RDC : LE MOBUTISME ET SES FUNESTES MANIFESTATIONS POLITIQUES ACTUELLES

Pour comprendre le mobutisme, il faut se situer du coté de l’élite courtisane de la deuxième République de Joseph Mobutu. Il s’agit surtout des  personnes aujourd’hui âgées qui ont jadis participé à  la surfacturation des travaux publics et créé  des entreprises personnelles et de leurs enfants qui ont  étudié  sur des fonds publics détournés ou sur des rapines de toutes sortes

1. La logique du système mobutiste

Tout au long de la deuxième République de Mobutu, l’élite politique initia des procédures léonines dans le cadre de sa logique d’accumulation des privilèges sociaux pour elle seule, en  soumettant ainsi le pays à la domination extérieure au nom de ses intérêts égoïstes.  Et aujourd’hui encore, ce sont- en fait – les moins lucides des membres de l’actuelle classe politique congolaise en termes de la nécessité de changement en RDC.

C’est dans le cadre sociopolitique ci-dessus que l’élite congolaise se reproduisait toujours à l’identique c’est-à-dire en gardant à la fois une sorte de soumission anticipée vis-à-vis de l’Occident et une logique d’aisance matérielle en devenant tout simplement courtisane auprès de Joseph Mobutu ! La créativité  – dans le sens d’une organisation sociale toujours meilleure – cessa au profit d’une soumission anticipée au modèle européen de croissance et l’on se détourna de toutes les conceptions de développement basées sur des facteurs endogènes.

A l’époque mobutienne, l’élite politique congolaise était fondamentalement, consommatrice. Elle se caractérisait par un type d’hommes tournés vers la jouissance, c’est-à-dire improductifs par eux-mêmes, digérant seulement, parasites de l’Etat et de ses entreprises, ne jugeant qu’en deçà du principe de l’agréable et incapables de générosité. Telle était la situation idéologique dominante de la classe politique congolaise.

Deux traits fondamentaux caractérisaient  l’idéologie  sociale de cette élite :

  • La production de l’élite est souvent limitée à la création des symboles. Il ne s’agit pas de ce goût de produire qui pousse à dédaigner le loisir, mais plutôt de la création des discours et des mœurs susceptibles d’étouffer et de vassaliser davantage les vrais producteurs c’est-à-dire les entrepreneurs, les ouvriers et les paysans du monde rural.
  • La stratégie courtisane de l’élite consistait avant tout en un langage flatteur et la conservation d’un monopole d’initiatives auprès du Général Mobutu, devenu lui-même Maréchal en 1984. Cette courtisanerie culminait dans la capacité de l’élite à créer sa propre clientèle qui lui devait allégeance, et qui constituait -sans le savoir – la base dans laquelle le pouvoir mobutien puisait les éléments de sa relative légitimité.

L’élite politique condamnait le tribalisme tout en le vivant dans plusieurs associations et rencontres ethno-tribales.  Le tribalisme s’était développé sous couvert des alliances apparemment pluricommunautaire. Cette stratégie hypocrite de l’opacité sociale était dictée par les nécessités de vraies combines qui se nouaient dans les arrière-boutiques de l’Etat, définitivement parasité par l’élite. Cette sous-culture de la combine est encore dominante dans l’élite de 2012 !

Sans principe actif, efficace et fécond, cette élite consommatrice, une fois repue, regardait tous ceux qui n’étaient pas capables d’une certaine subtilité courtisane avec commisération. Si certains sont restés incrédules devant tant d’astuces, beaucoup ont, cependant, compris la leçon.

L’avènement de Joseph Mobutu comme Président de la république en 1965 avait  entraîné presqu’immédiatement la centralisation du pouvoir d’Etat.

Trois raisons furent invoquées pour  ‘‘casser’’  le régime d’autonomie  provinciale et de ne point instaurer le régime de décentralisation[1] :

  • « (…) le pouvoir central a du faire face aux obligations incombant aux autorités provinciales et cela,  malgré l’autonomie constitutionnelle reconnue aux provinces : exemples le maintien de l’ordre et de la sécurité. »
  • «  Les budgets provinciaux élaborés par les autorités provinciales sont alimentés presque exclusivement par le Gouvernement central ; »
  • «  Les autorités provinciales détournent de leur véritable direction les lignes de force du nouveau régime ».

Ce n’est pas la validité de ces raisons – d’une actualité certaine en 2013 – que nous mettons en exergue ici mais plutôt en tant qu’elles étaient, ensemble, une condition permissive pour Mobutu d’œuvrer pour un pouvoir autoritaire et personnel. Et mieux diviser les gens, il entretenait des subtiles discordes ethniques entre ses courtisans au nom du dogme selon lequel le choix entre un frère -même voyou - est préférable à  un ami paisible ! Toute tentative en faveur de la décentralisation était qualifiée de démarche sécessionniste ou de balkanisation !

Cette centralisation politique a été immédiatement célébrée par l’élite comme étant une condition impérative de l’unité nationale. A cet effet, l’élite fabriqua des symboles célébrant carrément la personne du Président Mobutu, en tant que génie hors du commun des mortels. C’est l’élite elle-même qui  introduisit quelques “marginaux” au sein de la cour présidentielle pour accomplir cette tâche de culte au Président Mobutu. Depuis, il y a eu déferlement des “marginaux” mal scolarisés au pouvoir d’Etat au Congo.

Cependant – en coulisse-, la lutte des factions se menait suivant des mécanismes complexes.  L’élite mobutiste s’est enrichie; elle est devenue de plus en plus astucieuse dans la prédation des biens de l’Etat.

Par ses multiples ramifications, elle a crée une sorte de maffia politico-financière qui s’est installée dans l’Etat et hors de l’Etat. Ténors, intrigants, seconds couteaux, malfrats (scolarisés ou non)…. se sont côtoyés, combinés, affrontés, attirés ou haïs au sein de la cour présidentielle.

Par un langage flatteur donc et par des suggestions courtisanes de l’élite, il s’est fait jour une volonté manifeste au sein du pouvoir Mobutien de transformer l’Exécutif présidentiel en monarchie présidentielle. La monarchisation du pouvoir présidentiel devait s’opérer à travers le “Mobutisme” considéré comme une doctrine à pérenniser par un parti politique unique.

Pour amener le pouvoir Mobutien à lui accorder davantage des éléments nécessaires à son aisance matérielle, l’élite n’a donc pas hésité à proposer la création d’un parti unique national, l’institutionnalisation de ce parti, la présidentialisation de toutes décisions d’Etat à travers soit le bureau de la présidence, soit le bureau politique ou comité central du Parti unique et/ou à suggérer un mandat Présidentiel à vie pour le Maréchal Mobutu Sese Seko. Mobutu pouvait – à juste titre – se dire comme Louis XIV : «L’État, c’est moi».

Le Mobutisme devint exclusif de toute autre forme de promotion sociale, économique ou intellectuelle et spirituelle. C’est dans ce contexte que le pouvoir se heurta à la tentaculaire Eglise Catholique Romaine. L’Eglise Catholique Romaine -sous couvert d’une doctrine ou d’une mission atemporelle -  s’était octroyé un pouvoir temporel, immense et redoutable sous forme des propriétés foncières, immobilières, financières et un réseau des renseignements assez fiables.

Pendant que dans les organes politiques les luttes intestines faisaient rage sans que les populations comprennent la ligne réelle de démarcation entre groupes d’intérêts constitués, dans l’Administration publique et dans les Entreprises d’Etat, l’indulgence mutuelle et l’incurie générale se radicalisaient.

Dans l’Administration publique, on s’attardait à réfléchir pour ne pas devoir à décider sans l’avis du pouvoir politique. On s’ingéniait à concilier pour ne pas devoir choisir entre factions des élites en lutte; la tolérance du fonctionnaire cachait mal un abandon des responsabilités ; la patience de ce dernier n’était que perplexité et sa bienveillance une déroute.

Le 6 décembre 1982, le Congrès du Parti Unique de Mobutu reconnut que « le territoire national  était sous administré à  cause de son entendue » et cela « nécessitait une décentralisation administrative effective ». Il tolérait même   des ‘‘maquis’’ dans des les limites d’un territoire exigu, non pas par sa volonté politique mais par incurie politico-administrative dans un vaste territoire[2]

Dans la société civile, la situation était pire. Pour l’élite, tous les autres membres de la société congolaise n’étaient que des exécutants somnambules. A travers les canons ethno-tribaux, l’élite se chargeait toujours de rassurer les Congolais sur le intentions du monarque Présidentiel ; on accusait les adversaires supposés, réels ou potentiels du Président de le République ou on calomniait et dénigrait les déchus.

Et pendant ce temps et à cause de la courtisanerie de l’élite, le pouvoir devenait toujours capricieux; les membres de la Famille Présidentielle étaient devenus un enjeu pour approcher le Monarque Présidentiel. Les fils du Président étaient, de fait, devenus des véritables princes d’une famille régnante en République du Zaïre d’alors, le Congo-Kinshasa  d’aujourd’hui !

Pour se maintenir, durable ou éternel (?), le pouvoir Mobutien pourvoyait d’argent aux divers factions de l’élite et promettait tout à leurs ambitions inconscientes; ces factions travaillaient au renforcement du pouvoir en croyant s’octroyer pour elles-mêmes une portion de ce pouvoir. Les promesses mobutiennes n’engageaient que celui qui les recevait.

Le pouvoir mobutien intriguait indirectement jusque dans les recoins les plus insignifiants de la société, là où il semblait n’être pas intéressé. La gestion du personnel politique consistait à faire rencontrer des hommes qui se détestaient au sein d’un même gouvernement ou dans les organes politiques institutionnels pour évaluer le degré de leur fidélité au “Guide”, au “Timonier”, autres surnoms attribués par l’élite au Président Mobutu pour flatter son orgueil.

Le Président Mobutu entretenait des agents jusqu’au cœur des foyers; il n’avait pas de politique suivie, mais il se ménageait partout des intelligences et des complicités. Partout, il avivait les discordes; partout il travaillait dans l’ombre. Dans l’élite, tous étaient ainsi directement ou indirectement impliqués dans l’espionnage mutuel. L’élite était arrivée à la manière propre d’attaquer les adversaires avec des compliments à la bouche et des cadeaux à la main.

Conscients parfois de l’espionnage réciproque, certains avaient préféré considérer comme caduques et illusoires toutes les valeurs morales. Les familles de son entourage étaient délibérément avec de nombreux enfants adultérins en guise de contrôle social  des chefs de ces familles ou de répression contre ceux qui osaient réfléchir en dehors de son système dictatorial en place.

La médiocrité avait fini par être maîtresse de fait et de consentement. La logique était stipendiée et l’intégrité morale ou tout simplement professionnelle considérée comme une calamité sociale. Chaque membre de l’élite travaillait pour préserver l’ordre établi dans la société, et avec lui, ses propres aises, sa tranquillité et ses menus plaisirs. Il travaillait à la consolidation du régime Mobutien en croyant en jouir pleinement. En cas de disgrâce, il mourait de regrets … et de haine.

Sous le long règne de Joseph Mobutu,  on disait « BOMA conscience » pour dire « n’ait surtout pas de conscience et ne te fais pas des scrupules pour détourner  les deniers publics ». On disait aussi « TIKA logique » pour signifier de « ne point  réfléchir sur les conséquences de ses actes dans l’espace et le temps ». La conscience sociale était gommée, a la manière d’un téléphone sans « puce » ou « sim card » ou d’un ordinateur « sans système d’exploitation » pour l’utiliser, voire d’un homme « sans raison ».

Or, « L’intégrité, c’est, pour un homme ou une femme en charge des  affaires publiques, la capacité de donner un sens a sa vie et d’établir un lien entre ses convictions et la pratique quotidienne.  (…)  la lucidité, c’est la capacité d’analyser une situation, de discerner les aspects les plus importants d’une affaire, de les mettre correctement en perspective et de prendre les décisions pratiques les plus judicieuses. C’est ensuite, la capacité d’expliquer et justifier honnêtement ses choix en termes compréhensibles pour l’ensemble des ses concitoyens  (…). Ceux qui conçoivent et gèrent les institutions (…) devraient se préoccuper au premier chef du niveau d’intégrité et de lucidité dont elles sont porteuse»[3].

Sous le régime mobutien, chacun désirait, en fait, être couvert et cherchait à se faire bien voir. Le régime souffrait d’une diffuse et plate ignominie, à tel enseigne que la lâcheté et l’hypocrisie étaient devenues, en termes de principe, une condition impérative de simple survie sociale ou politique.

Par des canons ethno-tribaux, l’élite avait tenu la jeunesse en lisière, car elle était impatiente, hardie et audacieuse. Cette jeunesse était amenée à mesurer la valeur d’un homme à la fonction qu’il exerçait dans le rouage du parti unique et des avantages qu’on y retirait. En muselant la jeunesse, l’on visait le maintien au pouvoir de deux impuissances les plus paralytiques de la société, celle du riche roublard et celle du vieillard astucieux ou plutôt celle de l’expérience stérile et celle de la satisfaction sénile. Toute reforme, dans un tel contexte, semblait être un bouleversement. On la jugeait bonne si elle ne reformait pas du tout. Le pouvoir était absolu et licencieux.

Par le  “Recours à l’Authenticité”, le Président Mobutu  reconduisait de facto une politique colonialiste qui consistait à  “créer une civilisation africaine originale empruntant ses éléments aussi bien à la civilisation occidentale qu’à la culture négro-africaine”. Or, cette politique colonialiste avait  été un “clapotis culturel, ambivalent et souterrain, où “être” et “n’être pas “  étaient confondus” et  “la tentation, pour beaucoup, de vivre l’instant présent  au lieu d’avoir une réflexion millénariste, fondement de la pensée intelligente et de la décision libre”.

La politique de “Recours à l’Authenticité” n’avait pas déraciné l’épée de Damoclès qui pesait sur toute politique  intégrationniste ou unioniste.  Les nations précoloniales avaient été subdivisées cette fois-ci  en petits morceaux  sociaux dits ‘‘bases électorales’’.  Et sur ces ‘‘bases électorales’,  l’on avait élevé de nouveaux  ‘‘pouvoirs coutumiers’’ des élites politiques en plus de ceux qui,  jadis,  s’étaient vendus corps et âmes aux colonialistes dans les  différents terroirs du Congo belge en tant ‘‘autorités traditionnelles’’.

Pourtant, d’autres pays africains avaient choisi dès le départ une doctrine universaliste d’exécution de leurs politiques sectorielles. L’Angola était marxiste et le Sénégal était libéral. Que l’origine de ces doctrines soit européenne, l’essentiel était  qu’elles s’incubassent peu à peu comme valeur basique non ethnique, commune et centrale, dans les comportements quotidiens des individus. En fait, le mobutisme est l’origine du comportement sectaire ethnique systématique,… faute de politique publique communautaire intégrationniste sur plus ou moins 30 ans ! Le kabilisme de Joseph Kabila est resté sur cette trajectoire.

Le Mobutisme est – idéologiquement – à  la société congolaise ce que le HIV est au corps humain malade de Sida. Toute doctrine politique congolaise qui s’en inspire aboutit –finalement – à une stratégie des réformes qui ne réforment jamais. Le kabilisme se nourrit – aujourd’hui – des antivaleurs de l’ époque mobutienne et, en ce sens, il perpétue le mobutisme.

2. Le fonctionnement du système mobutiste

Dès le départ, le mobutisme s’est présenté comme un pragmatisme Lumumbiste en version anticommuniste; et il a été longtemps perçu comme tel  par les masses populaires. Ceci est d’autant plus paradoxal que le projet et l’action de Lumumba ont été contrecarrés par le collège des Commissaires généraux créé par le Président Mobutu et ses amis en Septembre 1960.

Le Mobutisme fut avant tout un opérationnalisme pro-occidental mais “tropicalisé” et cherchant à maximiser ses chances de succès politiques dans l’ordre établi au niveau planétaire d’alors.  Il faut reconnaître que Mobutu avait une certaine capacité à générer des “réductions” susceptibles de le maintenir au pouvoir, au gré des alliances internes et externes :

  • Réduction de l’”unité nationale” à la centralisation du pouvoir aux mains du Président Mobutu (“thème” de l’unité de commandement”).
  • Réduction de la “cohésion culturelle” congolaise au culte de personnalité par toutes les ethnies au profit du  Président Mobutu (“théorie” de l’authenticité).
  • Réduction de la libération économique au clientélisme de tous les cadres des entreprises publiques et à l’allégeance des opérateurs économiques privées au Président Mobutu (“théorie” du libéralisme concerté).

Les réductions  mobutistes  ci-dessus permirent une certaine stabilité politique qui durant au total 32 ans.  Mais, c’est aussi au nom de cette  ‘‘nécessaire stabilité politique’’ du Congo que Joseph Mobutu viola systématiquement les droits humains,  à dans des ‘‘complots’’,  réels ou imaginaires !

Sous le régime de Joseph Mobutu, il y a eu beaucoup des violations des droits humains.  La Conférence Nationale  Souveraine  de 1991 avait instruit des dossiers relatifs aux violations des droits et aux assassinats de nature politique[4] :

  • Les “conjurés de la Pentecôte”  en 1966.  Quatre politiciens –Kimba Evariste, Anany Jérôme, Mahamba Alexandre et Michel Bamba, tous anciens ministres furent pendus en public pour complot contre l’Etat. Leur exécution sommaire faisait suite à un complot imaginaire des officiers proches de Joseph Mobutu.
  • L’assassinat de Guillaume Lubaya en 1968. Opposant politique dont le charisme gênait le Chef de l’Etat et ses concurrents politiques du Kassaï Occidental. Il fut enlevé avec quatre de ses proches et conduit au Camp Tshatshi. Tous les cinq furent portés disparus.
  • L’assassinat de Pierre Mulele en1968. Le 28 aout 1968, Pierre Mulele et sa femme se rendirent à Brazzaville pour demander de l’asile politique mais le 13 septembre 1968 ils furent place en semi-détention. En date du 28 septembre, Pierre Mulele fut ramené de Brazza à Kinshasa par Mr Bomboko, alors Ministre des Affaires Etrangères et – au Camp Kokolo-  retrouva son compagnon d’armes en prison, Theodore Bangila, son ancien chef d’état-major des maquis. Le 3 octobre 1968, ils furent torturés, découpés en morceaux et plongés dans un bain d’acide par pure sentiment de vengeance de Joseph Mobutu et de ses généraux[5].
  • L’affaire Tshombe en1969. Moïse Tshombe fut condamné par contumace pour tentative d’invasion armée. En 1967, ses partisans (gendarmes katangais et mercenaires européens) avaient investi Bukavu et tenté plus tars de prendre Goma  mais l’attaque échoua. Au cours d’un déplacement entre l’Espagne et l’Afrique,  Moïse Tshombe fut kidnappé par des agents de la CIA avec le concours de l’Ambassadeur du Congo à Bruxelles, Mr Mungul-Diaka. Fait prisonnier à Alger, il y mourut d’une mort demeurée mystérieuse aux environs du 30 juin 1969[6].
  • Le massacre des Etudiants de Kinshasa en1969. Les étudiants de l’Université Lovanium et des Instituts Supérieurs de Kinshasa constituaient  un bastion de l’opposition. Lors de la marche pacifique organisée ce bastion, plusieurs d’entre eux et des badauds furent tués par des militaires tirant à bout portant. Les cadavres des étudiants abattus furent jetés dans des fosses communes et 12 étudiants furent condamnés à mort. L’université fut fermée pendant un an et ses 2000 étudiants enrôlés dans l’armée où, selon la télévision nationale, ils apprenaient à obéir et à se taire
  • “Le coup monté et manqué” en 1975. C’est un complot imaginaire de Joseph Mobutu qui a vu  des généraux et des officiers supérieurs condamnés à la peine capitale pour atteinte à la sûreté de l’Etat. Bien que n’ayant pas été exécuté, ils sont privés de leurs biens et relégués dans leurs villages.
  • “Le procès dit des terroristes” en 1978. Des jeunes officiers et des civils furent arrêtés et jugés pour complot tendant à renverser les institutions établies.  Plusieurs furent ensuite  condamnés à mort et  leurs biens, confisqués. Ce procès fut suivi d’une épuration qui visait essentiellement  les officiers des provinces du Bandundu, des 2 Kasaï, du Kivu et du Katanga
  • La guerre de 80 jours en1977. Le 8 mars 1977, une rébellion éclata dans le Katanga (ex-Shaba), en réponse de l’Angola au soutien de Mobutu à  l’Unita de Jonas Savimbi. Le 13 mai 1978, une nouvelle attaque d’anciens gendarmes katangais refugiés en Angola et organisés au sein du Front de Libération nationale du Congo (FNLC). Ils   s’emparèrent  de la ville minière de Kolwezi. Plusieurs atrocités furent commises de part et d’autre: l’utilisation des bombes par les FAZ, l’enlèvement et l’exécution des cadres civils et militaires tombés sous leurs mains par les troupes du FNLC. Pour inciter les Occidentaux à l’appuyer, des Européens furent massacrées sur ordre de Joseph Mobutu  mais ces massacres furent imputés  aux rebelles du FNLC. La France en profita pour renforcer sa présence économique en RDC.  Des  gros contrats furent remportés  par des entreprises  françaises.
  • Les massacres d’Idiofa. Idiofa -majoritairement habitée par les Mbunda de la tribu de Pierre Mulele – était considéré comme un foyer permanent de turbulence.  En 1978,   2.000 villageois de la region de Mulembe-Lukumba ayant  cru au retour de Mulele sous les traits du prédicateur Kasonga, furent massacrés à l’arme blanche et enterrés dans des fosses communes par les éléments de la Garde Présidentielle du superstitieux  Joseph Mobutu.  La mère de Pierre Mulele et quatre autres personnes furent fusilles en public[7].
  • Le dossier des 13 parlementaires en 1982. Par leur lettre au Président Mobutu en 1980 et leur décision un parti politique ‘opposition,  démocratique et intérieure, (en l’occurrence l’UDPS), 13 parlementaires du système mobutien furent l’objet d’arrestation, d’emprisonnement, de torture et des bannissements.
  • Le massacre du Pont Kasa-Vubu. En vue d’empêcher Mr Tshisekedi d’organiser un meeting à cette place, les éléments de l’armée, de la Garde Civile et de la Sûreté se livrent à des assassinats et à l’arrestation des manifestants. C’est alors que le régime tente de faire passer Mr Tshisekedi pour un malade mental.
  • Le massacre Université de Lubumbashi en mai 1990. Le 11 mai 1990, un commando de tueurs de la Division Spéciale Présidentielle fut envoyé ‘’en opération’’ sur le campus de l’Université de Lubumbashi.  Des étudiants dont le nombre exact n’est pas connu furent massacrés par un commando composé des militaires et de leurs collègues d’origine Ngbandi.
  • Le massacre de Mbuji-Mayi en 1991. La démocratisation entamée timidement le 24 avril 1990 se heurta à des pesanteurs. Les membres de l’UDPS Kasaï Oriental l’apprirent à leur détriment. Une provocation policière les poussa à des manifestations de rue qui furent  – ensuite – durement réprimées.

La Conférence Nationale  Souveraine  avait eu connaissances des viols des droits autres que politiques dont notamment [8] :

  • Cas du Colonel Mayolo, chirurgien dentiste, condamné à 24 mois de détention, d’abord pour tentative de putsch, et ensuite pour non respect de consigne ;
  • Cas de Solomogo, comptable de l’OFIDA, torturé à mort sous prétexte de détournement des deniers publics;
  • Cas du Dr Kitimini, victime des coups et blessures de la part des éléments des FAZ à Kisangani, et qui mourut faute de soins appropriés ;
  • Cas du syndicaliste Bikeka, mort suite aux coups reçus sur ordre du Président Délégué Général de la R.V.A. ;
  • Cas du massacre d’île Idjwi, perpétré par un Commissaire de Zone tout-puissant du nom de Yogo Polasso ;
  • Cas du de répression sanglante exercée sur les Bashi contestant un Mwami imposé à la population par le Pouvoir ;
  • Cas du de Mr Kazadi Jean-Marie, rendu invalide par une arme à feu tirée depuis la résidence de Mr Kitenge Yesu, proche politique de Joseph Mobutu.

Tous ces crimes dont les auteurs étaient connus sont demeurés impunis, jusqu’à ce jour. Pendant 32 ans de règne,  ces cas – en fait -furent innombrables. En RDC, le mobutisme est de loin la source la plus importante de l’esprit  terroriste  dont les débuts furent les pendaisons de la pentecôte en 1966. Sur ce plan, les mobutistes devraient se taire et avoir un profil bas tant leur filiation terroriste est idéologiquement évident !

La relative restauration de l’Etat allait ensuite constituer  une attraction vers ce nouveau régime. Seulement, les sentiments ethno-tribaux de l’élite politique et intellectuelle allaient devenir souterrains. Chacun subordonnait désormais ses réactions impulsives à la nécessité de calcul. De diabolique, le comportement de l’élite politique était devenu satanique …mais passif à l’égard de Joseph Mobutu, luciférien plus que jamais !  Cette passivité de l’élite politique congolaise eut des conséquences incalculables.

Le tableau ci-dessus de ‘‘régime parlementaire’’ de Joseph Mobutu indique l’ampleur particulière de la ‘‘machine mobutiste de fabrication’’ des  ‘‘leaders politiques’’ entre 1965 et 1992 par lui seul !

Tableau n0 1: La vie législative de 1965 à 1977[9]

 

Périodes Evénements parlementaires
1965-1967  - Système Parlementaire bicaméral (une chambre des représentants et un Sénat)  mais institution  ‘‘mitigée’’ par un pouvoir exécutif trop fort - Constitution de Luluabourg-Continuité du Parlement sur base de la nouvelle Constitution-Moïse Tshombe, victorieux aux élections parlementaires de Mai 1964-Crise politique entre le Président Kasavubu et son Premier-Ministre-Prise de pouvoir par Mobutu le 24 Novembre 1965-Suspension de quelques dispositions de la Constitution de Luluabourg-Continuité des activités parlementaires, bon gré mal gré.
1967-1972   -Dictature pure et simple -Sans parlement et système des ordonnances-lois présidentielles au niveau législatif
1972-1975   - Constitution du 24 juin 1967-Durée de vie du Bureau correspondant à celle de la législature -Parlement de 420 députés élus sur base d’une liste présentée par le MPR, parti unique du Président Mobutu  (Système monopartite  par désignation)-Législature arrêtée le 15 janvier 1975 au lieu de décembre 1977 pour cause de révision constitutionnelle
1975-1977  -Constitution du 15 août 1974-Durée de vie du Bureau correspondant à celle de la législature -Parlement de 210 députés désignés par le Bureau politique du MPR avant d’être ‘‘élus’’ par acclamation (Système monopartite  par désignation)
1977-1982 -‘‘Libéralisation’’ politique à la suite des troubles du Shaba-Elections des parlementaires appelés ‘‘commissaires du peuple’’ cooptés par le Bureau politique du MPR.-Parlement de 272 ‘‘commissaires du peuple’’ pour exprimer les desiderata des populations dans le strict respect des ‘‘idéaux’’ du MPR, élevé au rang d’un Parti-Etat  -Tentative du parlement de séparer les pouvoirs traditionnels en vue de la bonne gouvernance.- Echec de la tentative, remplacement du Président du Bureau, enthousiasme émoussé et naissance du ‘‘groupe de 13 parlementaires’’ avec Etienne Tshisekedi comme Personnalité-Phare.  
1982-1987 -Election de 310 ‘‘commissaires du peuple’’ cooptés par le Bureau politique du MPR-Révision constitutionnelle par laquelle les ‘‘commissaires du peuple’’ se dépouillent eux-mêmes du pouvoir législatif car le Président de la République pouvait dissoudre le Parlement après consultation de son Bureau,… formé du reste, après ‘‘consultation’’ du même Président de la République. 
1987-1992 -Election de 222 ‘‘commissaires du peuple’’   élus au suffrage universel direct dans un contexte toujours monolithique.-Consultations populaires  et discours du 24 avril 1990 du Président Mobutu consacrant le multipartisme de facto-Révision constitutionnelle au terme de laquelle le Conseil Législatif redevenait ‘‘Assemblée Nationale’’ dans un contexte  contestataire du dictateur lui-même.

 Entre 1965 et 1967,  Joseph Mobutu ‘‘fabriqua’’ des  ‘‘politiciens’’ à  sa guise. Il puisa abondamment  dans la ‘‘classe politique’’ des années 1960 de l’indépendance congolaise en faisant un tri  systématique entre  ceux qui pouvaient lui être subordonnés et ceux qui lui étaient hostiles ou susceptibles de l’être en les éliminant, ….avant de faire appel déjà des ‘‘jeunes politiciens’’ de nature courtisane.

  • Le 24 juin 1967, Mobutu promulgua une nouvelle Constitution  congolaise  qui l’avait fait rédiger par ses proches. Cette même année, au Conclave de Nsele, Mobutu  créa un parti politique, le Mouvement populaire de la Révolution, avec le concours d’Etienne Tshisekedi, de  Justin Bomboko et de Singa Udjuu. Il  fit publier un manifeste, le Manifeste de la Nsele, contenant ce qui deviendra plus tard le Mobutisme avec l’élévation  en 1970 du Mouvement Populaire de la Révolution au rang de parti unique. Il disparut seulement le 24 Avril 1991  comme parti politique unique!
  • Entre 1967 et 1972, il se constitua  par ordonnances-présidentielles (5 ans) un groupe compact autour de lui à  tous les niveaux de l’Etat : Gouvernement, Entreprises publiques, Administration territoriale, Fonction publique, Diplomatie, Armée, Services de Sécurité, Education Nationale, Institutions Judiciaires, Parlement, … ! Il apparut les Gérard Kamanda wa Kamanda, Barthelemy Bisengimana Rwema, Seti Yale, Edouard Mokolo wa Mpombo, Lunda Bululu, etc.
  • En 1972 et 1975, Joseph Mobutu avait littéralement accouché  d’un Parlement de 420 députés élus sur base d’une liste présentée par le MPR, son parti unique ; Il eut aussi des apparitions des personnes telles que Mpinga Kasenda, Mabi Mulumba, Nyembo Shabani,… au niveau de l’exécutif.
  • Entre 1975 et 1977,  Joseph Mobutu ‘‘créa’’ un parlement de 210 députés désignés par le Bureau politique du MPR avant d’être ‘‘élus’’ par acclamation (Système monopartite  par désignation.
  • Entre 1977 et 1982, Joseph Mobutu  récidiva d’abord avec un parlement de 272 ‘‘commissaires du peuple’’ pour exprimer les desiderata des populations dans le strict respect des ‘‘idéaux’’ du MPR, élevé au rang d’un Parti-Etat.
  • Entre 1982 et 1987-, Joseph Mobutu  fit ‘‘élire’’ 310 ‘‘commissaires du peuple’’ cooptés par le Bureau politique du MPR.  Ce fut surtout un  Parlement monopartite qui s’occupa de la tâche de recrutement de nouveau ‘‘leaders politiques’’, issus des divers ‘‘pouvoirs périphériques’’ du régime mobutiste dont notamment des gens comme Banza Mukalay,

Tel était l’entendement de la ‘‘libéralisation politique’’ en version dictatoriale mobutiste.

  • Au plan économique :

Sous le régime de Mobutu, la corruption  et les éléphants blancs furent deux phénomènes liés. Les biens nationaux et les aides internationales furent dilapidés par les dignitaires mobutistes  qui tiraient des fastueuses  rentes  sur des contrats relatifs à  l’exécution des  grands ouvrages, généralement des éléphants blancs : Barrage d’Inga, ligne électrique à haute tension Inga-Shaba, la Gécamines, la Socir, la compagnie Air-Zaïre, la Sidérurgie de Maluku, les Conserveries de la N’sele, la Voix du Zaïre, le CCIZ, etc. Tous ces gros investissements furent réalisées sans prédisposition de maintenance ni expertise locale, d’où le recours obligée à des experts étrangers fort onéreux.

En fait, il eut un engloutissement  ‘’(…) d’énormes sommes des devises au profit d’une petite minorité et de bailleurs de fonds, au détriment de tout l’Etat congolais a alourdi la dette extérieure, de laquelle la population congolaise (…)»[10].  La corruption était endémique.  Au début des années 1990, l’économie souterraine (…) était estimée à trois fois le montant officiel du PIB.  Sur l’indice de perception de la corruption,  la RDC occupait encore  en 2007 la 168e place sur 179 avec un score de 1,9 sur 10[11].

Le 20 octobre 1982, il fut publié le rapport dit ‘‘Rapport Blumenthal’’ qui décrivit  la mauvaise gestion financière du pays. La RDC fut incapable de faire face aux échéances de payement de la dette et les lignes de crédit du FMI furent arrêtées en février 1992, celles de la Banque mondiale en juillet 1993. La Banque mondiale et le FMI en vinrent à suspendre leur aide, et la plupart des interventions bilatérales furent arrêtées.

Le malheur ne vient jamais seul. A la faveur de la lutte armée du MPLA contre la colonisation portugaise de l’Angola, Joseph Mobutu apparut comme un agent efficace contre la pénétration soviétique. Il aidait l’UNITA opposée au MPLA et ce, non sans prélever sur les cargaisons destinées à  l’UNITA de passage en RDC (Zaïre à l’époque). Les diamants angolais exploités par l’UNITA transitaient par Joseph Mobutu.

L’aide américaine à  l’UNITA et au FNLA  transitait par les services de Joseph Mobutu non sans prélever une partie pour lui-même. Mais durant le règne de Jimmy Carter, cette aide fut coupée et lui-même indexé comme violeur des droits humains[12].

Le MPLA – pour se venger de Joseph Mobutu avait – à la faveur des contestations sociales potentielles – mis en route d’anciens gendarmes katangais refugiés en Angola pour libérer le Congo à partir du Sud-Ouest du Katanga. D’où, les attaques organisées par le FNLC (Front de Libération Nationale du Congo) en date 8 mars 1977 et du 13 mai 1978[13].

Le 8 mars 1977, une rébellion éclata dans le Shaba (ex Katanga).en plaine guerre froide alors que Mobutu était un enfant chéri de l’Occident. C’était une réponse de l’Angola au soutien de Mobutu a l’Unita de Savimbi après le retrait du contingent sud-africain de l’ancienne colonie portugaise en 1976.

Le 13 mai 1978, une nouvelle attaque d’anciens gendarmes katangais refugiés en Angola et organisés au sein du Front de Libération Nationale du Congo (FNLC) tentèrent de reprendre pieds dans leur province. Ils s’emparèrent  de la ville minière de Kolwezi.

Les Occidentaux organisèrent immédiatement une opération aéroportée de légionnaires français et de soldats marocains au nom d’une intervention humanitaire pour sauver les ressortissants étrangers. On découvrira plus tard que les seuls Européens massacrés par les rebelles étaient ceux liquidés sur ordre du dictateur zaïrois pour convaincre  ses amis occidentaux de venir a son secours.  Les Katangais furent repoussés. Ce coup permit à  la France de renforcer sa présence économique au Zaïre, grâce à  des gros contrats remportés  par plusieurs entreprises :…’’

  • Au plan de la gouvernance d’Etat

De  mars 1966 à  jusqu’en 1977, Mobutu  dirigea le pays sans Premier-Ministre, puisqu’il en était aussi le chef du Gouvernement et Ministre de la Défense nationale.  Ce fut la période du Mobutisme pure.

La plus grosse des réductions, ce fut celle qui consista à suggérer que sans Mobutu, le Congo-Kinshasa (ou Zaïre) allait sombrer dans un chaos apocalyptique. Et avec elle, cette réduction permit une certaine stabilité politique qui durant au total 32 ans !

En 1965,  Mobutu nomma Léonard Mulamba Nyunyi wa Kadima, Premier ministre du Congo-Kinshasa du 28 novembre 1965 au 17 mars 1966.  Mobutu apparut ainsi comme un réconciliateur de la Nation congolaise. Mais il semble Léonard Mulamba Nyunyi wa Kadima fut un personnage intègre mais politiquement inexpérimenté. Mobutu avait donc nommé Léonard Mulamba comme Premier-Ministre pour mieux réunir autour de lui  ses copains sans pour autant apparaître seul maître à  bord ni au Haut-Commandement de l’Armée ni au Gouvernement central.

Le gouvernement Mulamba forma le 28 novembre 1965 un gouvernement nommé par le président Joseph-Désiré Mobutu, soit quatre jours après le 24 novembre, jour de la prise du pouvoir et l’Acte de proclamation de la seconde République. Comme le définissait l’Acte de proclamation de la seconde République, le gouvernement compta  au moins un membre de chacune des 21 provinces d’alors et de la capitale Kinshasa.

Ce gouvernement visait le contrôle du pouvoir par Mobutu, via ses amis du groupe de Binza : Justin Bomboko (Affaires étrangères), Étienne Tshisekedi (Intérieur et Affaires coutumières): Victor Nendaka (Transports et communications), Joseph Nsinga(Justice). Lui-même Mobutu prenait la Ministère de la  Défense nationale, rattachée au Président de la République  et son cousin et proche ami Jean-Joseph Litho, le Ministère les Finances. Même aux autres postes, c’était tous des  proches :: Alphonse Zamundu  (Agriculture), Jean-Marie Kititwa (Plan), Jean-Jacques Kande (Information) et  Jean Bolikango ( Travaux publiques), Victor N’Joli ( Jeunesse et Sport), Bernardin Mungul-Diaka (Classes moyennes).

Le 6 avril 1966, par ordonnance-loi du Président Mobutu, le Congo fut subdivisé en 12  provinces non autonomes. Le 24 juin 1967, Mobutu promulgua une nouvelle Constitution  congolaise  qui l’avait fait rédiger par ses proches. Il  fit publier un manifeste, le Manifeste de la Nsele, contenant ce qui deviendra plus tard le Mobutisme avec l’élévation  en 1970 du Mouvement Populaire de la Révolution au rang de parti unique. Le régime autoritaire était en marche.

Dès 1966, avec Mobutu, le Congo était le cheval de Troie des Américains contre la montée communiste en Afrique et particulièrement en Afrique australe. Mobutu accueillit dans sa capitale le gouvernement angolais en exil qui luttait pour son indépendance, mais les communistes du MPLA en étaient exclus.  Le principe de l’ ‘‘indépendance nationale’’ fut réduit a un simple folklore culturel.En 1971,  Mobutu  débaptisa  à la fois le pays, le fleuve et la monnaie sous le nom de Zaïre.  Sous prétexte décolonisation culturelle, il créa et imposa  une version locale du costume occidental : « l’abacost » (à bas le costume) et il obligea les Congolais (alors Zaïrois) à choisir un nom d’origine africaine, ce qu’il fit  lui-même en devenant Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga.

Mobutu  dirigea le pays sans Premier-Ministre jusqu’en 1977, puisqu’il en était aussi le chef du Gouvernement et Ministre de la Défense nationale.  Ce fut la période du Mobutisme pure.  Dans sa logique, il fallait que cela soit des personnes issues de petites communautés ethniques, à la fois assez courtisanes et assez formées soit des personnes formées mais  assez faibles de caractère au regard de liens qui les unissaient à leurs groupes tribaux. Il devait seul apparaître comme un  « guide » ou un « timonier » rassembleur de toutes les communautés mais sans perdre une seule parcelle de son pouvoir d’Etat.

Devant le mécontentement croissant des groupes sociaux, Mobutu ressentit le besoin de déléguer la coordination des dossiers gouvernementaux à d’autres mais à des personnes qui ne pouvaient lui porter ombrage. Toutefois, il devait seul apparaître comme le   ‘‘Guide’’  ou  le ‘‘Timonier’’ -rassembleur physique mais non idéologique – de toutes les communautés  et ce, sans perdre une seule parcelle de son pouvoir d’Etat.

Entre  1977 et 1992, l’Exécutif gouvernemental fut donc confié à  des simples exécutants appelées ‘‘Coordonateurs’ du Conseil Exécutif du MPR’’.

Dans cette perspective, on peut noter les noms suivants :

  • Mpinga Kasenda,  Premier ministre du 6 juillet 1977 au 6 mars 1979  et Ministre des Affaires étrangères de 1993 à 1994. Il  mourut en mai 1994 dans un accident.
  • André Boboliko Lokonga Monse Mihambo,  Premier ministre du 6 mars 1979 au 27 août 1980  et bien avant cela,  Président de  l’Assemblée nationale. Il  entra plus tard  dans l’opposition et en créant en 1990 le Parti Démocrate et Social Chrétien (PDSC) avec Joseph Iléo.
  • Jean Nguz Karl-I-Bond, Un premier mandat du 28 août 1980 au 8 octobre 1981. Il avait aussi été Ministre des Affaires étrangères en 1972 à 1972, une deuxième fois de 1976 à 1977, pour une troisième fois de 1979 à 1980.
  • Joseph Nsinga Udjuu Ungwantube, Premier Ministre du 9 octobre 1981au 5 novembre 1982.
  • Évariste Mabi Mulumba, Premier Ministre du 22 janvier 1987 au 6 mars 1988. Mulumba avait été ministre  des Finances  de 1986 à 1987, et Président de la Cour des comptes.
  • Sambwa Pida M’Bangui fut Premier Ministre du 7 mars 1988 au 12 octobre 1988.
  • Vincent de Paul Lunda Bululu, Premier Ministre du 4 mai 1990 jusqu’à sa démission le 30  mars 1991.
  • Mulumba Lukoji  fut Premier-Ministre du 30 mars 1991 au 13 octobre 1991,
  • Kengo wa Dondo. Ce nom mérite  d’être ici cité en particulier pour avoir voulu sauver le régime de Mobutu en mettant en avant un techno-réformisme fondé sur la privatisation des entreprises d’Etat et des coupes sombres dans les services de l’Etat, surtout dans le secteur social de base (éducation, santé).

3. Les  versions du mobutisme post-Mobutu 

Il existe des versions du mobutisme de la période post-dictature de Joseph Mobutu et un autre – spécifique-  né dans les années 1990, celle dite kengiste.

Les versions du mobutisme post-Mobutu consistent souvent en une oscillation politique entre les alliances avec les kabilismes et la haine des Kabila, successeurs  de Joseph Mobutu !  On peut noter plusieurs versions en nuance :

  • La version de ceux  qui haïssent le kabilisme sous toutes ses formes  est représentée par Honoré Ngbanda. Ils  ‘‘antagonisent’’ le monde anglo-saxon et le monde francophone, en souvenir  de l’appui des Américains à  l’AFDL et au Rwanda lors de la chasse contre Joseph Mobutu du pouvoir en RDC. Ils continuent d’imputer aux Tutsi Congolais les malheurs de la RDC et d’évoquer la balkanisation de la RDC par  le Rwanda. Ces orthodoxes du mobutisme sont à  la base de la présence des génocidaires hutus rwandais en RDC et donc responsables immédiats des conflits actuels depuis 1996 !  Depuis la chute de Joseph Mobutu,  les mobutistes orthodoxes  s’ingénient à trouver   les raisons des conflits actuels dans la présence historique rwandaise en RDC ( roupes rwandaises auprès de l’AFDL et RCD)  au lieu d’assumer justement cette présence  rwandaise dans le chef des génocidaires hutus des actuels FDRL qu’ils ont invités en 1994 en RDC en complicité avec la France. Ils feignent d’oublier que la présence historique des troupes rwandaises gouvernementales en 1996 a eu pour cause leur bêtise d’avoir invité ces  meurtriers venus du Rwanda, après leur forfait d’un génocide particulièrement atroce sur plus d’un million des Tutsis du Rwanda, voisin de la RDC !   Ces orthodoxes du mobutisme ‘‘accusent’’ Joseph Kabila d’être Tutsi comme si être Tutsi était un tare idéologique et ce, à  la manière des génocidaires hutus partisans des FDRL en RDC !   Mais, en réalité, ils jouent le jeu politicien de Joseph Kabila qui s’alimente doctrinalement de  leurs discours pour entretenir un climat de guerre propice à  son maintien au Pouvoir d’Etat !  C’est par eux que Joseph Kabila trouve des boucs-émissaires (les Tutsis et le Rwanda) pour mobiliser des esprits congolais, préalablement imbibés de cette funeste propagande mobutiste !
  •  Il y a aussi ceux qui cherchent à se lier au pouvoir de Joseph Kabila, avec l’arrière-pensée perfide de l’éliminer! Pour ce faire, ces ‘‘mobutistes de compromission’’  cherchent à s’allier au pouvoir de Joseph Kabila, tout en lui inspirant des  thèses anti-Tutsi  soit en invoquant un imaginaire empire-Hima-Tutsi qui se formerait au détriment  territorial de la RDC par le Rwanda et l’Ouganda  soit en évoquant un accès frauduleux des étrangers venus du Rwanda à  la citoyenneté congolaise dans le chef des Tutsis congolais. Ils cherchent à déconnecter  les Tutsis congolais d’une alliance historique avec les Kabila en désignant ces Tutsis congolais comme des étrangers venus du Rwanda. Ils fragilisent ainsi Joseph Kabila dans ses alliances historiques et préparent leur propre come-back.   La version bembiste de Mobutisme  est une parfaite illustration de cette option orthodoxe du mobutisme.  Mais il y a plus subtile : les mobutistes savent que le pouvoir d’Etat génère des  revenus occultes pour ses détenteurs en RDC. Ils s’approchent donc de Joseph Kabila pour en jouir et c’est par là que Joseph Kabila les tient ! Les mobutistes originaires du Katanga parlent de la nécessité de conservation du pouvoir  aux mains des Katangais,  voire aux mains des Balubakat élevés au rang d’une tribu ‘‘naturellement’’ dirigeante. Dans l’entourage de Joseph Kabila, ils y font cause commune  avec ceux qui invoquent constamment auprès de lui une traditionnelle alliance lumumbiste (surtout par les Batetela du Kasaï et les Mbunda du Bandundu) ou  avec les des leaders tribalistes qui formulent des stratégies contre une prétendue de balkanisation du pays par les Tutsi pour mieux assurer leur propre suprématie tribale au Kivu. Les mobutistes d’ailleurs s’ingénient à proposer  des artifices de prédation des ressources au niveau des finances publiques ou des mines du pays ou à  apporter des soutiens par leurs ‘‘bases électorales tribales’’ en vue du triomphe de leur nouveau ‘Guide’’ dit ‘‘Autorité Morale’’.  Joseph Kabila  fait alors tout pour transformer leur  malice en accord à son usage personnel en présentant à  l’opinion publique congolaise leur ‘’compromission’’ de nature pour un ‘‘compromis politique’’. Finalement, Joseph Kabila utilise leur appétit en argent pour les tenir en laisse ….comme des vulgaires quadrupèdes!

Le discours  des ‘‘mobutistes de compromission’’   cache donc une volonté d’accès aux revenus et aux biens.

C’est dans cette catégorie que se range le fils de Joseph Mobutu ou Nzanga Mobutu.   Pour rappel,  une partie des biens de Mobutu gelés en Suisse depuis le 17 mai 1997 (8,3 millions de francs suisse) devaient être remis à la famille Mobutu.  Jusqu’au  15 décembre 2008, aucune solution n’avait encore été trouvée avec le régime de Joseph Kabila dans lequel le fils de Mobutu  était numéro deux du gouvernement. Des pressions étaient faites pour que Nzanga Mobutu renonçât  ces  fonds. Le Conseil fédéral Suisse décida le 12 décembre 2008 de prolonger le blocage des fonds jusqu’au 28 février 2009. Finalement, une décision datée du 14 juillet 2009  fut prise de remettre ces fonds bloqués aux membres de la famille de Nzanga Mobutu.

Deux ans après cette affaire, Nzanga Mobutu fut révoqué par Joseph Kabila pour abandon de poste en date du 8 mars 2011[14]. Il partit de sa formation UDEMO en date du 18 mars 2011[15] Peut-être que Mobutu Nzanga n’était venu au Gouvernement de Joseph Kabila que pour les récupérer.

Est-il parti du gouvernement de Joseph Kabila après avoir récupéré les fonds jadis bloqués par le régime des Kabila ?  A-t-il eu le sentiment d’être ravalé au rang de simple quadrupède alors qu’il est de la pure race mobutiste ? Sans doute, les deux !  Surtout que Nzanga Mobutu en Equateur n’avait permis pas à Joseph Kabila de s’imposer dans cette province (33,48 des suffrages au second tour % et neuf sièges à l’Assemblée)  alors qu’Antoine Gizenga – au Bandundu -, ‘‘apportait’’ à  Joseph Kabila 34sièges à  l’Assemblée Nationale.

Par ses tweets, on sent la volonté de come-back de la part de Nzanga Mobutu  et les mobutistes souffrent toujours du syndrome du renversement de la dictature de Joseph Mobutu par un mouvement armé venu du Kivu. Les Mobutistes proches de Joseph Kabila ont envie de ‘‘neutraliser ’’ et de l’utiliser a leurs fins de recherche de l’argent et – en secret- ils le detestent en tant représentant historique en vue du type ci-dessus de mouvement armé !  Apres son passage au Gouvernement de Joseph Kabila ou il a eu à  récupérer les biens jadis dits ‘‘biens mal acquis’’ Nzanga Mobutu se cache derrière l’opposition et fustige constamment le M23  mais dans un style politicien fait surtout d’absence de lucidité en matière d’approche consensuelle, pourtant  nécessaire pour toute sortie de crise en RDC.

4. La version kengiste du mobutisme  

La naissance du néo-mobutisme  version kengiste n’est pas fortuite, encore moins le produit d’une ‘‘volonté souveraine’’ du dictateur Joseph Mobutu.  Le kengisme   est né des pressions extérieures contre Joseph Mobutu et d’une adaptation aux pressions internes et des populations

Le principe fondamental du réformisme néo-mobutien est fort simple : il vaut mieux commettre l’injustice que de la subir.

L’”Union des Démocrates Indépendants” (UDI), parti politique constitué par Kengo wa Dondo dans les années 1990 fut  avant tout une association fermée dont les membres étaient régis par une morale stricte : celle de la fidélité au “Patron” Kengo wa Dondo. Des hommes tels que Pierre Pay-Pay, Endundu, …ont fait partie de cette association kengiste.

Faction politique au sein du Parti unique lors de la deuxième République, l’association Kengiste avait pu, en période de Transition se constituer en parti politique opposé au pouvoir Mobutien en se rangeant dans l’opposition radicale … avant de se muer de nouveau en parti modéré en vue de mieux accéder à l’exécutif gouvernemental avec la bénédiction du même Président Mobutu, hier contesté.

De nombreuses ramifications clientélistes implantées par le Président Mobutu au sein de la société congolaise, l’association Kengiste était la seule devenue un “véritable milieu”, plus ou moins “honorable” à l’extérieur du Pays. Le concept de “milieu” est ici appréhendé en son sens organique c’est-à-dire comme un îlot de densité forte capable d’agglomérer quelques autres “technocrates” éparpillés, ici et là, dans la volumineuse société congolaise et ramassés dans tous les secteurs de la vie professionnelle du Congo et dans toutes les ethnies.

Au delà de la phraséologie “technicienne” abondamment puisés sans nuances dans les ouvrages de la Banque Mondiale et du FMI, le techno-réformisme à la Kengo porta l’étiquette maffieuse comme un signe indien. Cela s’expliqua par les deux traits dominant le milieu Kengiste :

  • L’arrogance : l’arrogance était une vertu pour les techno-réformistes Kengistes. Elle leur permettait de sauvegarder, de manifester et de sanctionner une certaine inégalité sociale entre eux et les autres. Pour les Kengistes, cette arrogance bourgeoise était à la fois un engagement d’honneur à rester socialement aisés et une exigence de rudesse envers eux-mêmes pour rester fidèles à Kengo. Leur “technocratie”, froide et apparemment objective, n’était qu’un prétexte pour couvrir une froideur cynique de classe aisée. La politesse bourgeoise entre membres était une institution. Elle permettait  de codifier les relations entre initiés du groupe Kengiste tout en permettant à ces derniers de se différencier et de prendre une distance vis-à-vis des intrus. Ils excluaient ainsi les autres de toutes sortes d’opérations financières.
  • L’Amour du pouvoir pour le pouvoir : les Kengistes n’hésitaient pas à concevoir et à mettre sur pieds de politique de nettoyage muet, lent et sans recours de tous ceux qui manifestaient une indépendance  politique vis-à-vis d’eux.  Mal préparés à la transparence démocratique et au pluralisme politique, ils furent amener à  considérer le pouvoir d’Etat comme une force de la nature qu’il fallait  asservir et soumettre aux préoccupations des visées égocentriques du groupe kengiste.

La domination sur les autres n’était qu’un moyen parmi tant d’autres telles que la falsification des statistiques officielles et la surveillance sociale et politique des fonctionnaires au profit de leur “Patron”…pour garder le pouvoir d’Etat à leur profit exclusif. L’ouverture d’esprit Kengiste fut  un leurre et la politesse souvent une stratégie d’attaque contre les gens lucides … en attendant qu’ils soient éliminés de la scène ou intégrés comme pions dans leur groupe.

Le techno-réformisme à la Kengo présenta la privatisation des entreprises mixtes ou publiques comme une nécessité ou une voie obligée et la justifia par le souci d’efficience ou tout simplement par le manque des moyens financiers publics. Si le principe est en soi juste ou réaliste, il n’en demeure pas moins vrai que les Kengistes furent accusés de mettre sur pieds des sociétés-écrans dans le sillage des sociétés privatisées comme des sangsues, donna ainsi l’impression plutôt d’opérations maffieuses.

L’alourdissement de la structure des prix des produits pétroliers au moyen des taxes parafiscales au profit des cabinets ministériels des hommes à Kengo fut considéré comme un indicateur suffisant pour se méfier d’une équipe qui semblait au dessus des soupçons.  Le public congolais soupçonna cette équipe de faire fabriquer des vrais billets de banque en quantité beaucoup plus élevée que celle déclarée à la Banque Centrale. Il aurait toujours existé  une quantité suffisante affectée à des usages privés de Joseph  Mobutu et des membres de l’U.D.I, ses complices.

Le drame réformiste à  la Kengo était  simple : lorsque tout le monde criait à la justice, ses partisans rêvaient à l’ordre en mettant en avant les politiques veillant à l’”administration” et à la “restauration” de l’Etat …, tout en soustrayant  suffisamment des biens de la cité du patrimoine public au profit des individualités qui leur étaient proches.

Conséquence : les valeurs universalistes de la liberté d’entreprise et de la solidarité sociale ne parvenaient pas à s’incarner en idéaux de la Nation toute entière. Ceux qui gouvernent n’ont parfois pas, il est vrai, de choix : ils arrivent qu’ils préfèrent l’injustice au désordre. Mais comment préférer l’injustice lorsque c’est le désordre organisé qui lui servait de cadre d’expression concrète?

Le techno-réformisme à la Kengo apparut  comme une doctrine politiquement et socialement vide, malgré une élaboration conceptuelle élevée de type libéral et consignée dans leurs déclarations publiques de propagande et de mobilisation. Ce fut du néo-mobutisme, un mobutisme sulfureux.

Au jour d’aujourd’hui, les réformistes Kengistes souffriraient d’un déficit politique, sociologiquement inscrit dans leur pratique sociale d’antan et historiquement dans leur passé politique. Pour exister politiquement, ils devraient donc s’allier à d’autres forces plus ou moins significatives.

Parmi les alliés du Kengisme, il eut Monseigneur Laurent Monsengwo, aujourd’hui Cardinal Monsengwo.

La cité démocratique du Congo devait naître d’un contrat. Encore fallait-il que la constituante se formât quelque part pour débattre et qu’un genius loci naquît en marge des politiciens connus pour indiquer le “bon chemin” qu’allait prendre l’Histoire [16]. Mais le bon chemin allait durer environ 16 ans, de 1990 à 2006, pour voir apparaître les instituions issues des élections présidentielles et législatives.

A la “Conférence Nationale”, Monseigneur Monsengwo fut véritablement perçu comme “Souverain” dans l’imaginaire populaire puisqu’ en lui il y avait comme unité de tous les conférenciers. Bien qu’étant l’un d’eux, il était pourtant différent. Il était le verbe en personne mais ne parlant pas la langue de tout le monde. Il  maintenait d’une rive politique à l’autre, un dialogue que nul autre ne pouvait susciter. Qu’il ait voulu ou non être “souverain”, là n’est pas la question. Il en fut ainsi, à un moment donné, dans l’imaginaire populaire.

Pour tout souverain, il existe un bourreau. Le souverain et le bourreau remplissent des fonctions cardinales et symétriques, le Souverain dans la lumière et la splendeur et le Bourreau dans l’obscurité et la honte. Il y a toujours comme une secrète affinité entre le personnage le plus honoré de l’Etat et celui le plus discrédité de la société.

Qui pouvait bien remplir la fonction de bourreau dans le cas de la “Souveraineté de “Monseigneur Monsengwo” ?

Pour l’opposition radicale et la majorité des conférenciers, sinon des populations, le bourreau était tout désigné puisque longuement indiqué par la vindicte conférencière : C’était le Président Mobutu qui devait assumer ce rôle de honte et d’obscurité.  Mais si, Monseigneur Monsengwo était Souverain et le Président Mobutu le Bourreau, que fallait-il faire alors de Monsieur Tshisekedi?

Pour un esprit fortement  cérébral et intellectualisé comme celui de Monsengwo, il suffisait d’envoyer Monsieur Tshisekedi à l’Exécutif gouvernemental de transition, à la fois pour satisfaire une des rives politiques de la Conférence et pour le voir “se casser la gueule” aux dures réalités  de la direction politique.

Monseigneur Monsengwo restait, ainsi, par ce tour de passe-passe, libre d’occuper le perchoir du Pouvoir législatif, à la fois comme censeur de Tshisekedi par le contrôle parlementaire du Gouvernement de Transition et ré-équilibreur indispensable des institutions et du pouvoir ….contre Mobutu.

Le Président Mobutu se voyait ainsi constitutionnellement élevé au personnage le plus honorifique du pays … mais sans pouvoir réel, apparemment. Mais d’autres, par journaux de l’opposition interposée, ont estimé que   Monseigneur Monsengwo n’était qu’un allié objectif du dictateur Mobutu.  Cette conviction d’alliance objective avec Mobutu fut inoculée dans l’opinion publique.

Monseigneur Laurent Monsengwo est, en réalité, tombé sur la trajectoire de meilleurs spécialistes en traces animales du Congo : Kengo wa Dondo et ses associés d’alors. Rappelons qu’à l’époque, tous les mobutistes, kengistes compris, étaient perçus comme des prédateurs par la majorité des conférenciers, voire du peuple congolais.

Les Kengistes savaient depuis longtemps qu’au lieu de nourrir le roi, il fallait s’en nourrir. Pour eux, tout “souverain” n’est qu’un gibier qu’il faut traquer avec des appâts et des appeaux. Si pour les autres, Mobutu, Tshisekedi et Monsengwo étaient de dieux, pour eux, ce n’était là que des drôles des dieux à traiter en bêtes.

Autour du Président Mobutu, à l’époque de la Seconde République, ils savaient déjà lire dans les entrailles des victimes du Chef; ils savaient percevoir des signes politiques dans les bruits les plus insignifiants de la cour présidentielle; ils connaissaient les itinéraires, les passages, les repaires et savaient s’y porter aux moments opportuns … pour avoir pouvoir et richesses.

Dans l’opposition, là où les autres vénéraient Monsieur Tshisekedi, eux, ils avaient depuis longtemps décidé de faire ce Roi opposant un simple repas. Ils lui ont montré les repaires, les itinéraires, les passages … mais ils se sont réservés les appâts et les appeaux. – Surtout du monde diplomatique.

Avec Monseigneur Monsengwo, la chose a été encore plus simple. Ils ont décidé de le capturer avec du miel.

Au Monseigneur, Kengistes ont susurré à l’oreille des formules “divines” par murmures. Aussitôt ces murmures rendues publiques par Monseigneur Monsengwo, les Kengistes les capitalisaient pour en faire des traits qui allaient constituer la fameuse troisième voie, ni Mobutiste ni Tshisekediste.  Monseigneur Monsengwo, en optant ou en laissant faire la troisième voie, confondait ainsi “centre” et “épicentre” du pouvoir d’Etat au Congo. Dans la conscience populaire, il est tombé comme un fruit mûr … avec le triomphe parlementaire de Kengo, porté au Gouvernement de transition.

Pour les dictateurs,  le ‘‘souverain’’ et le ‘‘bourreau’’ font un seul être. Pour durer il doit masquer son unité binaire et être sibyllin. S’il a du sens, il ne doit rien en dire. S’il parle, il doit parler devant tous et au nom de tous.

En principe, il ne doit rien proférer d’audible par lui-même … comme s’il était hors portée. On doit dire qu’il a dit; on lui fera dire que … on rapportera ses mots. Ces sont les hérauts qui doivent amplifier ses murmures imperceptibles. Les griots doivent en faire des discours. Les courtisans doivent interpréter ses regards ou ses froncements de sourcils.

Monsieur Mobutu y parvenait depuis toujours par l’éloignement, physique ou intellectuel, en usant des stratégies hors de la portée  de la “populace”. Monsieur Tshisekedi trouvait sa “souveraineté” de chef politique de l’opposition  dans un silence olympien.  Monseigneur Monsengwo, lui, parlait beaucoup … et parfois en dehors de tous et à l’extérieur pour certaines questions  essentielles du  Pays et de la Conférence Nationale Souveraine. La désacralisation guette toujours un “souverain”.

Dans la dictature, l’héritage politique ne se transmet pas généalogiquement. Les ‘‘rois’’ naissent d’un meurtre réel (assassinat) ou symbolique (éviction politique).   La souveraineté tshisekedienne s’était acquise par la contestation dans les années 1980 et par l’écrasement des leaders potentiellement concurrents au sein de l’opposition (Marcel Lihau, Vincent Mbankiem, Faustin Biridwa, Frédéric Kibassa,…).

Le Président Mobutu l’avait conquise … par un coup d’Etat, par ostracisme social ou politique des leaders politiques ou militaires durant la 1ère République et surtout  par des complots imaginaires par lesquels il éliminait tous ses concurrents potentiels dans la 2ième  République.

Tous deux – Mobutu et Tshisekedi-, une fois au dessus de la masse homogène, ils ont continué la lutte par herméneutes interposés et … par retournement des “experts en chasses animales”.

Par contingence ou par essence, l’Eglise catholique romaine n’a pas suffisamment servi Monseigneur Monsengwo ni de courroie de transmission ni de vivier pour chasseurs de service, chargés de traquer et de capturer les “autres bêtes souveraines” qui trônaient dans l’arène politique du Congo-Zaïre.

La souveraineté de Monseigneur Monsengwo fut éphémère et étrange. Etrange parce qu’elle se voulait au dessus de la bête, en affirmant la possibilité d’être souverain sans être bourreau. Il fut récuperé par les Kengistes en style néo-mobutiste.

20 ans après la Conférence Nationale Souveraine, Kengo est en place en tant  Président du Sénat en RDC et allié politique du fils du tombeur de Joseph Mobutu depuis 9 ans ! Le mobutisme  demeure – pour nombre important des Congolais- une sorte de sida idéologique dont  le kabilisme  est la plus grosse maladie doctrinale opportuniste actuelle.

Dans ce contexte, Léon Kengo wa Dondo va-t-il rebondir à l’Exécutif gouvernemental congolais, voire – un jour – au plus haut sommet de l’Etat ?  C’est possible pour ce manœuvrier de talent  mais  – alors – il devrait être plus sournois que Joseph Kabila. Mais.  pour faire quoi ? Echanger le Kabilisme contre le Kengisme, la souche la plus résistante  des maladies opportunistes du mobutisme !  Wait and see!

Jean Munyampenda


[1] Voir Thomas Munayi Muntu-Monji : Genèse et évolution des circonscriptions administratives et des entités politico-administratives congolaises (1888-2009. Quelques références pour une administration et un découpage territorial efficients, Editions EDUPC, Kinshasa 2010.

[2] Voir Thomas Munayi Muntu-Monji : Genèse et évolution des circonscriptions administratives et des entités politico-administratives congolaises (1888-2009. Quelques références pour une administration et un découpage territorial efficients, Editions EDUPC, Kinshasa 2010.

[3] J. Patrick Dobel : Intégrité morale et vie publique, Editions Nouveaux Horizons-ARS. Paris 2006. P.XIII

[4]  Voir,  CNS : Rapport général de la Commission des assassinats et violations des droits de l’homme présenté à la clôture de la Conférence nationale souveraine par Me Kinkela vi Kans’y.

[5] Baadikko Mammadu : Francafrique : l’échec. L’Afrique postcoloniale en question. Editions L’Harmattan Paris 1994 P. 48

[6]Baadikko Mammadu : op.cit. P 48

[7] Baadikko Mammadu : Francafrique : l’échec. L’Afrique postcoloniale en question. Editions L’Harmattan Paris 1994 P. 48

[8]Voir,  CNS :Rapport général de la Commission des assassinats et violations des droits de l’homme présenté à la clôture de la Conférence nationale souveraine par Me Kinkela vi Kans’y.

[9] Sources : Assemblée Nationale & Senat : vade-mecum du parlementaire. Editions du Parlement de la RDC.2006. Tableau élaboré par nous.

[10] Internet Voir wikipedia du 7/7/2010

[11] Internet Voir wikipedia du 7/7/2010

[12] MABONDO Bienvenu Joseph : La multipolarisation de l’économie congolaise avec le concours des puissances étrangères. MédiasPaul. Kinshasa 2010 P. 49

[13] Baadikko Mammadu : op.cit. P.49

[14] Radio Okapi, 14 mars 2011

[15]Journal  Le Potentiel, 18 mars 2011

[16] Inspiré du texte de Jean Bazin, “L’un parle, l’autre mange”, in Afrique plurielle.

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