforma durablement la matière des Finances publiques aux États-Unis en publiant en 1959 le résultat de vingt ans d’études : The Theory of Public Finance. Internet, consulté le 6 mai 2013.  www.wikipedia.org

La   régulation ou “stabilisation” qui doit tenter de stimuler   l’activité économique, le marché ne menant pas à une situation optimale.

Les fonctions ci-dessus sont de nature idéologique dans le sens où elles sont souvent  une production d’idées de nature politique et sociale par une classe dominante pour asseoir sa suprématie économique sur la classe dominée et issue d’un système d’idées constituant un corps de doctrine philosophique et conditionnant le comportement individuel et collectif. 

L’État est l’émanation de la société et des rapports de domination entre les hommes de cette société.  Dans ce sens, l’Etat  peut apparaître  aux yeux des populations de plusieurs manières : l’Etat peut personnifier une domination extérieure, une colonie, une patrie, une nation, un lignage, une communauté, une ethnie, une tribu, etc. L’Etat n’est donc jamais la conséquence d’une quelconque souveraineté de l’État ou d’un ordre juridique préexistant.

En fonction des idéologies de dirigeants politiques de l’Etat il y a souvent des intérêts divergents entre les parties constituant l’État, jusqu’au sein de  sa bureaucratie. Il est difficile d’identifier les frontières de l’État qui fluctuent également au gré des privatisations, des nationalisations et de la création de nouveaux organes. Ces frontières de l’État ne sont pas fixes mais constamment en mouvement, d’autre part, l’État n’est pas seulement un lieu de conflits entre différentes organisations, il est aussi un lieu de conflits à l’intérieur des organisations.  

En RDC, – au sommet de l’Etat,  – l’on ne peut jamais fonctionner comme régime politique sans l’apport des autres personnes issues des autres ordres communautaires. C’est pourquoi, l’on institue souvent un gouvernement parallèle par rapport aux organes officiels  et dont la tâche essentielle est de maintenir le statu quo en limitant les agissements politiques de changement potentiel par rapport à l’ordre établi !

Le gouvernement parallèle agit comme un ordre princier dans une république et – de préférence – dans une logique de conservation de la domination politique d’une communaute ethnique sur les autres !    Tout ordre princier cherche à se survivre, humainement au délà  de son existence. . Telle  est l’explication de ses massifs recrutements – politiques, administratifs et militaires – sur une base ethnique malgré un discours idéologique de changement des regimes sucessifs en RDC.

En RDC, -pour tout régime politique établi-, le risque d’ouverture  de l’ordre princier vers une certaine pluralité ethnique – un ordre pluricommunautaire -   est grand dans le sens où cela  peut occasionner des  contestations internes  des principes  et provoquer un  changement de leadership politique.

Mêmes  ceux-là qui commencent avec un ordre pluricommunautaire dirigeant, la tendance est à  la fermeture politique et non à  une large ouverture !  Les Congolais garderont longtemps en mémoire la dérive ethniste et régionaliste  des Chefs d’Etat de laquelle   ont dérivé   des  guerres civiles et  dont les effets se font encore sentir jusqu’à ce jour en RDC.

Les dirigeants politiques   refusent souvent de sortir d’une logique conservatrice héritée de leurs  prédécesseurs et des lignées idelogiques antérieures. L’on a toujours  entretenu des relations avec les membres des autres ethnies ou des anciens adversaires politiques à la condition expresse que ces derniers respectassent l’ordre princiernouveau.

C’est pourquoi les approches juridiques de l’Etat sont inopérantes en RDC pour situer correctement les problèmes de sa gouvernance.

Pour la théorie de l’‘‘État de puissance’’[16],  l’État incarne l’intérêt général  et est caractérisé par sa souveraineté interne et externe et constitue et un Léviathan dont la fonction est de maintenir l’ordre dans la société dont il assure la direction.

En tant Puissance, l’État a d’un certain nombre de prérogatives qui émanent de sa souveraineté dont celle de créer le droit et de prendre des actes administratifs unilatéraux qui s’imposent aux individus sans leur consentement. Pour ce faire, l’État devrait disposer  de la personnalité morale, il est une personne au même titre que le citoyen.

En RDC, les dispositions pertinentes de la Constitution déterminent la sphère d’action exclusive du pouvoir central et des provinces ainsi que la zone concurrente entre les deux échelons du pouvoir d’Etat. La Constitution du 18 février 2006 stipule  notamment en son article 9 que ‘‘L’Etat exerce une souveraineté permanente notamment sur le sol, le sous-sol, les eaux et les forêts, sur les espaces aérien, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que sur la mer territoriale congolaise et sur le plateau continental.’’

Mais en réalité,  les pillages des ressources par les Congolais – en alliance ou non  avec les étrangers – pour un enrichissement sans cause sont multiples et variés. Il s’agit souvent des individus agissant dans l’Etat avec l’approbation implicite ou en accord avec les  membres de leurs communautés ethniques.

Pour la théorie de l’État de droit[17], ce n’est pas  l’État qui produit le droit, mais l’ordre juridique (c’est-à-dire la hiérarchie des normes) qui produit l’État. L’État ne serait alors que l’émanation du droit qui limiterait sa puissance d’arbitraire. Dans cette perspective, l’État n’est plus défini comme dans la théorie de l’État de Puissance par sa souveraineté, mais par son identification à un ordre juridique et sa soumission au droit.

Pour assurer la pérennité du droit, il faut que la hiérarchie des normes juridiques soit garantie et qu’il existe un contrôle juridictionnel pour faire respecter cette hiérarchie des normes de façon à forcer l’État à respecter le droit.

Par article 5, la Constitution congolaise du 18 février 2006 stipule que ‘‘La souveraineté nationale appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections et indirectement par ses représentants. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice. La loi fixe les conditions d’organisation des élections et du référendum.’’ Et pourtant, tout le monde  sait qu’il existe un gouvernement parallèle auquel les dirigeants politiques et administratifs officiels font allégeance pour obtenir se maintenir dans leurs postes.

A chaque société correspond une idéologie politique dominante et des processus politiques particuliers de leadership.

Persuadés de leur impuissance, beaucoup pensent qu’il suffit d’être téléguidé  par des intérêts étrangers pour modeler l’histoire. Os fait toujours la même : on anticipe  les intérêts étrangers  d’acquisition quasi gratuites des ressources nationales  en contre partie un appui diplomatique dans les batailles politiques internes entre Congolais.  D’autres pour s’accrocher  ou pour y accéder aux privilèges du pouvoir en place, ils n’hésitent pas à flatter les passions  ethno-tribales ; ils excitent des cupidités ; ils entretiennent ainsi des discordes au sein du peuple congolais.

Cette mentalité travaille objectivement aux bénéfices  politiques, économiques et socioculturels des individus sans foi ni loi et ce, à  tous les  niveaux de la société. C’est ainsi qu’il y a trop d’orages  et de guerres qui  broient des individus sans défense veritable.

 4. Critique du paradigme dominant par l’opposition interne à  la société établie

Les ordres communautaires peuvent être considérés comme les vrais acteurs de la société civile. Ils s’insinuent dans les organisations syndicales, dans les partis politiques, les organisations non gouvernementales et dans les églises de réveil, voire les grandes églises établies.  Les positions de ces organisations formelles de la société civile à l’égard du gouvernement traduisent souvent – et officiellement – les prises de position des ordres communautaires.

Chaque ordre communautaire tend à avoir des organisations correspondantes dans la société civile officielle.

Plusieurs conceptions de l‘Etat  sont fondées sur les relations entre l’Etat et la société civile. Tantôt  l’État moderne est  conçu comme étant  distinct de la société civile, tantôt l’État moderne  est l’expression   même  des rapports au sein de la société civile.

Pour les marxistes, l’Etat n’est qu’un instrument de domination d’une classe sur une autre. Mais, en RDC, il y a lieu de passer par un autre détour pour que la conception marxiste soit acceptable dans l’analyse de sa situation politique.

Pour Jürgen Habermas[18],  la société civile forme une sphère publique, lieu d’engagements extra-institutionnels autonome de l’État et en interaction avec lui. Mais pour Antonio Gramsci[19], l’État  est plutôt intégré de nombreuses façons dans la société civile.

Les deux affirmations sont vraies et non contradictoire dans le cas de la société pluricommunautaire congolaise mais il faut aborder la question au-delà  des organisations formelles telles que les ONGs, les Eglises, les partis politiques ou les syndicats.

Au sommet du pouvoir gouvernemental – au sens large de la direction politique et administrative de l’Etat – les ordres communautaires en alliance – investissent l’Etat au point c’est cette alliance qui devient classe dirigeante et utilise l’État comme un instrument de domination de la société.

Les alliés constitutifs de la classe politique dirigeante  usent de leurs liens personnels avec les hauts fonctionnaires et les opérateurs économiques pour se faire des bases matérielles par enrichissement sans cause. Et c’est par cette osmose sociale que les autres ordres communautaires sont finalement intégrés et deviennent partie prenante d’un  même ‘‘appareil idéologique de l’État’’.

Pour Ralph Miliband[20], l’État est dominé par une élite qui a la même origine que la classe capitaliste.  En RDC, il ne s’agit pas d’une classe politique réelle mais virtuelle puisque l’on a affaire à  un groupe politique constitué en classe dirigeante dans le cadre d’une accumulation primitive des richesses. Les conflits éventuels sont de nature économique surtout quand la base économique de l’Etat devient de plus en plus restreinte !

Contrairement aux Etats capitalistes qui se structurent pour garantir  les intérêts à long terme des capitalistes  comme l’affirme Nicos Poulantzas[21], l’ ‘‘Etat-confédération des ordres communautaires’’ de la RDC travaille inconsciemment  pour les intérêts à  court terme de sa  classe dirigeante.

Et pour cause ? La classe politique dirigeante de la RDC n’est pas là au service d’une quelconque classe productive.  Elle est une simple classe capitaliste est virtuelle !  Les classes laborieuses – elles- sont sans conscience de classe  du fait de l’appartenance de leurs membres à  différents ordres communautaires.

L‘‘Etat-confédération des ordres communautaires’’ de la RDC actuelle  est différent l’ancien et précolonial   ‘‘Etat-confédération des lignages’’.

Aujourd’hui,  le jeu ‘‘politique’’ congolais est directement réductible  aux questions économiques personnelles alors que jadis ce  jeu politique était – avant tout – un jeu responsable de stratégies et de tactiques en vue de maintenir la cohésion de la  société globale.

L’approche marxiste des années 1960-1970 faisait- en fait – écho à  une autre analyse d’approche pluraliste dont l’audience était large aux États-Unis d’Amérique durant la même époque.

Pour Robert Dahl[22], la politique est un produit d’un constant marchandage entre groupes qui ont tous un moyen de pression sur l’État. L’Etat serait une arène neutre pour des intérêts en conflits qui se manifestent en ses différents ministères, agences ou départements.

Cette approche américaine pluraliste  serait proche de la réalité sociopolitique congolaise, exceptée qu’elle ne mettrait pas en exergue  la tendance à  la lente décomposition de l’Etat, décomposition liée aux objectifs égoïstes et de courte vue de la classe dirigeante congolaise.

La direction politique congolaise constituerait une polyarchie[23] où le pouvoir politique serait  partagé entre différents ordres communautaires  dominants qui n’ont ni richesse, ni compétence ni prestige comme ressources de gouvernance.

Les tenants de l’approche institutionnaliste mettent – eux- l‘accent sur la nécessité d’interposer la société civile entre l’État et l’économie, en postulant que les comportements des individus sont fondamentalement modelés par les institutions et que l’État n’est ni une arène ni un instrument de domination de classe  puisque ne fonctionnant pas dans l’intérêt d’une seule classe.

En RDC, cette affirmation serait véridique mais à  condition d’ignorer le mode de formation et de fonctionnement de la classe dirigeante en place, classe fondée sur une alliance fondamentale de deux ou trois ordres communautaires.

Pour les autres ordres communautaires, ce serait – en effet- une masse des organisations de la société civile interposée entre l’Etat et l’Economie, … par nécessité de survie. C’est par rapport à  cette masse engluée dans la lutte pour la survie que l’Etat jouirait d’une certaine l’autonomie de l’État  comme le prétend l’approche institutionnaliste

Par démagogie, les courtisans du pouvoir actuel  claironnent sur la base d’un mirage de modernisation économique des infrastructures et de stabilité politique durable pour s’imposer à la société civile avec l’aide d’un ‘’bloc hégémonique’’[24] de type mensonger.

En cas de nécessité,  ils n’hésitent jamais    – comme le dirait Theda Skocpol[25] – d’user  des moyens de coercition, des fonctionnaires et des groupes de la société civile qui sont dépendant du  régime politique en place. Le régime de Joseph Mobutu avait fait de la non-satisfaction des besoins vitaux des gens  – et donc de la privation  – un outil politique  de sa suprématie sur les masses en étant lui-même l’ ‘‘autonomie de l’Etat’’ par rapport à la société civile.

Aujourd’hui, le pouvoir en place a plutôt repris la même logique  mobutiste en s’appuyant sur une pauvreté aigue des masses pour prétendre à  certaine stabilité  politique  dans d’un Etat, distinct de la société civile. La pauvreté extrême a brisé  la volonté des individus et surtout celle des élites intellectuelles. Il  suffit désormais  de considérer la pauvreté comme un mal banal pour régner sur des populations meurtries depuis 50 ans ! En banalisant le mal, le pouvoir en place agit  – aujourd’hui – contre son propre peuple comme le faisait les nazis qui obtenaient l’allégeance de leurs victimes juives du fait que la volonté de ces dernières était déjà – globalement et préalablement - cassée pour lutter en faveur de la vie normale.

Mais tout comme les juifs qui ne faisaient guère d’illusion sur leur sort durant  de la seconde guerre mondiale, – aujourd’hui  en RDC- personne ne croit à  la ‘‘révolution de la modernité’’ de Joseph Kabila Kabange. la décomposition sociale est si avancée que la démagogie  ne fonctionne pas  comme ‘’magie d’État ‘’, selon le mot de Pierre Bourdieu[26]. Elle n’est plus une violence symbolique exerçable sur les citoyens congolais.

4. L’équation idéologique du système politique en RDC

La Gouvernance  est ici conçue comme  une gestion menée avec rigueur dans une société régie par des lois qui institue un ‘‘ordre social’’ en tant  organisation établie dans un arrangement méthodique des choses  et fonctionnant régulièrement  avec discipline.

La gouvernance est ici opposée à l’incurie,c’est-à-direà  undéfaut de soin et une négligence impliquant une certaine tolérance dans le sens de l’impunité. Elle est implicitement associée à  la notion de ‘‘souveraineté’’.

La souveraineté est le droit exclusif d’exercer l’autorité politique dans pays ; elle est assortie  d’une certaine  déification du peuple en tant  source  de la loi et du pouvoir.  Elle a  en fait remplacée la prétention de la royauté absolue  des anciennes époques à reposer sur un ‘‘droit divin’’ qui  avait façonné la souveraineté séculière à l’image d’un dieu à la fois tout-puissant et législateur de l’univers, c’est-à-dire à l’image du dieu dont la Volonté est loi.

Le passage de la de la royauté absolue à  la république  ou à la monarchie constitutionnelle dans beaucoup de pays  s’est fait au nom d’une certaine gouvernance d’un“juste Etat” (…)capable de s’acquitter de ses fonctions essentielles (telles l’accès à la santé, à l’éducation, à la justice et à l’administration), de promouvoir et de protéger les droits de la personne et les libertés fondamentales, ainsi que de gérer les richesses de manière responsable et impartiale afin d’assurer leur redistribution équitable“[27].

Jusqu’aujourd’hui, le  système politique congolais n’a survécu qu’au au prix d’une pathologie institutionnelle majeure : le totalitarisme

Pour s’y maintenir durablement le chef de l’Etat doit apparaître comme un chef totalitaire mais généreux : il doit activer l’illusion d’optique de proche prospérité généralisée des Congolais ou le mirage d’enrichissement prochain pour tous.

Le chef de l’Etat doit attacher une importance capitale à une certaine  incantation sur le mode démagogique quotidien en se présentant comme    une sorte de  ‘‘ Père de la Nation’’ ou un ‘‘ Guide éclairé’’, un ‘‘Timonier’’,  un ‘‘ Génie exceptionnel’’, un ‘‘Héros’’ vivant ou  un ‘‘Sauveur venus des cieux’’.

Les slogans tels que  ‘‘Je reviens avec le Portefeuille’’ ‘de Moïse Tshombe,   ‘‘L’objectif 80’’ ou ‘‘Plus Rien ne sera comme Avant’’ de Joseph Mobutu, le ‘‘Congo, c’est du miel’’ de Laurent Kabila ou la ‘‘Révolution de la modernité’’ se situent  dans la droite ligne  des régimes surannés tels le régime roumain de Ceausescu  ou le régime  rwandais de Habyarimana.

Le totalitarisme politique peut se décliner soit en un système de gouvernement où le pouvoir aux mains des quelques privilégiés (oligarchie) ou en un système de pouvoir absolu et arbitraire détenu  par un seul chef (dictature).

Le régime présidentialiste est celui marqué par la  fusion des pouvoirs législatifs et  exécutifs, dans les mains du Président de la République. Il devient purement un pouvoir dictatorial lorsque le pouvoir judiciaire est ajouté aux attributions de ce Président de la République.

Il peut aussi se présenter sous la forme d’un régime présidentialiste d’apparence démocratique tout en contenant fortement la fameuse la pathologie institutionnelle. Il suffit alors de bloquer les relations d’alliance possible et de coopération potentielle entre les leaders politiques et entretenir – à  travers ces derniers -  une compétition – de manière souterraineentre ordres communautaires, tout en donnant une illusion  – à la surface – que l’on est attaché à  la paix profonde.

Aujourd’hui, il suffit de miner davantage la société de l’intérieur et ainsi s’installer durablement au pouvoir d’Etat, sans gouvernance aucune ni vision politique digne de ce nom. C’est ici que le régime actuel de ‘‘gouvernement parallèle’’ est assimilable à  la dictature.

 Le ‘‘gouvernement parallèle’’   a trois fonctions essentielles:

  •  L’usage des services de sécurité dans  l’espionnage mutuel des leaders politiques. La police politique n’a pas disparue en RDC.
  •  La mobilité sociale  de bas vers le haut  des personnes de qualité moralement douteuse pour en faire des leaders politiques conservateurs au détriment  des gens éduqués.   La classe politique pullule aujourd’hui de véritables voyous politiques.  
  •  La liquidation des  discours universalistes  en vue de reproduire les mêmes mécanismes de socialisation typiquement sectaire. La réflexion millénariste – fondement de la pensée libre -  tend à disparaître pour ne vivre que les instants fugitifs du présent. 

Dans une société minée par des conflits entre plusieurs “ordres communautaires“  en compétition,  la démocratie tend  de plus en plus à disparaître et avec elle la société organisée. Aujourd’hui en RDC, la Gouvernance est devenue une chimère, car l’organisation de la société n’est plus une exigence collective. La politique sectaire des  “ordres communautaires“  est devenue un cancer dans la société globale.

Dans ce cas, l’exercice de la liberté individuelle peut  déboucher sur le meilleur comme sur le pire :

  • Les libertés publiques peuvent diminuer car les conflits identitaires tendent à restreindre ces libertés publiques en tant droits fondamentaux individuels ou collectifs proclamées ou reconnus aux personnes ou aux groupes face a l’Etat.
  • L’intégrisme peut se développer en tant qu’attitude et disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom d’un respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution.
  • La sécurité peut être illusoire si elle est envisagée comme une situation dans laquelle la personne est exposée au  danger, au risque d’agression physique, d’accident, de vol, de détérioration.

Dans une société pluricommunautaire et multiculturelle, le risque politique du régime semi-présidentiel est celui de voir la liberté individuelle dégénérer en un régime politique  liberticide.

Par respect institutionnalisé des ordres communautaires, la société porte en elle une atteinte douce aux libertés du fait d’un comportement licencieux  c-est-a-dire contraire à  la pudeur, à  la décence et par lequel les individus tiennent des propos extrêmement libre au regard de leurs mœurs personnelles et de leur propre dérèglement moral.

Une cohabitation conflictuelle des principaux leaders politiques au sommet de l’Etat peut immédiatement rétrograder vers une forme des conflits identitaires et déboucher sur des  émeutes ou sur une  guerre civile

3.      Défendre la vie des générations futures

Louis Michel affirme que la gouvernance, ‘‘c’est d’abord et avant tout le  “juste Etat“. Un Etat capable de s’acquitter de ses fonctions essentielles (telles l’accès à la santé, à l’éducation, à la justice et à l’administration), de promouvoir et de protéger les droits de la personne et les libertés fondamentales, ainsi que de gérer les richesses de manière responsable et impartiale afin d’assurer leur redistribution équitable“[28].

La définition  de Louis Michel de la gouvernance suppose – implicitement – que l’on est en face d’une société africaine culturellement homogène au plan national c’est- à -dire des Etats-nations à  la manière occidentale.  Or, la plupart des Etats du monde sont traversés par des conflits communautaires de type ethnique, de type religieux ou de type racial.  Ces conflits communautaires peuvent être aigus ou latents.

Lorsque les communautés internes aux Etats deviennent les bases électorales et apparaissent comme des critères politiques d’accès au leadership ou de gestion de l’Etat,  elles deviennent des “ordres communautaires” en opposition de conscience à l’”ordre national” en gestation. Et, il est souvent difficile de gérer la collectivité nationale  en vertu du principe qu’on ne peut servir deux maîtres à la fois, … du moins avec la même intensité.

L’appel pressant des Congolais pour un leadership transformationnel indique qu’aujourd’hui, il existe une nouvelle conscience historique, celle de l’appartenance à  une nation pluricommunautaire qui devrait défendre- collectivement et individuellement -la vie  actuelle et celle des générations futures. Dans le régime de Joseph Kabila Kabange, la notion de souveraineté interne et externe  relève souvent de la pure démagogie.

Le Congo a besoin d’un  leadership transformationnel où le leader apparaît comme un individu doté d’une  visibilité politique et susceptible d’être cité en exemple de courage pour le peuple congolais en entier, une personne  dont la démarche politique est fondée sur le sens de la responsabilité et de la production effective des résultats et misant sur des pensées et non sur des critères de rang social, des privilèges, de titre ou d’argent et un homme ou une femme susceptible d’être suivi  du fait de sa capacité à produire un discours structuré et suscitant une quelconque utopie constructive pour les populations.

Le pouvoir se confond souvent à l’autorité. Dans notre cadre, il s’agit d’une autorité constituée en gouvernement pour accomplir une action politique et  produire un effet  de progrès économique  et social en faveur des populations.

Il faut ici distinguer deux  notions essentielles :

  • Système politique (ou de gouvernement) : ensemble des coutumes politiques et des procédés  aux résultats préétablis au sein d’un pays ou un Etat  donné.
  • Régime politique : ensemble des dirigeants et des pratiques sociales  effectives (procédés  sous forme des règlements et des usages) d’un système politique ou de gouvernement.

Pour un même système de gouvernement, on peut avoir plusieurs  doctrines et/ou méthodes pour  arriver plus ou moins aux résultats préétablis  par les  coutumes politiques  du pays ou de l’Etat.

Les acteurs politiques cherchent constamment à  moderniser les coutumes politiques (réformateurs) ou luttent pour en conserver au maximum possible (conservateurs).  Dans un système démocratique, il y a souvent alternance périodique des réformateurs et des conservateurs au pouvoir d’Etat.

En RDC, le changement nécessaire est celui du  système politique lui-même, bien au-delà du régime actuellement établi. Le changement  doit être radical ; sinon, on l’on assistera à  une série des reformes  qui ne reforment point.  Au grand dam des Congolais.

Pour la RDC, la modernisation politique consisterait  au passage effectif  du type politique actuel d’oligarchie exercée par gouvernement parallèle et occulte générant de facto un pouvoir présidentialiste proche des dictatures surannées de Joseph Mobutu et de Laurent Kabila  à  un système politique de vraie démocratie représentative de gouvernance collégiale.

Il s’agit aussi de passer de l’organisation territoriale pseudo-décentralisée avec l’Administration publique unique et toujours centralisée à Kinshasa vers  une organisation vraiment décentralisée du territoire national, avec des gouvernements locaux ayant des administrations publiques locales distinctes de l’Administration publique centrale.

Au Congo Belge il y coexistait deux types de découpage territorial complémentaires :

- Le découpage territorial lié à   l’administration coloniale qui avait été plutôt conçue une organisation territoriale pour remplir des taches d’encadrement des actions « économistes » de la mise en valeur du Congo sous forme des districts au nombre de 26, plus ou moins actuelles provinces reconnues par la Constitution du 18 février 2006.

- Le  découpage territorial de l’Eglise catholique épousant plus ou moins les réalités endogènes des populations noires  pour exercer les compétences de proximité de gestion des populations noires  sous forme des circonscriptions ecclésiales, aujourd’hui  au  nombre 47 diocèses.

Une alliance solide s’était faite entre le Gouvernement colonial et les missions religieuses catholiques. L’église catholique était en fait intimement liée à l’Etat colonial : ‘‘L’activité des missions vise directement et exclusivement à hâter le progrès de la société indigène en donnant aux populations le vrai sens de la vie et en améliorant leur situation morale et matérielle. Aussi, la politique constante de l’Administration coloniale a-t-elle été de soutenir les œuvres de missions et d’en favoriser  l’expansion’’[29].

Aujourd’hui, la ville, la commune et le secteur ou la chefferie  existent comme des entités territoriales  mais sans la moelle pour les tenir en vie active.  

Cela a fait dire à  Joël Asher Lévy-Cohen que …..‘‘(…) de par son gigantisme géographique, cet État ne peut absolument pas être géré, administré à partir de la capitale Kinshasa par des administrateurs zélés qui méconnaissent souvent les réalités profondément locales et spécifiques du pays. Ces gestionnaires réellement affublés de titres pompeux et bardés de gros parchemins universitaires prétendent réaliser leur exploit avec une ardeur et une ferveur politique, une lucidité et une efficacité administrative, dont on a pu apprécier le résultat en fonction de la place occupée par l’État dans le palmarès mondial et à la lumière des indices de développement affichés par le pays et expérimentés par la population.  Ceux-ci n’ont jamais véritablement compris que la majesté du territoire national impliquait, par conséquent, la délégation du pouvoir politique et administratif au profit des entités locales et collectivités autonomes dans le but de booster le développement économique et le progrès social.’’[30]

Dans cette hypothèse de refondation utile et nécessaire à l’État congolais, il serait utile de subdiviser le Congo-Kinshasa en plusieurs entités politiques de dimension modeste pour répondre au souci d’efficacité organisationnelle et de progrès. Sinon, la RDC continuera avec un système politique de non gouvernance des populations et du territoire national !

Jean Munyampenda


[1]Bénézet Bujo  et  Juvénal Ilunga Muya : Théologie africaine  au XXIe siècle. Quelques figures .Vol 1, Editions Paulines, 2004. Commentaires de Juvénal Ilunga Muya sur l’œuvre de Bénézet Bujo P.127.

[2] Ibid. p.127

[3] Ibid. p.127

[4] Ibid. p.129 Notes en bas de page.  

[5]Bénézet Bujo  et  Juvénal Ilunga Muya : Théologie africaine  au XXIe siècle. Quelques figures .Vol 1, Editions Paulines, 2004. Commentaires de Juvénal Ilunga Muya sur l’œuvre de Bénézet Bujo P.128

[6] A. Michels et N. Laude : Congo-Belge et Ruanda –Urundi. Edition Universelle S.A Bruxelles, p.72

[7]Bénézet Bujo  et  Juvénal Ilunga Muya : Théologie africaine  au XXIe siècle. Quelques figures .Vol 1, Editions Paulines, 2004. p.136

[8]Voir Adam Hochshild : Les fantômes du roi Léopold. La terreur coloniale dans l’Etat du Congo. 1884-1908, Editions Tallendier, Paris2007

[9]L’histoire coloniale du Congo, étudiée par la Belgique “scolaire”, est naturellement distincte de celle présentée dans ce livre. En Belgique, c’est une histoire ethnocentrique insistant sur le génie conquérant et “libérateur” ou “civilisateur” de la race blanche dans un pays des “roitelets nègres”. Cfr Henry Dorchy, Histoire des Belges, Ed. A. de Boeck Bruxelles 1968 pp. 263-268.

[10] Mwangi Kimenyi,  Le problème des larges pays d’Afrique. 15 octobre 2009, Internet consulté le 15 décembre 2009.  Le document est ici en annexe. Notre propre traduction.

[11]Pour Léon Duguit, l’État doit être conçu simultanément comme service public et ensemble complexe de services publics, mais avec une limite : qui définit tous ces services publics ? Contrairement à Durkheim, Duguit ne va pas jusqu’à envisager la réflexion collective qui caractérise la production législative de l’État et s’en tient à une forme de pluralisme des services publics et donc des normes. Internet, consultée le 6 mai 2013. www.cairn.info 

[12] Pour Hannah Arendt, l’Etat résulterait de l’oubli de la quête d’immortalité et de la sécularisation c’est-à -dire de la disparition l’‘‘espace public’’ au sein duquel les individus entraient en relation8, manifestant à la fois leur unicité et la communauté qui les liait et où ces individus pouvaient  vivre en être distinct et unique parmi des égaux.  Elle a étudié les fondements des systèmes totalitaires. Internet, consulté le 6 mai 2013.  www.wikipedia.org

[13]Pour Nicolas Machiavel : Diplomate et réorganisateur de l’armée de Florance aux débuts du 16ième, il situait la raison  d’Etat dans l’amélioration de l’homme et de la société. Pour lui, ‘‘Gouverner, c’est mettre vos sujets hors d’état de vous nuire et même d’y penser’’C’est – sans doute – dans cette perspective qu’il cherchait à situer l’Etat en tant institution de survie des princes dans le temps mais dans le sens des hommes politiques avant tout soucieux du bien public au sein de la République de Florence alors dominant le monde des arts et de l’économie mais – paradoxalement -sans force politique ! Internet, consulté le 6 mai 2013 www.wikipedia.org et www.horaz.com

 [14]Pierre Rosanvallon  est un historien  de la démocratie-  principalement du modèle politique français, C’est un   intellectuel  français dont les travaux portent surtout  sur le rôle de l’Etat et la question de la justice sociale dans les sociétés contemporaines. Internet, consulté le 6 mai 2013.  www.wikipedia.org

[15] Richard Musgrave (1910-2007) était un économiste américain   d’origine allemande, spécialiste en économie publique. Il est célèbre pour avoir appliqué le raisonnement microéconomique à la compréhension du fonctionnement de l’État. Il transforma durablement la matière des Finances publiques aux États-Unis en publiant en 1959 le résultat de vingt ans d’études : The Theory of Public Finance. Internet, consulté le 6 mai 2013.  www.wikipedia.org 

[16]  Théorie défendue par le Maurice Hauriou,  et anciennement par Nicolas Machiavel, Thomas Hobbes et Jean Bodin.  Maurice Hauriou cherchait à faire la démonstration d’un droit public hiérarchisé en dessous d’une puissance supérieure et souveraine. Même s’il s’affirmait comme étant positiviste car il souhaitait  adopter une démarche scientifique reposant sur les faits, il était  aux antipodes de ses ainés qui pensaient le droit comme un pur commentaire de législation. Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[17]Théorie de  Hans Kelsen, américain d’origine autrichienne et Raymond Carré de Malberg en France. Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[18]Jürgen Habermas est un allemand  né en 1929. C’est un théoricien allemand en  philosophie et en sciences sociales. Il a surtout analysé  les rapports entre la technique, le pouvoir et la communication. En particulier, Habermas s’intéressa aux différents intérêts de connaissances qui animent la scientifique les différentes  activités  (l’intérêt de saisie du protocole technique d’un objet donné pour les sciences empiriques et analytiques, l’intérêt de compréhension des relations humaines dans la société de communication en herméneutique et l’intérêt d’émancipation de la contrainte première en sociologie et en  psychanalyse). Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[19]Antonio Gramsci (1981-1937) fut est un écrivain marxiste et théoricien politique italien d’origine albanaise. En tant qu’intellectuel, il établit que la bourgeoisie capitaliste domine sur les masses laborieuses non seulement par la force mais aussi par le consentement en créant un ‘‘bloc hégémonique’’ de nature   culturelle par laquelle le prolétariat adopte souvent les intérêts de la bourgeoisie. Il est à  la base d’un type d’éducation populaire qui permette l’émergence d’intellectuels qui partagent les passions des masses de travailleurs. Les partisans de l’éducation adulte et populaire considèrent à cet égard Gramsci comme une référence. Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[20]Ralph Miliband(1924-1994) fut un philosophe politique marxiste britannique d’origine juive et polonaise. Il eut deux fils comme importants hommes politiques britanniques, David et Ed Miliband qui furent membres du gouvernement de Gordon Brown.  Ralph Miliband  s’opposa à la guerre au  Viêtnam  en affirmant que c’était là un  catalogue d’horreurs prévisibles et un chapitre d’avance écrite de  honte dans l’histoire occidentale.Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[21]Nicos Poulantzas (1936- 1979). Ses travaux renouvellent et approfondissent considérablement ceux de  Marx, de Lénine et Gramsci et portent notamment sur le rôle complexe et multiple de l’Etat dans les sociétés occidentales, les caractéristiques de la “nouvelle petite bourgeoisie “, la problématique de la division travail intellectuel et manuel. Opérant une distinction fondamentale entre l’appareil d’Etat et le pouvoir d’Etat, Poulantzas met en lumière les multiples fonctions dudit Etat ainsi que les rapports de force et les contradictions qui s’y manifestent. Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[22]Robert Dahl est   en 1915 et a fait des recherches en science politique aux Etats-Unis d’Amérique  en partant d’un postulat selon lequel l’accession à des postes politiques de direction nécessite un certain nombre de qualités en tant que ‘‘ressources’’ : la richesse, la compétence et le prestige. Deux cas de figure s’offrent alors : soit un groupe ou une élite possède ces 3 ressources, dans ce cas nous sommes dans une oligarchie soit  plusieurs groupes où élites possèdent chacun une (voire deux) de ces ressources. Nous sommes dans ce cas dans une polyarchie. Le pouvoir politique est alors partagé entre différents groupes dominants qui ne cumulent jamais les 3 ressources. Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[23] Voir note en base de page no  22

[24] Voir note en base de page no  19

[25]Theda Skocpol est une des grandes figures du néo-institutionnalisme historique aujourd’hui dominant aux USA. Elle a produit un cadre d’analyse à l’étude de toutes les révolutions qui attire l’attention sur des variables jusque-là sous-estimées et peut servir de modèle de référence librement modifiable pour l’étude d’autres cas, Elle s’inspire largement de la vision du changement socio-structurel en mettant l’accent sur la division entre la paysannerie et les élites pour expliquer la crise d’un système politique et l’émergence du conflit générateur des révolutions et ce, reconnaître l’Etat comme instrument de domination de classe des elites sur la paysannerie. Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org et http://politique-et-international.oboulo.com 

[26]Pierre Bourdieu désigne par le terme de capital toutes ressources sociales dans la mesure où elles résultent d’une accumulation qui permet aux individus d’obtenir des avantages sociaux. Le capital économique et le capital culturel constituent, pour lui, les deux formes de capitaux les plus importantes dans nos sociétés.  La ‘‘magie d’Etat’’ serait un capital culturel si elle générait des avantages sociaux – évidents et durables -  pour les populations.  Internet consulté le 6 mai 2013, www.wikipedia.org

[27]Louis Michel : Afrique –Europe : l’indispensable alliance. Commission européenne, Bruxelles, 2007. p.67

[28] Louis Michel : Afrique –Europe : l’indispensable alliance. Commission européenne, Bruxelles, 2007. p.67

[29] A. Michels et N. Laude : Op.cit .p.238

[30]Internet : Joël Asher Lévy-Cohen :‘‘Balkanisation’’ ou ‘‘Confédération’’ ? Quelle solution viable pour la République démocratique du Congo ?

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