ANALYSE 6 : LES SOURCES HISTORIQUES ET SOCIOLOGIQUES DE LA PENSEE POLITIQUE CONGOLAISE

En RDC, le libéralisme, le socialisme, le marxisme, le communisme, le tiers-mondisme, la religion chrétienne, la “négritude”,…  n’ont jamais vraiment servi de références valables ni pour quelques projets de société  ni pour les actions politiques de longue durée.  Pour comprendre, il faut revenir – en profondeur – sur la situation des élites congolaises depuis l’époque coloniale. 

 I. CONGO, COLONISATION ET ELITES CONGOLAISES

La ‘‘diplomatie à l’envers’’ est la principale source de l’actuelle coopération perdante du leadership congolais. Elle a souvent pour rôle de proposer elle-même des conciliations, ou accepter des schémas exogènes  qui ne font que favoriser et concrétiser l’intégration des ressources naturelles congolaises dans un système de production dont le Congo ne peut retirer un avantage décisif pour son développement interne.  

La qualité prospective et pragmatique d’une ’élite politique  constitue  la ressource stratégique la plus importante d’une société, bien plus que ses ressources naturelles. Un ‘‘scandale géologique ou agricole’’ peut se révéler être un ‘‘scandale social ou diplomatique’’ si l’élite politique d’une société donnée opérait des choix de nature irresponsable pour ses populations.

On assiste à une sorte de ”diplomatie” dans laquelle les leaders politiques actuels offre aux partenaires extérieures une collaboration perverse, une complicité impitoyable, une soumission anticipée,  une ambivalence déplorable, un consentement  à  l’irrémédiable. Pour presque rien ! Tout simplement !!!

Dans le cadre de cette ”diplomatie à l’envers”, la “dignité humaine” n’est qu’un mot sans sens ; on s’en sert comme prétexte pour s’enrichir impunément. Elle n’est fondée sur aucune alliance stratégique de type doctrinal. Le libéralisme, le socialisme, le tiers-mondisme, la religion chrétienne, la “négritude”  ne servent de références valables ni pour quelques projets de société  ni pour les actions politiques de longue durée.  Pour comprendre, il faut revenir – en profondeur – sur la situation des élites congolaises depuis l’époque coloniale. 

1. La naissance exogène et colonialiste du Congo 

Vers la fin du dix-neuvième siècle, des expéditions européennes vers le Congo actuel furent organisées par le roi Léopold II de Belgique sous l’égide de diverses associations internationales plus ou moins téléguidées par ce roi (Conférence Géographique en 1876, Association internationale Africaine en 1877, Comité d’Etudes du Haut Congo de 1878 à 1882 et Association Internationale du Congo de 1882 à 1884), et ce, en vue de se constituer une colonie en Afrique. 

Le 17 Février 1860, dans une communication écrite au Sénat belge, le duc de Brabant et futur le roi Léopold II avoua ses ambitions en déclarant : ‘‘Je crois que le moment est venu de nous étendre au dehors ; je crois qu’il ne faut pas perdre du temps, sous peine de voir les meilleurs positions, rares déjà, successivement occupées par les nations plus entreprenantes que la nôtre’’[1].

Le 12 septembre 1876 fut organisée  (16 ans après la communication du roi des Belges au Senat belge !) la Conférence Géographique de Bruxelles en vue d’organiser une exploration complète du bassin congolais et d’établir des stations scientifiques et hospitalières destinées à venir en aide aux explorateurs.

Le roi Léopold II de Belgique justifiait ces expéditions en écrivant ceci aux puissances dominantes d’alors : « Ces expéditions répondent à une idée  éminemment civilisatrice et chrétienne : abolir l’esclavage en Afrique, percer les ténèbres qui enveloppent encore cette partie du monde, en reconnaître les ressources qui paraissent immenses, en un mot y verser les trésors de la civilisation, tel est le but de cette croisade moderne »[2]. 

Le roi des Belges monta ensuite l’Association internationale Africaine en 1877 dotée d’un Commission internationale, d’un comité exécutif international et de plusieurs comités nationaux. Mais seul le comité national belge fut vraiment actif dans l’organisation des expéditions vers le Congo.

Entretemps, le 9 aout 1877, un aventurier américain d’origine anglaise  dit  Henry Morton Stanley  de son vrai nom John Rowlands arriva à Boma après avoir traversé l’Afrique d’Est vers l’Ouest et découvert le fleuve Congo. En date du 25 novembre 1878, il recruté par le roi Léopold II pour étudier le parti que l’on pouvait tirer du fleuve Congo et de son bassin. Le roi Léopold II créa alors le Comité d’Etudes du Haut Congo etune expédition fut décidée dont Stanley accepta la direction. Elle s’organisa à Zanzibar et arriva le 14 aout 1879 à Banana.

En 1885, il existait déjà un territoire administré de facto par le roi Léopold II sous l’égide de l’Association Internationale du Congo (AIC). L’Etat du Congo, ancêtre de la République Démocratique du Congo, ne doit pas sa création à l’Acte de Berlin du 26 février 1885. L’Association Internationale du Congo avait entamé, des avant la réunion de la Conférence de Berlin, des négociations avec les différentes puissances en vue de la reconnaissance de l’Etat du Congo en qualité d’Etat souverain. 

Les Etats-Unis d’Amérique furent les premiers à signer avec elle un traité de reconnaissance, le 22 Avril 1884. L’Etat du Congo fut le fait du roi Léopold II  et participa à la Conférence de Berlin au même titre les divers Etats. Des négociations pour sa reconnaissance continuèrent tant en dehors qu’au-dedans de la Conférence de Berlin.

Par sa ruse diplomatique, Léopold II réussît à se faire reconnaître chef de l’AIC, d’abord par les Etats-Unis et ensuite les autres puissances coloniales, la France, l’Angleterre, le Portugal et l’Allemagne[3].

Un Arrêté royal datant de Bruxelles, 29 mai 1885 et annonçant la constitution de l’Etat Indépendant du Congo(EIC)et son avènement à la souveraineté fut communiqué par les services du roi Léopold II dans une lettre datée de Vivi  le 1er Juillet 1885 mais la cérémonie de sa proclamation eut lieu à Banana le 19 juillet 1885.

 ‘‘Lorsque l’Etat indépendant du Congo est créé en 1885, il est reconnu comme la propriété personnelle de Léopold II, mais surtout le bassin dit ‘‘conventionnel’’ du Congo devient une zone dite de libre-échange et de libre navigation.’’[4] 

Par la suite, le Parlement belge avait autorisé par la suite  le roi Léopold II à devenir Souverain de l’Etat du Congo  auquel  Etat il donna la dénomination de l’Etat Indépendant du Congo(E.I.C) car la Belgique et l’E.I.C n’avait d’autre lien que d’avoir le même et unique souverain, le roi Léopold II.

Le 01 Juillet 1885, le Roi Souverain de l’E.I.C., sa “Majesté” Léopold II de Belgique, se dota d’un droit absolu sur ces terres dites vacantes, sur les ressources naturelles du sol et du sous-sol. Le monopole d’Etat fut décrété sur le commerce des produits de cueillette (caoutchouc, gomme, copal, ivoire) ; la collecte et le transport furent organisés sur fond des travaux forcés utilisant le “bétail” humain soustrait des communautés villageoises africaines.

Michels et N. Laude, deux apologistes de la colonisation belge ont écrit ceci : ‘‘A la suite d’énormes dépenses qu’entraînait l’organisation progressive de son immense territoire et ses multiples expéditions soit de conquête, soit d’occupation, (….) l’Etat Indépendant du Congo avait donné à sa politique intérieure une orientation de plus en plus commerciale.

Par la création du Domaine privé (octobre 1892), par celle du Domaine de la Couronne (mars 1896) et par sa participation à la constitution d’importantes sociétés concessionnaires’’[5].

Le régime des terres indigènes fut fixé par un décret, celui du 3 juin 1896. Il reconnaissait aux natifs la disposition exclusive des terres qu’ils habitaient, cultivaient ou exploitaient  en vue de leurs besoins de ce temps là. Les terres en jachère  longue étaient assimilées aux terres vacantes ! La reproduction élargie des communautés, dans leur propre perspective était ainsi stoppée.

Mais en fait, précise Baadikko Mammadu, ‘‘N’importe quel congolais exploitant [la] forêt pour la culture, la chasse ou la pèche était automatiquement considérée comme un receleur pour avoir touche au Domaine de la Couronne.’’[6]

La colonisation du bassin congolais fut envisagé comme un esclavagisme “export-substitution”, visant non pas à exporter l’esclave noir mais plutôt la production agricole et minière obtenue, grâce à l’exploitation inhumaine de ce noir non-exporté et ce, avec d’ ‘‘…autres servitudes, aussi meurtrières : le travail forcé, l’obligation faite aux villages de fournir vivres et porteurs, la répression et la mise aux pas souvent violentes des autorités traditionnelles.’’[7]

L’exploitation coloniale du caoutchouc, de  l’ivoire …fut la raison essentielle de la boucherie humaine au Congo. Toutes les populations devaient livrer aux compagnies concessionnaires du caoutchouc et des denrées alimentaires à titre d’impôt.[8]

La révolution technique fit passer Léopold II de la guerre d’ivoire contre les esclavagistes arabes et leurs alliés vers la guerre du caoutchouc car l’utilisation du caoutchouc connut un essor avec la fabrication des roues des bicyclettes et des voitures à  base du caoutchouc. ‘‘ Cette découverte avait donné  une impulsion extraordinaire a ce produit qui, à l’époque, venait justement des forêts du Congo’’[9].

Le roi Léopold II de Belgique régnait sur l’Etat indépendant du Congo comme sur une propriété privée. De 1885 à 1891, le libéralisme économique y battait  - théoriquement – son plein. Le commerce privé était ‘‘encouragé’’ et ‘‘entièrement libre’’,  dans le cadre de l’Etat ! 

En fait, l’E.I.C, pour trouver les ressources indispensables à l’occupation avait adoptée une politique de vastes concessions. Vu la nécessité dans laquelle se trouvait la jeune colonie en termes financiers, notamment afin de mettre en valeur le territoire, une rupture en faveur de l’interventionnisme s’annonce en 1892. Le Congo se releva alors comme une machine consommatrice des investissements (6,5 % du total des sommes investies en Afrique noire de 1870 à 1913, soit 610 millions de livres)[10]. 

Entre 1896 et 1901 – le ‘‘Domaine de la Couronne’’   était estimé  à 250.000 Km2 (1/10 de la superficie du Congo) et ce, pour ‘‘servir à des fins d’ordre moral, scientifique, artistique, tant au Congo qu’en Belgique’’ !

En fait, la liberté de commerce, confirmée par la Conférence de Berlin, ne s’était jamais traduit réellement dans les faits : Léopold II avait instaurée un système domanial ‘‘par lequel toutes les terres non cultivées (dont beaucoup étaient tout simplement laissées en jachères)’’ étaient ‘‘considérées comme ‘‘vacantes’’ et étaient ainsi devenues ‘‘ par conséquent propriété de l’Etat, c’est-a-dire du souverain, qui seul a donc le droit d’y mener des opérations commerciales’’.

Pour A. Michels et N. Laude : ‘‘Douze années après la création de son œuvre, Léopold II était parvenu à fonder, au cœur de l’Afrique, un Etat colonial (…), œuvre (…) de longues années  de laborieux et sanglants efforts’’[11].

2.   Le conditionnement totalitaire du noir  au Congo belge

 La colonisation du Congo fut avant tout un amalgame des peuples divers dont on a systématiquement étouffé l’expression en liquidant leurs leaders historiques ou traditionnels. La colonisation a été vécue par toutes ces communautés ou peuples africains du Congo comme une atroce brutalité et une soumission collective de ces peuples à une logique de productivité appliquée à l’exploitation de l’africain par l’européen, à une échelle d’essence et de mesure jusque là inconnues des Africains[12].

 Cette oppression a été vécue par le colonisé comme une exploitation du noir par le blanc, le Belge n’étant pas autrement identifié par l’imaginaire collectif des Africains. La civilisation européenne, apparaissant sous les couleurs de la répression coloniale, ne pouvait être utile pour les Africains   au point  de constituer alliance entre blancs et noirs. 

Le Congolais a certes résisté à la répression léopoldienne et colonialiste mais en fin de compte, il a été convaincu, par la vision même de son propre anéantissement, de ne plus résister à la persuasion puissante qui le séduisait par l’effroi. Toute lutte ressemblait au choc d’un pot de terre contre un pot de fer.

Cependant, une partie substantielle des populations congolaises s’est faite, malgré elle, collaboratrice du drame; elle se disait: “A quoi bon résister, sans espoir de vaincre un ennemi aussi vicieux qu’impitoyable ou lutter contre un adversaire aussi inhumain que puissant“.

En abdiquant, il croyait obliger le colonialiste à quelques faveurs. Les cultures africaines se figeaient ou se momifiaient; les traditions africaines évoluaient sans âmes et les coutumes produisaient des lettres sans esprit dans leurs textes culturels. La créativité cessait, l’adaptation aveugle commençait.

Disgracié à ses propres yeux, le Congolais a développé une imagination de vertige. Le Congolais, dans une vision globale, venait, en effet,  de réaliser en son esprit sa capacité faible de combattre et saisissait subitement le caractère extrêmement rudimentaire de sa technologie.

Le Congolais s’est trouvé totalement démuni et plein de désarroi, en face du colonialiste, entièrement dévastateur et étranger à son être. Il s’est représenté le futur sans autre alternative que la soumission. Beaucoup ont collaboré avec le colonialiste à cause de ce vertige. De l’être, le vertige colonial avait d’abord détruit son autonomie. L’acquiescement esclave du somnambule où la volonté n’a point de part fut son nouveau comportement.

Le Congolais collaborateur actif  du colonialisme (élément de la force publique, geôlier des prisons, tortionnaire noir, chefs médaillés des villages sous contrôle colonial …) eut pour modèle achevé, le petit bureaucrate de l’Administration coloniale, dédaigneusement nommé “évolué” par le colonialiste.

L’existence personnelle du collaborateur congolais, végétative à souhait, était désarmée devant des tentations qui la ruinaient. Il avait fini par tout ratifier en la colonisation. Les collaborateurs noirs se sont laissé aller à d’étranges et désastreuses actions qui n’avaient d’autres causes que leurs propres faiblesses.

Une promotion sociale autonome était devenue inconcevable par les noirs et pour les noirs. Utilisé pour mater ses semblables, surtout ceux des autres ethnies ou contrées, le collaborateur congolais  du colonialisme n’espérait plus de l’équité mais plutôt de la faveur; il ne croyait plus en la vertu de la justice mais bien en l’arbitraire.

Ayant cessé de croire à la règle et à l’humanité, le collaborateur du colonialisme  attendait tout du déséquilibre des uns par rapport aux autres ; il se flattait d’être soudain bénéficiaire d’un scandaleux parti-pris du destin à cause d’une menue faveur lui accordée ou d’une corvée lui dispensée un jour ! Les univers, africain et européen, étaient perçus comme inégaux par nature et par mesure, et ce, à d’échelles diverses.

Mais, sous pression des nécessités économiques de mise en valeur de la colonie, les Belges avaient été amenés à régénérer et à galvaniser certaines formes culturelles africaines antérieurement foudroyées. Cette régénération des formes culturelles foudroyées, c’est-à-dire ce retour en arrière apparent et forcé ne signifiant pas un rétablissement des conditions dans lesquelles les formes culturelles africaines antérieures s’étaient initialement cristallisées.

Tout simplement, le colonialisme belge cherchait à se présenter comme étant par essence un mélange des courants”, “un compromis” et une “forme d’organisation rationnelle des faits étrangers les uns aux autres qu’il fallait concilier pour en faire une unité féconde” c’est-à-dire une unité propice aux intérêts du colonialiste.

La solidarité clanique a été encouragée, (galvanisée ou ressuscitée) dans certains endroits pour répondre à un besoin d’encadrement des populations sous l’autorité d’un chef imposé et médaillé par l’Etat colonial en les introduisant ” dans la vie moderne sous l’égide de leurs autorités traditionnelles ou des  autorités autochtones acceptées par eux” et ainsi  “faire progresser les noirs dans l’atmosphère de leurs traditions et de leurs coutumes”.

En fait, la solidarité clanique  était une forme de solidarité de misère, ayant pour but d’amortir les effets néfastes de l’action coloniale.

Ailleurs, cependant, les notions des clans et des tribus étaient entretenues pour maintenir des dissensions entre noirs colonisés. “Sauvegarder l’organisation de la famille, du clan et de la tribu, les mœurs et la mentalité des individus”, tout en associant “aux notions coutumières des vues d’organisation pratique inspirée des nécessités de la colonisation.

D’une norme de civilisation africaine, la solidarité clanique ou tribale s’est transformée en une technique soit de sécurité sociale sectaire en contexte d’extrême précarité soit de minimisation des coûts sociaux d’encadrement des populations indigènes.

Deux références contradictoires pour une ambivalence certaine.

La pénétration colonialiste avait eu comme conséquence un foudroiement psychoculturel profond et durable chez les Africains. Et le tout devait se faire par l’Etat du Congo belge.  Avant le fascisme italien de Benito Mussolini, les colonialistes belges voulait : ‘‘ Tout dans l’Etat, rien hors de l’Etat, rien contre l’Etat’’. 

L’Etat colonialiste alors fonctionna  suivant cinq orientations [13] :

  • Il était “le véritable répartiteur des facteurs de production, des rôles à jouer et des richesses générées”;
  • Il était “le centre de coordination de diverses structures, de divers secteurs d’activités et de diverses fonctions relevant de l’activité économique”;
  • Il était l’appareil de régularisation par excellence “pour faire aboutir l’ensemble des activités coloniales à la grandeur et au progrès de la métropole et de ses habitants”. Il manipula “à sa guise le discours de légitimation, les mesures incitatives ou la répression dissuasive”;
  • Il était “un entrepreneur parmi tant d’autres, mais un  entrepreneur singulier qui, s’appuyant sur son pouvoir de contrainte, s’est arrogé des positions de monopole dans plusieurs secteurs de production (mines, exploitation forestière, certaines productions de cueillette)”;
  • Il était “un aménageur d’environnement et des conditions générales dans lesquelles l’exploitation coloniale étant appelée à se réaliser avec efficacité: ordre public, (…), voies de communication efficace”. 

Certes, à certains moments, l’évolué a rêvé à la promotion sociale des siens, au sens matériel de l’aisance, mais il ne s’était pas rendu compte de l’absurdité d’une telle espérance. Cela dénotait d’une aliénation mentale profonde.  Il n’était pas possible d’œuvrer pour la promotion de ses semblables sans destruction préalable du système colonialiste, sans créativité autonome et sans transformation autocentrée de la base socio-économique de sa propre existence.

La colonisation belge était, cependant, restée la même : brutale, calamiteuse et inhumaine. Or, les “évolués” auraient voulu élargir l’espace social de leurs aises matérielles et autres menues plaisirs au sein de l’Etat colonialiste.

Un temps, l’évolué songea à la justice égalitaire entre noirs et blancs dans une communauté Belgo-Congolaise avant de réclamer l’indépendance politique. Et c’est parce que l’espace social de l’aisance matérielle restait restreint que l’évolué a tenté d’investir l’espace politique par des revendications précises : débats politiques dans les cercles d’évolués, appuis aux révoltes et autres grèves des ouvriers ou des soldats …

Le lent mouvement indépendantiste s’inspirait en réalité d’une logique simple d’accumulation des éléments nécessaires à l’aisance matérielle dans le sillage du pouvoir d’Etat. L’accent pathétique, subit et populiste, des années 60 n’était sociologiquement qu’une mutation formelle de l’élite générée par la colonisation… pour les besoins de cette dernière.

En fait, le colonialiste était demeuré sans tressaillir devant le désarroi des Congolais sur -exploités et non-assimilés à la vie luxueuse des colonialistes ; le colonialiste était sans joie devant les hommages esclaves des fameux “évolués”, sans remords d’accepter des dévouements stupides et vains, … froids devant d’ardentes espérances en une prospérité matérielle pour les noirs. Il était même sans regrets d’avoir suscité des espérances qu’il n’attendait pas du tout concrétiser. 

La désorganisation  du “sens” avait complètement créé le vertige, à l’instar d’un homme amoureux d’une femme fatale puisque cynique ou d’un joueur de casino qui s’achemine vers sa ruine avec passion.

L’évolué appliquait-il une stratégie ancestrale dite de “soumission anticipée” qui consiste à jouer le jeu de l’agresseur pour mieux lui retourner ses armes en boomerang et à triompher ainsi de ce dernier ?  Non !  Cette stratégie n’a pas marché à cause de la différence fondamentale entre les deux univers, africain et européen, en compétition dans le mental de l’Africain.

Toute éventuelle stratégie de “soumission anticipée” ne pouvait qu’être tout juste un consentement à l’irrémédiable. Seule, la logique de la conservation de l’aisance matérielle pure et simple a été maintenue. L’on guettait toute possibilité de “facilité”, avec une certaine économie de la réflexion profonde.

L’élite “évoluée” avait vécu végétativement sans choix ni projet global autonome. C’est pourquoi, dans la future République indépendante du Congo, l’élite flattera les passions ethno-tribales pour accéder au pouvoir.  Le vertige colonial n’est toujours pas encore éradiqué dans le comportement de l’élite de ce XXIème débutant ! La logique de l’aisance matérielle à tout prix au sein du pouvoir d’Etat et à n’importe quel prix est encore manifeste aujourd’hui.

Pour se pénétrer intégralement cette analyse endogène de la colonisation, il faut s’imprégner de l’autre face de la réalité coloniale : l’origine et la manifestation du mal colonial. 

 3.      La différence primitive  de  l’univers, africain et occidental   

Au dix-neuvième siècle, en Afrique où les moyens de production étaient encore largement inertes,  la division sociale du travail  consistait en une certaine la répartition sexuelle ou par âge des tâches. En Europe d’alors, on en était pourtant déjà à une division sociale en fonction  des connaissances et know how liés  à  des procédés très avancés et codifiés de fabrication avec  techniques de plus en plus  rationalisation dans un système de production.

En Occident, le temps s’exprimait en heures, en nuitées, en  journées et en mois, avec une arrière-pensée d’usage efficient du travail des humains commis à la production. En Afrique,  le  temps était exprimé en saisons dans le cadre d’un système agraire de production, avec une évidence sociale du temps des loisirs et  de sur-socialisation des individus au sein des communautés. 

Dans l’univers africain précolonial,  la propriété était communautaire et non individuelle. Il consistait en un ‘‘communautarisme’’  des moyens inertes (terre, forêts, rivières et lacs)  auxquels les individus accédaient avec des instruments rudimentaires de production (houes, machettes, haches  et bâtons) et répartition du travail par sexe et par âge. Ce n’était pas du ‘‘collectivisme’’ des moyens actifs (unités de production nécessitant des machines et des usines) et  répartition  horizontale et verticale du travail entre membres  - en principe,  égaux entre eux  - de la collectivité.  

Dans l’univers européen envahissant, la propriété était individuelle et individualiste. Cette organisation sociale  ‘‘individualiste ’’ consistait une multitude de petits patrons, chacun propriétaire des moyens actifs de production (des usines ou des fermes agricoles ou encore des élevages, tous conçus comme des  unités de nécessitant l’emploi des machines, des institutions de financement ou de commerce des produits ou des services) et où le  travail  fait l’objet d’une  répartition  horizontale et verticale entre les travailleurs salariés (capitalisme libéral).  Dans certains cas, il pouvait s’agir seulement d’un petit groupe des patrons-propriétaires, le gros de la population active étant composée des travailleurs salaries (capitalisme monopoliste).

Le système de production européen était largement exclusif, avec un culte de la différence au niveau de la consommation et des signes extérieurs des richesses alors que le système agraire africain était plutôt inclusif.

Mais pour pouvoir maintenir la ‘‘paix sociale’’,  l’univers occidental avait accouché d’un ‘‘Etat’’ ayant , une forte administration publique pour maintenir f la  ‘‘séparation’’  économique et  sociale au nom du droit à la propriété individuelle entre les travailleurs et les propriétaires de moyens de production.  Au début du XXIème siècle, les Etats européens possédaient des polices et des armées à la fois de répression interne et de défense externe de leurs territoires.

L’univers africain précolonial doit surtout se comprendre comme un système particulier de production par rapport au mode de production capitaliste imposé par la colonisation. Utilisons pour ce faire, deux concepts distincts : « propriété économique » et « possession économique »

Par propriété économique, on entend « le contrôle réel des moyens de productions c’est-à-dire le pouvoir d’affecter les moyens de production à des utilisations données et de disposer ainsi des produits obtenus tandis que la possession, « c’est la capacité de mettre en œuvre ces moyens de production c’est-à-dire la capacité de maîtrise d’un procès de travail ». On peut – en effet- posséder un moyen de production par la maîtrise du procès de travail sans en être le propriétaire. A la manière d’un locataire dans la maison de son bailleur.  

Par ailleurs, une propriété peut être collective ou individuelle.  De même, une possession peut être collective ou individuelle. Par exemple, la possession collective concerne les outils de production qui nécessite une coopération entre plusieurs personnes pour réaliser une production bien déterminée (avec répartition horizontale et verticale du travail) mais ces outils de production peuvent appartenir à un seul homme ou une seule femme ! Dans une chaine de production, la possession est nécessairement collective alors que -  posséder  une houe – un seul homme suffit.

Par contre, – à  la fin au XIXème siècle -, l’Europe et l’Amérique du Nord connaissaient un système de production consistant entre une articulation  deux formes du mode capitaliste (type 2 et type 4 de notre tableau ci-dessus) où l’on notait à la fois des monopoles de production industrielle pour certains secteurs et – pour d’autres secteurs- une multitude des petits propriétaires des unités de production agricoles, manufacturières et/ou commerciales et employant de millions de travailleurs salariés, tous intégrés dans un seul et unique système global de production. 

L’organisation étatique relevait d’une forte administration publique pour maintenir fortement la « séparation »  économique et  sociale au nom du droit à la propriété individuelle entre les travailleurs et les propriétaires de moyens de production. Les Etats européens possédaient des polices et des armées à la fois de répression interne et de défense externes de leurs territoires. Le système de production européen était largement exclusif ; l’individualisme était le trait marquant de la société, avec un culte de la différence au niveau de la consommation et des signes extérieurs des richesses.    

La  production était vendue au marché mais seule une infime partie de l’argent était  retournée aux travailleurs  pour leur survie et le reste était accaparé par les propriétaires des moyens de production dans un processus d’accumulation toujours plus grande des richesses et du capital. La recherche des matières première et des débouchés était une nécessité de survie pour ce système de production. En termes des civilisations, la différence était  essentielle  et la rencontre entre les deux univers allait être un choc de terre contre un pot de fer.

Et c’est ce biais que la différence primitive continue de se reproduire dans la pratique diplomatique des leaders politiques congolais … comme une soumission anticipée,   une collaboration perverse, une diplomatie à  l’envers et une coopération perdante et une complicité impitoyable  dans le transfert sans contrepartie valable des richesses de l’Afrique vers l’Occident.

Cette théorie de la différence primitive entre l’univers africain (pot de terre) et l’univers occidental (pot de fer), différence constamment actualisée  en différence de potentiel permettant le transfert sans contre partie valable de ressources de la RDC (pôle africain) vers l’Europe et l’Amérique (pôle occidental)[14].

4.      Les  élites congolaises en face de la  colonisation 

L’espace géographique conquis par le roi Léopold II  des belges en 1884 et aujourd’hui appelé « Congo » était une surface occupé par plusieurs nations africaines précoloniales plus ou moins organisées : Bakongo, Karunda, Baluba, Mongo, Azande,….) Certaines de ces nations précoloniales ont été intégralement absorbées au Congo actuel (Baluba, Bakuba, …), d’autres ont été intégrées partiellement au Congo (Bakongo, Lunda, Tutsi et Hutu congolais dits Rwandophones congolais) et partiellement annexés à d’autres espaces coloniaux (Angola portugais,  Afrique Equatoriale française, Territoires allemands du Ruanda-Urundi…). 

La colonisation ne s’est pas faite en un jour !

La traite négrière, ce commerce odieux du corps humain, opéré depuis le 14ème siècle par les Portugais, les Hollandais, les Anglais et les Français sur les cotes  de l’Océan Atlantique a fortement saigné l’Afrique noire. On estime aujourd’hui  à 100.000 noirs Africains expédiés hors d’Afrique pour la seule année 1778. Or, pour obtenir ce chiffre scandaleux, il fallait en assassiner au moins cinq fois plus. Il est résulté un déclin des royaumes de la cote dont celui du peuple ne-Kongo, le Royaume du Kongo. 

Si les ne-Kongo peuvent se targuer d’avoir été les premiers au Congo actuel à  entrer en contact avec la moderne civilisation européenne, il n’est reste pas moins vrai qu’ils ont eu à subir, tristement, les affres des massacres typiquement génocidaire à une très large échelle. Par exemple, la construction des voies d’évacuation, notamment le chemin de fer Kinshasa-Matadi, fut un holocauste. On n’avait pas hésité à bafouer le droit humain, à traumatiser et à ébranler les bases sur lesquelles reposait l’organisation sociale des noirs du Congo.

Depuis, la volonté d’émancipation des noirs est une des caractéristiques majeures de cette importante communauté de  la Nation congolaise moderne.   Le vénérable Simon Kimbangu, et tant d’autres, ont incarnée la continuité cette lutte africaniste d’émancipation des noirs sous la colonisation belge en fondant une religion d’éveil des consciences, très organisée et très structurée ;  et plus tard, un autre fils du peuple Ne-Kongo, feu Président Joseph Kasavubu allait s’opposer avec modération mais avec détermination, au projet de colonisation durable sur 30 ans (1956-1986), élaboré par Monsieur Jef Van Bilsen, en sonnant ainsi le glas du colonialisme au Congo.  

La traite européenne des noirs s’étendait  toujours davantage vers  l’intérieur du continent africain. L’abolition formelle de l’esclavagisme au XIXème siècle et la lutte contre les razzia arabes, ne furent qu’un prétexte lumineux pour Léopold II, prétexte visant à obtenir de la communauté internationale d’alors une collaboration dans l’exploitation plus ou moins systématisée des Africains sur leur propre sol. L’exploitation coloniale du caoutchouc, de  l’ivoire …était la raison essentielle de la boucherie humaine au Congo, en particulier dans la zone où le Lingala constitue aujourd’hui la principale langue locale de communication, c’est-à-dire le Nord du Bandundu, la Province de l’Equateur et l’Ouest de la Province Orientale.

Citons quelques passages tirés de l’Internet[15] : « Pendant une vingtaine d’années, les agents territoriaux, la force publique, et les milices armées des sociétés privées, allaient répandre la terreur dans les régions de l’Équateur, de l’Aruwimi, du Lomami, du Mai-Ndombe, de l’Itimbiri, de l’Uélé, du Kasaï et de la Mongala. Esclavagisme, déportations, guerres, massacres, pillages, captures, emprisonnements et tortures étaient les moyens et les méthodes utilisés pour forcer la population à récolter le caoutchouc et à le livrer aux autorités coloniales. Des millions de Congolais allaient mourir à cause du régime mis en place par le roi Léopold II. Ce régime de terreur ne sera quasiment jamais dénoncé par les missionnaires catholiques qui participaient à la prétendue mission civilisatrice du roi. »[16].

« En 1919, une commission officielle du gouvernement belge estima que, depuis l’époque où Stanley avait commencé à établir les fondations de l’Etat de Léopold, la population du territoire avait été réduite de moitié »[17].D’après des récits récents, la répression de Léopold II entre 1887 et 1910 aurait fait 10 millions de victimes, sans compter les mutilés de toutes sortes[18].

Cette boucherie humaine se fit dans le cadre d’un Etat dit ‘‘Etat Indépendant du Congo’’ plutôt entité politique conçue comme une propriété privée d’un individu – le Roi Léopold II de Belgique. La lutte ne laissa pas une place à une quelconque  sagesse de la part de nos ancêtres ! Les gens furent pendus et  leurs bras coupés devant les membres de leurs familles s’ils ne ramenaient pas les produits forestiers tant convoités par les colonialistes. De recettes de ces produits forestiers, le roi Léopold construisit avec atrocité les premières infrastructures du Congo moderne.  

Pour nos ancêtres, Il a fallu donc lutter physiquement pour survivre!  Nos ancêtres furent obligés de fuir dans les forêts et y survivre au-delà de toute règle d’humanité. Sans règle sociale établie dans la durée, la société précoloniale africaine de cette zone fut moralement détruite au point que – pour se survivre comme civilisation, il fallait du temps, une vision certaine pour reconstruire la société meurtrie. La combativité est depuis lors une des caractéristiques majeures des populations de cette contrée de la République. 

C’est ainsi que d’éminentes personnalités telles que Joseph Iléo et Jean Bolikango adhérèrent à la thèse de Jef Van Bilsen, en vue de préparer activement les populations à  l’indépendance  dans le cadre d’un Etat gérable, par les noirs et pour les noirs du Congo. Ces hommes avaient non seulement  ont vaillamment résisté à la barbarie  colonialiste d’hier   mais aussi ils  avaient  su percevoir  d’avance – et avec sagacité et vision authentique – la possible destruction de l’Administration publique au Congo, faute de temps dans l’initiation des jeunes élites congolaise au leadership moderne des Etats.

La pénétration européenne a continué comme une tragique épopée contre les populations congolaises d’aujourd’hui. Avec la découverte de nouvelles potentialités économiques, le Katanga attira l’attention des colonialistes. C’est dans cette compétition entre Européens pour le contrôle de cette partie de la République Démocratique du Congo que le vaillant Roi M’siri trouva la mort en luttant corps à  corps avec un officier belge.  Beaucoup d’entre les membres des expéditions colonialistes ainsi que leurs collaborateurs trouvèrent la mort par la faim et la soif car les peuples du Katanga actuel avaient refusé de leur porter soit secours soit  appui dans leur quête de contrôle du territoire.

Malgré tout, le Katanga fut occupé et dirigé par un groupement des trusts organisés en comité dit ‘‘Comite Spécial du Katanga’’  qui systématisa la colonisation. Mais la flamme de la liberté resta vivace dans cette partie du pays. Quatre décennies durant de 1920 à 1960, il eut des révoltes et des grèves pour briser l’arrogance  colonialiste et le mépris contre des noirs. Les Katangais comprirent qu’il était important d’avoir une formation poussée et d’accéder à la culture moderne pour venir à  bout de la suprématie colonialiste blanche. Cette soif de savoir ne s’est plus jamais éteinte au Katanga. Les connaissances sont devenues une arme essentielle de la maitrise de l’environnement en ce monde. 

Malheureusement, cette spécificité katangaise amena certains à collaborer avec les colonialistes et à concevoir une scission du Congo en détachant le Katanga du reste de la nouvelle République. Des nationalistes katangais – comme Jason Sendwe  et ses compagnons – refusèrent de participer à cette mascarade néo-colonialiste. 

Pour la conquête  du Nord/Est de l’actuelle RDC, les colonialistes eurent à  massacrer plusieurs de nos ancêtres sous prétexte qu’ils étaient des arabisés. Ils étaient tout simplement des adeptes de la religion islamique ; ils avaient des entités politiques organisées et faisaient du commerce avec les îles de l’Océan Indien.

En fait, il est temps de réécrire l’Histoire de ces entités politiques.  Il nous faut aujourd’hui savoir comment des dignes fils de la RDC – pas plus arabes que vous et moi – ont mené une résistance farouche contre  la colonisation, les armes à la main.

Il nous faut – aujourd’hui – raconter  autrement  comment  nos ancêtres luttèrent contre les colonialistes  au confluant de Bomokandi et l’Uélé en 1891, comment Mserera tua à Lokandu (ex-Riba-riba) le commandant des troupes colonialistes, comment Sefu fit de même à  Kasongo, comment Mohara  résista avec bravoure à  Nyangwe et Kibonge et Saïd à  Kirundu.

L’histoire du Congo est émaillée de nombreuses  révoltes des soldats noirs dont ceux de Kabambare, de Masisi, d’Uvira,… et d’innombrables soulèvements populaires et des sacrifices individuels contre l’oppression colonialiste.  C’est de là que vient sans doute la passion de leurs descendants parmi lesquels on compta beaucoup des nationalistes toujours militants.

Mais aussi un esprit de créativité, d’innovation  et d’auto-prise en charge comme on le voit dans d’innombrables ONG créées par les enfants de cette partie du Congo, tant pour le développement que pour la protection des droits des citoyens ordinaires.

Les provinces actuelles du Kasaï furent décrétés ‘‘zone  d’exploitation forestière puis minière’’ par les colonialistes. Pour le roi Léopold II, il suffisait  de substituer à  l’esclavagisme d’exportation des noirs par une colonisation en Afrique, colonisation visant – non pas à exporter l’esclave noir – mais plutôt la production agricole et minière obtenue, grâce à l’exploitation inhumaine de ce noir non-exporté.  

En fait, les Belges avaient un profond  mépris pour les noirs du Congo. Même envers les soldats noirs qui étaient leurs collaborateurs. Il en résulta des révoltes des soldats noirs dont celle dite révolte des Batetela. Pourtant, quelques temps auparavant,  un de nos ancêtres, le valeureux Gongo-Lutete avait marché du Sankuru vers Lusambo avec 5.000 combattants à Lusambo contre les troupes belges en 1891. 

Des illustres personnes continuèrent cette lutte d’émancipation dont Okito, mort assassiné en compagnie de Patrice Lumumba  et Guillaume Lubaya, qui tomba assassiné plus tard  sous la torture du régime dictatorial de Mobutu. On peut continuer la liste des personnes empêchées de réfléchir et d’agir pour les populations congolaises avec la complice des pouvoirs fantoches : Etienne Tshisekedi, Floribert Chebeya, …..Ce mépris contre les  Congolais a toujours été est véhiculé par des collabos internes.

Les successifs dirigeants  politiques au pouvoir d’Etat n’ont pas hésité à flatter les passions  ethno-tribales,  à  exciter des cupidités  et à entretenir ainsi des discordes au sein du peuple congolais et ce, tout simplement pour s’accrocher  ou accéder aux privilèges sociaux du pouvoir politique.  C’est par ce biais qu’il se forme dialectiquement  des conditions permissives internes d’une gouvernance exogène de la RDC.

Ils n’ont pas hésité et n’hésitent jamais à ‘‘inviter’’ les forces i étrangères pour régler des questions politiques internes, entre Congolais. Tel est le cas de ceux qui pensent que la Monusco peut constituer un bras armé du nationalisme congolais ! Le vrai changement ne peut que s’appuyer sur les ….sur les forces endogènes congolaises de changement et non sur les leaders politiques de la collaboration perverse contre les populations congolaises.

La diplomatie des leaders politiques de la collaboration perverse consiste – depuis longtemps – à participer à  la liquidation des patriotes. Pour les colonialistes, il suffisait d’exploiter les différences ethniques, les perceptions divergentes entre les leaders quant à la stratégie à suivre pour  être libres, les ambitions personnelles pour avoir des aises matérielles !

Cela est encore le cas : il est urgent  d’étouffer la fameuse  ‘‘différence primitive’’,   aujourd’hui, est devenue une ‘‘différence de potentiel’’ permettant la circulation  dans un sens unique  des richesses de l’Afrique vers l’Occident. 

Il y a lieu de toujours examiner les deux faces  du même problème : celui de la soumission des élites politiques congolaises  aux idées et pouvoirs exogènes et  qui refusent toutes innovations endogènes, les seules vraiment indispensables au développement institutionnel en RDC.

La “mission civilisatrice” belge avait été présentée comme une chance historique pour les noirs. Les Belges s’étaient présentés comme des apôtres d’une certaine transformation sociale, structurale et radicale. Mais, auprès du noir, la colonisation n’a pas vraiment suscité cette foi “capable de mouvoir les montagnes”.

Mais les collaborateurs congolais du colonialisme d’hier – les fameux évolués- avaient incubée cette mission en niant leur propre  ‘‘dignité humaine’’ ; ils avaient systématiquement réduite cette ‘‘dignité humaine’’  à une simple expression de la prospérité matérielle personnelle, sans autre forme doctrinale de remise en question de cette ”mission civilisatrice” – en fait – mission exogène de soumission des Africains en Afrique.

Pour les nouvelles élites politiques, il n’y a pas – comme hier – de critères significatifs et stratégiques de modélisation de l’avenir de la nouvelle “Nation” Congolaise, toujours en gestation ! C’est peut-être là l’origine de la “sanctification actuelle du mal”. Cette sanctification du mal constitue encore aujourd’hui la souche la plus résistante à toute cure contre la dilution de l’Etat.

Telle est la diplomatie de Joseph Kabila aujourd’hui ! Telle fut la diplomatie de Joseph Kasavubu ! Telle fut – malgré une logomachie nationaliste – la diplomatie de Joseph Mobutu. Un trait commun de ces trois ‘’Josephs’’ sur 55 ans ! Cela mérite qu’on réfléchisse sur les sources de cette ‘‘diplomatie à l’ envers’’ pratiquée par la classe politique congolaise d’aujourd’hui ! 

Pour changer notre destin, il nous faut  retrouver le chemin de la réflexion millénariste,  au fondement de la pensée intelligente et de la libre décision et source de la prospective  indispensable à une pratique politique responsable.

 [1]A. Michels et N. Laude : Congo-Belge et Ruanda –Urundi. Edition Universelle S.A Bruxelles, pp.339-340. C’est nous qui soulignons les passages en italiques.

[2]A. Michels et N. Laude : Congo-Belge et Ruanda –Urundi. Edition Universelle S.A Bruxelles, p.340. C’est nous qui soulignons les passages en gras et en italiques.

[3] Modeste Mutinga Mutuishayi : RD Congo, la république des inconscients. Editions Le Potentiel Kinshasa, 2010

[4] Collecte Braeckamn : Op.cit.p 10  

[5]A. Michels et N. Laude : op.cit.  p.350. C’est nous qui soulignons le passage en gras et en italiques.

[6]Baadikko Mammadu : Francafrique : l’échec. L’Afrique postcoloniale en question. Editions L’Harmattan. P..25

[7] Collecte Braeckamn : Vers la deuxième indépendance du Congo. Le CRI. Afrique Editions, Kinshasa 2008.p.11  

[8]Baadikko Mammadu : Op.cit.p.25

[9]Baadikko Mammadu : Op.cit.p.25

[10] Internet, Wikipedia, consulté le 9/07/2010

[11] A. Michels et N. Laude : op.cit.  p.349.

[12]L’histoire coloniale du Congo, étudiée par la Belgique “scolaire”, est naturellement distincte de celle présentée dans ce livre. En Belgique, c’est une histoire ethnocentrique insistant sur le génie conquérant et “libérateur” ou “civilisateur” de la race blanche dans un pays des “roitelets nègres”. Cfr Henry Dorchy, Histoire des Belges, Ed. A. de Boeck Bruxelles 1968 pp. 263-268.Voir Conférence Nationale Souveraine, Rapport de la Commission de l’Economie, Commerce, Industrie et Planification, Titre IV, Annexe I.

[14] Cette théorie  est défendue par plusieurs intellectuels congolais dont le  Professeur Kabeya Tshikuku à  l’Université de Kinshasa qui a eu à la formaliser dans plusieurs  de ses écrits.

[15]Internet, consulté le 31 juillet 2010. Notes en bas de page sur des commentaires sur le Discours de Lumumba en 1960.

[16]Internet, consulté le 31 juillet 2010. Idem 60

[17]Internet, consulté le 31 juillet 2010. IDEM 60

[18]Adam Hochshild : Les fantômes du roi Léopold II. La terreur coloniale dans l’Etat du Congo. 1884-1908, Editions Tallendier, Paris 2007

 

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