RDC : IMPROBITE INTELLECTUELLE DANS LA CONCEPTION DU CHANGEMENT

En RDC, les politiciens s’adressent volontiers aux masses populaires en parlant de ‘‘changement’’. Le langage relatif au changement est devenu un mode de communication dans la vie politique courante congolaise  Mais en fait, quel est son véritable contenu pour les Congolais ? 

Au point de vue formel et temporel, on peut distinguer 3 notions historiques de changement : la vision superficielle mobutiste de développement, la vision radicale de changement, la vision unidimensionnelle de Joseph Kabila. Pour les différencier, le changement est ici symbolisé par une ”suite” en chiffres (1-2-3-4-5-6-….) mais ces chiffres sont ensuite exposés à  une puissance donnée (intensité d’utilisation des ressources):

- Puissance 2 pour la vision mobutiste  du progrès          : 12- 22- 32- 452- 62- 72

- Puissance 3 pour la vision radicale  du progrès              : 13- 23- 33- 453- 63- 73

- Puissance 1 pour la vision unidimensionnelle en cours  : 11- 21- 31- 451- 61- 71

Il est temps d’adopter une nouvelle vision de changement, celle du changement transformationnel pour le développement intégral.Ici, l’exposition va en augmentant d’elle-même !

Puissances de changement transformationnel : 11- 233- 455- 677

1. Les conceptions historiques de changement en RDC

Les trois visions historiques de changement en RDC – (1) vision superficielle mobutiste de développement, (2) vision radicale de changement des années 1980-1990 et  (3) vision unidimensionnelle actuelle du progrès - peuvent être formellement représentées  de la  manière suivante :

 A. Vision superficielle mobutiste de développement

  • Infrastructures: Création des infrastructures avec une préférence pour les éléphants blancs
  • Bon voisinage : Sécurisation de la dictature par des alliances personnelles au niveau régional
  • Unité de Commandement : Neutralisation des récalcitrants par leur intégration centraliste dans le monopartisme ou élimination pure et simple
  • Indépendance nationale: Réduction de l’autonomie collective au phénomène d’authenticité culturelle.

Figure 1 : Vision mobutiste de développement 1970-1980  

Pic1

Les 4 aspects  constituaient chacun un côté d’un ‘‘carré’’. Pour Joseph Mobutu, le changement consistait à  reproduire géométriquement les ‘‘carrés’’ de dimension ”géographique”  dans sa politique à  la manière de la figure 1.

B.     Vision radicale du changement des années  1980-1990

Le radicalisme tshisekedien et le néo-mobutisme type kengiste ont repris les thèmes mobutistes mais en y adjoignant – chacun à  sa manière – des compléments conceptuels indispensables pour le progrès des populations. Mais,  la notion stratégique d ‘‘indépendance nationale’’ était délaissée dans l’espoir d’avoir un appui massif de l’Occident  dans la lutte politique interne de changement.

Figure2Vision radicale de changement 1980-1990

pic5

-  A la politique des ‘‘Infrastructures’’, l’on avait ajouté trois autres  notions :

  • La notion de lutte contre la corruption,
  • La notion de gestion rationnelle des finances publiques
  • La notion de contrôle parlementaire et de répression judiciaire.

 - A la politique de l’ ‘‘Unité de Commandement’’, l’on avait soustrait  le principe du pouvoir personnel propre à la dictature en avançant les concepts de :

  • Collégialité des décisions dans les instances d’Etat
  • Décentralisation du territoire (autonomie des provinces ou de déconcentration des entités locales)
  • Système de multipartisme politique et multisyndicalisme.

 -  A la politique de ”bon voisinage”, l’on a pensé aux relations d’alliances d’Etat à Etat  par :

  • Par une diplomatie d’alliances régionales.
  • Une politique d’intégration économique régionale dans les sous régions d’Afrique centrale et celle des Grands-Lacs.
  • La mise en place d’un système de co-développement des populations africaines par Etats interposés.
Infrastructures Lutte contre la corruption Gestion rationnelle des Finances publiques Contrôle parlementaire et répression judiciaire
Unité de Commandement Collégialité des décisions Décentralisation Multipartisme
Bon voisinage Intégration économique régionale Diplomatie d’alliances régionales Co-développement

Chacun des ajouts ci-dessus a entrainé  des ‘‘carrés’’ plus  ou moins interalliés entre eux sous forme d’un ‘‘cube’’  avec  12 arrêts  selon le modèle de la Figure 2.

Les tshisekedistes adoptèrent des positions dénonciatrices des pratiques  politiques en vigueur et en appelèrent au renversement des régimes dictatoriaux alors que les néo-mobutistes s’ingéniaient à proposer des pistes techniques et tactiques de nature à  les associer aux pouvoirs post-mobutiens en guise de come-back.

La vision radicale était nécesssaire pour la rupture politique d’avec les oppresions internes mais stratégiquement  insuffisante pour la conquete interne du pouvoir d’Etat et ensuite pour la transformation effective et durable des conditions de vie des Congolais.

C. La vision unidimensionnelle en cours

Depuis 1998, seule la dimension matérielle des choses fut souvent, pris en considération en devenant l’unique variable stratégique du développement : tout est donc devenu ‘‘ chantier’’ :  chantiers  des infrastructures, chantier de l’éducation,  chantier de la santé, chantier eau & électricité…… ! Le  concept  de ‘‘changement’’ fut émasculé.

Figure 3Vision unidimensiennelle du progrès  depuis 1998

Vision unidimensionnelle du progres en cours

Dans l’optique ci-dessus, l’on  mise sur la multiplication des chantiers  sur l’étendue du pays pour en transformer la face. Pour que la  ‘‘quantité’’ se transforme en ‘‘qualité’’, il faut que l’éventuelle croissance économique se fasse sans corruption, sans  mauvaise gouvernance des finances publiques, sans mauvaises relations extérieures régionales  – c’est-à-dire dans la paix et la concorde nationale. C’est dans cette perspective que la croissance économique peut  devenir un  souffle de développement.

Tel ne peut être le cas dans l’actuelle vision de  dimension matérialiste primaire de changement animé par des ‘‘traits’’(chantiers) qui peuvent s’additionner continuellement (voir Figure 3),… sans jamais atteindre une quelconque finalité de développment endogène !

Le système politique en cours profite de l’extrême pauvreté  des élites intellectuelles – celle  qui mine les intelligences – pour empêcher les gens de  découvrir la réalité et  qui les pousse à enregistrer en eux – au moyen des médias – des formules redondantes et inculquées aux gens au titre des connaissances.

Ce type de connaissances  s’édifie toujours sur un terrain politiquement marécageux. C’est pourquoi nombre important de leurs  édifices doctrinaux ne sont que des replâtrages successifs. Ceux qui adoptent le kabilisme font montre d’une improbité intellectuelle qui les transforme en apprentis sorciers  dans tous les domaines des connaissances. [1].

La gouvernance d’Etat en cours souffre d’une absence de vision stratégique cohérente pour un devenir congolais digne de ce nom ! C;est pourquoi les gouvernants et la classe politique d’aujourd’hui  sont incapables de développer une authentique vision de changement. Ils passent la journée à animer au sein de la société une nébuleuse notion de l’’’Autorité de l’Etat’’ (pouvoir) ou une notion de l’Etat de Droit (opposition) pour justifier une forme rampante de centralisme politique qu’il ‘‘antagonise’’ avec le concept de ‘‘balkanisation du territoire’’, le but étant de créer un faux dilemme dans lequel les Congolais auraient comme unique alternative : soit la balkanisation  soit le centralisme du pouvoir. Le tout …pour faire échouer toute effective gouvernance décentralisée.

L’idéologie politique ambiante   est en fait un recul de société dans sa dimension  politique de la nation congolaise! Il eut fallu que les acteurs politiques congolais continuassent leurs débats pour aboutir à une intégration des points de vue.  Le concept de ‘‘changement’’ des années 1980-1990 continue ainsi d’avoir une certaine prévalence  dans les esprits alors qu’il n’était pas encore – lui-meme – achevé dans sa formulation, voire inachevable!!!.

Il est impérieux  que l’on cesse  tout juste  de revenir  à la vision mobutiste des années 1970-1980 (Figure 1) ou de  ”progresser” à rebours vers la conception des années  1980-1990 (Figure 2). C’est là qu’il faut situer la nature inefficace et globale de nombreuses et faussses querelles entre la ”majori’é présidentielle”actuelle d’avec son ”opposition politique”, qu’elle soit moderée  radicale.

En soi, les perspectives historiques de changement ci-dessus sont déjà depassées  par les préoccupations de gouvernance transformationnelle recherchée par les Congolais pour la RDC, et ce, dans la globalité des aspects de la gestion de l’Etat !  En RDC,  il faut qu’une véritable révolution copernicienne intervienne  et qui en miserait   sur l’indépendance nationale dans le sens de l’autonomie de pensée et d’action du leadership national  pour se déterminer politiquement en faveur de la nation congolaise !

2. Pour une  gouvernance transformationnnelle en RDC
 Le  concept de ‘‘changement’’ suppose trois exigences :
  • Il faut maîtriser les façons d’aborder les questions collectives. Il s’agit d’identifier le système social en tant qu’il est produit et expression des comportements collectifs inhibitifs des nécessaires mutations sociales et ce, en vue de fixer les normes pour des nouveaux comportements attendus des leaders politiques et des populations.
  •  Il faut se situer dans la perspective de la critique du leadership  des institutions actuelles en étant au diapason des nécessaires mutations sociales attendues par les populations.  Il s’agit de procéder à une critique  qui soit faite dans une perspective globale des réformes comme guide de cette critique.
  •  Il faut d’envisager les questions collectives dans une attitude de probité intellectuelle en tant expression de la vérité, sans en déformer un seul de ses aspects ni en tordre le sens dans une intention déterminée ! Pour l’intellectuel – individuellement engagé-, il s’agit de faire œuvre de prophète au service de Dieu ou de témoin lors du  Jugement de l’Histoire.

Le ‘‘Changement’’ est une notion holistique. En 1997, il  était question de ce type de changement mais  une fois au pouvoir d’Etat, Laurent-Désiré Kabila  a développé  une vision de centralisation du pouvoir d’Etat à Kinshasa dans   une optique stalinienne et dictatoriale d’indépendance nationale et de développement au point de gommer les acquis qualitatifs antérieurs de la lutte pour le changement.

Aujourd’hui, le changement est souvent   perçu  en termes materialists de type primaire,  en rétrogradant  ainsi vers un système politique de  corruption, de siphonnage interne et externe des ressources naturelles du pays, de soumission aux pouvoirs d’argent et de détournement des fonds publics, … !

Ma vision de mutation politique se veut une théorie intégrée avec des stratégies adaptables aux circonstances changeantes !!  Sa particularité se situe à trois niveaux :

  • Le changement est formulé  de manière doctrinalement intégrée par ses propres élites.
  • Le changement mise sur la transformation des structures politiques et ensuite sur une élévation des proportions des populations sorties de la précarité matérielle et non l’inverse!
  • Le changement est endogène par et pour les  populations congolaises.

Pour ce faire, il  faut revenir  à la notion stratégique d‘‘Indépendance nationale’’ dans la lutte de changement en termes de principe de toujours compter d’abord sur ses efforts propres avant de songer à l’appui massif de l’extérieur. Ceci ne signifie pas ‘‘autarcie’’ mais ‘‘autonomie de pensée et d’action’’ pour des tâches que l’on peut effectuer par soi-même  dont celle de penser  à avenir de son peuple !

Elle peut se présenter la manière suivante :

changetransformationnel

Au préalable, il faut  établir les actions à  mener pour un vrai changement  en termes des politiques publiques mais de maniere integrée dans une vision stratégique, …. sous forme d’une loi de composition interne de ces politiques publiques.  Sans cela, le concept du changement relèverait de la pure et simple démagogie  en RDC.

Dans les conditions actuelles de la gouvernance d’Etat, aucune aide extérieure financière et/ou technique ne sera efficace pour les Congolais, faute d’un processus interne approprié de changement en RDC. Toute assistance extérieure se ferait – en fait – sans probité de la part des bailleurs des fonds.

Les articles proposés dans mon web-site www.grandslacsregion.org ont pour but de fonder une telle vision de transformation de la RDC en pays prospère, digne, véritablement uni et leader du processus de progrès en Afrique !


[1] Voir Hélène LUBIENSKA de LENVAL  Editions  Casterman/Editions de Maredsous. Tournai (Belgique) ,1959 P.53

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