PROPOSITION 8 : UN INDISPENSABLE CHANGEMENT SOCIAL EN RDC

La seule manière d’arrêter l’hécatombe sociale découlant de la pratique  politique et sociale suicidaire en cours en RDC consisterait à  mettre en marche – rapidement – les principes d’un changement qui soit ….radical, avec en tête, une véritable révolution judiciaire et démocratique, en y adjoignant une organisation efficace de prise en charge des problèmes sociaux des populations.

 1.      L’indispensable politique communautaire

Jean Munyampenda Ndahiriwe smallA l’époque coloniale, la prospérité économique pour les entreprises belges et leurs employés blancs en était l’objectif primordial. L’objectif colonialiste  qui était tapi derrière toute activité étatique, politique et technique, de niveau gouvernemental ou  de niveau administratif, c’était la mise en valeur de la colonie. Et, cela nécessitait d’énormes moyens -matériels, financiers et humains.

Dans cette optique, la ‘‘Politique Indigène’’ du Gouvernement colonial avait pour but de minimiser les effets néfastes de la colonisation sur les populations congolaises et non pour les développer dans le sens des  progrès autonomes et multiformes ! Elle était basée sur les pratiques de recrutement forcé des hommes valides au service  diverses politiques coloniales  dont celle de la non-valorisation des produits villageois aux prix réels du marché en vue de subventionner la consommation, blanche et urbaine.

Ces pratiques poussèrent le noir congolais du milieu rural  à la recherche de l’emploi pour échapper à la crise agraire et sociale provoquée par le fait colonial. Vers 1940, l’exode rural fut impossible à freiner et, en plus  la croissance démographique naturelle, cela  amena des problèmes sociaux aigus  en ville.

Aussi, les colonialistes mirent-ils sur pied des centres des recherches  coloniales pour que la Belgique brillât ‘‘au premier rang parmi les peuples’’  et  réalisât ‘‘une vraie communauté belgo-congolaise’’[1].

  • Le Centre d’Etudes des Problèmes Sociaux indigènes de  Lubumbashi (C.E.P.S) : créé en 1946, il avait pour but  ‘‘d’étudier les problèmes sociaux que posait l’évolution politique et sociale des indigènes’’ et organisait ‘‘des travaux de manière à  faire face, à  remédier aux besoins les plus urgents des populations’’[2] .
  • Le Centre d’Etudes Sociales Africaines de Kinshasa (C.E.S.A) : Créé en 1947, cette association sans but lucratif dans sa forme juridique avait pour objet d’élargir la connaissance des colonialistes sur ‘‘la vie indigène tant dans les milieux coutumiers qu’extra-coutumiers, dans ses manifestations sociales, sous tous leurs aspects’’.[3]

La politique paternaliste belge était souvent la conséquence même des méfaits de la colonisation sur les milieux indigènes.  Le cas de la politique des ‘‘Parcs Nationaux’’ au Congo Belge en est une illustration éloquente.

A l’époque précoloniale, les forêts et les savanes n’étaient que des zones potentielles des cultures ou des domaines de chasse pour les villageois africains. Les forêts et les savanes étaient espaces communautaires de reproduction élargie des hommes.

Les animaux et les végétaux  des forêts et des savanes étaient des moyens naturels de cette reproduction des hommes ! S’en prendre aux forêts et aux savanes, c’était détruire la cosmogonie des communautés villageoises.

A l’époque léopoldienne, la chasse des éléphants  fut entreprise pour obtenir des ivoires en quantité considérable.  Cette chasse des éléphants   avait fini par considérablement réduire la population de ces nobles quadrupèdes. Aussi, en 1889, le roi Léopold II  institua-t-il  des ‘‘réserves de chasse’’ pour protéger son business.

Quand des ‘‘métaux’’ comme le cuivre connurent un essor économique plus important que celui des  ivoires, les ‘‘réserves de chasse’’  furent finalement  converties  en ‘‘réserves de faune’’. En 1920, ces ‘‘réserves de faune’’ furent délimitées de façon précise et judicieusement reparties  sur le territoire du Congo belge en vue de les repeupler en gibier.

Au mépris des nécessités des populations noires, la Belgique colonialiste s’était ainsi donné bonne conscience en signant la Convention de Londres du 8 nombre 1933, convention  consécutive à la Conférence Internationale relative à la conservation de la faune et de la flore africaines à l’état naturel.

Le 26 novembre 1934, il fut créé l’Institut des Parcs Nationaux du Congo Belge (IPNCB) en vue  ‘‘d’assurer, dans les territoires qui lui sont réservés, la protection de la faune, et de la flore, d’y favoriser les recherches scientifiques ainsi que d’encourager le tourisme pour autant que ceci soit compatible avec la protection de la nature.’’[4]

La  convention du 8 nombre 1933 entra en vigueur le 14 janvier 1936 en vue d’unifier les mesures de protection de la faune et de la flore africaines et non

de la reproduction élargie de leurs communautés.  Les indigènes étaient mécontents car dépouillés de leurs terres !

En 1957, l’étendue des parcs nationaux du Congo Belge était de l’ordre de 2.725.000 hectares.

Aujourd’hui, dans les zones peuplées ou l’on a confiné ces ‘‘indigènes’’, il existe des conflits fonciers importants et il s’y développe des rebellions armées de nature ethnique, sectaire ou corporatistes, sans véritable vision politique  pour les soutenir.

Il serait indispensable d’utiliser les compétences de plusieurs Ministres-Délégués et des agences gouvernementales pour fonder une véritable politique communautaire en RDC.

L’ ’évanescence objective de l’Etat a permis l’apparition d’une forme perverse d’individualisme -  tant dans nos  milieux urbains que dans nos milieux ruraux, en rupture sociologiquement importante  d’avec la culture traditionnelle de solidarité à  base lignagère ou clanique.

Deux exemples pourraient nous introduire dans cette logique individualiste naissante : les ‘‘Maï-Maï’’, organisés en milices armées d’auto-défense  en milieux ruraux et  les ‘‘Shégés’’ vivant dans les villes et plus ou moins organisés en bandes.  

Entre ces deux groupes sociaux extrêmes, il existe des groupes  sociaux intermédiaires en termes de critères de solidarité  sociale  :  ‘‘artisans’’ œuvrant  dans divers ‘‘métiers informels’’ en ville, artisans ruraux et  de toutes sortes, paysans sans terre, ouvriers agricoles dans les plantations rurales, paysans avec de petits lopins de terre, éleveurs de très petite dimension, chasseurs dans les forets et les savanes,  pécheurs et piroguiers  de  modeste dimension, petits négociants (dit à Kinshasa ‘‘coopérants’’ et ‘‘ mamans manœuvres’’), ‘‘boutiquiers’’  et vendeurs occasionnels ou à  la sauvette’, employés domestiques, petits salariés de diverses entreprises personnelles, ouvriers pauvres et sans qualification les  unités manufacturières, creuseurs artisanaux  des minerais , transporteurs de modestes embarcations ou véhicules,…. 

A.     Les Maï-Maï  des milieux ruraux  

Par ailleurs, la mise en valeur industrielle du sol et du sous-sol – à l’époque coloniale comme à l’époque et postcoloniale – a diminuée les terres arables au profit des entreprises industrielles et parfois des populations venus d’ailleurs au détriment des populations locales. Et les leaders politiques, faute de projets novateurs, ont décidés d’opposer les populations les unes contre les autres, en transformant leurs communautés respectives en ordres communautaires opposés, voire antagoniques.

Sans innovation ni subsides financiers pour leurs projets de nature socio-économiques de la part des exploitants des forets et des spécialistes de la conservation des parcs nationaux où ils n’ont pas non plus accès, les jeunes ruraux deviennent amères, surtout qu’ils ne peuvent accéder au modèle urbain  de la vie moderne qu’on leur miroite de loin et faussement, dans différentes chansons et films. Les jeunes deviennent plus ou moins individualistes en s’identifiant aux réussites personnelles des autres.

La promesse de l’Etat congolais de réserver en faune et flore au moins 15% du Territoire National (contre 11,9% actuellement) va certainement aggraver cette situation, d’autant plus qu’elle n’est ni assortie des compensations économiques et financières ni un moratoire pour arrêter la coupe des bois pour l’exportation. Les populations locales congolaises paient seules le poids du Congo en faveur de la stabilité de l’environnement mondial.

Les Maï-Maï sont souvent ces jeunes ruraux issus des populations depuis  exclues des mécanismes politiques ou économiques de développement et ressentant cette exclusion de manière affective.  Le chômage effectif les ont à  se constituer en milices  armées d’auto-défense.  En tant insurgés armés, ils proposent des valeurs inverses à celle de la société qui les exclut et en constituent en une communauté nouvelle en mêlant aux troubles par voie des  rebellions. 

Et ce n’est pas étonnant que les rebellions – passées et actuelles – naissent autour des parcs nationaux, le Parc National du Virunga  avec 790.000 hectares au Nord-Kivu depuis 1935, le Parc National de la Garamba en province orientale actuelle  aux confins du Sud Soudan avec  492.000 hectares depuis 1938, le  Parc National de l’Upemba avec 1.173.000 hectares dans le centre du Katanga  depuis 1939.  Sans oublier le Parc National de Kahuzi-Biega au Sud Kivu qui fut ajouté à  cette liste plus tard. On eut ainsi environ 3 millions hectares soutirées des communautés villageoises de l’Est de la RDC et ce, dans des zones d’un fort démographique (natalité et densité élevées) ! 

Pour besoins d’organisation interne dans les rebellions, les individus ont été  amenés à sacraliser certaines de leurs conduites  sous forme des pratiques et incantations magiques (‘‘dawa’’).  Ils rendent sacrés bizarreries, d’une efficacité douteuse au plan militaire mais déterminant au plan de la cohésion interne. Dans
les groupes Maï-Maï des lois spécifiques et des rites d’entrée en forme des baptêmes.

Une fois constituée en groupe Maï-Maï,  tout effort individuel contraire se brise comme un pot de terre à  l’autel de la nouvelle solidarité sociale. Cette inédite ‘‘sur-socialisation’’ des individus constitue une rupture  idéologique d’avec les valeurs morales traditionnelles.

Les notions de famille, de religion, d’autorité étatique, d’institutions publiques tendent à disparaître des esprits des jeunes gens au profit d’une codification  par une série d’interdits,  sans affection, sans  véritable solidarité amicale ni compassion. Ils deviennent des personnes détribalisées mais aussi des  ‘‘jeunes criminalisés’  à usages multiples. C’est là leur faiblesse fondamentale. 

Une fois mise en ensemble en groupe Maï-Maï, ces jeunes  sont sollicitées par des leaders politiques pour fomenter une guerre sainte pour la défense des terroirs ancestraux sectaires. C’est à  ce niveau qu’il convient de solliciter une alliance avec  les Maï-Maï sur base d’une réponse à  leurs demandes sociales.

Trois ingrédients sont donc nécessaires à la formation d’un groupe Maï-Maï :

  • Une population contrainte de ne plus se reproduire à l’identique en cessation du mode de vie ancien et en perturbation des traditions ancestrales.
  • Une communauté ethnique transformée en ordre communautaire par des leaders sectaires.
  • Une jeunesse rurale exposée à l’exclusion sociale et affective en générant ainsi une forme d’individualisme anarchiste.

Il faut  revenir sur le tracé des parcs nationaux leur accordant  des terres, des moyens de travail et leur créer un avenir dans des centres ‘‘extra-coutumiers’’ !

C’est sur cette dynamique qu’il faut aussi attirer ….‘‘artisans’’ ruraux et  de toutes sortes, paysans sans terre, ouvriers agricoles dans les plantations rurales, paysans avec de petits lopins de terre, éleveurs de très petite dimension, chasseurs dans les forets et les savanes,  pécheurs et piroguiers  de  modeste dimension, creuseurs artisanaux  des minerais , transporteurs de modestes embarcations ou véhicules.

B.     Les ‘‘Shégés’’ des milieux urbains

Le terme ‘‘Shégé’’ s’appliquait du départ aux enfants de la rue de Kinshasa.

C’est un phénomène qui a pris de l’ampleur dans toutes les villes congolaises,  et avec une forte densité de misère. Selon le Ministère des Affaires sociales de la RDC, les enfants de la rue seraient au nombre de 40.000 dont 14.000 pour la seule ville de Kinshasa[5].

En réalité, ils sont beaucoup plus nombreux  car il faut y ajouter les ‘‘Kulunas’’, qui sont souvent des anciens ‘‘Shégés’’ qui ont dépassés l’âge de 20 ans et qui ne peuvent plus rester dans les rues.

Les ‘‘Kulunas’’ vivent maintenant du banditisme dans ses formes multiples. Ils forment ensemble ce que l’on nomme aujourd’hui le ‘‘Shégé-Land’’[6]. Le phénomène des enfants de la rue date des années 1980 et l’on peut estimer maintenant la population  du ‘‘Shégé-Land’’ à  plus de 300.000 habitants dont 50% dans la seule ville de Kinshasa.

Mais le phénomène est sociologiquement plus profond qu’on ne pense habituellement. Il est au fondement de la ville congolaise en général – et en kinoise particulier – qui reproduit un vieux modèle, même chez ceux qui ne sont pas des ‘‘Shégés’’.

L’accession sociale de certains -dans les ‘‘métiers de la main’’ (mécaniciens, artisans…),  la musique, la danse, la prostitution  et le braquage – semble faire oublier leur  similitude avec les pauvres ‘‘Shégés’’ d’aujourd’hui !

Dans les zones peuplées du Kivu, on retrouve aussi les Shégés, – sous d’autres appellations -  non seulement dans les villes de Bukavu et de Goma mais aussi dans les innombrables cités semi-rurales des deux provinces du Nord et du Sud-Kivu. En cas des conflits armés, ils rejoignent facilement les Mai-Mai des milieux ruraux dont ils ne sont pas si séparées du reste.

Le colonisé du milieu rural était à la recherche de l’emploi pour échapper à la crise agraire et sociale provoquée par l’action coloniale sur les communautés villageoises (recrutement forcé des hommes valides, non-valorisation réelle des prix des produits villageois, …).

Le rapport annuel de 1917 notait déjà ceci : “il devient urgent de combattre l’immoralité qui règne parmi les natifs groupés autour des centres européens. Le nombre des gens sans aveu qui y croupissent sans ressources augmente sans cesse”[7].

Il fallait éviter d’entretenir une importante force de police pour garantir la sécurité tout autour des centres européens, en stoppant tout simplement l’exode rural.

Un apologiste de la colonisation ne disait-il pas, en 1922, qu’en “ville les noirs sont anxieux de trouver une unité (…). Une grande erreur serait de laisser naître chez un peuple immature le désir inaccessible pour lui d’un nationalisme trop vaste”. [8] En ville, cette ‘‘erreur’’ tant redoutée par les colonialistes est advenue mais elle s’accentue dans les gens esseulées  dans des milieux  urbains.

Les ‘‘Shégés’’, ce sont – tout simplement – des exclus dus à la fois au mal vivre dans les familles, au décès des parents, à l’absence de compassion humaine et surtout à  la pauvreté  des membres des communautés claniques, tribales et ethniques susceptibles de les prendre en charge.

Les Shégés et les Kulunas sont des individus qui ont  divorcé d’avec les valeurs du corps stable de la société. Ils ont souvent attitude individualiste, qui n’empêche pas les phénomènes d’attraction ni ceux de cohésion instinctive entre eux par lesquels ils forment des groupements sociaux inédits. Mais, il s’agit là des groupements  sociaux  paradoxalement constitués hors des critères établis de solidarité clanique ou ethnique.  

En divorçant d’avec les valeurs du corps stable de la société, il considère comme fallacieux et tyrannique tout ce qui lui semble à quelque titre constitutif de la société : famille, Etat, nation, morale, religion, communauté ethnique. Il fustige tout ce qui est fondé sur la raison, la vérité, la science. Ils  sont  méthodiquement  iconoclastes et … toujours en quête du profane. Mais entre eux, ils ‘‘sacralisent’’ leurs groupements sociaux comme des institutions essentielles comme …. pour tous les désespérés de la terre !

Les  Shégés et les Kulunas  sont des inadaptés sociaux, puisque  sevrés du bien dont ils  auraient aimé jouir : la compassion humaine.  Ceci témoigne de l’incapacité de l’élite politique à générer une vision responsable et des actions concrètes en faveur des déshérités de la famille congolaise, famille en perdition pour cause de vertige politique.

Il y a lieu de considérer le Shégé-land et les groupes Maï-Maï comme un problème social crucial à résoudre, dans l’intérêt de la société et ….de l’élite.

Mais cela n’est possible que si cette élite a- en son sein – cette  intégrité  qui ‘‘contribue  à la clarté de la réflexion et aide à résister à la tentation de se duper soi-même.’’[9] L’intégrité personnelle  ‘‘assure la cohésion des institutions de la société.’’[10]

Pour ce faire, il y a lieu d’instituer un Ministère d’Etat à  la Jeunesse & aux Sports avec les deux  Ministres Déléguées suivants :

  • Ministre Délégué  à la Jeunesse pour promouvoir les organisations de jeunes  et mettre sur pieds des forums de formation civique de membres de ces organisations auprès des forces armées et des unités de la gendarmerie provinciale ou de la Police Locale en coopération avec l’Institut Congolais de la Jeunesse (ICJ).
  • Ministre Délégué  aux Organisations Sportives pour promouvoir des équipes sportives locales dans toutes les disciplines, pour organiser des compétitions sportives de toutes sortes et pour instituer  des formations en sports au niveau des écoles à tous les niveaux en soutenant  les éléments porteurs des talents ou compétences avérées, discipline par discipline en collaboration avec l’Institut Congolais des  Sports (ICS). 

La ‘‘classe moyenne’’ congolaise   s’accroche aux lambeaux de l’Administration publique (ministères, entreprises et établissements publics). Elle sert – souvent sans joie – dans les firmes étrangères et entreprises parfois tenues par les nationaux.

La ‘‘classe moyenne’’ congolaise   s’engage massivement dans les églises de réveil ; elle tente toujours de créer  de petites entreprises personnelles  et de partis politiques et initie aussi des associations dans la société civile.  Mais, la principale base socio-économique de cette classe moyenne, ce sont ces des revenus ‘‘exogènes’’  issus de leur  travail quotidien.  

Les membres de la classe moyenne  oscillent  entre la révolte et l’impuissance. 

Ainsi, les membres de la classe moyenne  tendent à devenir aussi des  “intellectuels engagés” en se  désolant  du chaos social, de la misère généralisée ; ils rendent la classe politique dirigeante responsable de cet état.

Ils pensent que par leurs rencontres et par leurs discussions que la société est devenue apte à la rupture structurale. Ils se considèrent plus ou moins comme des ovules nouveaux qui contiennent le germe de la société nouvelle en gestation … tout simplement parce qu’ils réfléchissent sur la dissolution des mœurs et des éventuelles structures protectrices de la vie personnelle en société.

Les membres de cette ‘‘classe moyenne’’  ne parviennent cependant pas à s’unir, à se risquer collectivement, à se dévouer et à se sacrifier pour forger l’avenir. Ils comprennent qu’on ne vient jamais  à bout de l’avidité par des raisonnements ni la ruse politique par la candeur mais ils n’osent pas se risquer.

Malgré eux, ils accompagnent les ONGs étrangères et les firmes multinationales pouvant opérer en RDC – à  l’insu du gouvernement congolais – et styliser  des informations pour manipuler les officiels congolais et les opinions – congolaises et étrangères – par le biais des médias.

Les membres de la ‘‘classe moyenne’’  agissent politiquement en minoritaires et ont du mal à affronter la réalité politique sur son propre terrain en se constituant eux-mêmes en communautés des insurgés, capables de vivre et de défendre d’une manière implacable les valeurs premières de solidarité concrète et de liberté effective d’action.

Mais, ils  attendent et … guettent toujours des occasions de changement pour s’y engouffrerA l’Est, ils deviennent facilement des cadres et leaders de rebellions et des organisations Maï-Maï.

Les gouvernements locaux, organisés, cohérents et en coopération avec le gouvernement central, sont indispensables pour la surveillance de pratiques de prédation continue des ressources naturelles de la RDC.

C’est sur cette base des gouvernements locaux qu’une alliance stratégique interne entre  les classes moyennes et les couches populaires marginalisées  peut se nouer  en vue d’un  changement profond de la société congolaise. 

Sous la supervision du Ministre d’Etat à la Condition Sociale, les efforts doivent être axés au développement des Paysannats Modernes. Lors de la création, il devrait être  institué  des  Commissions Ad Hoc comprenant, notamment :

  • Le Gouvernement local pour la supervision politique ;
  • La Commune rurale pour le Suivi des actions de création des paysannats
  • Le Service National aux  Paysans (SNP) assisté du Service National aux Métiers informels (SNMI) pour la supervision administrative,
  • Le  Fonds de Conversion des Autorités Coutumières pour la promotion de ces dernières.
  • L’Office National des   Propriétés foncières pour la définition et l’octroi des périmètres des cultures  aux paysans.
  • Le Centre National pour la promotion de la Production Vivrière, le Centre  National pour l’Agriculture d’Exportation et le  Centre  National pour les Exploitations Forestière pour  la définition des activés à  mener  dans les paysannats.
  • L’Agence Congolaise de Santé Publique et de l’Hygiène pour s’occuper anticipativement des questions de Santé Publique.
  • L’État-major Général des Forces Armées pour la reconversion des démobilisés à  la vie civile.
  • L’Inspectorat Général des Polices pour définir et mener une politique de sécurité maximale des personnes et de leurs biens des paysannats conçus comme  des établissements humains ;
  • Le Service National des Institutions Financières   pour concevoir d’avance des formes des banques locales de proximité pouvant octroyer des crédits aux petites entreprises.
  • L’Office National de Populations pour organiser un système d’état-civil fonctionnel.
  • L’Institut Central Permanent pour les Réformes Structurelles pour formaliser des pratiques sui generis pour en faire éventuellement des règles de droit positif.
  • L’Institut Congolais des Relations Intercommunautaires’’ pour promouvoir une sorte de justice participative au niveau local dans le cadre des comités locaux permanents.
  • Institut National aux Droits Humains  pour la promotion et à la protection des Droits de la Personne Humaine dans les paysannats à créer.   

Dans la perspective de changement ci-dessus -   de nature radicale – il faudrait avoir une forte structure de mobilisation des esprits et des hommes et femmes.

 Pour ce faire, il faudrait instituer un Ministère d’Etat à   la Culture et à la Communication, avec trois Ministres Délégués suivants :

  • Ministre Délégué  aux Arts et à la Culture pour mettre sur pieds des écoles de la culture africaine et de sa modernisation et promouvoir  des équipes  locales de culture  et des arts et des ballets culturels  en  organisant  de compétitions toutes sortes les cérémonies publiques récurrentes en collaboration avec l’Institut des  Arts et  des Manifestations  Culturelles (IAM).
  • Ministre Délégué aux Médias pour élaborer une politique de communication de masses  et promouvoir des centres d’information, des medias publics et des associations y afférentes en termes des principes d’éthique et des libertés de la presse et en termes des ressources humaines, des équipements leur permettant de remplir leurs obligations en coopération avec l’Institut Central   de l’Information au public.
  • Ministre Délégué aux Relations Institutionnelles pour élaborer une politique de communication interinstitutionnelle et favoriser les relations de l’Exécutif (au niveau national et surtout au niveau local)  avec les institutions parlementaires, les organisations politiques non parlementaires en coopération avec l’Institut Central des    Relations Institutionnelles.  

2. L’appui politique à  l’émergence d’une vraie société civile

 Sous pression des nécessités économiques de mise en valeur du Congo belge,  les colonialistes avaient souvent été amenés à régénérer et à galvaniser certaines formes culturelles africaines antérieurement foudroyées. Mais, cette régénération des formes culturelles foudroyées, c’est-à-dire ce retour apparent en arrière ne signifiait  pas un rétablissement des conditions dans lesquelles les formes culturelles africaines antérieures s’étaient initialement cristallisées.

La précarité sociale, en servant de condition permissive, a facilité cette forme de solidarité de misère, ayant pour but d’amortir les effets néfastes de l’action coloniale. Ailleurs, cependant, les notions des clans et des tribus étaient entretenues pour maintenir des dissensions entre noirs colonisés.

Ailleurs, la valeur de solidarité africaine ou clanique dans  production avait  été encouragée, (galvanisée ou ressuscitée) dans certains endroits pour répondre à un besoin d’encadrement des populations sous l’autorité d’un chef répressif, imposé et médaillé, par l’Etat colonial.

Or, la “mission civilisatrice” belge avait été présentée comme une chance historique pour les noirs. Les Belges s’étaient présentés comme des apôtres d’une certaine transformation sociale, structurale et radicale. Mais, auprès du noir, la colonisation n’a pas vraiment suscité cette foi “capable de mouvoir les montagnes”.

La dignité collective ? Les colonisés d’hier l’ont systématiquement réduite à une simple expression de la prospérité matérielle personnelle, sans autre forme de médiation idéologique.

Aujourd’hui encore, la “dignité humaine” n’est qu’un mot sans sens,  quand on s’en sert comme prétexte pour s’enrichir impunément ou pour justifier un comportement  sectaire.

La Nouvelle Politique Sociale devrait avoir pour but d’instituer un système social inédit où les bénéfices de la politique économique sont pour la grande majorité des populations.

Pour se faire, il y a lieu de mettre sur pied un Ministre d’Etat de la Condition Sociale avec plusieurs attributions sectorielles à la tête desquelles on aurait les Ministres-Délégués suivants :

  • Ministre Délégué à la Sécurité Sociale et aux Mutuelles pour la  promotion des systèmes de sécurité sociale, et en particulier les personnes  encore économiquement actifs mais non reclassées de la nouvelle Administration publique faites des agences exécutives sous forme d’aides financières a leurs projets individuels ou collectifs  et des formations par l’Institut National de Sécurité Sociale et Mutuelles.
  • Ministre Délégué à l’Emploi  pour promouvoir les droits économiques et sociaux fondamentaux des travailleurs dans un cadre de politique visant les meilleures conditions  de travail et la stabilité professionnelle sous forme des conventions collectives  et d’implication des syndicats au niveau de la gestion des entreprises en collaboration avec le Service National de  l ‘Emploi (SNE)
  • Ministre Délégué  au Logement et à l’Habitat pour définir et mener une politique des Etablissements humains en organisant  des caisses de solidarité pour promouvoir l’habitat et le logement, sans distinction de sexe, de religion ou d’origine et les appuyer par des ressources complémentaires (financières, foncières et techniques) en collaboration avec le Centre Congolais des Établissements Humains(CCEH).
  • Ministre Délégué  au Genre et à la Famille pour promouvoir l’égalité des sexes, l’accès des femmes au niveau des toutes les instances de décisions publiques et privées  et dans tous les secteurs de la vie nationale, pour  promouvoir des valeurs positives permettant de susciter, au plan politique, des mesures en faveur des initiatives protectrices des femmes,  enfants, des jeunes et des personnes âgées et veiller  à  l’équilibre moral et psychologique des familles en collaboration avec le Service National du Genre et de la Famille(SNGF).
  • Ministre Délégué à la Condition Paysanne et aux Métiers Informels pour promouvoir des coopératives paysannes et des associations des fermiers au niveau rural  en collaboration avec le Centre National pour la promotion de la Production vivrière  (CNPPV) et le Centre  National pour   l’Agriculture d’Exportation (CNAE) mais dans le cadre du Service National aux  Paysans et   (SNP)  et pour promouvoir des associations des artisans et métiers au niveau urbain  et leur collaboration avec  le Centre  National pour les Exploitations Forestière (INEF), le Centre National pour les  Industries Manufacturières (INIM), l’Institut National pour  la  Régulation et de la Promotion de la  Pêche (INRPP) et le Centre National pour les Mines   et   les Industries  Métallurgiques  (CNOMIM) dans le cadre du Service National aux Métiers informels (SNMI).

Il est tout aussi urgent de mettre en place un  permanent Ministère d’Etat, Le Ministère d’Etat à  Santé, collaborant avec deux Ministres Délégués :

  • Ministre Délégué  à l’Hygiène Publique, chargé de la promotion des procédures et des activités de protection des personnes humaines contre l’insalubrité, du développement  des outils indispensables pour la santé publique en collaboration avec  l’Agence Congolaise de Santé Publique et de l’Hygiène (ACSPH).
  • Ministre Délégué  aux Formations Médicales pour définir une politique cohérente de santé  et doter les formations médicales des ressources humaines, des équipements, des médicaments et une  organisation de nature à rendre des services modernes aux populations tout en restant financièrement viables en collaboration avec l’Agence Nationale d’Appui aux  Formations Médicales (ANAFOMED).

Il est aussi indiqué d’ériger  un permanent Ministère d’Etat, Le Ministère d’Etat à  l’Environnement, collaborant avec trois deux  Ministres Délégués :

  • Ministre Délégué  à la Conservation de la Nature pour définir une politique cohérente et équilibrée de la conservation de la nature et doter  les centres zoologiques, botaniques et les réserves et parcs nationaux des ressources humaines, des équipements leur permettant de remplir leurs obligations en collaboration avec l’Institut Congolais de la Conservation de la nature (ICCN).
  • Ministre Délégué  à l’Exploitations Forestière pour les recherches et les études sur la production du bois  et pour veiller  à  la protection des de la Forêt et des ses autochtones par l’élaboration des contrats équilibrés de production  entre l’Etat et les producteurs privés et entre ces derniers et les populations autochtones tant au niveau environnemental que financier en collaboration avec  un Centre National pour les Exploitations Forestières (INEF).
  • Ministre Délégué  au  Tourisme et  aux Loisirs pour définir une politique nationale du tourisme en soutenant financièrement et/ou, techniquement des organisations non gouvernementales pour un tourisme de masse des congolais au Congo en collaboration avec l’Agence Nationale  Tourisme & Loisirs (ANTL).

La mise sur pied de l’organisation institutionnelle ci-dessus a pour but de faire face à une situation sociale[11]  qui s’est considérablement dégradée au cours de quarante  dernières années en RDC.

Les pillages de 1991 et de 1993 et  la faillite des grandes entreprises se font toujours sentir en termes d’augmentation continuelle du chômage, de dégradation continue du système sanitaire, d’inefficacité et de disparité du système éducatif.

Depuis 12 ans, les successifs  gouvernements de Joseph Kabila (seul ou en coalisation) ne parviennent pas à stopper l’aggravation de la pauvreté due à  la persistance de la décroissance économique qui affecte la production des biens et services sociaux en RDC. Face à l’amenuisement des ressources de l’Etat et à la baisse de l’aide publique au développement, très peu de ressources budgétaires ont été allouées aux services et secteurs sociaux de base (l’eau, l’électricité, le logement, la santé, l’éducation, etc.).

En 2011, le pourcentage des personnes vivant sous le seuil de pauvreté  était de  59.2 % de la population totale et le dénombrement de cette dernière  montrait qu’environ 73,2 %  des personnes étaient frappées d’une pauvreté multidimensionnelle. Le revenu national brut par habitant  était  très faible, soit de 280 USD par an[12]. L’accès aux services sociaux de base avaient été déficitaire avec 22% de la population qui pouvait plus accéder à l’eau en 2005.

En dépit de ses abondantes richesses naturelles, la RDC est l’un des pays les plus pauvres du monde. Avec un Indice du Développement Humain (IDH) de 0,286[13] sur une échelle de 0 à  1, la RDC est placée au 187eme rang sur 187 pays. Plus de 80% d’habitants doivent survivre avec moins d’un dollars par jour tandis que 5% monopolisent 50% du revenu national. Les tendances macroéconomiques et politiques récentes ne sont guère encourageantes.

La situation est  aujourd’hui préoccupante au plan  socio-sanitaire  avec une faible espérance de vie à la naissance de 48.4 ans, un taux de mortalité chez les moins de cinq ans de 199 décès pour 1 000 naissances vivantes  et un taux élevé de mortalité maternelle soit 670 décès chez les mères pour 100. 000 naissances vivantes.

  • Les dépenses de santé étaient tombées de 0,8% du PNB en 1990 à 0,02% en 1998 contre une moyenne de 1,8% du PNB pour l’Afrique sub-saharienne. Elles avaient représenté 0,3% des dépenses totales en 1998 contre 3,9% en 1990. En ce qui concerne le VIH/Sida, en 1990 le taux de prévalence avait été  évalué à 5%.
  • En 2001, la mortalité infantile était de 126 ‰, la consultation prénatale était à 61% alors que la mortalité maternelle s’élevait à 670 pour 100000 naissances. En conséquence, toutes les maladies jadis éradiquées avaient resurgi (trypanosomiase, lèpre, peste, etc.).

La situation sociale nécessite de politiques publiques audacieuses  et soutenues sur une longue période pour améliorer les conditions sociales des populations congolaises.

Le “social” est perçu par les populations à son niveau le plus bas en ce sens que les gens cherchent surtout un revenu nécessaire pour satisfaire leurs besoins d’alimentation, et de logement et d’habillement décents. ‘‘  (…).

La débrouillardise longtemps érigée en norme sociale, a fini jusqu’à miner dans les méandres des structures  mentales, de l’inconscient collectif  et des institutions politiques, toute possibilité d’une véritable  démocratie capable de demander des comptes à  ceux qui détiennent le pouvoir, ou de transformer l’espace public en lieu de gestion rationnelle et des valeurs partagées’’[14].

Le niveau physiologique est caractérisé par la pauvreté matérielle des familles en milieux urbains (premier niveau des besoins) :

  • ·         Salaires impayés ou revenus trop modiques ;
  • ·         Nombreux malades et absence de couverture médicale ;
  • ·         Saleté ambiante dans les parcelles et dans les rues ;
  • ·         Alimentation précaire et non régulière dans les ménages ;
  • ·         Absence ou coupure prolongée de courant électrique ;
  • ·         Distribution inexistante ou précaire de l’eau courante ;
  • ·         Surpopulation dans les parcelles d’habitation dans les milieux urbains.

A titre d’illustration citons la société Nestlé qui se targe d’avoir financé un projet de lutte contre la malnutrition en République Démocratique  dans le but d’améliorer la sécurité alimentaires, la nutrition et la sante en ciblant principalement les femmes et les enfants. En 2007, Nestlé avait financé avec l’Hôpital de Yasa-Bongo dans la province de Bandundu à 500 km de Kinshasa.  

‘‘Peuplée d’environ 183.000 habitants, la région souffre de malnutrition. En 2005, environ 42% des habitants présentaient des signes de malnutrition et 30% des bébés une insuffisance pondérale a la naissance. Pendant ces 25 années, (…) le régime alimentaire local – qui repose en grande partie sur le manioc et le mais – est carencée en protéines, en lipides et en nombreux minéraux et vitamines essentiels.’’[15].

La désastreuse situation sociale est intimement liée au déficit de sécurité et de protection qui se manifeste surtout par une jeunesse désœuvrée  (deuxième niveau des besoins) :

  • Oisiveté des jeunes gens et délinquance juvénile dans les villes,
  • Sous-peuplement des villages, suite à l’exode rural de la population active indispensable à la production agricole et artisanale.
  • Enfants de la rue et le petit banditisme dans les villes et les cités.
  • Etc.

Deux niveaux des besoins du Pyramide de Maslow (besoins physiologiques de survie et  besoins de sécurité et de protection) sont liés : pour les  satisfaire, il faut mettre en place des institutions d’encadrement dans des structures de production en fonction des besoins physiologiques ressentis à par les populations.

En l’absence de ces institutions, il en résulte ‘‘ (…) une errance collective, (…) un enkystement dans le provisoire, et une gestion des urgences,  (…) des catastrophes (guerres, viols, tueries, etc.).

Les cris de douleur, les appels au secours, et les gesticulations de toute une génération des Congolais clochardisés (…). Enfermé dans un présent sans horizon, dans une traversée faite d’improvisations, le peuple s’essaie chaque jour à une survie aux enchères.

Paradoxalement, le Gouvernement n’en finit pas d’institutionnaliser l’arbitraire, se prenant parfois pour une ONG ou un organisme caritatif.’’[16]  Mauvaise gouvernance ou tout simplement absence de gouvernance ?   Plutôt  absence que mauvaise gouvernance.

C’est dans cette errance collective que se constate une absence effective de gouvernance dont les symptômes sont les suivants : 

  • Corruption  partout, dans tout et à tous les niveaux ;
  • Détournement des deniers publics ;
  • Justice mal distribuée ou à la tête du client ;
  • Tracasseries policières et administratives de toutes sortes ;
  • Affairisme et complicité interne dans la destruction du tissu économique national ;
  • Arrogance  et exhibitionnisme par symboles extérieurs (grosses voitures, élégance excessive,..) ;
  • Clientélisme tribal ou opportunismes politiques de toutes sortes ;
  • Campagne médiatique, démagogique  et massive, contre les instituions  établies ;
  • Fumeuses  ‘‘explications’’ des crises récurrentes.

Sans référence doctrinale explicite, lefavoritisme ethnique se nourrit de la diversité des traditions et coutumes mal intégrées entre elles au niveau du social. One peut véritablement s’apitoyer sur le sort des autres personnes que si ces dernières appartiennent à sa propre tribu ! Cette conscience sociale limitée et limitative accentue ainsi les inégalités sociales qui deviennent chaque jour criantes et s’entretiennent  au prix d’une effroyable dépravation des mœurs :

  • ·         Exploitation abusive des sentiments et violences sexuelles ;
  • ·         Autodérision personnelle et dénigrement de l’amour patriotique ;
  • ·         Tapage nocturnes et diurnes
  • ·         Licence et tolérance  des mœurs immorales ;
  • ·         Ragots incroyables, propos discourtois et mépris des autres ;
  • ·         Alcoolisme et comportement social anarchique ;
  • ·         Publicités mensongères et socialement  nocives
  • ·         Absence de compassion pour les faibles ;
  • ·         Escroqueries et abus fréquents de confiance…

Le mal vivre a fini par se généraliser,  être largement accepté par fatalisme et produire un certain nombre de phénomènes spirituels improductifs tels que :

  • La croyance superstitieuse aux miracles et spiritualité   dévoreuse du temps de travail
  • La croyance aux fétiches et aux mysticismes plus qu’aux mérites par le travail effectif.

L’errance collective et la survie aux enchères sont  provoquées  par  une persistante l’exclusion sociale  liée à  la fracture sociale entre l’élite politique et les populations. Le peuple s’oriente timidement vers la constitution des associations de solidité sociale pour la survie immédiate. C’est la société civile de survie.

Cette société civile de survie n’a rien à avoir avec ces associations des  volontaires qui aident à pallier aux failles de l’Etat. La société civile de survie n’a aucune espace de rencontre avec l’Etat qui l’ignore et réciproquement ! Elle s’est constitue non pas à  cause des failles de le l’Etat mais de l’absence même de l’Etat.

La société civile de survie est constituée des associations informelles,  de très petites de dimension dans les quartiers et les villages et de formation parfois spontanée pour obtenir des subsides de la part de ces autres associations volontaires des gens nantis, nationaux ou étrangers. Ces associations informelles sont volontiers des associations communautaires de type ethnique, de type clanique où la langue tribale est d’usage par préférence.

La société civile de survie est différente de cette société civile constituée par les intellectuels clochardisés qui luttent pour un peu plus des ressources  financières  et qui passent leur  temps à déplorer les  nombreuses failles de l’Etat. C’est au niveau idéologique que ces deux sociétés civiles sont différentes : la société civile de survie est d’essence populaire alors que la société civile des clochards intellectuels  est de nature petite bourgeoise.

La société civile petite bourgeoise s’oppose à l’Etat au moyen des associations pluricommunautaires (syndicats), politiques (partis politiques), culturelles (groupements des anciens de tel ou tel établissement scolaire), religieuses (organisations de nature spirituelles ou mystiques). Elle finit par être  intermédiaire entre l’Etat et les associations populaires  de survie pour un plaidoyer politique en faveur de ces dernières.

Mais, le risque est politique dans la mesure où les dirigeants des associations petites bourgeoises finissent par faire de la politique – active et d’intérêt personnel – plutôt que d’organiser les masses en quête de survie. L’illustration la plus concrète est celle de Faustin Birindwa devenu Premier-Ministre de Mobutu, en lâchant ‘‘La solidarité paysanne’’, son organisation d’origine.

Cette société civile petite bourgeoise finit aussi par être  intermédiaire entre les ONG étrangères  et les associations populaires de survie pour un plaidoyer social et humanitaire en faveur de ces dernières. Mais, il existe toujours un risque majeur est de servir plutôt les intérêts de ces ONG étrangères que ceux  masses regroupées dans les  associations populaires de survie.

La société civile petite bourgeoise est aujourd’hui largement manipulée par la Monusco  en fonction des objectifs exogenes échappant au contrôle de son Gouvernement dela RDC. Pire, elle est devenue un moyen de pression politique sur la RDC- de l’intérieur de la RDC !

Nombre important des membres de la société civile petite bourgeoise sont finalement devenus des Hauts-cadres dans des organismes internationaux publics et privés et peinent à  se souvenir d’où ils sont venus.  Pire, les membres de la société civile petite bourgeoise deviennent parfois des membres actifs de cette ‘‘nébuleuse société civile internationale’’ qui noircirent à  outrance  l’Afrique et déforment systématiquement les faits et l’image de la société africaine en Europe, en Amérique et au Canada et font ainsi – consciemment ou inconsciemment – la function des organisations maffieuses contre leurs pays d’origine.

De ce point de vue, la société civile n’existe pas, du moins dans sa version petite bourgeoise ! Il est important d’instituer en RDC un certain nombre d’organes d’appui à la vraie société civile, populaire par essence.

Les tenants de la démocratie attacheront une grande importance aux organes institutionnels d’appui à la société civile. Par leur esprit, les dirigeants de ces institutions sont fondamentalement orientés vers les masses.  Ces organes institutionnels  doivent être en phase avec la société civile, tenir compte de ses vues et l’aider à  jouer pleinement son rôle.

En plus des agences gouvernementales ici proposées et ouvertes à  la société civile telles que l’ Institut  Central Permanent pour les Réformes Structurelles, l’Institut National des Droits Humains, l’Institut National des Relations Intercommunautaires, le Fonds de Conversion des Autorités Coutumières et le Service national aux  Institutions financières communautaires, je suggère la création des organes rattachés  au Parlement  suivants :

(1)               Bureau de l’Ombudsman

Le Bureau de l’Ombudsman serait une Institution indépendante chargée de l’intermédiation entre la population et les autres institutions publiques  et ce, en servant de  liaison entre le citoyen d’une part et les services publics d’autre part.

Il se chargerait  de la réception et de l’examen des plaintes des populations (particuliers et des associations privées) contre les actes des agents ou des services publics et du suivi de la déontologie et de l’éthique des décideurs publics.

Le Bureau de l’Ombudsman collaborerait avec les Conseils locaux permanents de conciliation en tant que  des mécanismes institutionnels communautaires de protection du citoyen au niveau des communes.

Une loi organique fixerait les règles d’organisation, de fonctionnement et de compétence du Bureau de l’Ombudsman.

(2) Commission Nationale Indépendante pour les Élections

La Commission Nationale Indépendante pour les Elections serait  chargée de l’organisation du processus électoral, notamment de l’enrôlement des électeurs, de la tenue du fichier électoral, des opérations de vote, de dépouillement et de tout référendum. La Commission nationale indépendante pour les élections dotée de la personnalité juridique.

Elle assurerait la régularité du processus électoral et référendaire avec le soutien logistique, humain, technique et matériel d’une agence gouvernementale, l’Office National des  Populations.

Une loi organique fixerait l’organisation et le fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante. 

(3) Commission Nationale pour les Opérations Économiques et Financières

La Commission Nationale pour les Opérations Économiques et Financières aurait pour mission de   garantir et d’assurer la transparence des opérations financières entre d’une part l’Etat et les entreprises et les particuliers du secteur  privé et d’œuvrer un arbitrage le meilleur possible entre les opérateurs économiques du secteur entre eux dans le cadre de leurs associations professionnelles.

Elle veillerait au respect de la déontologie professionnelle en matière d’information, coordonne l’organisation des chambres d’arbitrages et veille au bon fonctionnement des activités des tribunaux de commerce, avec le soutien logistique, humain, technique et matériel d’une agence gouvernementale, l’Institut Central Permanent a pour les Réformes Structurelles.

La composition, les attributions, l’organisation et le fonctionnement de la Commission Nationale pour les Opérations Économiques  et Financières seraient  fixés par une loi organique.

(4) Commission Nationale   Indépendante pour les Médias

La Commission Nationale  Indépendante pour les Médias aurait  pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse, ainsi que de tous les moyens de communication de masse dans le respect de la loi. Elle dotée de la personnalité juridique

Elle veillerait  au respect de la déontologie en matière d’information et à l’accès équitable des partis politiques, des associations et des citoyens aux moyens officiels d’information et de communication, avec le soutien logistique, humain, technique et matériel d’une agence gouvernementale, l’Institut Central   de l’Information au public.

La composition, les attributions, l’organisation et le fonctionnement de la Commission Nationale  Indépendante pour les Médias seraient  fixés par une loi organique.

 3.      Une politique novatrice de la santé

A l’époque  coloniale, la santé des indigènes du Congo était prise en charge par un service d’hygiène composé des médecins provinciaux, des médecins hygiénistes, des médecins de laboratoire  et des pharmaciens. Il était dirigé par un médecin en chef.

Au niveau humain, il y était rattaché des auxiliaires médicaux européens et africains (agents sanitaires, infirmières religieuses et laïques, assistants médicaux, moniteurs sanitaires, et garde-couches indigènes).  Au 1er 1957, il y avait 643 médecins, 62 pharmaciens, 37 dentistes, 581 agents sanitaires et auxiliaires médicaux, 1.084 infirmières religieuses et laïques européennes et américaines et 4.600 assistants médicaux et infirmiers indignes[17].

On notait également des organismes de formation médicale attachés à ce Service Médical colonial[18] :

  • 179 des formations spécialisées  pour les indigènes (sommeilleux, lépreux et tuberculeux) ;
  • 6 Ecoles d’infirmières ;
  • 1 école supérieure pour assistants médicaux indigènes.

Il existait plusieurs organisations caritatives dans ce secteur :

  • Assistance Médicale Indigente Bénévole  (AMIB) pour permettre aux religieux et missionnaires de suivre des cours à  l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers ;
  • Fonds du Bien-être Indigène (FOREAMI) pour financer et gérer les hôpitaux et les centres d’assistance dans les milieux coutumiers ;
  • Fondation Reine Elisabeth pour apporter une assistance médicale aux indigènes ;
  •  Aide Médicale aux Missions pour recruter un personnel médical pour les œuvres sociales de l’Eglise catholique ;
  • Fondation Médicale Universitaire (FOMULAC) pour créer et organiser les hôpitaux, les laboratoires et les écoles pour assistants médicaux  dans les missions catholiques ;
  • Fondation Médicale de l’Université de Bruxelles (CEMUBAC)  pour créer et organiser les hôpitaux, les laboratoires et les écoles pour assistants médicaux dans les milieux non religieux ;
  • Assistance aux Dispensaires du Congo (ADESCO) pour assister les dispensaires pour indigènes près des missions  par des aides financières et matérielles ;
  • Œuvre de la Mère et de l’Enfance Indigentes (OMEI) pour  protéger les mères et les enfants en situation d’indigence ;
  • Croix-Rouge pour assurer le développement des dispensaires secondaires ;
  • Fonds Social du Kivu pour lutter contre les grandes endémies au Kivu dans le cadre du Comité National du Kivu.

Il existait aussi des pharmacies provinciales installées à Léopoldville, Bukavu, Stanleyville, Albertville et Elisabethville.

 La principale stratégie nationale en matière de Santé doit être basée sur l’assurance-maladie fonctionnant sur trois piliers :

  • Une Institution Communautaire  d’Assurance-Maladie   : Par exemple, les travailleurs d’une Entreprise, un Établissement public  ou d’une Administration  publique peuvent pour se cotiser en  constituant une Institution Communautaire de Régulation. Il peut s’agir aussi d’une association privée des ouvriers, des paysans, des pécheurs.
  • Une Caisse de solidarité fonctionnant au sein d’une banque de proximité : l’Institution Communautaire  d’Assurance-Maladie   doit ouvrir un compte dans une Banque de Proximité  pour y loger les fonds régulièrement collectées  auprès des affiliés ;
  • Une Formation médicale : Elle doit dispenser  les soins de Santé aux populations et envoyer les factures à  la banque de proximité pour paiement.

L’Etat pourrait  subventionner les activités du domaine sanitaire :

  • Soit allouer des fonds aux mutuelles de santé (comme l’institution communautaire  d’assurance-maladie)  à  travers des banques de proximité. Les populations laborieuses doivent être invitées et encouragées déjà créer des  mutuelles de santé.
  • Soit accorder des subsides aux formations médicales pour rendre moins chères leurs prestations sociales, au niveau de nombreuses  zones de santé. Chaque Commune rurale (actuel groupement rural) doit compter au moins deux de  zones de santé.

Aujourd’hui, il s’agirait d’activer les institutions suivantes :

  • L’Agence Nationale d’Appui aux Formations Médicales (ANAFOMED) : elle devrait aider au développement des hôpitaux et  à  la  coopération entre ces hôpitaux et les Institutions Communautaires d’Assurance-Maladie (surtout les Mutuelles de Santé créées par les paysans et dans le cadre des métiers informels) ;
  • L’Agence Congolaise de Santé Publique et de l’Hygiène (ACSPH) devrait s’occuper des questions de Santé Publique en collaboration avec les organisations non gouvernementales de tous genres  et avec les organisations gouvernementales étrangères – bilatérales ou multilatérales- et ce, selon des procédures fixées à  l’avance.

Au-delà des questions  de santé des individus, il faut veiller à la santé de la communauté nationale en œuvrant pour une politique cohérente et équilibrée de la conservation de la nature en collaboration avec l’Institut Congolais de la Conservation de la Nature (ICCN),  et en faisant des recherches et des études sur la production du bois  et en veillant  à  la protection des autochtones de la Forêt par l’élaboration des contrats équilibrés de production  entre l’Etat et les producteurs privés et entre ces derniers et les populations autochtones  tant au niveau environnemental que financier en collaboration avec  un Centre National pour les Exploitations Forestière (INEF).

Jean Munyampenda


[1]A. Michels et N. Laude : Congo-Belge et Ruanda –Urundi. L’Edition Universelle S.A Bruxelles, p.369

[2]A. Michels et N. Laude : Op.cit., p.263

[3]A. Michels et N. Laude : Op.cit., p.263

[4]A. Michels et N. Laude : Op.cit., p.67

[5] Déclaration du Ministre  des Affaires  Sociales de la RDC,  Nawej Mundele  en date du 13 Septembre 2012, à  la Télévision officielle ‘‘RTNC’’.

[6]Léon Eyumu Ngituka : Nation sans famille. Editions Eyusa, Kinshasa 2008. Pp.5-6

 [7] Voir Encyclopédie du Congo Belge, Edition Bieleveld, Bruxelles 1953.

[8]Voir Encyclopédie du Congo Belge, Edition Bieleveld, Bruxelles 1953

[9]J. Patrick Dobel : Intégrité morale et vie publique, Editions Nouveaux Horizons-ARS. Paris 2006. P. XIII

[10] Ibid. p. XVI.

[11] Rapport National de la République Démocratique du Congo sur le Développement Durable sur les recommandations de Rio 1992 et Johannesburg 2002, Document Inédit, Kinshasa, 2012,pp 55-56

[12]  Voir Rapport sur le Développement Humain 2011, 21ième édition.

[13] IDH est une statistique unique destinée à servir de cadre de référence pour le développement socio-économique qui fait  la synthèse des indicateurs d’espérance de vie, de niveau d’études et de revenu, pour aboutir à un indicateur composite du développement humain. Il varie de 0 à 1.

 [14]Toussaint Kafarhire Murhula in Congo-Afrique n0 445 Mai 2010, p. 421

[15] Gazette Edition 127 –October 2010-Lausanne Nestle Health Science.

[16]Toussaint Kafarhire Murhula in Congo-Afrique n0 445 Mai 2010, p. 421

[17]A. Michels et N. Laude : Op.cit., p.259

[18]A. Michels et N. Laude : Op.cit.,.pp.255-259

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