CNDP : INTERVIEW AU JOURNAL LE POTENTIEL DE KINSHASA DU 22/04/2009

”Nous avons besoin d’un gouvernement vraiment stable, c’est-à-dire un vrai partenaire avec lequel nous allons asseoir la paix et la sécurité sur des bases solides et indispensables au progrès, à la reconstruction de l’Etat.” Des ”mots” alors essentiels après les négociations  CNDP-Gouvernement du 23 mars 2009.

22.04.09 Le Potentiel : Cinq questions à Jean Munyampenda

Par  Le Potentiel ]/Voir original dans :  http://www.congoforum.be consulté le 24/08/2013

 1. Le CNDP passe du groupe armé au parti politique. Comment allez-vous gérer cette mutation ?

Nous avons besoin d’un gouvernement vraiment stable, c’est-à-dire un vrai partenaire avec lequel nous allons asseoir la paix et la sécurité sur des bases solides et indispensables au progrès, à la reconstruction de l’Etat. Pour ce faire, le gouvernement doit avoir une majorité confortable pour opérer des réformes que nous appelons de tous nos vœux : réforme de l’armée et des services, réforme de la police, réforme de l’administration publique, réforme de la justice et la réforme des institutions financières nationales.

Notre parti a un choix. Il n’est pas représenté à l’Assemblée nationale ni au Sénat. Donc, il est important de s’allier au gouvernement majoritaire pour faire passer nos idées. C’est une question de nécessité politique. Le gouvernement a besoin de la paix et le CNDP a besoin de faire passer un certain nombre de réformes qui chasse l’exclusion et la mauvaise gouvernance.

2. Votre exposé serait-il la synthèse de votre contribution dans l’accord du 23 mars ? Avez-vous des éléments complémentaires à ajouter ?

La substance des accords est liée à notre lutte contre l’exclusion. L’exclusion ethnique est symptomatique de la mauvaise gouvernance. Elle est comme la fièvre alors que la mauvaise gouvernance serait la malaria. Il faudra soigner la malaria pour éradiquer la fièvre. Pour ce faire, nous avons surtout choisi des thèmes qui militent en faveur de la bonne gouvernance et qui éradique l’exclusion ethnique et sociale dans notre pays : libération des prisonniers ; système de conciliation pour gérer les conflits locaux ou intercommunautaires ; retour des réfugiés congolais des pays voisins du Congo ; retour des déplacés internes vers leurs milieux d’origine ; reconstruction des voies d’évacuation pour permettre aux populations de produire, pour eux et pour le marché et enfin la mise en route des réformes essentielles pour toute la Nation. Il existe un calendrier de mise en œuvre qui sera doublement piloté par un Comité national de Suivi en et un Comité International de Suivi aux Accords.

3. Avez-vous un projet de société spécifique à présenter aux Congolais ?

Je crois qu’il existe une propagande systématique anti-CNDP qui a été développée durant les 4 dernières années et qui semble avoir marqué les esprits à Kinshasa. Ce ne sont pas les exclus étrangers qui refusent l’intégration, c’est l’intégration qui leur était plutôt refusée pour des raisons obscures et dommageables pour la nation. Notre lutte a été axée sur 7 principes fondamentaux et 4 axes stratégiques essentiels. Nous n’avons jamais été des sécessionnistes ni en langage, ni en actes. Les principes sont les suivants : intégrité territoriale, cohésion politique à tous les niveaux, bonne gouvernance, démocratie, développement économique et social et solidarité des peuples africains. Doctrinalement, nous sommes des panafricanistes et nous nous ne pouvons penser à l’éclatement des Etats africains. Nous pensons à leur unité, à l’intégration régionale, économique ou politique. Nous sommes pour une tres forte décentralisation [1] dans un Congo unitaire doté des districts autonomes. Nous prônons l’existence de 20 provinces déconcentrées au Congo à l’intérieur desquelles, il y aurait des districts décentralisés. Nous souhaitons dans le futur que les districts autonomes puissent prélever 100 % des recettes et les reporter selon la clé de 40 % pour le Gouvernement central ; 20 % pour les provinces déconcentrées et 40 % pour les districts afin de financer sur leurs programmes de développement.

4. Avez-vous l’intention de modifier l’ordre institutionnel et constitutionnel ? Est-ce que le CNDP participera-t-il aux élections locales ?

Nous comptons œuvrer dans l’ordre institutionnel et constitutionnel en misant sur l’adoption démocratique des lois après larges débats, voire sur des amendements constitutionnels si nécessaire. La logique de la guerre est finie. Nous espérons que les élites du terroir seront touchées par notre message. Du reste, nous comptons participer aux élections locales prévues dans les mois prochains.

5. Le CNDP serait-il manipulé de l’étranger ? Quel est le sort qu’il réserve à Laurent Nkunda ?

Le CNDP est une organisation autonome et responsable. Les mauvaises langues cherchent à nous assimiler aux étrangers et en particulier aux Rwandais avec qui nous partageons la langue. Nous récusons cette propagande irresponsable, qui au fond, est alimentée par des tribalistes et extrémistes qui veulent nous exclure. Ne nous poussez pas dans les bras des étrangers pour rien. Nous voulons la restauration de la dignité congolaise, dans laquelle nous sommes des citoyens à part entière. La présente paix issue de notre participation[2] volontaire démontre à suffisance notre caractère pragmatique quitte à nous tous d’œuvrer pour la convivialité. Quant à Laurent Nkunda, il est un personnage qui a été longtemps médiatisé. Il n’était pas le seul cadre du CNDP. (….). La paix, la sécurité, les réponses à mettre en route… sont les bases de notre lutte. Les Congolais doivent apprendre à regarder le déroulement des événements et à juger sur base du système de jeu en place plutôt sur base des joueurs particuliers …comme au football.

Porte-parole du CNDP.


[1] En fait, dans notre conception de la gouvernance décentralisée,  la nouvelle forme proposée allie les bienfaits du système décentralisé en ses deux versions : une simple décentralisation et une simple fédération en un mode de gestion vraiment autonome des districts mais en passant par un pallier de déconcentration des provinces  dans l’Etat ! Il s’agit d’un mode de gestion très fortement décentralisée de l’Etat  avec des provinces déconcentrées au sein desquelles il y aurait des districts décentralisés. Jadis, nous avions utilisé le mot ‘‘fédéralisme’’  mais  l’ambigüité idéologique de ce concept dans l’histoire   nous ici a poussé à préciser notre pensée de la manière ci-dessus. Voir notre proposition 2 dans www.grandslacsregion.org. La partie en italique est une modification par rapport à l’original  dans  :  http://www.congoforum.be consulté le 24/08/2013

[2] Le journaliste avait mis ‘‘marginalisation’’ au lieu de ‘‘participation’’ !

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