PROPOSITION 9 : LA REVUE STRATEGIQUE DE LA PRESENCE DES NATIONS-UNIES EN RDC

La diplomatie exige d’elle que l’on puisse nouer  des relations utiles et mutuellement avantageuses pour l’Etat et des alliances stratégiques pour stabiliser politiquement  la société dans son ensemble. Dans cette optique, la pire des choses pour un pays, c’est avoir en son sein une gouvernance dont les  préoccupations motrices sont externes. (Texte retravaillé le 10 octobtre 2015)  

 1. LA GOUVERNANCE EXOGENE DE LA RDC

Manifestement, la gouvernance de la RDC fut –  et est encore – une gouvernance exogène du fait d’une diplomatie pratiquée à  l’envers. Cette diplomatie à  l’envers  est plutôt utilisée par les acteurs congolais pour des batailles politiques tout internes.

C’est comme si les acteurs politiques congolais ont pour vocation de comprendre, individuellement et rapidement,  les attentes  des puissances mondiales  en vue d’y répondre localement  et sans nuances en fonction de leus aspirations propres au pouvoir d’Etat ou à l’aisance matérielle. En conséquence, ils développent des discours de nature à accrocher les puissances mondiales  et, en retour, ces puissances mondiales y trouvent des occasions pour faire passer les idées compatibles avec leurs intérêts.

Pire, ces acteurs politiques congolais envisagent la RDC comme un Etat sous-traitant des puissances mondiales  en vue d’étendre l’influence de ces puissances mondiales sur toute la région d’Afrique et ce, en exploitant l’opportunité géostratégique de sa position de pays au cœur de l’Afrique,  l’immensité du pays en termes ressources naturelles convoitées par ces mêmes puissances. Cette politique  sous-traitante  de l’influence extérieure en Afrique a été pudiquement nommée ‘‘politique de bon voisinage’’ depuis l’époque de Joseph Mobutu.

Mais,  comme la mauvaise gouvernance étant notoire en RDC,  les puissances mondiales poursuivent parfois leur quête à  travers les pays voisins. Alors, les acteurs politiques congolais  concentrent alors leurs frustrations sur leurs voisins. Tout simplement.

Aujourd’hui, les Etats postcoloniaux ont du mal à se défaire de la  gouvernance  exogène au profit d’une gouvernance endogène mais ouverte sur le monde  pour transformer les relations internationales en coopération mutuellement avantageuse.

La compétition fait rage pour avoir  la préférence internationale pour agir envers les pays voisins en tant que Etat sous-traitant de la gouvernance exogène internationale.

Une gouvernance exogène  internationale peut être :

  • Une gouvernance ‘‘ impériale’’ lorsqu’elle est tout simplement l’expression d’une forte ‘‘différence de potentielle’’ entre deux pays – un pays  un faible et un pays fort – en contact  au point de provoquer un transfert des ressources du pays faible vers le pays fort. Cette force ou cette faiblesse peut être technologique ou organisationnelle.
  • Une gouvernance ‘‘impérialiste’’  lorsqu’elle s’exerce comme une domination allant dans le sens d’une volonté politique délibérée d’exploitation économique d’un pays par un autre pays  ou d’un système par un autre.  C’est dans ce sens précis que le concept d’‘‘impérialisme’’ a été usité dans les vocables communistes du vieux Marxisme-léninisme.

La gouvernance exogène internationale peut être :

  •  Une ‘‘gouvernance exogène bilatérale’’ lorsqu’elle est une ‘‘domination étrangère’’ d’un pays sur un autre ;
  • Une ‘‘gouvernance exogène multilatérale’’ lorsque que la domination   est exercée par un groupe précis d’Etats étrangers dans le sens des préoccupations externes aux populations  du pays dominé ;
  • Une ‘‘gouvernance exogène mondiale’’ lorsqu’elle s’exerce au travers d’une administration publique internationale et qui répond aux ordres extérieurs soit dans un but censé commun à l’humanité soit dans une vision sans commune mesure avec les préoccupations internes à  un pays.

Dans la pratique la gouvernance ‘‘gouvernance exogène mondiale’’ se confond avec la ‘‘gouvernance exogène multilatérale’’ en ce que ce sont – in fine- les puissances mondiales dominantes qui imposent leurs vues et intérêts aux pays faibles à travers des politiques publiques définies dans des cercles qui leur appartiennent de facto : rencontres de Davos, réunions de la Banque Mondiale et Fonds Monétaire Internationale, réunions du Conseil de Sécurité des Nations-Unies, concertations  au sein  du G7 ou  de la  Trilatérale, Conseils des Eglises à  l’échelle mondiales ou au Vatican.

Par contre, la gouvernance endogène a pour mission de transformer les relations entre pays en ‘‘coopération’’ mutuellement avantageuse. Elle s’attaque aux rapports qui puissent engendrer une quelconque une gouvernance exogène. C’est le rôle de toute diplomatie moderne. En RDC, la diplomatie  constitue un énorme ‘‘défi ’’ qui consiste à la fois de bâtir  une communauté nationale forte et unique  d’une part d’avoir l’estime du reste du monde,  d’autre part  . 

Dans une perspective, la gouvernance endogène a des rôles précis :

  • D’abord, elle doit se saisir des discours  sur  l’unité territoriale congolaise , sur  l’organisation rationnelle du territoire  et sur la bonne gouvernance de l’Etat  dans le but d’un progrès économique et social des populations congolaises à  partir des leurs besoins propres.
  • Ensuite, elle doit être   pour coopération internationale efficace, durable, mutuellement avantageuse en permettant  aux populations locales de s’approprier les projets concrets initiés dans le sillage de cette coopération internationale.
  • Enfin, elle doit être fondamentalement  au service de l’ordre, de la justice et de la paix internes comme condition de survie – collective et individuelle – des gens.

Dans le cas de  gouvernance  exogène impérialiste, il faut plus d’efforts à adjoindre à  la diplomatie  des aspects sécuritaires, voire militaires. Elle devient une lutte pour une ‘‘gouvernance endogène indépendantiste’’.

C’est par rapport à la lutte pour l’‘‘indépendance congolaise’’ que les doctrines congolaises se sont souvent idéologiquement différenciées et leurs porteurs affrontés dans les années depuis 1960.

Ce type de nationalisme – avec une gouvernance exogène – n’est vis-à-vis des l’opinion publique interne qu’un nationalisme incantatoire, un pseudo-nationalisme lancé  sur le mode hystérique pour réprimer les opposants ou pour se constituer des boucs-émissaires.

Des ONGs étrangères peuvent opérer en RDC à  l’insu du gouvernement congolais et nombreuses sont des firmes multinationales qui prélèvent des  données sur le terrain sans que l’Etat congolais en sache quelque chose. Elles délivrent ensuite au Congo des informations stylisées en fonction de leurs besoins et en vue de manipuler les officiels congolais et les opinions – congolaises et étrangères – par le biais des médias.

Sans gouvernements locaux responsables, on ne saurait tirer profit  ni capitaliser les savoirs glanés par les des organisations et firmes étrangères. Au niveau des ressources naturelles et de la sécurité, c’est même une question de souveraineté nationale.

2.  LE ROLE DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE EN RDC

Lorsque l’on parle de la ‘‘communauté internationale’’ en RDC, la notion évoque plus  les puissances occidentales, en situation des puissances tutélaires de type impérial  (Etats-Unis d’Amérique) ou de type néocolonial (Grande Bretagne, France, Belgique). On dit volontiers la ‘‘fameuse communauté internationale’’ dans laquelle il est exclu de trouver – par exemple – les Comores ou la Mauritanie.

La diplomatie joue un rôle déterminant dans une dynamique tenant compte à la fois des intérêts économiques (ressources naturelles et débouchés commerciaux) et géostratégiques (zones d’influence en Afrique Subsaharienne) des grandes puissances et des aspirations des acteurs congolais au Pouvoir d’Etat.  Dans la lecture de l’histoire du Congo, parmi les Grandes Puissances, il faut tenir compte principalement les Etats-Unis d’Amérique, la France, de l’Angleterre et… la Belgique.

En fait, à la conférence de Berlin, l’un des principaux sujets à l’ordre du jour était le Congo. Au moins quatre prétendants se disputaient la région : Léopold II, la France, le Royaume-Uni et le Portugal. Les Américains étaient positionnés sur les vues avancées par Léopold II[1].

On le sait, la Conférence a succombé aux subterfuges de Léopold II[2] : il avait promis aux Britanniques, la liberté totale de commerce sur le fleuve,  aux Américains de créer au cœur de l’Afrique un Etat  doté d’une constitution démocratique semblable à celle du pays de l’Oncle Sam et aux Français  un ‘‘droit de préemption’’ au cas ou, pour une raison ou une autre, il serait amené à se retirer.

Ce sont les USA qui ont soutenu le Roi Léopold II pour que l’Etat Indépendant du Congo EIC existât et  le 22 Avril 1884, l’Etat du Congo du roi Léopold II  participa à la Conférence de Berlin au même titre que les divers Etats. Des négociations pour sa reconnaissance continuèrent tant en dehors qu’au-dedans de la Conférence de Berlin. Les Américains faisaient tout pour que justement Léopold II ne puissent pas échouer !

Mais dans l’ensemble,  les Allemands, les Anglais, les Français et les Portugais furent occupés surtout par la gestion de leurs propres colonies africaines au point de laisser les Américains  ‘‘administrer’’ le Congo par la Belgique interposée. La production coloniale  s’orientait principalement vers le marché des Etats-Unis d’Amérique même si souvent, un traitement préalable des matières premières se faisait en Belgique.

La division du travail entre les USA, la Belgique et le Congo était telle que les équipements des industries en Belgique et au Congo étaient essentiellement américains en contre partie de l’écoulement des produits vers le marché américain.  Sans cela, il n y aurait jamais eu une moindre possibilité, même infime, que ces puissances européennes d’alors puissent un jour respecter les vieux accords  de Berlin.

Les Etats-Unis d’Amérique obligeaient ainsi tout le monde à respecter les accords de Berlin, dans leurs intérêts bien compris.  Seulement le libéralisme économique de Berlin était remplacé à l’intérieur du Congo par un interventionnisme économique efficace dans le cadre d’un Etat colonialiste belge. Sans cela, les investissements massifs vers le Congo n’auraient jamais eu jour au Congo.  Même sans parler de colonisation américaine du Congo, on peut certainement évoquer la notion   de ‘‘indirect rule’’ de niveau supérieur et international.

Longtemps, le Congo fut menacé d’éclatement par les Congolais eux-mêmes du fait des poussées sectaires et séparatistes internes. Mais, l’intégrité du Congo a toujours été maintenue grâce à l’intervention décisive des USA soit directement ou indirectement (par l’ONU et ses alliées européennes et africaines tel que le Maroc),  confirmant la vision stratégique et historique des USA, celle qui consistait à maintenir le territoire congolais unis mais en dehors des zones d’influence adverses, notamment pendant la guerre froide contre les Soviétiques et les Chinois.

En ce qui concerne les Anglais, ce fut la campagne vigoureuse orchestrée en Angleterre puis relayée dans le monde entier (en Belgique surtout) au début du vingtième siècle par les organisations philanthropiques – ancêtres de ONG actuels des droits de l’Homme – et par les journaux britanniques de l’époque, qui a obligé le régime Léopoldien à stopper le traitement inhumain et dégradant des nègres Congolais. Ce que d’aucuns ont récemment évoqué comme étant un crime de génocide.

La Belgique succédant  à Léopold II entendait ‘‘mieux’’ traiter le congolais, même si c’était dans le but d’avoir une main d’œuvre moins hostile pour l’exploitation des ressources naturelles. Ainsi, on vit surgir les premières écoles primaires et professionnelles pour ouvriers, des centres de santé érigés et souvent managés par l’Eglise Catholique bien intégrée dans cette œuvre de ‘‘civilisation’’ colonialiste.

Le Congo est un champ clos des rivalités entre grandes puissances depuis sa création en 1885 : entre la France et l’Allemagne à la création du Congo, entre Est et l’Ouest durant la guerre froide de 1945 à 1989 et entre les groupes d’intérêts européens et américains plus ou moins soutenus par leurs Gouvernements respectifs.

Par exemple, le 13 juillet 1960, le Gouvernement central de Lumumba sollicita au Conseil de Sécurité des Nations Unies l’assistance militaire onusienne pour réduire la sécession katangaise d’alors.

Le Gouvernement sécessionniste du Katanga de Tshombe demanda une aide pour constituer et former une armée autonome katangaise, en plus des mercenaires envoyés la France. La France appuya donc la sécession katangaise alors que les Américains utilisaient l’ONU et Mobutu pour maintenir l’unité territoriale congolaise.

Lorsque dans les années 1990, les Américains lâchaient Mobutu, les Français l’appuyaient fortement en l’impliquant notamment dans la protection et l’accueil au Congo des génocidaires hutu rwandais dont on connaît aujourd’hui les effets désastreux. Dans le premier exemple, l’accord entre ces puissances se fit de la manière suivante : Les Etats-Unis d’Amérique consentirent  d’intervenir avec la mission des Nations-Unies au Congo (ONUC) mais cette dernière  ne pouvait intervenir que si Lumumba était au préalable éliminé, pour éviter que l’ONUC en question puisse servir sous les directives de son Gouvernement.

Depuis, il a eu la ‘‘Mission des Nations-Unies au Congo’’ (MONUC), aujourd’hui devenue ‘‘Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation du Congo’’ (MONUSCO) où toutes les puissances sont présentes en équilibre à  dominante américaine. Aujourd’hui, la Grande Bretagne au Congo des domaines intervient notamment dans l’appui à l’émergence  des droits de l’homme et  à la bonne gouvernance économique ; sa coopération est ‘‘exemplaire’’  en termes d’’ampleur de ses financements des  activités de la Monuc et puis Monusco. La France y entretient une forte influence militaire.

Le procès fait aux Américains et leurs alliés  Anglais par certains Congolais dans la blogosphère n’est pas tout à fait conforme à l’histoire réelle du Congo depuis le dix neuvième siècle.  Ils reprennent surtout la propagande française de la ligne gaulliste de l’époque où la France voulait s’affirmer comme puissance économique et militaire hors OTAN.

3.  L’ONUC EN RDC de 1960 à  1966

Depuis 5 décennies la RDC aurait pu rayonner  politiquement et  culturellement du fait de ses  ‘‘richesses incommensurables et de sa place éminente dans [la] (…) configuration géopolitique de l’Afrique et du monde’’.  A la place, il y a eu ‘‘sécessionnisme’’, ‘‘rébellions armées récursives’’ et ‘’tyrannie macabre qui a réussi à chosifier l’être congolais’’.

Le jeudi 30 juin 1960, la République Démocratique du Congo  (…)  suscitait espoir (…) dans tous les autres pays du Continent (…). Mais, ce sentiment (…) généralisé  s’est (…) évaporé (…) évanoui  (…) relativement à l’inconnu et à l’incertitude générée par une kyrielle d’événements successifs’’.

Le MNC de Lumumba et ses alliés avaient remporté les élections organisées en mai 1959. Un Parlement avait été mis en place après les élections.  Le 23 juin 1960, Patrice Emery Lumumba devint le Premier-Ministre du Congo indépendant.

Le 11 juillet 1960, Moise Tshombe et la Confédération Nationale du Katanga, déclarèrent la sécession de la province du Katanga[3] Le Gouvernement de Lumumba demanda l’assistance de Nations-Unies. Une mission onusienne fut mise sur pieds : l’‘‘Organisation des Nations-Unies au Congo’’(ONUC)[4].

Alors que Patrice Emery Lumumba demandait  l’intervention des forces des Nations-Unies, Moïse Kapend Tshombe – lui – demanda au Gouvernement belge une aide pour constituer et former une armée katangaise. La France lui envoya en renfort  des mercenaires sous la direction de Bob Denard.

Le 13 juillet 1960, le gouvernement de Lumumba rompit ses relations avec la Belgique et tenta de solliciter l’aide de l’Union soviétique. Patrice Lumumba fut alors considéré comme un communiste et les USA pesèrent de tout leur poids au Conseil de Sécurité des Nations unies pour retarder l’assistance militaire onusienne sollicitée par le Congo-Kinshasa.

En juillet 1960,  l’indépendance  du Sud-Kasaï  fut  proclamée, 3 jours  après celle du Katanga, même si plus tard Albert Kalonji  prétendit que ce fut avant tout une  rébellion incitant le pouvoir central à  lui octroyer ultérieurement au Sud Kasaï  un statut de province fédérée.   Le 9 août 1960 donc, l’autonomie de l’Etat minier fut pourtant proclamée, avec pour capitale Bakwanga (de nos jours Mbuji-Mayi).

Alors que les Belges et les Français soutenaient les sécessions,  katangaise et Kasaïenne, les Etats-Unis adoptaient une autre option, celle de l’unité territoriale congolaise pour ne point laisser une seule parcelle au communisme.

Il fallait donc  supprimer Patrice Lumumba et monter un troisième homme – le Colonel Joseph Mobutu – pour prendre le contrôle de tout le Congo. L’armée officielle sous la direction de Joseph Mobutu, la mission de Nations Unies au Congo, les mercenaires de Moïse Tshombe, les gendarmes katangais, les Cubains anticastristes  et les agents de la CIA  allaient entrer en scène  pour écarter le danger communiste,…. et de Patrice Lumumba et ses partisans avec.

Le 14 septembre 1960, le Colonel Joseph Désiré Mobutu prit le pouvoir en créant le fameux ‘‘Collège des Commissaires Généraux’’ formé par de jeunes universitaires et faisant office de gouvernement provisoire dirigé par Justin Marie Bomboko et connu aujourd’hui sous le nom de groupe de Binza.

Sur décision de Joseph Kasavubu, de Justin Bomboko, de Victor Nendaka et de Joseph-Désiré Mobutu,  le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba et deux de ses compagnons, Maurice Mpolo et Joseph Okito, furent conduits par avion à Elisabethville, au Katanga, et  tués par des officiers ou mercenaires belges au nom des responsables katangais[5]. Plusieurs de ses partisans furent exécutés dans les jours qui suivirent l’exécution de Patrice Lumumba.  Son assassinat fut rendu public le 10 février 1961.

En  février 1961, le chef du Parti Solidaire Africain (PSA) et ancien Vice-Premier ministre de Lumumba en 1960,  Antoine Gizenga  (1925 à Mushiko -Bandundu,  Premier-Ministre de la RDC en 2007), forma un gouvernement à Stanleyville (Kisangani actuelle) qui fut reconnu par 21 pays d’Afrique, d’Asie, et d’Europe de l’Est.   Une insurrection parmi la population paysanne, au cri de ‘‘A Lumumba’’ ou ‘‘Mulele Mai’’ éclata dans les environs de Kikwit, à  l’Ouest.

Le 13 février, un mois plus tard, le Collège de Commissaires Généraux fut  dissout au profit d’un gouvernement provisoire dirigé par Joseph Iléo.  Après l’élimination de Patrice Lumumba, les institutions de la République  furent donc rétablies et le pouvoir rendu aux civils en 1961 par Joseph Mobutu. Joseph Iléo redevint Premier Ministre  du 9 février  au 27 juillet mais il était sous un contrôle étroit de l’armée.

Le Congo compta alors trois véritables gouvernements concurrents :

  •  Le Gouvernement ‘‘ pro-occidentale’’ à Léopoldville avec Joseph Iléo ;
  • Le Gouvernement lumumbiste à Stanleyville  avec Gizenga et
  • Le Gouvernement sécessionniste à Elisabethville  avec Moïse Tshombe.

En fait, le colonel  Mobutu devenu Général avait mis  en veilleuse son projet de contrôle du pouvoir d’Etat en vue d’une reconquête  préalable de l’ensemble du territoire. Dans cette perspective, les Américains changèrent de perspective en faveur du Gouvernement de Léopoldville.

Le 30/1/1961, après une campagne militaire sanglante de quatre mois durant laquelle des milliers de civils furent massacrés, le gouvernement central reprit le contrôle de la région du Kasaï et arrêta Kalonji entérinant ainsi la fin de la sécession du Sud-Kasaï.

Entretemps, le 21 février 1961, la Belgique était sommée par le Conseil de Sécurité de l’ONU de retirer ses officiers du Katanga et la Mission d’intervention des Nations Unies fut  alors mise en marche.  Le Conseil de Sécurité des Nations Unies avait eu lieu dans une atmosphère chargée relativement à  la mort de Patrice Lumumba, avec un fort accent anticolonialiste. Ce Conseil de Sécurité adopta  le principe d’envoi des troupes onusiennes au Congo pour prévenir contre une guerre civile, avec usage de force en dernier ressort.

Joseph Iléo n’était pas parvenu à enrayer la mauvaise situation sécuritaire dans l’Est du Congo et l’état politique déplorable à  l’Ouest.  En réalité, il  fut confronté aux rebellions lumumbistes  et pendant longtemps à la sécession des provinces  du Katanga et du Sud Kasaï et d’une permanente jacquerie des politiciens à  Léopoldville.

En juin 1961, Moise Tshombe avait signé une déclaration d’intention de faire revenir le Katanga dans le giron national mais il apparut plus tard et clairement qu’il n’avait pas du tout envie de mettre en œuvre cette intention de réunification du Congo-Kinshasa.

Le 2 août 1961, sous les auspices de Nations-Unies, il fut organisé le ‘‘Conclave’’ parlementaire (Sénat et Assemblée Nationale) à  Lovanium, réunissant les parlementaires proches du pouvoir et ceux des mouvements insurrectionnels. Le syndicaliste Cyrille Adoula, pourtant issu de la minorité parlementaire forma un ‘‘Gouvernement d’Union Nationale’’ qui regroupait des lumumbistes (dont Gizenga et Gbenye) et des membres du groupe de Binza.

Sous la direction de Kasavubu, Cyrille Adoula  gouverna  le Congo jusqu’en juin 1964 avec l’aide des Nations Unies et ce, après avoir épurée de son gouvernement tous les leaders lumumbistes.

En janvier 1962, Antoine Gizenga fut arrêté et fut  emprisonné à Bula-Mbemba de janvier 1962 à juillet 1964. Le général Lundula et  Christophe Gbenye  furent mis en résidence surveillée par le General Mobutu. . En fait, bien que nommé vice-Premier ministre du gouvernement Adoula, Antoine Gizenga campait  sur ses positions dans son bastion de Stanleyville.

Le 7 septembre 1962,  Albert  Kalonji évada de prison et tenta de mettre sur pied un nouveau gouvernement mais l’aventure ne dura qu’un mois.

Le 25 septembre 1962, le Sénat avait défié Kasavubu en votant une résolution qui exigeait la libération immédiate d’Antoine Gizenga. Le pouvoir réagit fermement : sept députés lumumbistes furent mis aux arrêts le 29 septembre 1962.

Pendant ce temps, le Katanga de Moïse Tshombe refusait  toujours catégoriquement de réintégrer le giron de Léopoldville. Le conflit entre Elisabethville et le gouvernement central fut  plus long à résoudre puisqu’il perdura pendant plus d’une année encore, et ce malgré l’intervention de plus en plus marquée de la mission militaire de  l’Organisation des Nations unies au Congo (ONUC)[6].

Le 15 janvier 1963, le Katanga sécessionniste capitula.  En fait, entre août 1961 et janvier 1963, les casques bleus des Nations unies avaient lancé  trois grandes offensives afin de réduire la sécession katangaise et durent cependant attendre l’offensive de décembre 1962 pour voir les efforts des Nations unies enfin couronnés.  La prise du Katanga par les forces des Nations unies contraignit Moïse Tshombe à l’exil vers la Zambie actuelle (ex Rhodésie du Nord) et plus tard vers l’Espagne. Ses partisans (mercenaires et gendarmes katangais)  se réfugièrent en  Angola.

En Janvier 1964,   les Lumumbistes  déclenchèrent une  guerre de Libération à  partir de Bujumbura au Burundi constitué. Ils s’étaient organisés en ‘‘Comité National de Libération’’, CNL  en sigle.

Le 7 juillet 1964, Moise Tshombe  retourna au Congo pour prendre part à un nouveau gouvernement de coalition en dirigeant le  Ministère des Affaires étrangères. Il devint ensuite Premier Ministre après l’éviction de Cyrille Adoula. Il s’employa ensuite à mettre fin effectivement à  la rébellion avec l’appui des Occidentaux. Tous les mercenaires et les gendarmes katangais furent purement et simplement reversés dans l’armée congolaise soutenue à fonds par les puissances de l’OTAN.

 Les élections était prévues législatives et présidentielles étaient prévues pour avril-mai 1965. Ces élections législatives furent remportées par la CONACO de Moise Tshombe et – par crainte d’échecs  aux élections présidentielles –  Joseph Kasavubu ne cessait de reporter les élections présidentielles… pour les fixer finalement en Avril 1966 !

La tension entre les deux ex-alliés monta d’un cran lorsque le Kasavubu soutint que la nouvelle Constitution ne pouvait entrer en vigueur qu’après l’élection du Président en 1966. Il soumit ainsi le Premier Ministre Moïse Tshombe à un régime de transition  et sous sa seule Autorité, au mépris du statut légal du Premier Ministre, Chef de l’Exécutif,  tel que prévu par la Constitution de 1964.

Devant la persistance des tensions au sommet de l’Exécutif, Joseph  Kasavubu démit  le Premier Ministre Moïse Tshombe de ses fonctions au profit d’Évariste Kimba du cartel CDA.

Le 26 mai 1965 le Congo-Kinshasa fut admis à  l’OCAM au sommet d’Abidjan mais les Etats-Unis et la Belgique virent de mauvais œil cette intrusion française dans les affaires congolaises. En octobre 1965,  Joseph Kasavubu destitua Moïse Tshombe qui reprit le chemin de l’exil. En date du 24 novembre 1965, Joseph Kasavubu lui-même  fut démis de ses fonctions de Chef de l’Etat un an plus tard par Joseph Mobutu, dans un Congo réunifié…. Comme par hasard par celui qui avait éliminé Patrice Lumumba  avec l’aide de l’ONUC !

4.   LA MONUC/MONUSCO DEPUIS 1999 EN RDC

Le 10 juillet 1999 un accord a été  signé à Lusaka pour trouver une solution pacifique à une guerre régionale entre d’une part les gouvernements de l’Angola, de la Namibie et le Zimbabwe en soutien au gouvernement de Laurent D. Kabila et d’autre part le Rwanda,  l’Ouganda en appui aux rebellions du le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) et du Mouvement de libération du Congo (MLC). Les efforts de médiation aboutirent à la signature d’un accord de cessez-le-feu à Lusaka (Zambie).

Cet accord prévoyait entre autres le départ des troupes étrangères de la RD Congo, des négociations politiques inter-congolaises pour préparer une transition politique devant mener aux élections et le déploiement d’une Mission de l’Onu pour vérifier le respect des engagements par les protagonistes. Ce fut la Mission de l’Organisation des Nations unies au du Congo (MONUC) devenue par la suite la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la Stabilisation  du Congo (MONUSCO).  A cet effet, elle compte officiellement aujourd’hui un effectif total estmé à 19.290 militaires !

Les différentes résolutions des Nations-Unies indiquent bien une certaine évolution de la ”Mission” onusienne :

      1.  Résolution 1258 du  6 août 1999 : prise de contact et évaluation technique des modalités d’une intervention  de 90 militaires de l’ONU ;
      2. 1273 du 5 novembre 1999 peaufinant la mission ci-dessus jusqu’à atteindre  500 observateurs militaires ;
      3. Résolution 1291 du 24 février 2000 : lancement  de la mission onusienne avec l’envoi de 5.537 militaires en RDC,  pour ‘‘ protéger les civils se trouvant sous la menace imminente de la violence physique’’ ;
      4. Résolutions 1355 et 1376  entre le 9 novembre et le 15 juin 2001 : avec l’élargissement du mandat de la MONUC aux aspects de désarmement, démobilisation, rapatriement, réinstallation et réinsertion (DDRRR) des groupes
      5. Résolution 1445  du  4 décembre 2002 : renforcement des opérations DDRRR par  augmentation de son effectif jusqu’à 8.700 soldats
      6. Résolution 1493 du 28 juillet 2003 : renforcement des aspects militaires  et humanitaires de la Monuc en vue de saisir ou recueillir les armes ou tout matériel connexe dont la présence en RDC constituerait une violation de l’embargo sur les armes ;
      7. Résolution 1533  du 12 mars 2004 : renforcement des capacités d’action de la MONUC jusqu’à 10. 800 militaires pour lui  donner  les moyens de faire respecter l’embargo sur les armes à destination de l’Est de la RDC ;
      8. Résolution 1565 du  1er octobre 2004 : pour une nouvelle fois à donner à la Monuc les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses nouvelles missions  jusqu’à 16.700 militaires (5.900 hommes supplémentaires)  avec ‘‘le déploiement du personnel civil approprié, des moyens de mobilité aérienne appropriés et proportionnés et d’autres moyens de mise en œuvre…’’.

Ce qui remarquable aujourd’hui, c’est le fait que la Monusco a fini – de facto – par imprimer sa ligne sur toutes les activités des Agences du Système des Nations-Unies au Congo.  Il y existe – en effet- plusieurs Agences des Nations-Unies dont le PNUD, l’OMS, l’UNICEF, l’UNESCO, le BIT, l’ONUDI, l’ONU-Femmes, l’UN-Habitat, le FAO, l’OCHA, l’OIM, le FUNUAP ….et une foule des petites organisations onusiennes chargées de la systématisation de leurs interventions  en matière de sécurité ou de transport des agents, voire en matière de passation des marchés et d’échange des informations ou des consultants, etc.

Au sommet de la coordination de ces agences, il y a été institué un Bureau de coordination, dit ‘‘Bureau Intégré’’ qui anime plusieurs réunions statutaires chargées précisément des coordinations sectorielles,  d’échanges des informations, de répartition des tâches et des ressources  et surtout de production des positions communes en face du Gouvernement congolais.  C’est par ce biais que les ministères du Gouvernement congolais sont mis au pas.

Le Système de Nations-Unies au Congo  parvient ainsi à diriger  les différentes administrations congolaises en leur fournissant … des moyens de fonctionnement et  ….des idées ‘‘innocentes’’ de la manière de ‘‘diriger’’ le pays.  Les coopérations bilatérales des pays occidentaux passent souvent par ces coordinations sectorielles du Système des Nations-Unies  pour ‘‘assister’’  le Gouvernement congolais. En retour, le  Système des Nations-Unies renforce sa main mise sur les administrations congolaises.

Les hommes et les femmes, étrangers et nationaux, y recherchent activement du travail  et des petits et gros marchés,  avec un système parfait d’allégeances  courtisanes à  ce pouvoir multilatéral dominant – techniquement  et politiquement – la scène politique congolaise. Les universitaires parlent de l’ ‘‘agencisation’’ du Congo par les Nations-Unies.   Ceci est le volet civil, technique et administratif du Système des Nations au Congo.

Cette ‘‘agencisation’’ du Congo résulte- en fait – de la vision et de l’action même de la Monusco. La Monusco a systématiquement ajouté à  sa fonction  militaire et sécuritaire  des fonctions civiles qui consistent : 

  • D’abord, en doublures des Agences dans tous les domaines  au sein de la Monusco (unité de santé, unité d’éducation, unité de lutte contre les violences sexuelles, unité de bonne gouvernance, unité d’appui aux activités agricoles, de construction,…..). Ces unités ont pour rôle principal de faire de la ‘‘visibilité’’  par  tapage médiatique en vue d’attirer l’attention sur la nécessité de la présence de la Monusco au Congo. Leur impact sur terrain est très faible, sinon nul  !  
  • Ensuite,  en programmes conjoints dans le cadre des missions des Agences sous la responsabilité des chefs dépendants  du Bureau intégrée.   La fonction de ces programmes conjoints est surtout de collecter des informations sur les différents secteurs de la vie congolaise et les diffuser vers des Gouvernements occidentaux et les firmes multinationales pour des usages immédiats ou ultérieurs.
  • Enfin,  en rapport de conformité  des tous programmes conjoints et toutes activités des Agences  à  la ligne imposée par la Monusco. De fait puis de droit, la Monusco est devenu l’institution interlocutrice essentielle  du Gouvernement congolais pour tout le système des Nations-Unies au Congo.  

Par mandat spécial, le Chef de la Monusco est le Représentant du Secrétaire Général des Nations-Unies au Congo. C’est de lui que dépend le fameux ‘‘Bureau Intégré’’ des Agences onusiennes. Il domine sur le Commandement militaire des troupes onusiennes. De son Bureau, il contrôle tous les circuits de renseignements en collaboration avec les services spéciaux occidentaux en œuvre au Congo.  Et c’est un Représentant très puissant,  très écouté, sinon craint par tous les hommes politiques et les milieux sécuritaires, économiques et financiers. Il a une influence certaine sur la direction politique congolaise.

En ce sens, le Chef de la Monusco symbolise la Gouvernance mondiale sur le Congo-Kinshasa. Aujourd’hui, la Monusco condense en elle toutes les projections des acteurs politiques tant nationaux qu’internationaux et  hors d’elle toutes contradictions de vie politique congolaise.

La Monusco parle constamment du droit, surtout là où elle peut faire prévaloir ses propres droits. Elle n’évoque des violences  ou des injustices que si elle  peut les empêcher ou les imputer à des personnes ou des organisations qui troubleraient éventuellement sa mission officielle, actuelle ou future.

L’artifice du langage consiste à inverser les rôles et les themes. Tel  est l’artifice politicien dans l’adresse  de Kobler du 7 octobre 2015 au Conseil de Sécurité ou :.

  • L’on parle d’abord des tensions potentielles relatives au processus électoral qui sera entravée par  la question d’insécurité dans l’est du pays ; on vante ensuite le travail abattu en cette matière de sécurité. Enfin,  on parle des   graines d’un Congo stable, sécurisé et résilient sur lesquelles la Monusco doit veiller en se renforçant, plutôt que de parler de la nécessaire refondation endogene du Congo !
  • D’abord, l’on célèbre la victoire sur les M23 alors qu’ils sont est nés du fait des FDRL et de la non-application des accords du 23 mars 2009, pourtant largement  ignorés par la Monusco. Tout cela, en disant que les M23 restent une bombe à retardement pour la sécurité et – comme un souhait implicite – une nécessité pour la durée de la Monusco en RDC.  Ensuite, sans une Claire option contre les actes criminels en RDC des FDRL, on laisse quasiment en paix cette organisation criminelle des Hutus rwandais liés au Génocide des Tutsis dans leur pays et ce, – sous des prétextes fallacieux – en évoquant des difficultés de les traquer et en incriminant le Gouvernement congolais pour cette responsabilité-là ! Enfin, on termine le discours à  la fois sur une note d’optimisme, voire d’autosatisfaction et sur la nécessité de continuer à soutenir une population congolaise souffrante !

Elle était ‘‘Monuc’’, Mission des Nations Unies au Congo pour une durée limitée dans le temps. Elle est devenue ‘‘Monusco’’ pour stabiliser la société congolaise. En longue durée, sans doute.  Puisqu’elle travaille surtout avec les organisations non gouvernementales de la société civile assez stipendiée aux forces exogènes.

La Monusco semble toujours vouloir signifier qu’elle est indispensable et incontournable pour stabiliser le Congo. Elle accumule les données sur les faits, les événements,  les hommes et les institutions congolaises en vue de les transformer en informations selon ses besoins spécifiques. C’est-à-dire celles qui justifient sa mission de paix et de stabilisation de la société. Il faut que l’on lui donne toujours satisfaction à ses demandes. Celles  qui accoisent ses ressources, ses agents et … sa puissance.

Il ne faut surtout pas lui prêter des desseins impériaux puisqu’elle a en son sein des Sénégalais, des Ghanéens, des Uruguayens, desParaguayens, des Népalais  … nos ‘‘semblables’’ en termes de sous- développement. Justement, ces derniers nous ressemblent un peu trop dans nos faiblesses !

Penses-t-on que l’ex-Monuc puisse susciter ou encourager en sous main des foyers de tension pour justifier sa présence au Congo ? C’est un pas que les gens franchissent ….en silence. Pour la paix, l’élite politique congolaise  se tait lorsque l’ex-Monuc suscite des organisations non gouvernementales ou cherche à prendre en mains les intérêts des groupes civils échappant au contrôle de l’Etat.

La Monusco semble ne faire que de la logistique. Mais justement, c’est là que la Monusco devient de plus en plus la colonne vertébrale de la société congolaise et … renforce son pouvoir au détriment de  l’Etat : ici, c’est le transport aérien des politiciens congolais ;  là,  ce sont des fournitures de consommation pour les ONGs congolaises ; et encore là, ce sont les informations bien stylisées de la radio onusienne pour les populations congolaises, etc. Elle fait même des comptes-rendus hebdomadaires sur la situation sécuritaire et sociale des populations civiles en lieu et place du Gouvernement, devenu muet pour les questions essentielles de la Nation congolaise.

La Monusco travaille en permanence avec environ 300 ONGs dans chacune des  11 provinces du Congo  soit environ 3400 ONGs congolaises sous sa coupe. Elle utilise ainsi la société civile congolaise pour faire pression sur les dirigeants politiques congolais dans un sens ou un autre.

Les agences fonctionnant – désormais comme des unités intégrées de la Monusco -  s’ingénient à  collecter des données sur le Congo  et à mener des études sur les Congolais comme le faisaient jadis les colonialistes belges. Cette anthropologie néo-colonialiste  se réalise selon une approche qui renforce toujours davantage le Congo dans la dépendance d’une certaine  la ‘‘Gouvernance mondiale’’ de type occidental.

Pour ce faire,  les donnés sont empiriquement collectées, stylisés selon un thème ‘‘onusien’’ d’avance bien précis au niveau conceptuel  et  avec l’objectif  de susciter  une demande formelle d’assistance de la part des partenaires congolais. Ensuite, ce sont des  interventions multilatérales ou bilatérales  suivies d’un recrutement des jeunes novices européens ou américains, encadrés par des vieux consultants plus ou moins autoproclamés ‘’spécialistes’’ dans leurs CV. Ces vieux consultants agissent en ‘‘mécaniciens du ‘‘couper-coller’’ (‘‘cut’’ and past’’) des  projets empruntés d’ailleurs  mais plus ou moins reflétant  dans leur exécution éventuelle les fameuses ‘‘donnés  empiriquement collectées’’.  .

Puisque souvent ces ‘‘donnés  empiriquement collectées’’ sont ‘‘noircies’’ ou ‘‘exagérées’’ pour les besoins de la cause ci-dessus épinglée, beaucoup de ces projets multilatéraux ou bilatéraux de coopération internationale  restent au stade de démarrage, faute de fonds additionnels  de la contrepartie congolaise !  Ou, alors, ils deviennent des projets fonctionnant au sein des Ministères du Gouvernement comme de substituts à  l’Administration publique congolaise, consommant ressources,  au su et au vu, des fonctionnaires congolais clochardisés.

La Monusco a dénaturé les fonctions des Agences onusiennes au Congo. Elle modifie  – insidieusement mais substantiellement – non seulement leurs règles d’application mais aussi les missions premières de ces Agences onusiennes. Ceux des Congolais – politiciens ou techniciens, consultants nationaux ou employés locaux du système onusien, chefs assistés des ONGS partenaires de ce dernier – bénéficiaires de cette administration parallèle de la ‘‘Gouvernance mondiale’’ au Congo, ils deviennent de facto des agents ‘‘objectifs’ de la dépendance internationale de leur pays et  d’un certain conservatisme social.

Autant l’ONUC avait la mission de contrôle exogène de la RDC après  l’élimination de Patrice Lumumba ; autant la Monusco a eu pour objectif essentiel le maintien au pouvoir de Joseph Kabila de 2001 à 2016. Elle invoque – aujourd’hui – le respect de la Constitution pour pousser dehors Joseph Kabila,. Au profit de qui? Mystère!

‘‘La « communauté internationale » a habillé sa tutelle sur le Congo  d’oripeaux démocratiques qui lui ont couté, de 2002 à  2006, 500 millions de dollars sans se préoccuper de savoir comment pérenniser cette démocratie fragile. (…) La RDC, plus qu’une démocratie de pure forme  sans un Etat armé pour le défendre, aurait, ainsi que l’estime Paul Collier, bien davantage ‘’ besoin de 50 ans de paix pour simplement retrouver le niveau de vie qui était le sien en 1960….Ses chances de connaitre la paix pendant les 50 années de suite sont très faibles en raison, aujourd’hui, de son bas revenu, de sa croissance lente (plus ou moins de 9% en 2008 mais moins de 3 % en 2009), de sa dépendance aux matières premières et de la genèse de ses conflits… Le Congo est probablement coincé pour longtemps dans le piège de la guerre, peu importe combien de fois il s’en relève lui-même ; à moins que nous fassions quelque chose’’. On ne peut que constater, hélas, que le ‘’quelque chose’’ de la ‘‘communauté internationale’’ s’apparente   plutôt  à  ‘’ n’importe quoi’’ sans intérêt pour les Congolais’’[7].

5.   UNE REVUE STRATEGIQUE DE LA MONUSCO  EN RDC

Fait-il blâmer vraiment la Monusco ?  Ne fait-elle qu’occuper un vide laissé par les leaders  politiques congolais,  eux-mêmes ? Sans doute ! Faut-il laisser faire la Monusco ? Non !

En général, le pouvoir n’a pas pour vocation de se subroger.  Le pouvoir acquis par l’ex- Monuc – actuelle Monusco -,  dans la société congolaise est immense – et à  terme très dangereux – pour sa souveraineté. Celle du Congo et celles de ses voisins. Au plan régional, ce pouvoir onusien sans véritable définition est excessivement dangereux.

La domination d’un pays sur un autre n’est pas – en soi – un phénomène nouveau dans le monde[8].  Seulement au Congo, on ne sait pas sur quel champ de bataille amorcer la lutte contre la Monusco : militaire ? Diplomatique ? Une chose est certaine. L’élite congolaise  sera probablement amenée  à composer  une politique faite de manœuvre et de brutalité pour s’en débarrasser.

Dans les milieux intellectuels congolais, il est né un esprit, celui de contester ce pouvoir multilatéral sous lequel des puissances étrangères sont entrain  d’avancer leurs pions internes et externes pour un  contrôle durable du Congo.  Beaucoup évitent d’en parler car l’épreuve de forces avec l’ex-Monuc aurait une issue incertaine  pour eux.

En fait, avec les faibles et tous temps, les puissances mondiales ne connaissent ni le droit ni la justice.  Si les leaderships des pays d’Afrique  ne peuvent résister, autant qu’ils s’inclinent pour ne par être éliminés. Et personne ne viendra à leurs secours. De toutes les façons, les compétitions internes offrent assez de distractions à l’élite politique congolaise pour  pouvoir contester le pouvoir onusien.

Pire, l’élite politique pense peut être qu’une note diplomatique suffirait un jour pour écarter le danger. Comme elle est habituée à céder, elle va manger son chapeau en prétextant vouloir éviter de répandre son sang.  Elle se contentera d’évoquer une prétendue loi de la nature et de l’histoire que les nations fortes se chargent du destin des peuples faibles. Ils vont faire semblant d’oublier que le gouvernement du monde revient à ceux qui savent se risquer et se dévouer  pour forger l’avenir.

L’élite politique congolaise devrait s’inspirer de l’adage de Machiavel :   les hommes doivent apprendre à ne pas être vertueux dans un monde où les autres ne le sont guère’’.  Capituler en restant incrédules devant tant d’astuces et d’intrigues  ou préparer déjà la guerre diplomatique et ….militaire, s’il le faut.  A terme, tel est le seul choix que l’ex-Monuc laisse aux patriotes congolais.

Les Congolais doivent faire attention à  une chose : dans les organisations internationales en RDC,  il y  pullule des Africains qui se sont aveuglés eux-mêmes de ‘‘manière si totale et profonde jusqu’au tréfonds de leur âme’’.  Ils  agissent contre le Congo en abolissant en eux toute tension morale. Ils ne sont que des instruments d’un ‘‘pouvoir onusien’’  en marche pour une ‘‘histoire’’ qui n’est pas le fait de la volonté souveraine congolaise.

Il nous faut nos propres ‘‘gardiens de l’Etat’’[9] (soldats, policiers, gardiens de prison, espions)  qu’on formerait  comme de super chiens de garde, féroces et violents envers les ennemis tout en étant amènes et respectueux  envers les citoyens, et ce, pour la défense de la république. Quitte à ce que l’élite politique produise une architecture institutionnelle où la démocratie congolaise puisse construire ou poursuivre ‘‘ce genre d’activité sans s’avilir’’ et ‘‘laisser un héritage de belles manières’’[10] aux générations de demain.

Il nous appartient à nous-mêmes – et en définitive- de redéfinir notre propre politique de coopération. A travers nos dirigeants politiques et nos représentants à  tous les niveaux, nous devons résolument agir  pour que la coopération avec toutes les nations du monde puisse – à nous et à nos descendants-  être bénéfique comme des fruits de la liberté dans tout le Congo.

L’Occident (USA, Canada, Europe, Australie et Japon) est en crise et la RDC a besoin de solidarité internationale.  Au lieu d’avoir à supporter une Monusco- finalement non productive des ressources pour la RDC – sinon par l’effet limité de consommation locale des revenus de ses militaires et cadres- il nous faut  une assistance massive de l’Occident via les coopérations bilatérales. C’est important de renforcer nos relations avec les partenaires traditionnels de la RD dans le cadre d’un Pacte Stratégique de Dévéloppement (PSD).

J’estime à 250 milliards de Dollars américains les sommes nécessaires à l’enclenchement d’une véritable refondation de l’Etat dans la perspective d’une transformation  sociale durable soit 10% du potentiel économique estimé à 25.000 milliards de Dollars américains dans les milieux diplomatiques à Kinshasa.

La mobilisation de ces sommes peut se faire en trois périodes de 3 ans, à  raison de  82 milliards – en moyenne – par période. L’ensemble des périodes de financement ne devrait donc pas excéder 9 ans !

C’est possible  au regard des ressources naturelles de la  RDC  mais à  condition pour les Congolais d’œuvrer pour une véritable machine étatique de progrès pour tous. Sinon, les ressources resteront à  l’état de ‘‘nature’’; elles  ne deviendront jamais de richesses pour les Congolais, sinon que des ‘‘ressources extorquées’’ par quelques individus, internes et externes ! 

Le Congo-Kinshasa serait  aujourd’hui évalué en ressources minières et pétrolières brutes à  environ 25 000 milliards des dollars US- au minimum -.

Malheureusement, les dirigeants politiques  actuels du Congo ne parviennent pas à quitter un esprit lilliputien de mobilisation des ressources: ils misent souvent sur  quelques millions remis  à  nos gouvernements successifs par des ONGs ou par des Agences du Système des Nations-Unies. Il semble évident qu’il faille plutôt  avoir  en vue une conception correcte et précise des réformes en profondeur des structures de gouvernance du pays et lutter pour financer –  – un  plan décennal de développement économique,  avec plus des ressources internes.

Le Congo-Kinshasa devrait pouvoir  à la fois émettre des obligations à  10, 20 et 30 ans  sur  le marché financier international et organiser en son sein sa propre bourse des valeurs. C’est un pari possible si les termes du PST sont clairs  et s’inscrivent dans un projet d’organisation sociale tout aussi claire comme nous l’avons indiqué  dans ce blog www.grandslacas.org..

L’envoi massif des volontaires civils et experts techniques des pays occidentaux pour soutenir la nouvelle administration publique congolaise et non pour la détourner à  d’autres fins pourrait régler deux problèmes, celui du chômage et au Congo et en Occident et celui de la confiance dans l’utilisation des financements mobilisables tant à  l’intérieur qu’à  l’extérieur du pays. La coopération internationale n’exclut point une démarche nationaliste au sens de la construction positive de la RDC.

La RDC a besoin d’une vraie solidarité régionale  et internationale pour l’aider à  la refonde de l’Etat congolais, une refondation initiée par les Congolais et pour les Congolais.  Elle ne pourra redémarrer que si  elle met en œuvre  une organisation administrative efficace au service de son développement interne ! On doit urgemment se départir de la Monusco qui installe plutôt sa propre administration civile en doublant une  ancienne administration publique coloniale déjà en lambeaux depuis 55 ans ! 

Le tableau ci-dessous indique la hauteur des exigences financières  de transformation radicale de la société congolaise en termes des ressources à mobiliser dans le cadre du Pacte Stratégique de Dévéloppement (PSD).

Tableau No 1 : Allocations aux reformes structurelles en RDC ( en millions de USD)

Matières

Sur 10 ans

P1 = 3ans

P2 = 3ans

P3= 3 ans

1 Infrastructures

20%

 50.000

 10.000

20.000

 20.000

2 Energie et   Ressources en Eau

10%

            25.000

      6.250

 6.250

     12,500

3 Production   matérielle

6%

15.000

         5.000

     5.000

         5.000

4 Régulation   économique

5%

  12.500

         2.500

     2.500

         7.500

5 Planification   du Développement

2%

            5.000.

         1.500

         2.000

         1,500

6 Condition   sociale

6%

         15.0000

         7.500

         3.750

         3.750

7 Défense   Nationale et Sécurité

10%

           25.000

    12.500

         6.250

         6.250

8 Education   & Recherche scientifique

10%

           25,000

    10.000

    10.000

         5,.00

9 Santé    et Environnement

 10%

           25,000

    10.000

    10.000

         5.000

10 Culture,   Tourisme  &Jeunesse et Sports

2%

           5.000

         2.500

         2.500

         5.000

11 Justice   & Droits Humains

6%

         15.000

         7.500

         3.750

         3.750

12 Administration   locale

6%

         15.000

         7.500

         3.750

         3.750

13 Relations   Extérieures

 2%

  5.000

         1.500

         2.000

         1.000

 14  Primature

 2%

              5.000

     1.500

         2.000

         1.500

15 Communication

 1%

 2.500

         1.500

            500

           500

16 Présidence   de la République

 1%

 2.500

         1.500

            500

             500

17 Organes   de délibération

 1%

 2.500

            500

             500

         1.500

 TOTAL

 100%

250.000.

    85.750

 82.750

 81.500

C’est donc par rapport à  cette assistance massive – génératrice de Paix et de Développement – que les Nations-Unies devraient se mobiliser pour la RDC plutôt que d’y faire déambuler plus de 20.000 militaires à  ne rien faire … pour les Congolais.

La Monusco devrait  être remplacée par un Bureau de Nations-Unies en RDC avec deux missions précises :

      1. Sur demande du Gouvernement, aider la RDC  à  mobiliser des volontaires – sur une base bilatérale auprès des  pays membres des Nations-Unies – des  pour la mise en place des Agences gouvernementales en lieu et place de l’actuelle Administration publique inopérante.
      2. Sur demande du Gouvernement, aider la RDC  à  mobiliser éventuellement des troupes  –sur une base bilatérale auprès des  pays membres des Nations-Unies – pour faire face aux nécessités sécuritaires clairement definies par le Gouvernement congolais.

Le Bureau des Nations-Unies en RDC serait plus efficace par ses pays membres et non par lui-meme directement. C’est pourquoi la Monusco devait quitter rapidement la RDC ! C’est en cela que doit consister le dialogue stratégique : obtenir le retrait de la Monusco et configurer un nouveau Bureau des Nations-Unies en RDC!

C’est à l’Agence Congolaise de Supervision des Projets de Coopération  (ACSPC) de superviser les   projets de   coopération avec les Etats et institutions étrangères aussi bien    de  niveau bilatéral que de niveau multilatéral et de  promouvoir sa coopération   technique  avec   les  autres pays du monde en relation avec chacune des Agences des Nations-Unies. C’est au sein de cette structure congolaise de coopération internationale que l’on doit procéder à la coordination conjointe des actions internationales des Nations-Unies en RDC.

Jean Munyampenda

Annexe :

  

 [1]Etasuniens : des Etats-Unis d’Amérique, selon l’expression de Baadikko Mammadu.

[2]Baadikko Mammadu : Francafrique : l’echec. L’Afrique postcoloniale en question. Editions L’Harmattan. P.22-23

[3]J. Gérard -Libois et  B. Verhaegen, cités par Thomas Munayi Muntu-Monji : op.cit.p.245

[4]Internet, Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, publié le 24 février 2010, consulté le 10 août 2010

[5]  Internet Congo 1960, consulté le 12 Août 2010

[6] Internet, Olivier Lanotte, Chronologie de la République démocratique du Congo / Zaïre (1960-1997), Encyclopédie en ligne des violences de masse, publié le 24 février 2010, consulté le 10 août 2010

[7] Journal ‘‘Salongo’’ de Kinshasa  N0  0049 Semaine du Lundi 29 mars au Vendredi 2 Avril 2010. Dans Rubrique  ‘‘Bon à savoir’’.

[8] Voir,  Pierre Bie :La Belgique face aux investissements étrangers, CRS, Louvain, Belgique 1973.

[9] J. Patrick Dobel : Intégrité morale et vie publique, Editions Nouveaux Horizons-ARS. Paris 2006 p. 88

[10] J. Patrick Dobel: op.cit, p. 83

 

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