ANALYSE 2 : L’ORDRE COMMUNAUTAIRE EN RDC

Un “ordre communautaire” est une notion  plus empirique qu’idéologique. Les sunnites et les shiites ou les arabes et les Kurdes en Irak, les flamands et les Wallons en Belgique, les serbes, les croates  et bosno-musulmans en Bosnie…, et les ethnies rivales dans les pays africains sont autant d’”ordres communautaires” qui empêchent la formation des véritables ‘‘ordres  nationaux’’ Faut-il les ignorer ou en tenir compte pour la formation d’un nouvel ordre national ?

1. La conscience du voisinage ethnique

Il existe deux manières d’ignorer les communautés ethniques en tant richesses humaines et culturelles de la nation congolaise moderne :

  • Soit  ne pas en tenir compte dans la réflexion politique sur un Etat en d’Afrique.  C’est la manière brutale des élites pseudo-intellectuelles et aliénées issues des écoles occidentales qui tentent une  consolidation institutionnelle interne de l’Etat postcolonial  africain comme si l’on était dans un espace culturel absolument homogène.
  • Soit réduire les communautés ethniques à des simples des bases électoralistes au service des politiciens de l’establishment. C’est manière la plus vicieuse car elle consiste en des compétitions sectaires, globalement suicidaires et irresponsables en termes de gouvernance et en – définitive -  en des subtiles exclusions ethniques.

Les premiers apprennent souvent la réalité africaine de l’ethnicité à leur dépends en se faisant facilement éjecter de la scène politique ou économique par les seconds qui sont devenus des coriaces conservateurs sociaux rompus aux arcanes des intrigues de tous genres, en contribuant ainsi à la  décomposition toujours plus profonde de la société globale.

Mon analyse porte sur de cette deuxième catégorie des Congolais en utilisant la notion d’ ‘‘ordre communautaire’’, beaucoup plus large que celle restrictive de ‘‘base électoraliste’’.

Un “ordre communautaire” est une notion  plus empirique qu’idéologique. Les sunnites et les shiites ou les arabes et les Kurdes en Irak, les flamands et les Wallons en Belgique, les serbes, les croates  et bosno-musulmans en Bosnie…, et les ethnies rivales dans les pays africains sont autant d’”ordres communautaires” qui empêchent la formation des véritables ‘‘ordres  nationaux’’.

Il en était de même  aux USA des années de la ségrégation légale où les  noirs et les blancs qui formaient deux ordres communautaires distincts ou en Afrique du Sud entre les Blancs et les Noirs durant l’apartheid.  Un ordre reflète surtout la conscience d’un voisinage ethnique, potentiellement conflictuel !

Au Congo, un siècle après la soumission collective de ses différents peuples par le colonialiste Belge, apparaît encore  comme une mosaïque d’ethnies et des tribus à la coexistence précaire.

Un ordre communautaire a plusieurs  traits fondamentaux

  • Un modèle sectaire de solidarité   

Un ordre communautaire postule la solidarité sociale des membres mais avec l’exigence de respecter cette solidarité, dans les toutes circonstances et à  toute épreuve.  La communauté n’est plus un espace public où les individus affichent à la fois leur unicité et leur solidarité dans l’action et la parole. Si l’on  assimile cette exigence -  inconsciemment ou consciemment –,  on participe en quelque sorte à ordre communautaire.

Les membres d’un ordre communautaire sont minoritaires – une minorité active – par rapport aux gens composant une communaute ethnique dans son ensemble. Dans ce cas, la  nouvelle ‘‘solidarité sociale’’ implique  un principe acharné de  défense de la communauté ethnique contre tout bon sens. La solidarité communautaire devient alors du sectarisme. Les valeurs universalistes deviennent purement démagogiques et le nationalisme éventuel absolument incantatoire. 

  • Un code exclusif des autres perçus comme non membres

Une communauté  se réfère  à  une identité culturelle des hommes et des femmes, identité définie par l’usage en commun d’une langue, d’une religion ou d’une doctrine particulière et postule sa continuité historique, explicitement ou implicitement.

Les communautés d’un pays deviennent des “ordres communautaires” lorsqu’elles servent  des bases électorales et des facteurs incontournables d’accès au leadership. Un ordre communautaire implique des préjugés les uns envers les autres qui assignent aux hommes et aux femmes des cercles sociaux qui limitent leurs libertés individuelles et leur épanouissement en fonction des potentialités personnelles.

  • Une aliénation de principe de la solidarité humaine

La solidarité humaine est avant tout une valeur de civilisation. Elle est  une réponse des hommes et des femmes devant l’adversité ou une manifestation de compassion. Une solidarité ouverte est nécessairement fondée sur un modèle universaliste. Dans ce cas, elle est susceptible de connaître de développements inattendus tels que la fusion par agglomération avec autres communautés.

Lorsqu’une une communauté ethnique est idéologiquement fermée de l’intérieur par ses leaders  politiques et religieux, elle devient un  ordre communautaire. Dans ce cas, les coutumes et les traditions  sont véhiculées dans des discours – politiques et religieux – qui ignorent la ‘‘gratuité’’ propre à   l’esprit humaniste africain et rédigent ainsi des lettres vidées de  leur substance fondamentale. Il est un reflet de recul de la civilisation humaine d’Afrique.

  • L’ordre communautaire  est un localisme politique  de type sectaire 

Les ordres communautaires ont souvent un substrat matériel sous forme de ‘‘terroir’’, sorte de ‘‘patrie’’ et survivance géographique des anciens peuples précoloniaux au sein de la nouvelle république issue de la colonisation.   Sur ces terroirs, il s’y développe des attitudes populaires de nature plus ou moins sectaire et réactionnaire à  arrivée massive  des gens des autres contrées. Ces terroirs sont considérés comme des  ”terres de pères” (“vaterland”)

En fait, les doctrines fondées sur les “terres de pères” ont toujours impliqué l’asservissement des hommes au passé. Au Congo, ces doctrines ont toujours été d’essence ethno-tribaliste, lié à un territoire géographique et à une certaine tradition politique locale, et surtout à une fabuleuse escroquerie politicienne permettent d’exclure les autres citoyens congolais du bénéfice des droits légitimes, tels que les droits économiques et sociaux et surtout des droits civils et politiques dans les provinces de leur résidence. Elle induit dans la culture politique une forme de “citoyenneté différenciée” au niveau local.

Les partisans du sectarisme local veille à ce que “les terres tribales ou ethniques” ou “les terroirs ancestraux” soient exclusifs de toute présence des “non-originaires”, considérés comme des envahisseurs devant, tôt ou tard, être boutés du “fief ancestral”. Mais, les politiciens poursuivent en fait les  avantages que confère le pouvoir d’Etat au Congo au niveau central.

  • L’ordre communautaire  est une escroquerie des elites politiques  

Il y a lieu de noter ce sectarisme local est surtout – et c’est curieux – le fait des leaders politiques plus ou moins bien représentés dans les institutions politiques de niveau central.

C’est pourquoi, les élites politiques   ont tendance à s’organiser à la fois en associations ethno-tribales“  puissante  pour se faire valoir politiquement et en “bandes pluriethniques” (partis politiques, associations de type humanitaire ou développementaliste,  églises,…) pour mieux contrôler collectivement les ressources auxquelles elles ont accès par l’exercice d’un quelconque pouvoir sur les masses.

Ainsi, pour un kivutien, on peut être “libéral” à Kinshasa et sectaire au Kivu. Pour un Mukongo, on peut être “marxiste” à Lubumbashi et fasciste au Kongo Central, etc.  C’est là l’essence du ‘‘localisme politique’’ par lequel les leaders nationaux revendiquent toujours des bases électorales auprès des membres  de leurs communautés ethniques respectives en contribuant ainsi en en faire des ordres communautaires.

  • L’ordre communautaire  véhicule une idéologie réactionnaire.

La “bonne gouvernance de changement” se heurte depuis longtemps   à  une sorte de fascisme local qui renvoie souvent à une réalité précise et bien définissable : un patriotisme local doublé d’un sectarisme affirmant l’égalité des droits et des citoyens mais restreinte aux seuls originaires d’un territoire géographique déterminé.

Pour les leaders à la recherche des bases électorales, les “ethnies” ou les “peuples” précoloniaux du Congo n’ont cessée d’être une réalité du passé mais plutôt des “ordres communautaires” actuels.  Ils “conservent ainsi en l’état les identités potentiellement étriquées et bornées produites par la structure du pouvoir. Ils ne voient pas non plus que les groupes et les cultures sont des entités mouvantes”.  Ils utilisent l’éloquence en langue ethnique ou tribale pour dominer sur les autres,  et – au besoin- l’ostracisme ou la  coercition  pour donner une définition sectaire d’un bon membre du groupe ethnique ou tribale.

  • L’ordre communautaire est une schizophrénie politique 

En Afrique, la ‘‘conscience’’  serait plutôt de la sagesse formalisée, souvent par des proverbes.  L’un de ces proverbes affirme qu’ ‘‘une hyène de  chez soi n’est jamais pressée de te manger  alors qu’elle est toujours prompte  à engloutir les étrangers ‘’. Et les Kinois de justifier leurs comportements sectaires en citant Mobutu : ‘‘le choix est clair entre un frère (conscience historique)  et un ami (conscience sociale)’’.

Mais, il ne faut pas oublier que les mêmes Africains disent qu’un bon voisin est préférable à un frère éloigné, un ami qui t’assiste préférable à un frère qui t’ignore ou étranger qui te sauve préférable à un parent qui t’opprime.  En la matière, un manque de lucidité et de perspicacité  sur les enjeux d’avenir peut faire manquer une opportunité  vitale.

Le dictionnaire Larousse définit la conscience comme étant une perception ou une connaissance plus ou moins claire du monde extérieur et de soi-même. Dans la conscience, il y a toujours une intention particulière.  La  particularité de la conscience est d’être toujours une conscience de quelque chose. Cela étant, la conscience peut  être :

  • Une conscience tournée vers la connaissance de  « la relation d’être, de vie, de parenté,  entre les descendants et les ascendants ». C’est la   conscience historique qui saisit les choses et les événements  du point de vue diachronique en une interprétation particulière de  l’histoire.
  • Une conscience tournée vers la connaissance de   la  «relation (…) entre tous ceux qui emploient les mêmes moyens existentiels». C’est la conscience sociale qui considère la vie actuelle du point de vue synchronique par un certain nombre des  représentations et des comportements sociaux observables.

La non-coïncidence entre ces deux consciences est une des explications de la crise des comportements ambivalents des dirigeants politiques congolais.

Les leaders politiques entretiennent une certaine dose d’angoisse identitaire pour mieux l’utiliser à  leur propre profit. C’est pourquoi ils tiennent souvent au mode centraliste de gestion de l’Etat.

  • L’ordre communautaire est une arme secrète  des gouvernants 

L’histoire montre que les ordres communautaires jouent un rôle important dans la vie publique, particulièrement dans le recrutement des hommes des forces spéciales de l’Armée et des services de sécurité et  au niveau des officiers supérieurs de cette armée. C’est pourquoi  les forces armées et les services de  sécurité jouent un rôle déterminant dans les répressions contre les populations et les intellectuels politiquement engagés. Il est ainsi particulièrement du régime de Joseph Kabila Kabange en RDC.

L’intention particulière des leaders politiques  n’est pas souvent formalisée  ni clairement affichée en visions ou en doctrines politiques, Or, ce sont ces visions ou en doctrines devraient présider à aux comportements des leaders politiques à  l’égard de tous citoyens congolais. Parfois, lorsqu’elle est bien définie, c’est dans une perspective ouvertement sectaire !

  • L’ordre communautaire est un obstacle politique  au changement

En RDC, l’on n’est point ahuri – par exemple- de voir que les membres d’une ethnie donnée se réunir et apporter leur soutien en tant qu’ethnie à  tel ou tel candidat aux élections législatives ou présidentielles.

C’est pourquoi aussi les partisans du changement  recherchent toujours des voies et moyens de mutation politique dans une réflexion profonde sur la question de la gestion du territoire et de la gouvernance décentralisée, fédéraliste ou non.

Et ce, à cause d’une élite tribalisée et ‘‘tribalisante’’ qui a tendance à transformer les communautés ethniques en ‘‘ordres communautaires’’ c’est- à -dire en communautés ethniques, tribales ou claniques politiquement fermées par des leaders politiques aux aspirations cupides.

  • Pourtant, l’ordre communautaire est aussi un déni de la réalité vécue, socialement pluricommunautaire. 

La formation des associations ethniques ou tribales – au nom de la défense de la culture ou pour des raisons politiques- est en contradiction avec une évolution de la société congolaise vers une société pluricommunautaire.

La formation de ces  associations sectaires est en parfaite contradiction avec l’existence effective de nombreuses relations régulières entre les hommes et les femmes, y compris en termes des mariages intercommunautaires et des nombreuses personnes nées de ces relations. Les ordres communautaires sont souvent le fait des hommes pourtant coupables des relations avec les femmes des autres communautés ethniques ; ils sont -par définition – sexiste et un rempart idéologique d’appauvrissement affectif et politique de la société congolaise moderne.

La dérive politique vers les ordres communautaires s’oppose  aux nombreuses créations idéologiques et politiques nées des amitiés  des personnes issues des ethnies et tribus différentes. Pourtant, ces créations idéologiques et politiques pluricommunautaires (partis politiques, syndicats et associations professionnelles, églises et missions religieuses,  gouvernements locaux,…) sont la nécessité actuelle de changement.

2. L’illusion de la prospérité pour tous

Pour comprendre  il faut se situer du point de vue du caractère destructeur des ordres communautaires.

Du point de vue de la rationalité occidentale formalisé par le comportement égoïste et matérialiste,  on s’attendrait à ce que l’on choisisse le camp de ceux avec qui l’on partage les mêmes moyens existentiels en face d’un oppresseur commun, même issue de sa parenté ou son territoire d’origine. Manifestement, il y a une intelligence qui fait défaut dans ce cas. Mais comment qualifier cette inintelligence ?   Non. Il ne s’agit d’une inintelligence mais plutôt d’une ambivalence idéologique ou deux liens sont en opposition antagonique.

Le lien historique est relatif à sa communauté  d’origine. Il postule des obligations sociales a l’égard  de ses « frères et sœurs » de la communauté dans le respect des traditions ancestrales en transcendant les différences socio-économiques de classe. Cette quête de transcendance relève du monde idéologique,  invisible mais réel.

Le lien social est relatif au groupe social actuel. Il postule une solidarité sociale par extension et implique une vision qui veut promouvoir l’individu, la liberté et la maitrise des lois qui gouvernent effectivement la nouvelle société pluricommunautaire.

Comment marier deux visions du monde en une synthèse dont il est encore difficile d’imaginer les contours ?

On note – tout simplement – une ambivalence de type shakespearien : être ou ne pas être. On peut facilement on passe d’une vision à l’autre – à tort ou à raison –. L’interlocuteur occidental ne saurait d’avance sur quel pied danser avec un tel individu, idéologiquement ambivalent !

L’action coloniale créa une stratification sociale en trois catégories dans chaque communauté : la catégorie des Nantis, la catégorie des Moyens,  la catégorie des Pauvres et Exclus. On ne pouvait pas les appeler ‘‘classe sociale’’ tant ils étaient tous sans propriété économique au sens productif du terme. Ce n’était que des ‘‘strates sociales’’. En fait, la colonisation avait  introduit un hiatus dans le système communautaire.

Soient 5 communautés (A, B, C, D et E) mixées dans une société pluricommunautaire unique.

Figure 1 : Equation idéologique du système politique congolais

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L’idéologie communautaire (communautarisme)  exige que l’on s’assiste mutuellement par une forme de consommation collective des revenus octroyés individuellement par le colonialiste aux nantis et aux moyens. Les pauvres doivent être impérativement pris en charge par les nantis, par exigence de la norme culturelle africaine.

D’où une pression effective, affective et idéologique, au moyen de suggestions et de recommandations, voire des menaces, douces et brutales, de toutes sortes !  Cette pression signifie que l’on peut être pauvre et cherchait à vivre la vie de nantis avec les membres de son lignage, son clan, sa tribu ou de son ethnie.

Mais comme le poids ne peut qu’excessif sur son propre niveau, le fait d’être nanti devient une véritable malédiction  si les personnes à prendre en charge deviennent nombreuses par rapport aux revenus individuels.

Le nanti tend à devenir objectivement leader politique de sa communauté. Aussi, le nanti cherchera-t-il à augmenter démesurément le revenu individuel, chose objectivement impossible dans un système de type colonialiste

Sous cette contrainte objective, le nanti  s’emploiera :

- Soit à chercher des opportunités de revenus pour ses proches afin d’alléger la pression sur soi. Cette stratégie est symbolisée par la flèche verticale ascendante x.

- Soit à dissimuler ses revenus en tentant de les mettre hors de portée de ses proches ou  en les consommant en dehors de leur vue c’est-a-dire en compagnie de ses pairs nantis. Cette stratégie  symbolisée par la flèche horizontale y.

Ces deux flèches mises en ensemble forment une équation sociale difficile à vivre, d’autant plus que les revenus sont toujours limités.

Par leur coopération, les leaders politiques obtiennent des positions sociales pour leurs proches communautaires mais aussi ils utilisent leurs membres pour s’entre-défenestrer : 

- D’une part, les membres de communauté A chercheront tous à devenir des Am (classe des nantis) ou des An (classe moyenne) mais jamais des Ao (pauvres) ou des Ap (exclus). Il en sera de meme pour les membres de la communauté B qui se positionneront pour devenir de Bm ou des Bn mais jamais des Bo ou des Bp.  La comparaison sociale entre les deux communautés va constituer la base d’une compétition intercommunautaire au point que ces deux communautés  vont se transformer en ordres communautaires avec des leaders politiques sectaires.  Les rapports sociaux entre leaders communautaires tendent à être conflictuels.

- D’autre part, les nantis devenus leaders politiques de leur communautés se parlent et se conçoivent comme  détenteurs du pouvoir sur leurs communautés respectives. L’harmonie et la paix du territoire où sont implantées ces communautés dépendront de leurs amitiés, de leurs alliances, leurs amitiés, leurs  coopérations. Les rapports sociaux entre leaders communautaires tendent à être harmonieux et fonctionnels dans la société politique d’en-haut.

Les relations sociales entre leaders politiques congolais sont dialectiques, puisqu’elles sont à la fois conflictuelles et fonctionnels dans la société. L’ambivalence idéologique induit une équation en deux états contradictoires.

-          L’état conflictuel  de l’équation d’ambivalence idéologique 

Lorsque les strates sociales A+ Ao +Ap  tendent à se vider  pour devenir  tous  des Am, la communauté A serait absolument riche par rapport aux autres communautés.   A la limite, tous les A sont nantis, selon les critères en vigueur dans la société congolaise !

L’objectif  serait donc d’obtenir 100% des nantis pour chaque communauté. Chaque leader politique sectaire fonde sa démagogie  sur la promotion sociale des membres de ‘‘son’’ ordre communautaire en signifiant que son objectif est de faire passer de la proportion des nantis sociaux de  0%  à  100%  ou tout au moins dans proportion proche de 100% des nantis. Une démagogie terriblement suicidaire et irresponsable[1].

Comme ce calcul politicien est le même pout toutes les communautés A, B, C,  D et E, il en résulte une idéologie selon laquelle tout le monde peut être individuellement riche.

La compétition politique pour piller les ressources de l’Etat est – en quelque sorte- socialement légitimée ! C’est là l’essence du système d’impunité en faveur des membres de son ethnie ou de sa tribu !

Le pillage des ressources de l’Etat pour sa famille et sa communauté ethnique ne saurait régler la question de la pauvreté généralisée. Au contraire, cette idéologie tend à détruire le tissu économique et social de la nation congolaise, toujours en gestation !

-          L’état conflictuel  de l’équation d’ambivalence idéologique 

Lorsque les strates sociales  riches prolifèrent  dans toutes les communautés, on finit par croire que bientôt il n’y a que des  Am , Bm , Cm ,  Dm et Em  dans la société : une seule strate sociale en tant classe unique des nantis.

En fait, l’on est en face d’une illusion de prospérité pour tous, l’envers de la démagogie  au niveau des différents ordres communautaires [2].

Une seule classe  des nantis ! C’est cela le grand rêve sur lequel les leaders politiques s’autorise à pratiquer une démagogie, sans subtilité aucune !  De ce rêve de la prospérité générale, il en résulte une illusion d’optique  qui appelle les Congolais à  se croire tous potentiellement riches puisque le Congo est doté des ressources naturelles, immenses et variées !

L’autre alternative doctrinale imaginable mais concrètement impossible, c’est celle de supposer que tous les Congolais pourraient appartenir à une seule classe sociale moyenne au service des entreprises étrangères qui distribueraient des revenus sur base des grilles uniformes des salaires. L’époque de l’Union Minière du Haut-Katanga où tous les ‘‘nègres’’ sont des ouvriers  est révolue.

Les politiciens des ordres communautaires véhiculent un vrai mirage  schizophrénique dans un monde capitaliste d’aujourd’hui. Un mirage  sans possibilité  aucune de concrétisation.

3. Une application de la théorie du chaos en politique 

 

La gouvernance de changement devrait se fonder sur les signaux significatifs  de cette réalité en gestation profonde et irréversible qu’est la formation d’une société congolaise moderne.

Joseph Kabila Kabange ne travaille pas pour un quelconque changement ; il travaille pour l’inertie, avec – au bout du compte – une explosion sociale toujours potentielle contre l’ordre actuellement établi.

Une constante : la ligne de Joseph Kabila est une parfaite continuité de la ligne dictatoriale  de Joseph Mobutu et de Laurent Kabila où  les élites politiques et celles société civile se nourrissent aux mamelles de l’ethnicité  mais au service d’un pouvoir personnel en transformant leurs proches en membres des ordres communautaires rivaux.

Il arrive qu’un événement donné marque l’avènement d’un changement majeur dans l’ordre politique ou social d’un pays.  On peut noter qu’en RDC, il y a eu :

  • Une révolte populaire qui sonna le glas d’un régime politique. Tel a été le cas de la révolte populaire du 4 janvier 1959, révolte soldée par l’octroi de l’indépendance aux Congolais le 30 juin 1960 par la Belgique colonialiste.
  • Un coup d’Etat de Joseph Mobutu en date du24 Novembre 1965 par lequel ce dernier mettait fin à  la cahoteuse et première république du Congo indépendant.
  • Une rébellion armée en date du 1 octobre 1996 à  travers laquelle une coalition congolaise soutenue activement par le Rwanda avec l’appui des Américains et autres alliés africains (Ouganda, Angola, Ethiopie et Erythrée) liquida la longue dictature politique de Joseph Mobutu (Novembre 1965- Mi 1997)
  • L’assassinat  politique  du Président  Laurent Kabila  en date 16 janvier 2001 marqua le début d’une transition vers un système politique censé être conforme aux aspirations  démocratiques.

Dans l’actuelle situation prérévolutionnaire de la RDC, on ne sait pas ‘‘comment’’ le changement pourrait advenir :

  • Par les élections démocratiques ? Joseph Kabila  s’est déjà illustré par une tenacité  en se se maintenant au pouvoir depuis 12 ans. .
  • Par la violence (Coup d’Etat, rébellion armée  et assassinats) ? Joseph Kabila et ses appuis internes et externes ont démontré une certaine finesse à utiliser la même violence contre toute opposition structurée ou structurable.
  • Par le respect de la Constitution en quittant le pouvoir après ses deux mandats  en 2016 ou par démission précoce pour cause de dignité et responsabilité d’homme d’Etat ? Joseph Kabila a déjà fait état de sa capacité manœuvrière à modifier la Constitution en la conformant à ses ambitions de l’heure ou en gelant  – dans le temps – certaines de ses dispositions en vue de consolider son système de gouvernement parallèle.

Joseph Kabila pourrait donc briguer un troisième mandat ou ne point convoquer des élections pour une quelconque raison de son invention  !

La société congolaise actuelle est socialement  en décomposition avancée et dont la classe politique est idéologiquement labile.  Mais, d’une manière ou d’une autre, il quittera le pouvoir et cela impliquera – à  ne point douter – un véritable bouleversement, dans un sens comme dans un autre.

Cet événement-là  susceptible d’enclencher un changement possible n’est pas aisément prédictible. Il relève du hasard.  Mais tout hasard provient d’une structure qui le génère, structure conçue  comme cadre des conditions initiales.

Dans ce chapitre, j’analyse les querelles des dirigeants politiques comme   des événements politiques en évitant deux écueils :

-          L’écueil déterministe :

La vision déterministe s’appuie sur une relation de causalité dans laquelle on peut envisager l’état présent de la société comme l’effet de son état antérieur et comme cause de celui qui va suivre.

Pour la  conception déterministe ” tout le futur est (…) entièrement contenu, déterminé par le présent : connaissant les lois du mouvement et les conditions initiales, nous déterminons avec certitude le mouvement futur pour un avenir aussi lointain que nous le souhaitons.

Or, il n’est pas facile de connaître entièrement le passé ni de maîtriser le présent  de la réalité sociale dans tous  de tous les éléments constitutifs pour  se projeter dans son futur, encore moins sur un événement précis qui serait l’élément déclencheur du changement !

-          L’écueil probabiliste :

La société humaine est composé d’un trop grand nombre d’éléments qui interagissent entre au point d’apparaître pour les tenants des hasards  non pas comme un système  complexe mais comme  un chaos.

Pour les  probabilistes, il suffirait de concevoir le changement possible comme une activité de loterie politique où l’on va tirer au sort le prochain événement-phare de ce changement en le déduisant de la connaissance de nombreux événements antérieurs.

Or, le changement devrait être voulu et recherché par les partisans du changement pour advenir !

Dans mon approche prospective, je tente d’analyser  du passé et de la réalité sociale présente en ne retenant que des éléments susceptibles d’être des signaux – lointains et faibles, peut-être – mais suffisamment porteurs des changements potentiels pour que les partisans du changement puissent en faire de chevaux de bataille contre le conservatisme politique et social ambiant.

Cette prospective comporte donc une part d’intuitions mais aussi une double analyse, analyse  sociologique  et analyse historique pour prétendre dégager des paramètres – sociologiquement stables et historiquement consistants – pour fonder une pratique politique de changement !

Pour ce faire, ces intuitions d’éléments susceptibles d’être des signaux sociaux porteurs des changements potentiels et sur lesquels les partisans du changement peuvent  ‘‘monter’’  pour opérer  une véritable  mutation du système politique, ne peuvent être finalement que des failles internes émergeant du fonctionnement défectueux meme de l’actuel ‘‘Etat-Confédération des ordres communautaires’’.  C’est de ces failles internes du déterminisme actuel que doit aussi prendre fin du clientélisme de mauvais  aloi aux dirigeants  politiques.

Si on peut avancer vers le changement social, ce que l’on peut aussi reculer vers le conservatisme d’une manière plus rétrograde.  De ce point de vue l’histoire du Congo offre des multiples cas de recul de la société sur plusieurs aspects. L’analyse  doit tenir compte non seulement d’un certain retour possible en arrière de la société.

Il s’agira non seulement de tenir compte d’une l’imprédictibilité des phénomènes politiques mais aussi de leur réversibilité.  La première  porte un non-sens de la prédiction à long terme, dû à l’impossibilité de contrôler toutes les perturbations pouvant exister au niveau de la société et de son environnement  et la seconde sur une certaine tendance des phénomènes politiques  d’être  ” très sensible aux conditions initiales” de la société dont celui de l’ethnicité.

Mais ce qui est ici important pour le changement, – un des fondements importants de la théorie du Chaos – l’existence des ‘‘faibles signaux sociaux’’ susceptibles de provoquer des minimes perturbations dans les systèmes sociaux existants au point de les déséquilibrer substantiellement, après un long moment, par amplification exponentielle de ces ‘’faibles signaux sociaux’’. C’est le phénomène connu sous le nom de l’”effet papillon ” de Lorentz ou l’on suppose qu’un battement d’aile de papillon puisse déclencher un cyclone.

En paraphrasant Ilya Prigogine, je pourrai dire ‘‘ La certitude n’a jamais fait partie de la vie politique. Personne ne sait pas ce que sera demain. Pourquoi les dirigeants politiques actuels pensent avec  certitude que leur  réflexion politique  est la bonne? (…) En politique,  raison et certitude ne riment pas toujours ensemble.  Aujourd’hui, peut-être que leurs probabilités ne sont que fruit de leur immense  ignorance de la réalité’’. 

Le système de gouvernement parallèle n’est ni un ordre démocratique ni une véritable dictature classique. C’est une tyrannie  d’un genre nouveau en RDC où l’ordre et le désordre cohabitent dans une structure en équilibre instable.

Le retour en arrière marque un retour à  l’équilibre – économiquement et socialement -  suicidaire d’une société dictatoriale où la direction politique d’un tyran et ses alliés de deux trois ordres communautaires. L’équilibre devient  synonyme  de sectarisme politique, de répression policière et d’assassinats politiques, d’ordurière  démagogie et  surtout une méconnaissance des besoins sociaux des populations en mutation sociale (perte d’information) vers une société  pluriethnique et de plus en plus citoyenne.

Lorsque l’on quitte les certitudes politiques sectaires de type  ethnique,  on découvre de surprenantes formes d’organisation sociale non ethniques et situations politiquement paisibles et  souvent  plus organisées  pour survivre dans un monde actuel que celle dans lequel se sont vautrés les dirigeants politiques en équilibre sectaire !

Par contre, le non-équilibre tend à jouer un rôle organisateur de la société dans sa diversité. Par exemple, ceux qui empêchent les mariages intercommunautaires ou les alliances politiques de type doctrinal découvrent à  leurs dépens – dans le concret – le désordre a fini par produire de l’ordre.

Le non-équilibre peut aboutir à une nouvelle cohérence et un nouvel état avec des propriétés nouvelles. Le système transforme lui-même ses relations et crée ainsi de nouvelles propriétés lui permettant de réguler son état. A ce stade, on peut considérer ces systèmes comme capable de s’auto-organiser. La théorie du chaos nous enseigne qu’il contient en lui-même ses propres facteurs d’équilibre et d’ordre et le chaos a en son  sa  capacité d’auto-organisation.

Mais le passage de l’équilibre vers le non-équilibre réserve des surprises et indique un point de bifurcation, un changement ” de cap ” mais souvent ce point de bifurcation est issu  ou provoqué par une succession d’événements. Lorsque ces événements atteignent un point critique et prennent des proportions gigantesques,  il devient impossible de prévoir l’évolution du système  et une  petite perturbation  peut entraîner un bouleversement politique. C’est dans ce sens qu’un battement d’aile du papillon déclencherait une tempête.

La question du changement politique n’est pas celle d’ignorer les communautés ethniques  dans leur dimension humaine et culturelle mais de celle de les fédérer  pour en faire des groupements sociaux pluricommunautaires de transformation  sociale.

Certes, il est facile de se laisser aller par le courant d’une rivière que de la remonter à contre-courant mais en RDC, le changement consiste à  remonter peu à peu vers une civilisation où les valeurs sociales de solidarité et de liberté  sont au service de tous et ainsi stopper la déchéance humaine en cours sous nos yeux !

4. Les querelles des leaders au cœur de l’imprédictibilité

 

Les ambitions personnelles jouent un rôle essentiel dans les luttes des acteurs sur la scène politique mais leurs alliances et leurs stratégies sont inscrites dans la structure sociale et ne peuvent en découcher. Par contre, leur déroulement, leur acuité et leur ampleur et le sens sur lesquelles elles débouchent restent indéterminés : le changement ou la conservation réactionnaire.

Du point de vue de la structure sociale, on peut avoir  quatre cas sont possibles au niveau d’un pouvoir  d’Etat :

Communauté/Doctrine Vision similaire Vision différente
Même   Ethnie Harmonie   de principe Querelle   doctrinale
Ethnie   différente Querelle   ethnique Querelle   globale

Il est cependant impossible de diriger un Etat en Afrique sans une alliance intercommunautaire. Il faut faire appel à d’autres personnes mais sur une base non communautaire.  D’où  deux autres  notions indispensables à  l’analyse du pouvoir d’Etat en Afrique : la  concentration et l’incarnation. 

- La ‘‘concentration’’ est le fait de faire converger tous les pouvoirs vers un même centre de décisions et de  réunir toute l’autorité dans les mains d’une seule personne. La concentration consiste – intellectuellement – à ramener tous les alliés dans une seule et unique dimension idéologique.  Elle cherche à  augmenter davantage la proportion de ses adeptes dans la société et à les rassembler tous et régulièrement en un point de convergence en dissolvant les différends politiques éventuels dans une ‘‘solution commune’’ !  Tout régime en Afrique tend à user de l’Armée et de la Police, de l’Administration publique, des Alliés politiques, du Parlement, voire  et la Communauté internationale pour arriver à une certaine concentration politique interne.

- L’ ‘‘incarnation’’ consiste à  ‘‘personnifier’’ les aspirations au progrès et à dignité  des populations et à leur donner une apparence réelle par des réalisations concrètes censées répondre aux attentes précises.   Le système politique de propagande et les médias du régime établi jouent un rôle déterminant par une sorte de militantisme dithyrambique, parfois en faisant prendre des vessies pour des lanternes. Les  régimes politiques africains cherchent à  user  des Eglises  et ONGs, des Partis politiques & Syndicats, des Gouvernements locaux, des Canaux communautaires  et des Universités et des Ecoles à  l’incarnation  dans le chef,   l’unique voie politique  de réalisation des aspirations des populations.

La matérialisation des attentes des populations  tend à renforcer le processus de concentration lorsque le chef  ‘‘incarne’’ effectivement les succès et ‘‘personnifie’’ ainsi les aspirations populaires. Sinon, le régime recours aux services de sécurité pour faire taire les critiques et à l’argent pour renforcer le système politique de propagande.

La concentration devient alors un processus de ‘‘déshydratation’’ des opposants et des récalcitrants en vue de leur ‘‘homogénéisation’’ idéologique.   Mais la chose n’est pas en soi aisée car la lutte de maintien au pouvoir  par un régime politique  établi résulte de cinq forces[3] dont certaines sont indépendantes du pouvoir en place :

- La menace des opposants politiques au pouvoir en question.

- La menace des alliés  de la coalition politique  du pouvoir en place.

- Les pressions populaires internes en termes de demande sociale pour la sécurité et le progrès.

- Les pressions internationales en termes d’accès aux ressources ou à position géostratégique.

- La cohésion interne de la coalition politique au pouvoir.

Figure  :2 Les cinq forces agissantes dans un régime politique établi

figure 5

La vigueur de chacune des cinq forces du régime politique en place dépend d’environnement interne, c’est-à-dire de ses caractéristiques humaines et organisationnelles propres.  Chacune de  cinq forces cherche une ‘‘concentration’’ des pouvoirs et/ou une certaine ‘‘incarnation’’ des réalisations existantes. C’est cette dialectique qui détermine la configuration spécifique de chacune de ces forces agissante dans un régime politique établi.

Figure 3 : Les différentes composantes d’un régime  politique établi

figure 4

Tout pouvoir d’Etat repose sur :

  • Une possibilité effective de mobilisation des ressources financières,
  • Le travail des services d’intelligence[4],
  • L’activité des services d’Etudes & Recherches et Médias[5] et
  • Un système politique de propagande !

Pour venir a bout du système de Joseph Kabila, il faut impérativement :

  • Liquider son maffieux système d’accumulation des ressources financières,
  • Remettre à l’Etat les services d’intelligence par lui privatisés,
  • Contrer systématiquement son système de propagande politique et
  • Surtout,  effecteur des études et des recherches profondes pour assoir de nouveaux instruments acquis au changement.

Dans ce dernier aspect des choses du changement, il faut avoir a l’esprit la façon dont fonctionne les 5 forces du jeu politique !

Le jeu cinq forces ci-dessus détermine la configuration politique d’un régime politique. Ce jeu consiste en une prise en compte ou non des besoins sociaux des populations dans la définition des politiques publiques de l’Etat et se reflète ou non dans l’action des élites politiques et des leaders d’opinion.

Certains acteurs sociaux poussent les dirigeants politiques à  satisfaire les besoins sociaux en revendiquant une incarnation des attentes sociales alors d’autres  cherchent une certaine concentration  en signifiant les projets en cours du pouvoir et en rappelant constamment les réalisations déjà faites.

La survie d’un régime politique établi dépend de l’équilibre entre son ‘‘incarnation’’ dans les populations et sa ‘’concentration’’ du pouvoir entre quelques mains. Un déséquilibre entre ces deux sphères – ‘‘incarnation’’ et ‘’concentration’’ – aura des conséquences à court terme, si le régime politique ne sait pas indiquer la piste doctrinale de résorption de ce déséquilibre à long terme.

Par exemple, si le régime ne sait expliquer pourquoi il a opéré une répression d’une marche populaire de protestation contre la hausse des prix des denrées alimentaires !  A l’absence d’une telle piste doctrinale, le régime politique est tout simplement un régime répressif et mérite que l’opposition clame la nécessité de changement politique !

Mais quoique qu’il fasse, un régime politique  subira les pressions suivantes :

  • Les pressions populaires

Les pressions populaires  influent les éléments de la concentration.  Par exemple, sur les décisions du Parlement et la configuration des l’Administration publique. Elles déterminent  qui bénéficient  des avantages des politiques publiques et dans quelle proportion. Si les avantages  des politiques publiques mises en œuvre sont largement insuffisants, le régime politique  comptera sur une faible incarnation dans l’opinion populaire. L’opposition empêchera le pouvoir de se concentrer durablement. Le changement devient virtuel !

Par contre, si les effets  des politiques publiques sont perçus comme bénéfiques le régime en place aura tendance à accroitre sa concentration !  Le changement n’est plus à l’ordre du jour pour les populations ! Il faut dénoncer systématiquement la démagogie   qui tend à donner des apparences d’aujourd’hui pour des progrès réels de demain !  Pure illusion des pancartes publicitaires.

  • Les pressions internationales 

Les pressions internationales agissent dans la mesure où le pays est largement  extraverti. Dans le cas d’une forte extraversion économique ou d’une influence culturelle externe considérable, les étrangers  déterminent  la mesure dans laquelle les besoins sociaux des populations sont satisfaits.  Les populations transfèrent – implicitement – aux étrangers le droit de  diriger – dans une large par-  les affaires intérieures du pays.

Le régime politique place  tente alors de se concilier les étrangers pour répondre aux attentes des populations.  La compétition interne des acteurs politiques s’appréhende comme une rivalité à avoir le plus de contacts extérieurs possibles. Le carnet des soutiens externes devient un enjeu de politique intérieure et le marketing externe une nécessité de survie politique interne. Il faut chercher des alliances externes qui soient vraiment au faîte de la triste réalité sociale et politique congolaise  et prête à soutenir le changement !

  • Menace des opposants politiques

Les opposants  sont en fait  des concurrents politiques au régime établi.  La menace des opposants est celui qui détermine la probabilité  que les tenants actuels du régime politique cèdent  le pouvoir  aux premiers et les dépouillent de leurs prérogatives et privilèges de direction de l’Etat. Si tel n’est pas le cas, on ne doit parler d’opposition politique mais ‘‘formations alimentaires’’ comme on dit en RDC. Il s’agirait plutôt de la ‘‘réserve stratégique ’’ au bénéfice  du régime politique en place.

La multiplication des actions l’opposition contre le régime en place, notamment la critique virulente et la résistance armée ou politique  tend à  plafonner ses actions politiques et à disqualifier son discours d’autolégitimation. Il faut que l’opposition agisse de concert !

  • Menace des alliés politiques :

La menace des alliés  politiques  provient du fait qu’ils s’estimeraient nécessaire pour remplacer les principaux animateurs du régime politique et ce,  en vue de satisfaire les mêmes  attentes en termes des besoins sociaux des populations  et/ou des étrangers (pour un régime extraverti).

L’intensité de la rivalité interne peut agir de la même façon que la menace des opposants. C’est pourquoi les principaux acteurs d’un régime politique – marketing politique interne oblige – cherchent toujours à mobiliser l’ensemble des partisans acquis à  leur cause. Cette menace  détermine la mesure dans laquelle le régime politique fixe ses objectifs sur des considérations non sectaires, au plan communautaire ou idéologique, la mesure dans laquelle les principaux acteurs d’un régime politique sont disposés d’abandonner le pouvoir au lieu de s’investir dans des luttes intestines ou la mesure dans laquelle le régime politique pratique de la tolérance. Il faut aider les alliés à se dés-allier !

Quelque soit le type des querelles (querelle ethnique, querelle doctrinale ou querelle globale) entre dirigeants politiques peut constituer un élément déclencheur de changement ou de conservation réactionnaire.   Ces querelles surviennent justement à l’occasion des pressions (populaires ou internationales) et menaces  (des opposants ou des alliés). C’est à ce niveau qu’il importe de rechercher ou situer les faibles signaux porteurs ou annonciateurs des changements en RDC.

5. Théorie de X ou Théorie de  Y pour changer  la face du Congo-Kinshasa

 

(1).  Théorie de X et Théorie de Y en politique congolaise

Les théories X et Y sont des théories développées dans les années 1960 par Douglas McGregor et utilisées en ressources humaines et en comportement de l’organisation. Les deux théories s’opposent entre elles[6]. La première suppose que l’homme n’aime pas travailler, la seconde affirme le point de vue inverse.

La théorie X est un type de management assez autoritaire et par laquelle l’organisation est construite sur des règles strictes et des contrôles sévères. Ce type de management tend à produire une certaine aversion du travail pour les salariés.

La théorie Y est un type de management participatif où l’organisation est construite autour de principes de confiance, de délégation et d’autocontrôle. Le management participatif offre un climat moins sécurisant, plus dynamique, pouvant être stressant pour les employés peu autonomes.

 Ces deux théories sont issues d’observations empiriques et sont formulées de manière à rendre compte des comportements observés dans les organisations, selon les postulats des dirigeants.

Mais cette fois- ci, il s’agit de l’appliquer sur une organisation sociale plus importante : la société congolaise globale.

Les tableaux ci-dessus indiquent en leurs économies les deux aspects opposés,  la conservation réactionnaire et le changement tendanciel dans la société congolaise moderne.

Tableau :   Théorie X  de la conservation réactionnaire
Présupposés
Conséquences
  •   Le citoyen moyen est l’aise dans   le cadre culturel et humain de sa communauté ethnique.
  •   Du fait de leur conscience du   voisinage ethnique, la plupart des gens usent des relations ethniques en   pensant que les autres ethnies constituent des menaces sur le marché de   travail ou dans le commerce.
  •   En politique, les gens adhérent   volontiers dans des associations ethniques en se faisant ainsi  contrôlés et incités  des formes multiples de compétition   sectaire avec les membres associations ethniques.
  •   Ainsi, les gens se mettent   à  la disposition des   leaders communautaires  qui les orientent vers les organisations   politiques ou de la société civile de leur choix.
  •   Le citoyen moyen préfère être   dirigé par des leaders communautaires en adoptant les normes et règlements   des organisations ethniques en croyant y trouver plus de sécurité.
  •   Il cesse d’user de son  intelligence pour s’investir dans des   structures et relations intercommunautaires durables pour défendre ses droits   politiques et intérêts sociaux.

La théorie X induit un   cercle vicieux dans lequel :

  •   La société politique est   construite sur  un climat paternaliste   de sécurisation factice offert aux gens par les associations ethniques   fondées sur base des règles strictes et des contrôles sévères mais – en fait   – sans commune mesure avec les richesses culturelles et humaines issues des   rapports entre les diverses communautés ethniques congolaises.
  •   Les gens adoptent des attitudes   passives  en face des viols des droits   humains et politiques tant ces viols ne concernent pas directement les   membres de leurs communautés ethniques et détruisent ainsi la notion de   société civile en réduisant  au minimum   son rôle de contre-pouvoir naturel.
  •   Ceci conforte les dirigeants   politiques de l’Etat dans leurs convictions que la société civile n’est qu’un   lieu de manipulation des communautés ethniques en cherchant à  s’assurer – moyennant argent et avantages   dans le sillage de l’Etat -des soutiens politiques des leaders   communautaires, ainsi transformés en    partisans sectaire de l’ordre établi et de renforcement de leurs r   contrôles sur les communautés ethniques respectives.
  •   Les leaders communautaires   fuient les responsabilités lorsque le régime politique devient répressif en   n’osant pas prendre des risques pour défendre les gens pour leurs droits   humains bafoués.

La théorie X est un type de   management public autoritaire, souvent mal supporté par les gens. Elle tend à   créer une certaine aversion des citoyens pour la politique

Tableau : Théorie Y  du changement   tendanciel
Présupposés
Conséquences
  • Faire des efforts physiques et   mentaux individuels au travail est aussi naturel que s’amuser et se reposer. Il s’associe volontiers aux personnes avec lesquelles il partage ses efforts.
  • Le contrôle et la punition ne   sont pas les seules façons de faire travailler les gens. Il craint de déplaire aux voisins et collegues.
  • L’individu sera   capable de se réaliser si on l’associe aux buts de l’organisation et du   nouvel Etat national congolais.
  •   Si un travail apporte des   satisfactions, alors l’engagement envers l’organisation s’améliore.
  •   L’homme moyen est capable   d’apprendre
  •   Mis dans de bonnes conditions,   non seulement il accepte, mais en plus il recherche les responsabilités.
  •   L’humain a besoin du travail   pour se développer.
  •   L’humain est motivé par le désir   de se réaliser pleinement.
  •   Il est préférable de laisser les   gens s’auto-organiser.

La théorie Y introduit un   système vertueux dans lequel :

  • L’organisation est construite   autour de principes de confiance entre voisins et de respect de la diversité   des pratiques culturelles, de la pluralité ethnique et des langues.
  •   Les gens utilisent leurs   différences pour échanges des connaissances pratiques  et ainsi développer une certaine   complémentarité sociale a tous les niveaux de l’existence humaine (travail   quotidien et créations culturelles).
  •   Les gens prennent alors des   initiatives, acceptent les responsabilités et vont même jusqu’à les   rechercher et en tirer largement profit pour leurs existences matérielles   individuelles.
  •   Ceci conforte les dirigeants   politiques dans leurs convictions de soutenir les organisations de la société   civile, sur base de leurs capacités a s’organiser et produire des résultats   concrets sur la voie du progrès social, économique et culturel.
  •   La société globale comporte   une   dynamique de développement   continu   pouvant être stressant pour   les gens encore attachés aux valeurs sociales traditionnelles.

La théorie Y est un type de management participatif.. Elle tend   à  susciter des ambitions politiques   individuelles à  tous les niveaux  et accroître les débats politiques sur les   questions de société.  

Le passage de la théorie X vers la théorie Y constitue un moment social de confusion idéologique, de désordre politique général, des  cahots  et des secousses à  tous les niveaux.  Appelons cela ‘‘troubles politiques’’, selon l’expression consacrée au niveau des masses congolaises.

Un nouvel ordre peut donc naître des troubles politique et aboutir a une   architecture politique  inédite et dotée  son propre code de discipline  sociale et de nouvelles lois de fonctionnement de l’Etat  et de la société.

Dans le cas de la structure sociale congolaise, cet ordre nouveau peut être vraisemblablement :

-          Un ordre républicain si le nouveau pouvoir d’Etat se fonde sur une souveraineté entendue comme pouvoir appartenant au peuple par l’intermédiaire représentants élus.

-          Un ordre tyrannique si le nouveau pouvoir d’Etat s’emploie à  la répression des gens et/ou  à l’abus (corruption, clientélisme, enrichissement sans cause, …) par un gouvernement qui ne respecte pas – de nouveau – les libertés individuelles.

Le point de bifurcation ou de changement de cap comporte en soi donc plusieurs dangers dont celui de restauration d’un pouvoir tyrannique.

La structure basique de la société peut soit tendre un retour à  l’équilibre en sa version de conservation réactionnaire soit tendre vers un non-équilibre en termes de changement tendanciel.

Au niveau de la société, Il y a là comme une matière  qui peut être rendue par la théorie de X et la théorie de Y. Il suffit de supposer une compétition entre elles au niveau de la société globale. 

A. Les ressorts de la théorie X de la conservation réactionnaire

La sentine, c’est en principe la saleté au fonds d’une bouteille. La sentine dont je parle ici, c’est ce phénomène sociologique qui bloque la société congolaise dans son développement économique et social et la pousse à  une certaine reconduction à  l’identique dans une sorte d’‘‘invariant’’ par lequel la politique congolaise reste – de manière critique – sensible aux conditions initiales de la structure contre laquelle luttaient les partisans du changement d’hier et luttent encore les opposants politiques d’aujourd’hui.

Les faits sociaux ont un caractère historique en ce sens qu’ils ne sont finalement bien intelligibles que si on les situe dans le cours du temps qui voit les générations successives enchaînées entre elles par certaine permanence culturelle validée par les traditions, les coutumes et l’éducation.

Il existe ainsi une sorte d’invariant structural qui autorise de penser que l’élite politique congolaise puisse reconduire durablement ces traditions, ces coutumes et  l’éducation reçue et donc de se reproduire sociologiquement à  l’identique.

L’élite congolaise a vécu au cours du temps  et vit encore maintenant   en son sein des contradictions liées au fait que sa situation matérielle ou celle des populations n’est pas toujours à la hauteur ses aspirations à l’aisance  matérielle. Elle tente d’opérer toujours des reformes  mais force est de constater que ce sont encore de reformes qui ne reforment pas encore substantiellement la structure.  Depuis 50 ans d’indépendance, la  mutation sociale  peine à  s’enclencher !

B. Les ressorts de la théorie Y  de changement tendanciel

Tout changement enclenché pourrait régulièrement manger ses propres enfants, avec un risque toujours permanent de rétrograder vers une conservation réactionnaire.

C’est pourquoi le changement politique doit être fondé sur un transparent et large possible consensus politique des communautés ethniques en coupant ainsi – sous leurs  pieds- les leaders sectaires à  même de servir la conservation réactionnaire.  C’est le principe au fondement du régime de Compromis Historique de changement ici  suggéré  dans ce blog (Proposition 9). 

Il ne s’agit pas ici d’un partage des pouvoirs entre ordres communautaires susceptible de cacher des visions et ambitions diamétralement opposées, avec un risque de déclanchement luttes politiques personnelles qui finiraient  par provoquer des conflits, entre membres d’ethnies différentes et déboucher une guerre civiles et des tendances à l’éclatement du pays.

Jusqu’ici les causes immédiates des guerres civiles ou des graves conflits politiques en RDC furent souvent des querelles entre leaders politiques, fait des incidents minimes  se transformant en conflit politique et entraînant par la suite une internationalisation de ce conflit.

En tant partisan de changement, mon intention est de  ramener à la surface la « sentine »[7]  au fondement des comportements et doctrines des leaders politiques et ce, en vue de contribuer au changement par des propositions concrètes et, au travers de l’expérience et de la recherche empiriques d’un “tableau des symptômes sociaux significatifs” duquel peut découler un changement salutaire pour les Congolais.

 Ainsi orientée, mon intention d’établir une  relation logique de cause à effet entre les contradictions constatées dans une réalité sociale  et les changements ou les mutations susceptibles d’avenir de cette réalité sociale.

L’exercice de l’intelligence n’est un plaisir en soi mais une nécessité  de l’existence, pour les uns au niveau individuel et pour les autres, au niveau collectif.

Pour la matière sociale, cet exercice de l’intelligence devient cruciale en contexte de crise économique, de misère sociale et de déchéance morale comme aujourd’hui en RDC.  Mais, un changement politique peut ne pas générer une mutation sociale. Le changement politique de court terme alors que la mutation sociale s’inscrit en longue perspective.

(2).  Révolution culturelle ou  Révolution économique ?

Dans la perspective de longue durée, l’intelligence a pour fonction de pouvoir trouver des mécanismes institutionnels de régulation politique pour sauvegarder les communautés ethniques des leaders sectaires qui les tendent à transformer en ordres communautaires nuisibles à  la paix civile et à  la concorde nationale, soit par une révolution économique soit par une révolution culturelle.

  • La  révolution culturelle

La révolution culturelle met l’accent sur le changement  à  court et moyen terme des mentalités au point de générer -  à  long terme – une nouvelle base matérielle  (exemple, la Chine) pour la société.

La révolution culturelle ne peut qu’être volontariste. Elle implique une “dictature éclairée” mais de longue durée. La “rééducation” de l’élite politique passe par  des actions spectaculaires qui frappent l’opinion publique : l’apparition de nouveaux membres dans l’élite politique avec un discours radical par rapport au vécu quotidien, des sanctions sévères contre les déviants politiques et idéologiques avec la participation directe des populations au travail de leur dénonciation et la réalisation des ouvrages (infrastructures physiques et œuvres socioculturelles) flattant l’orgueil collectif des populations.

Le coût humain de cette démarche politique de révolution culturelle est tel que la transformation sociale finit par susciter au sein de la société des associations civiles de défense des droits humains, soutenus ou non par des mouvements philanthropiques externes ou des intérêts étrangers heurtés par  cette transformation. La notion des “droits humains” et  de “justice” deviennent alors de notions idéologiques de compétition politique, interne et externe.

  • La révolution économique

La révolution économique  insiste sur le changement à  court et moyen terme de l’état matériel de la société en escomptant une transformation des valeurs traditionnelles en ‘‘morale’’ de  réussite socio-économique (exemple Corée du Sud). La cause de la transformation sociale elle-même serait la production la plus grande possible des éléments matériels l’existence sociale (dimension économique) mais la dimension socioculturelle se doit d’être prise en compte.

La révolution économique  implique – sous forme un plan  de développement, largement connu de tous -  une définition  exacte des besoins sociaux vitaux auxquels il faut donner impérativement une réponse globale et valable et de déterminer – de manière intégrée- les biens et services à produire dans différents secteurs de la société et une   mise en place les structures appropriées  à la capacité socioculturelle (renforcée si nécessaire) des populations qui devraient se prendre en charge de manière humainement acceptable  et de travailler en équipe entre personnes compétentes et ce,  en vue d’aboutir aux solutions escomptées.

On peut commencer par une ‘‘révolution culturelle’’ ou par ‘‘ révolution économique’’. Pour le Congo, il faut les combiner à  un certain degré dans la démarche de changement politique. Mais cette combinaison sera nécessairement une combinaison à  dominante contradictoire, penchant tantôt vers la révolution culturelle tantôt vers la révolution économique.  Dans  le processus de mutation sociale, il y aura des mouvements politiques oscillatoires. Pour pouvoir tenir,  les partisans du changement doivent  savoir s’en tenir à  l’essentiel : la refondation de l’Etat sur des bases solides..

Jean Munyampenda

[1]

figure 1.1

[2]

figure 2.2

[3]  Je m’inspire ici de la théorie Michael PORTER sur le jeu concurrentiel des entreprises dans un secteur économique donnée. Voir   Porter, M. Competitive advantage. New York:Free Press. 1985.

[4] On appelle Services  d’Intelligence  l’ensemble des moyens qui permettent aux dirigeants d’un pays ou d’une entreprise de se tenir continuellement informés sur l’évolution de leur environnement politique et économique. 

[5] Les études et recherches  sont entreprises ainsi dans le but d’aider à la résolution des problèmes particuliers: lancement de programme d’infrastructures publiques, éradication de la délinquance juvénile image de marque, prévision économiques, etc.

[6] Internet consulté le 24 mai 2013

[7] La sentine, c’est saleté au fonds d’une bouteille

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