RDC : LES MULTIPLES VERSIONS DU LUMUMBISME

Les lumumbistes n’ont jamais pu constituer  un Front Politique Large, …en dépit de leur enthousiasme. Ils ne sont jamais parvenus à se défaire  d’une certaine inertie sociologique qui pousse ses élites politiques à la fragmentation en divers groupuscules  politiquement inefficaces. Cette fragmentation politique est sans doute un bon indicateur de leur ”sous-développement politique’.

1. Les versions inédites  du Lumumbisme

Lumumba, épris de liberté et de justice raciale, et en réaction contre les diverses oppressions sociales de type colonialiste, mena une lutte contre la suprématie politique, psychologique et sociale du blanc sur le noir dans l’ex-Congo Belge, devenue « République Démocratique du Congo » après son indépendance intervenue en 1960. Le but qu’il poursuivait était essentiellement humanitaire au sens de la défense civile de la dignité humaine.

Apôtre d’abord d’une transformation sociale et de l’égalité raciale dans une communauté belgo-congolaise, il devait se rendre compte plus tard que sa foi en la justice ne pouvait se concrétiser que dans une lutte de libération du Congo contre la domination politique colonialiste.

Son idéal quasi évangélique de l’égalité des races entre blanc et noirs fut revu, corrigé et adapté chaque fois aux conditions de lutte pour l’émancipation congolaise et africaine. La prospérité générale resta l’ultime proposition de la pensée politique Lumumbienne.

Née de l’effervescence politique, elle souleva des vocations et la foi qu’elle suscita était énorme. Malheureusement, cette postulation de la prospérité générale dans la perspective d’une nécessaire libération des noirs suscita contre elle :

  • L’angoisse occidentale de voir le Lumumbisme devenir une version locale du communisme international;
  • Les égoïsmes personnels des leaders Congolais attachés à leurs privilèges d’”évolués” dans les sillages des intérêts étrangers;
  • Les orgueils ethno-tribaux en quête des puissances sur la scène sociopolitique nationale ou locale.

Comme pour répondre affirmativement à l’angoisse occidentale, le “Lumumbisme” se transforma en un dogme cryptocommuniste stipulant que la lutte de libération nationale ne pouvait qu’être une option contre le “capitalisme international” et une approche “nationaliste” permettant l’accès social et technique des masses  à la richesse extraite ou produite au Congo-Kinshasa.

Cette approche cryptocommuniste domina très longtemps le Lumumbisme. Pour les Lumumbistes, il était de bon ton d’être intellectuel de gauche, défendant le socialisme, voire le communisme comme un modèle de société pour le Congo-Kinshasa, dominé par les “valets” de l’impérialisme occidental. Avec la chute de l’Union Soviétique, la mort de la propagande communiste et le syncope politique du discours marxien ont ramené le Lumumbisme à ses origines locales … mais pas tout à fait dans le sens de l’idéal lumumbien.

D’abord, le Lumumbisme est devenu un phénomène politicien d’héritage individuel de ses compagnons de lutte (Gizenga, Gbenye, Mungul-Diaka …), une nostalgie de son groupe ethnique (Les Batetela), une légitime défense de sa mémoire (les enfants de Lumumba).

Plus concrètement,l’idéal lumumbien était de faire du Congo-Kinshasa un Etat moderne et organisé au point d’en faire un noyau dur du processus de l’unification de l’Afrique noire sous forme d’un Etat unique. Après sa mort, ses partisans n’ont pas pu se fédérer en un seul bloc pour former un solide mouvement politique. Au contraire, même ses adversaires se sont autoproclamés ‘‘Lumumbiste’’.

Par ailleurs, ses fidèles de départ ont – peu à peu- fécondé l’idéal lumumbien d’autres considérations – tribalisme et  envie des aises matérielles – au point d’en faire des doctrines inédites : mélangé au stalinisme, il enfanta  le ‘‘cryptocommunisme’’ de Laurent Kabila ; fondé sur les antivaleurs mobutistes, il devint de l’agnosticisme de Joseph Kabila. Gizenga Antoine l’a discrédité au point que le Lumumbisme est devenu un instrument politicien de positionnement auprès des successifs tenants pouvoirs en RDC. Les tribalistes de groupe ethnique de Patrice Lumumba en ont fait un porte-voix de leurs errements politiques. Le fractionnement du Lumumbisme en divers groupuscules  - politiquement inefficaces – est devenu le trait dominant de ce dernier sur la scène politique congolaise. Le Lumumbisme souffre donc d’une maladie infatile de fragmentation politique.

Or, toute action politique doit présenter une ‘‘masse déterminée’’ – incarnation[1] et concentration[2]-  d’adhérents du fait qu’il faut opposer la ‘‘masse’’ à  la ‘‘masse’’ pour pouvoir espérer changer le cours des événements dans l’histoire. L’action politique véritable doit remonter le courant d’une rivière de l’histoire au lieu de se faire descendre par  ce courant ! Le leader politique doit anticiper par une vision authentique du changement, introduire dans la roue de l’histoire des organes de jonction (doctrine, parti politique et organisations des masses) pour que sa vision et sa pratique y oïncident: il peut ainsi réguler – éventuellement- les événements dans un sens déterminé et d’avance voulu !

Cela,  les lumumbistes congolais n’ont jamais pu le faire ni même l’envisager en convoquant un congrès lumumbiste de clarification idéologique. Aussi, les différentes versions historiques du Lumumbisme ne sont-elles que des doctrines bâtardes de réaction aux événements initiés par les autres. Tel a été le cryptocommunisme de Laurent  Kabila. Tel est le mysticisme pseudo-progressiste d’Antoine Gizenga. Tel est aujourd’hui l’agnosticisme néo-mobutiste de Joseph Kabila Kabange. Telles sont les versions sectaires et opportunistes du Lumumbisme de Lambert Mende, l’infantilisme socio-démocrate de She Okitundu, l’anarchisme fasciste de Yerodia Ndombasi Abdoulaye, la rhétorique pseudo-maoïste de Babi Mbaye, le discours incantatoire et inachevé de Jean Baptiste Sondji ou le mulélisme de salon de feu Eddy Angulu. Le vide doctrinal de leurs constructions théoriques et politiques en fait des acteurs-objets au service d’autres forces politiques ou la risée de  tout le mouvement lumumbiste.

Situons-nous sur le plan historique.

Le MNC et d’autres partis indépendantistes organisèrent une réunion à Stanleyville en 1959. Malgré un fort soutien populaire, les autorités belges tentèrent de s’emparer de Lumumba – ce qui provoqua une émeute qui fit  une trentaine de morts. Lumumba fut arrêté quelques jours plus tard et jugé en janvier 1960 et condamné à 6 mois de prison le 21 janvier de cette année-la. Plus tard, il eut scission du MNC en deux ailes, le MNC-Lumumba (Tetela du Sankuru),  et le  MNC-Kalonji, Albert Kalonji (Luba  Kasaïen).

Le MNC de Patrice Lumumba est resté cependant dans un ancrage à la fois ‘‘unioniste’’ des forces indépendantistes et ‘‘unitariste’’  des provinces du Congo.  C’est dans ce sens que la naissance du Parti Unifié des Lumumbistes (Palu) d’Antoine Gizenga est actuellement perçue par ses militants. Pourtant, il est né  d’une fragmentation historique du Lumumbisme.

En date du 2 aout 1961, sous les auspices de Nations-Unies, il fut organisé le Conclave parlementaire (Sénat et Assemblée Nationale) de Lovanium, réunissant les parlementaires proches du pouvoir et ceux des mouvements insurrectionnels (aile majoritaire). Le syndicaliste Cyrille Adoula, issu pourtant de la minorité parlementaire forma un ‘‘Gouvernement d’Union Nationale’’ qui regroupait des lumumbistes (dont Gizenga et Gbenye) et des membres du groupe de Binza. Mais, en  janvier 1962, Antoine Gizenga fut arrêté et emprisonné à Bula-Mbemba. Les autres  Lumumbistes se refugièrent au Congo-Brazzaville.

Les Lumumbistes – refugiés  au Congo-Brazzaville – furent gagné par une fièvre de changement du fait des manifestations populaires des 13, 14 et 15 Aout 1963 (les trois glorieuses) qui avaient entrainé l’éviction de l’Abbé Fulbert Youlou au cours.

A Brazzaville – en date du octobre 1963, il se forma un ‘‘Conseil de Libération du Congo’’, CNL en sigle[3]. Le CNL était le fait des partis de l’ex-majorité parlementaire lumumbiste, devenus des partis radicaux.  Ces  partis politiques se regroupèrent  au sein en signant donc le Manifeste du CNL : PSA/Gisenga,  UDA/Lubaya, PNCP/Lonji, CEREA/Bisukiro et BALUBAK,….

Le comité du CNL était constitué des personnalités suivantes entre autres de Christophe Gbenye (Président et responsable de l’Organisation intérieure), de Gabriel Yumbu (Organisation extérieure), de Gaston Soumialot (Secrétariat Général Forces Armées Révolutionnaires), Laurent Désiré Kabila (Secrétariat Général aux Affaires sociales, Jeunesse et Sports) et de divers autres dont Thomas Mukwidi du PSA, Henry-Martin Kasongo, Grégoire Amisi et Egide Bocheley.

En janvier 1964, le Président du CNL Christophe Gbenye envoya Gaston Soumialot et Laurent- Désiré Kabila au Burundi en vue d’organiser des foyers d’insurrection à partir de l’Est.

Mais arrivée sur place,  la mission envoyée par le Président du CNL Christophe Gbenye se transforma  en une aile distincte du CNL originel, aile dite  ‘‘CNL/EST’’[2].  Elle  fut composée par les personnalités suivantes : Gaston Soumialot (Président du Comité et responsable de la Défense), Sébastien Rusagara (Affaires Extérieures), Gaston Kasongo (Information et Presse), Grégoire Amisi (Affaires Economiques et Finances), Phocas Bwimba (Affaires Sociales, Enseignement et Sante Publique).

Une parenthèse importante. [Pour ceux qui ont des idées préconçues sur les Tutsis  si en cherchant à  les situer tous dans une  mouvance sociale conservatrice , notons que Sébastien Rusagara  en charge des Affaires Extérieures et Phocas Bwimba en charge des Affaires Sociales, Enseignement et Sante Publique du CNL/Est étaient des Tutsis congolais, tous mort aujourd’hui[4].

Nous faisons référence à  Kalala Shambuyi,  Depelchin et Ernest Wamba-dia-Wamba qui – pour  décrire la configuration de la direction politique du RCD en  aout en  1998 -  disaient qu’elle était composée des ‘‘révolutionnaires’’ de gauche (Kalala Shambuyi,  Michel Depelchin et … ) et des mobutistes (Lunda Bululu, Tambwe Mwamba, Lambert Mende, …).  Et entre ces deux courants doctrinaux, ils situaient les individus de souche ‘‘Tutsi’’ comme si ces derniers étaient- en soi- une catégorie ‘‘idéologique’’ et non une donnée ‘‘biologique’’ !  Nous faisons aussi référence à  ceux qui pensent que pour être ‘‘nationaliste’’ en RDC, qu’il faille s’attaquer indistinctement aux ‘‘Tutsis’’ sur base des critères morphologiques. Ils sont – sans doute- vecteurs conscients ou victimes actives mais inconscientes  d’une idéologie  politique – sectaire, tribaliste  et génocidaire – rampante dans la société congolaise d’aujourd’hui.

La mission envoyée au Katanga devint le CNL/Katanga. Le CNL/ Katanga – fut composé d’Ildefonse Masengo, de Norbert Mayumba, de Placide Kitungwa, d’Edouard Kasongo, de Gérard Kascule, de Baudouin Mulongo, d’Alphonse Senga, de Severin Kabwe, de Laurent Kabila et de Roger Kabulo.

La durée très éphémère du CNL/Katanga fut imputé à sa lourde défaite face aux gendarmes  katangais de Moise Tshombe, soutenus par des  mercenaires européens. Laurent Kabila  rejoignit donc – malgré lui, le maquis du Kivu.

Ceux du CNL/Est au Kivu devinrent des ‘‘Simba’’  organisés en divers foyers insurrectionnels plutôt de nature ethnique.  Gaston Soumialot fut ainsi rejoints par Antoine Marandura, Nicolas Olenga et Louis Bidalira dans le territoire d’UVIRA et de Fizi-Baraka. Puisque  les foyers insurrectionnels suivaient un logique tribale plutôt qu’idéologique, nombre important des tribus ne s’étaient pas jamais jointes à  la rébellion des Simbas, notamment les Bashi et les Tutsis des hauts plateaux de Minembwe dit  ‘‘Banyamulenges’’.

En quelques mois, cette rébellion allait pourtant conquérir les trois quarts du Pays mais sous une fragmentation politique évidente.

A l’Ouest,  Pierre Mulele – ancien secrétaire général du Part Solidaire Africain et ex-Ministre de l’Education et des Arts dans le premier gouvernement de Lumumba – prépara avec ses partisans à  mener une rébellion au Kwilu.

Le 12 janvier 1964, ils décidèrent d’organiser une lutte révolutionnaire. Des formations et des infiltrations furent organisées à partir du Congo-Brazzaville sous la direction du colonel Pakassa, avec l’aide des instructeurs chinois. Dans la nuit 25 au 26 janvier 1964, Pierre Mulele ordonna une insurrection générale et  les principales localités du Kwilu furent ensuite assiégées. Ce fut la rébellion de l’Ouest.  Auparavant, – en juillet 1963 – Pierre Mulele était entré  en relations avec les Chinois de Mao-Tsé-toung [4] et avait déjà commencé à mobiliser les gens de la région du Kwilu, essentiellement les Mbunda et les Pende, en accompagnant la propagande nationaliste par des pratiques censées magiques pour attirer du monde.

Les partisans de Pierre Mulele furent appelés ‘’mulélistes’’ du nom de leur chef. Mais Pierre Mulele  de la tribu des Mbunda ne put atteindre ses objectifs car les membres des autres tribus voisines ne s’étaient massivement pas joints à lui.   Par ailleurs, les Occidentaux apportèrent  un soutien logistique à l’armée congolaise de Joseph Mobutu (surtout avec des pilotes anticastristes sur des avions Harvard T-6)  et assurèrent des missions d’évacuation des étrangers. C’est en 1967 que les partisans de Pierre Mulele furent définitivement vaincus ; leurs chefs se cachèrent comme ils le purent dans les forets, ….pourchassés sans relâche

En fait, le PSA /Gizenga avait rejoint le CNL  alors qu’Antoine Gizenga était en prison à Bula-Mbemba. Lorsque du CNL sorti le MNL/Gbenye avec Soumialot et Laurent-Désiré Kabila en devenant ainsi le  ‘‘CNL/Est’’, les autres s’étaient regroupés en   MNL/Bocheley avec Pauline Lumumba, Pierre Mulele, Lubaya et – en principe – Antoine Gizenga !

Le 24 août 1964, Antoine Gizenga, à peine sorti de sa prison de Bula-Mbemba, il  créa le PALU et ce, en dépit du refus obstiné d’autres dirigeants lumumbistes, en l’occurrence, ceux du MNC dont Antoine Kiwewa et Alexandre Mahamba.

Pour ces derniers, seuls les  congrès des deux partis politiques de la mouvance  lumumbiste (ici, le MNC et le PSA) se devraient de se saborder pour refonder un seul  grand parti des masses. Tel avait été  – d’ailleurs – le souhait de Patrice Lumumba avant sa mort.

Antoine Gizenga – de la tribu Pende- faisait-  sans doute – écho  politique aux opérations militaires contre des mulélistes en déroute sur le terrain du Kwilu et …à  la domination par les Mbunda dans un mouvement insurrectionnel entamé sans lui !

Durant la lutte contre la dictature de Mobutu entre 1965 et 1997, la stratégie d’Antoine Gizenga a été celle de se démarquer des actions politiques d’Etienne Tshisekedi. Il avait formé une coalition dite  ‘‘Union des Nationalistes Lumumbistes’’  (UFONAL) qui prônait  la lutte contre Mobutu mais sans laisser une seule chance à Etienne Tshisekedi de passer avant lui dans l’opinion populaire.

La nature de cette appréhension est mystérieuse, peut-être tout simplement de nature personnelle. Probablement parce qu’il avait une certaine appréhension  contre cet ancien membre du Collège des Commissaires qui l’avait  envoyé à la prison de Bula-Mbemba en 1964.  Mais la lutte politique de transformation n’est-elle pas dynamique ?

Nous pensons que seul un vide doctrinal en matière de gouvernance transformationnelle est de nature à expliquer l’appréhension ci-dessus d’Antoine Gizenga.

En effet, la question de rassemblement des forces politiques de changement contre Mobutu aurait dû prévaloir.  Car, en s’opposant à l’opposition sociale-démocrate d’Etienne Tshisekedi, le PALU d’Antoine Gizenga devenait un allié objectif du pouvoir dictatorial Mobutien.

Alors que l’UDPS  d’Etienne Tshisekedi multipliait ses actions contre Mobutu par des villes mortes à Kinshasa, préparant  ainsi ‘‘psychologiquement’’ et ‘‘médiatiquement’’, l’entrée militaire de l’AFDL dans cette ville, le PALU avait choisi de rejoindre – en date 26 février 1996 – le Gouvernement néo-mobutiste de Kengo wa Dondo, 3 mois avant la chute de Joseph Mobutu … chassé du pouvoir par Laurent Kabila,  soutenu par  les forces armées rwandaises.

Deux explications possibles : le PALU soupçonnait   une collusion possible entre l’UDPS  d’Etienne Tshisekedi et l’AFDL dirigée alors par un homme – Laurent Kabila –dont le PALU  il s’était séparé  lors de la scission du Conseil National de Libération en 1964.  Ou alors, il n’espérait rien de Laurent Kabila au point de se jeter dans une coalition avec  Kengo wa Dondo en espérant en retirer des dividendes politiques en cas des négociations politiques comme …jadis en 1961 au Conclave de Lovanium.

L’UDPS de Tshisekedi voulait aussi des négociations politiques avec l’AFDL  (de préférence, à  partir du perchoir de la Primature!) et dans cette perspective, l’UDPS entendait confiner la victoire de l’AFDL aux ‘‘sphères militaires’’ en s’arrogeant le titre de ‘‘libérateur interne’’ des Congolais. C’est- sans doute -  la raison pour laquelle Etienne Tshisekedi accepta d’être ‘‘Premier-Ministre’’ d’un dictateur finissant dans sa rencontre avec Joseph Mobutu au Cap Matin en France en date du 2 avril 1997 !

Nous pouvons illustrer la ‘‘fragmentation’ politique’’ du Lumumbisme par des événements récents. Cette fois-ci au sein même du PALU.

Antoine Gizenga avait été nommé Premier Ministre en date 5 février 2007. Il annonça sa démission le 25 septembre 2008 et ensuite remplacée  par Adolphe Muzito en date du 10 octobre 2008.

Lorsqu’en 2008, il s’agit pour Antoine Gizenga de céder sa place  de Premier-Ministre – pour cause d’âge avancé –, il aurait dû l’accorder à  son fidele compagnon de lutte et Secrétaire Général de son parti politique, le Professeur Godefroid Mayobo. Non ! Il a plutôt cédé ce poste important de direction politique au neveu de son épouse, à Adolphe Muzito,  de même ethnie ‘‘Pende’’ que lui, étant tous deux originaire de la province occidentale du Bandundu !

Un journal Kinois[5] : (…) si d’aucuns avaient appris l’information selon laquelle le Patriarche [Antoine Gizenga] ne faisait que dormir dans son somptueux fauteuil de Primature, c’était de lui [Godefroid Mayobo] que la nouvelle aurait été véhiculée. Pour lui, (…) il aurait été question de convaincre Joseph Kabila sur l’incapacité du Patriarche à gérer le gouvernement (…). (…) Godefroid ne cesse de scier l’arbre sur lequel est assis le Patriarche. (…) Godefroid Mayobo a toujours cherché des voies et moyens pour remplacer Muzito’’. Ce ‘‘toujours’ pouvait bien signifier aussi une vieille lutte de succession au sein du Palu entre ‘‘Pende’’ et ‘‘non Pende’’, au mépris de l’affichage idéologique officielle.

Un autre journal Kinois d’élargir les débats : L’origine tribale de la quasi-totalité des partis politiques en République Démocratique du Congo est largement établie. Si quelques efforts ont été faits depuis l’accession du pays à l’indépendance en faveur de la détribalisation de ces plateformes, le Palu n’a pas beaucoup évolué en cette matière. (…), L’affaire Moyobo (…) n’était qu’en fait qu’un épisode de la lutte tribale en coulisse entre le  clan pende  ultra majoritaire et les autres ethnies du Bandundu à l’intérieur du Parti lumumbiste unifiée. (…) de cette affaire (…) s’est effondré, le mythe du patriarche Gizenga en tant défenseur suprême de la condition sociale des Congolais.’’

Le progressisme de Gizenga tendait  toujours à dégénérer en  un culte mystique de personnalité. Ex-post, on constata que sa substance idéologique ne différait en rien de la dose technocratique des autres courants politiques dites libérales. En substance, le progressisme de Gizenga se limitait en une théorie de  construction des petites unités de production pour la survie quotidienne de ses militants.

On peut se demander – rétrospectivement – si les hommes tels que Jean Claude Bie-Bie et Gifuza Gérard  sont vraiment parti du ‘‘Parti Lumumbiste Unifié’’ (PALU) d’Antoine Gizenga  pour avoir tenté de  donner- en vain -  un contenu technocratique consistant et moins mystique au gizengisme. Ils sont  tous de la Province de Bandundu mais non de la ‘‘tribu’’ Pende  d’Antoine Gizenga :  Jean Claude Bie-Bie est de la tribu ‘‘Yanzi’’ et Gérard Gifuza de la ‘‘tribu’’ Mbunda’’.

Parmi les hommes qui lui étaient  restés fidèles, il eut Adolphe Muzito  qui monta à  l’Exécutif gouvernemental  et conduisit une politique plutôt d’inspiration libérale. Le real-politik a été la base du pouvoir tant au niveau de la conception économique loin de la théorie gizengiste, incapable d’être une réponse valable et globale pour faire face problèmes de gouvernance de la RDC. Du reste, la cohabitation entre Joseph Kabila et Adolphe Muzito n’a dégénéré  – à  aucun moment – en majeur en conflit institutionnel entre les deux.

Il faut mettre à l’actif de ce courant progressiste gizengiste une opposition interne farouche à Mobutu,  dans les années  difficiles de la splendeur mobutiste. Madame Therese Pakassa – aujourd’hui en rupture avec Gizenga- en avait été le porte-étendard le plus représentatif.

Les leaders politiques congolais du Lumumbisme ne s’inscrivent jamais dans la durée ; ils ne font pas un travail de mobilisation idéologique pour garder effectivement les alliances pluriethniques. Or, sans ce travail idéologique de profondeur, la société  restera éclatée de l’intérieur sur des bases sectaires et tribales.

En principe, c’est le rôle d’un parti politique de ‘‘ratisser’’ largement  et durablement. Il en a été ainsi avec le CHAMA CHA MAPUNZI en Tanzanie, le FRELIMO au Mozambique, l’ANC en Afrique du Sud, la SWAPO en Namibie, le FPR au Rwanda… La Tanzanie, le Mozambique, l’Afrique du Sud, la Namibie et le Rwanda sont aussi pluriethnique en nature !  Aussi, c’est au niveau de la culture spécifique de  la classe politique congolaise que notre  questionnement s’oriente.

Dans cette perspective, il y a lieu de revenir  un peu – rétrospectivement – sur  les débats entre ‘‘unitaristes’’ et ‘‘fédéralistes’ qui furent rage dans les années 1960 !

Les débats entre fédéralistes et unitaristes  du Congo-Kinshasa avaient-ils leur place en face des colonialistes qui ne voulaient s’avouer vaincus ? Pourquoi n’ont-ils pas pensé qu’un pays pouvait être parfaitement à la fois ‘‘fédéral’’ et ‘‘unitaire’’ comme l’Allemagne ou les Etats-Unis d’Amérique.

L’Etat colonial était politiquement centralisé et  techniquement autonome  en ses six provinces d’alors. Toute la question résidait dans l’entendement du ‘‘fédéralisme’’ en tant qu’un système  décentralisé de direction politique.

Les unitaristes souhaitaient un Etat politiquement centralisé mais techniquement de gestion administrative autonome. Les fédéralistes s’attendaient à  un certain élargissement de cette autonomie aux sphères politiques, en plus des aspects  administratifs et techniques déjà acquis.

 Deux extrêmes existaient :

  • Les ‘‘unitaristes’’ qui recherchaient à  outrance un Etat fortement centralisé, avec disparition de l’autonomie administrative et technique  des provinces.  C’est Mobutu et sa bande du groupe de Binza avaient   fini par accoucher d’une dictature centralisée, celle de Mobutu sous prétexte de la lutte contre l’anarchie dans les provinces.
  • Les  ‘‘fédéralistes’’ qui recherchaient malicieusement  le fédéralisme comme une voie vers un Etat confédéral congolais avec des liens très lâches entre les différentes provinces. Ils ont fini par accoucher des sécessions politiques, celle du Katanga Moïse Tshombe et celle du Kasaï avec Albert Kalonji.

Mais au fond, le débat entre fédéralistes et unitaristes n’était qu’une contradiction secondaire car

  • D’une part toutes  provinces  s’étaient hissées à un certain niveau de prospérité - d’une manière ou d’une autre – avec les ressources – financières et humaines des autres provinces. Il fallait conserver l’unité nationale pour un progrès collectif.
  • D’autre part la participation politique des populations à la gestion des entités locales et des provinces demeuraient une exigence démocratique de l’émancipation intégrale  des noirs du Congo-Kinshasa. Il fallait mettre en place un système de décentralisation permettant une certaine autonomie politique des entités locales avec ses aspects administratifs, financiers  et techniques  effectifs.

Pour le Lumumbisme, il suffisait d’éviter les deux extrêmes ci-dessus : la vraie lutte indépendantiste ou nationaliste  consistait- en fait -à  mener un combat à  la fois  contre les localismes politiques dans toutes leurs formes sectaires et contre la centralisation dictatoriale du politique au sommet du nouvel l’Etat.

Aujourd’hui encore, il existe une forme pernicieuse de négation du nationalisme  qui consiste à  encourager sinon provoquer des dissensions politiques locales en vue de retarder la décentralisation effective (organisation des élections sur des bases ethniques, détournement des recettes locales, non allocation des budgets aux  entités locales, provocation politique des conflits locaux au niveau des assemblées provinciales,…)  et – en retour – favoriser le renforcement les pouvoirs centraux en appelant  hypocritement aux décisions centrales censées être salutaires pour les  populations  locales et ainsi décourager – à  terme – la participation populaire et démocratique à  la gestion des entités locales.

A l’observation, les conditions politiques et culturelles constituent pour l’essentiel les causes  de notre sous-développement. Le scandale géologique, agricole et  environnemental qu’est le Congo ne peut devenir un scandaleux îlot de prospérité pour ses populations si les élites politiques  cessent d’être la source principale de la mauvaise gouvernance des ressources disponibles, des exclusions ethniques et de naïveté diplomatique sur la scène  internationale.

En premier lieu, il faut identifier  clairement les groupes sociaux pour lesquels la lutte politique doit être menée !  Cette lutte doit être axée autour des personnes détribalisées et pour la mise en place  un ordre  social de type  idéologique, non-clanique, non-tribal et non ethnique ! Le Lumumbisme s’adresse aussi aux couches populaires  constituées des personnes marginalisées et en quête de survie, par tous les moyens.  Mais, ces personnes sont difficilement organisables de l’extérieure sur une base des idées non pratiques. La tâche de mobilisation lumumbiste est rude, titanesque mais non impossible.

Traditionnellement, le Lumumbisme s’adresse directement aux  personnes ci-dessus et dont les ressorts doctrinaux ou les pensées quotidiennes ne relèvent plus – essentiellement – des canaux claniques ou des critères, tribaux, ethniques ou régionaux. Il s’agit surtout des personnes des ‘‘classes moyennes’’,  insérées dans une  vie professionnelle – par nature – pluriethnique et  qui passent – par nécessité -  le reste de leur temps des réseaux sociaux non claniques et non ethniques. En général, ils détestent participer aux ‘‘réunions claniques ou tribales’’ sectaires.  Ce sont des ‘‘élites’’ plutôt urbaines et scolarisées à  un niveau plus ou moins élevé.

La fragmentation lumumbiste fait que les partisans de l’idéal lumumbiste  peuvent bien se dire : « Lorsque les fondements vacillent, que peut bien faire l’homme droit ? » (Bible d’étude le Semeur 2000 : Psaume 11 : 3 ). Chacun de ces lumumbistes doit se dire en secret : ‘‘Je m’épuise à crier, mon gosier se dessèche, mes yeux se consument, tandis que je regarde vers Dieu’’ (Bible : Psaume 69 : 4).

2. Le cryptocommunisme de Laurent Kabila

Pour certains partisans de Patrice Lumumba, le  dogme du “mauvais blanc colonialiste” allait se réincarner en ce que leur propagande  désignait comme des “valets” du néocolonialisme …, et ce, à la faveur des réelles frustrations populaires. Cette propagande allait donner à ce dogme du “valet néocolonialiste” une systématisation grossière.  Ce fut la naissance de l’élite “cryptocommuniste”.

La propagande cryptocommuniste eut un caractère adventiste de la libération des noirs congolais contre le “capitalisme”. Mais ce n’était pas la raison ni la connaissance qui défendaient la propagande aux allures nationalistes, mais plutôt l’ignorance.

L’intelligence avait cédé la place au cœur qui adoptait la propagande soviétique et chinoise d’alors, à cause du mythe de l’enrichissement collectif, même si sous cape, cet enrichissement collectif était véhiculé par une élite cryptocommuniste, pour elle de fait mais au nom de toutes les tribus du Congo. Conséquence : les membres de toutes les tribus congolaises, en particulier les analphabètes, touchés cette propagande étaient tous imprégnés de cette aspiration à l’enrichissement au point de vouloir être riches tous  immédiatement.

Pour le camp cryptocommuniste actif (Mulele, Kabila, Soumialot, Gbenye, …), on ne saurait parler de responsabilité nationaliste quand tout le malheur venait d’une insuffisance d’analyse. Dans ce camp, on s’était, en effet, interdit de songer aux conséquences des meurtres des élites jugées pro-occidentales. “Je prévois” mais “Advienne que pourra” semblait se dire chacun des responsables du mouvement cryptocommuniste.

Le destin auquel s’abandonnaient ces pauvres responsables de la rébellion cryptocommuniste ne signifiait qu’une défaillance toute intérieure et portait la marque d’une totale démission. Le “valet du néo-colonialisme” n’était qu’un prétexte masochiste pour glorifier et désirer la guerre civile, faire recevoir leurs odieux assassinats auprès des populations avec une ferveur quasi -religieuse comme une suprême consécration.

La mystique de la guerre civile avait  accéléré le mouvement vers la catastrophe sans qu’on l’aide et que l’on soit capable ni désireux de le ralentir. La condamnation sans appel, l’horreur épouvantée et le dégoût n’ont pas eu raison de ce consentement à la catastrophe; elle découragea, du reste, les encadreurs extra -Africains dont Che Guevara, qui avaient confondu leur idéal de révolution communiste avec une forme cryptocommuniste de guerre civile locale.

Che Guevara est particulièrement parti après avoir été écœuré par le fantasme  absolutiste et l’immaturité organisationnelle  de Monsieur Laurent Désiré Kabila dans le maquis de Fizi-Baraka au Kivu, alors tenu en réalité par les hommes de Matudidi assistés par les insurgés rwandais de l’époque qui espéraient, pour leur propre pays, renverser le régime fasciste de Kayibanda à partir du Congo.

La catastrophe et le mal avaient été comme “sanctifiés”  par les cryptocommunistes et tendaient inexorablement vers une effroyable apothéose qui engloutit, au moins, 500.000 personnes entre 1963 et 1965.  On ne pouvait véritablement qualifier cette catégorie des ex- “évolués coloniaux” cryptocommunistes de véritable “élite”, … sans galvauder ce concept même d’élite. Soumialot, Olenga, Mulele, Kabila, …., les représentants de cette ligne cryptocommuniste, furent avant tout des frustrés devenus par la force des choses des aventuriers politiques. Malheureusement,  l’histoire retiendra d’eux leur opposition au régime de Joseph Mobutu.

C’est dans ce contexte que des hommes comme Julius Nyerere et Yoweri Museveni proposèrent  Laurent Kabila aux rwandais du général Paul Kagame pour en faire le porte- étendard du mouvement rebelle congolais soutenu par le Rwanda, l’AFDL, qui allait renverser Mobutu le 17 mai 1997. L’AFDL, c’est l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL) qui mena Kabila au pouvoir d’Etat à Kinshasa.

Situons d’abord le backgroup historique qui va déterminer le passage du mobutisme au kabilisme d’aujourd’hui. La période sous revue va donc de 1990 à 1999.

Un fait doit être retenu à l’étape de la Conférence Nationale : la question de la nationalité des Tutsi congolais.

Avec mesquinerie et fougue apparemment nationaliste mais réellement sectaire, les conférenciers du Kivu incitèrent et obtinrent des autres conférenciers que les Tutsi congolais soient exclus de la conférence nationale et soient privés de tous leurs droits politiques et civiles car globalement considérés comme étrangers rwandais. Monseigneur Monsengwo n’avait rien tenté pour s’imposer contre cette dérive sectaire anti-Tutsi de la Conférence Nationale.

Dans le texte de la loi sur la nationalité, les Tutsi et Hutu installés au Congo avant 1885 étaient épargnés mais dans les intentions comme dans les  faits fascistes quotidiens, ce sont tous les Tutsi présents au Congo qui étaient visés par l’exclusion sociale et politico-juridique.  La virulence de cette position fasciste était étonnante par rapport à la réalité historique et sociologique.

La réalité frontalière des Tutsi n’était en rien différente de ceux des Bakongo, des Lunda ou des Ngbandi. Seul l’aspect morphologique différenciait les Tutsi des autres « frontaliers » du Congo. La présence massive des réfugiés Hutu encadrés par les fameux « interahamwes »  était un danger supplémentaire pour eux.

Lorsque la lutte de libération de l’AFDL fut décidée, ces Tutsi congolais s’y engouffrèrent  avec satisfaction évidente et détermination voulue.  Mais, la propagande des services secrets français, alliés à Mobutu dans la région des Grands-Lacs, inventèrent  un mythique et hypothétique empire Hima pour disqualifier cette alliance de survie qui s’était constituée.  Pour échapper à cette mesquinerie de Mobutu, cette alliance se chercha d’autres leaders congolais censés être également patriotes. Elle se voulût une ‘‘Alliance des Forces Démocratiques de Libération’’.

C’est dans ce contexte qu’on tira de l’oubli un certain Laurent Kabila, auto-rebaptisé Laurent Désiré Kabila.  On le tira de l’oubli alors qu’il vendait, à la sauvette, des poissons à Dar-es-Salam, plutôt mal que bien, en compagnie d’un certain Kazadi qui deviendra son conseiller en matière de sécurité.

Après sa défaite en face de Mobutu en 1964, Laurent Kabila a fait beaucoup de métiers. Partout, il avait une vie d’intrigues sournoises, de fraudes, de meurtres, de malhonnêtetés de toutes sortes pour survivre.

Son  ‘‘aura’’ en tant qu’ex- guérillero n’était que du vent. Il passait son temps à l’extérieur de zones de combats. Il achetait la production des pagnes à vendre avec de l’or et de l’argent récolté auprès des combattants de la tribu Bembe du Kivu sur lesquels il faisait imprimer  la mention  ‘‘Mubembe  ni muginga’’ c’est-à-dire  ‘‘le Bembe est idiot ». Il exprimait par là son lugubre contentement d’avoir complètement roulé les pauvres Bembe.

L’intrigue, la fraude, le mensonge public, l’assassinat, le mercantilisme, le sectarisme ethnique, la jouissance du crime perpétré, …étaient  devenus une seconde nature chez Kabila. Kabila n’avait  pas de perspective historique autre que celle d’utiliser les autres pour être « adoré ». Il se faisait appeler le « Saint » (« Mutukufu » en Swahili) par ses quelques complices fidèles. Ses ex-alliés rwandais et Tutsi congolais en ont fait une amère expérience.

Laurent Kabilal faiSaIt toujours réunir en lui, séduction et  épouvante. Son modèle de direction politique fut celui des gouverneurs coloniaux du Congo Belge, gouverneurs connus pour leur cynisme bâtisseur des routes au moyen des travaux forcés. Par transfert du cynisme colonialiste vers sa doctrine se fit a travers l’adoption de sa part du stalinisme, sorte de colonialisme  par un pouvoir dictatorial interne

Là où on sollicitait son intelligence, Laurent Kabila offrait  des vagues considérations pour obtenir son maintien à la tête de l’AFDL. Ses appuis extérieurs n’avaient pensé que Laurent Désiré Kabila pouvait se retourner contre eux avec l’appui des miliciens interahamwes, aujourd’hui milices FDRL.

Toute personne apparemment intelligente était dénigrée. Laurent Désiré Kabila  refusait de collaborer avec des congolais bien formés. Les nécessités de guerre et les questions de stratégie militaire étouffèrent la problématique  de recrutement des cadres politiques bien formés à la grande satisfaction de Laurent Kabila. Il attirait plutôt des ‘‘gens’’ prêts à  le servir aveuglement.

Des congolais de la diaspora, Kabila a préféré ne conserver que les plus médiocres ou les plus malléables. Il fit du Sénégalo-brazzavillois, Abdoulaye Yerodia Ndombasi, son homme à tout réfléchir. C’est dans cette perspective qu’il lui confia la stratégie d’élimination de l’AFDL des Congolais susceptibles de  lui demander de rendre compte des acquis de la libération. !

Pour se défaire de l’élite kinoise, Laurent Kabila prétexta que tous les intellectuels formés sous la deuxième république étaient tous des mobutistes. Il ne se rendait pas compte qu’il avait contracté le mal élitiste bien avant eux, durant l’époque coloniale, plus massivement et plus profondément. En ce sens, il est le mobutiste le plus radical et le plus sanguinaire. Mobutu et Kabila sont des héritiers du tristement célèbre Léopold II qui écrasa plus de huit millions de congolais en vue de devenir riche.

Ses ‘‘ministres’’ faisaient illusion avec leurs ‘titres’’ et cherchaient à vendre   une illusion à tout le monde sur la nature du régime de Laurent Kabila. Le  mensonge, l’omission des faits véridiques, l’habillage de la vérité, l’habilité au dénigrement des autres, le détournement d’argent, …constituaient  une forme suprême d’escroquerie dont il avait  le secret depuis le maquis de Fizi-Baraka.  Laurent Kabila agissait  à la manière des mobutistes c’est-à-dire par vacuité d’idéal mais avec un peu plus de médiocrité.

Laurent Kabila ne fut pas politiquement ‘‘sage’’.  Il aurait  pu fonder son pouvoir sur de nobles ambitions pour le peuple congolais en alliance avec l’opposition non armée de Gizenga et de Tshisekedi  et suggérer à ses ex-alliés rwandais et ougandais une forme sécurisante et mutuellement avantageuse de coopération régionale. Laurent Kabila  serait probablement  aujourd’hui un ‘‘Président’’ incontesté malgré ses insuffisances intellectuelles et personnelles.

Laurent Désiré Kabila avait choisi de tout détruire en adoptant  le même dogme cryptocommuniste du  “mauvais blanc colonialiste” en le réincarnant en ce que sa  propagande  désignait comme des “Tutsis, valets de l’invasion rwandaise’’, et ce, à la faveur des réels dérapages qui auraient pu être réglée par diplomatie et simple discipline militaire, avec la stabilisation progressive comme pour tout régime issu d’une guerre de libération.

De 1997 à 2000, son régime politique reposa sur un décret, le Président autoproclamé Laurent Kabila s’étant s’octroyé la totalité des pouvoirs exécutifs et législatifs comme si l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération (AFDL) n’avait pris le pouvoir – au terme d’une guerre-éclair de 7 mois – rien que pour dissoudre le  processus démocratique alors en cours. C’est la nouvelle guerre (RCD et MLC) qui obligea- en fait- Laurent  Kabila  à constituer un front politique avec ses anciens adversaires contre ses anciens alliés par la création d’une Assemblée Constituante et Législative- Parlement de Transition de 300 membres appelés ‘‘députés’’.

En fait, Laurent Désiré Kabila  n’était ni démocrate ni panafricaniste. Pourtant dans son cas, l’option  démocratique et panafricaniste, était le seul nationalisme qui valait la peine d’être suivi pour le bien des populations congolaises.

Mzée Kabila fut  crédité à de ‘‘Lumumbiste’’. Cet homme issu du Parti Balubakat n’a jamais pu se hisser au niveau de Jason Sedwe, fondateur de ce parti politique. La spécificité de Laurent Kabila  , ce fut la  notion de ‘‘comité politique populaire’’ (dit Tschebé-Tshebé) pour organiser les masses. Et encore ? C’était un concept ancien emprunté au Maoïsme mais édulcoré au contact du socialisme africain de Julus Nyerere sous le vocable de “Ujamaa”.

L’encadrement des populations au moyen de ce concept de ”comité politique populaire” n’avait jamais été  appliqué  durant les périodes de maquis de Hewa Bora dans les territoires de Fizi-Baraka. mais fut véhiculé dans sa  lutte contre ses ex-alliés de RCD et ses adversaires du MLC, soutenus par ses ex-parrains.

La pratique du Tschebé-Tshebé devait se relever difficile dans les milieux urbains acquis à  une pratique du commerce libéral. Mais, Laurent Kabila s’était ainsi abstenu  de fermer les commerces et de s’attaquer à la propriété privée. Il s’est plutôt mis à  collecter des ressources  mais cette accumulation primitive prit fin avec sa mort en 2001.

3.L’agnosticisme de Joseph Kabila Kabange

L’assassinat en janvier 2001 de Laurent Désiré Kabila (dans des conditions non encore élucidées). Trente personnes furent condamnées à mort pour  l’assassinat  de Laurent de Kabila  mais  à l’issue du verdict, on avait  affirmé aussitôt que l’enquête continuait. Il permit une évolution notable au gré des concertations politiques su sein de la classe politique congolaise.

  • Nouvel ordre institutionnel issu du Dialogue inter congolais de Sun City en Afrique du Sud ;
  • Restauration du bicaméralisme avec Assemblée nationale de 500 membres et d’un Sénat de 120 membres.
  • Vote des lois essentielles à  l’aboutissement du processus électoral, notamment le projet de Constitution adoptée par referendum les 18 et le 19 décembre 2005 (84,31 % des oui et 15,69 % des non ses suffrages exprimées, mais avec un taux d’abstention de 38,03%)  et promulgue le 18 février 2006
  • Elections législatives, Parlement élu  et fin de transition et début de la Troisième République.

La sentine, c’est cette saleté tapie au fonds d’une bouteille qui remonte à la surface lorsqu’elle est secouée.  Voyons comment, l’agnosticisme de Joseph Kabila Kabange se nourrit de la perversion mobutiste qu’il fait passer pour de la ‘‘lumière’’ lumumbiste.  Analysons minutieusement la question.

Le 30 juillet 2010, au cours de la «réunion interinstitutionnelle» tenue à la cité de l’Union Africaine à Kinshasa, Joseph Kabila s’était dit ‘‘déterminé’’ à respecter les ‘‘délais constitutionnels’’ fixés pour l’organisation des élections générales alors prévues en 2011.

Cette réunion  avaient les  allures d’un ‘‘Bureau politique’’  de l’AMP au regard des personnalités présentes :

  • Le président de l’Assemblée nationale, le PPRD Evariste Boshab ;
  • Le président du Sénat était représenté par le PPRD Modeste Mutinga, rapporteur ;
  • Le Premier ministre, le PALU Adolphe Muzito ;
  • Le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et sécurité, le PPRD Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu ;
  • Le ministre de la Justice et des Droits humains, le PPRD Luzolo Bambi ;
  • Le ministre des Finances, le PPRD Matata Ponyo Mapon ;
  • Le ministre du Budget, le PPRD Jean-Baptiste Ntahwa Muderwa Batumike ;
  • Le directeur de cabinet présidentiel, le PPRD Gustave Beya Siku.
  • L’abbé Malu-Malu, président de la défunte Commission électorale indépendante a participé à cette rencontre en tant qu’‘‘invité’’.

A cette époque Joseph Kabila Kabange pensa qu’il n’avait pas d’adversaires de taille.  Faute donc d’adversaires politiques capables de lui tenir la dragée haute, Joseph Kabila se sentît pousser des ailes. Il était  impatient d’aller aux urnes. Dans le compte-rendu par le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et sécurité, Adolphe Lumanu, on apprît que Kabila avait  souligné que – pour la RDC -, le respect du cycle électoral était une exigence cruciale et stratégique dans la consolidation de la légitimité politique et de la gouvernance démocratique rétablies en 2006.

Si cette exigence électorale  était correcte et nécessaire dans la lettre, elle était fausse dans la ‘foi’’ professée par de Joseph Kabila Kabange en sa victoire prochaine  aux participants de cette réunion. De cette ‘‘foi’’ présidentielle, il  en découla  un mot d’ordre présidentiel tenu d’être obéi par tous pour la mise sur pieds et l’exécution d’  «plan de trésorerie 2010 pour, disait-on,  en vue faciliter la révision de l’opération de révision du fichier électoral dans un délai compatible avec les exigences du calendrier électoral.

Le budget global  avait  été estimé à 800 millions USD pour couvrir l’organisation matérielle de l’ensemble des consultations politiques. En 2006, la ‘‘communauté internationale’’ avait déboursé près de 500 millions USD.

On sait comment la foi de Joseph Kabila Kabange  a été démentie par la réalité.

Joseph Kabila Kabange et son entourage  savait alors que le MLC de Jean-Pierre Bemba était affaibli  des luttes intestines et sans leadership très soutenu  – celui François Mwamba –. Joseph Kabila Kabange estimait que l’opposition politique allait entrer en campagne en ordre dispersé grâce  au  mode de scrutin à tour unique qu’il envisageait d’imposer aux populations.

Malheureusement pour lui, l’UDPS d’Etienne Tshisekedi reconquît  son statut de poids lourd du paysage politique congolais. Etienne Tshisekedi de l’UDPS, revint triomphalement en RDC  le 8 décembre 2010  et ce retour eut pour effet de précipiter à la fois le démarrage de la précampagne et la révision constitutionnelle de janvier 2011. La foi présidentielle de Joseph Kabila Kabange se révéla être du ‘‘vent chimérique’’ et son entourage compta alors essentiellement sur les possibilités de fraude électorale.

Devant l’échec manifeste de ‘‘cinq chantiers (infrastructures, santé et éducation, eau et électricité, logement et emplois), à  la base de son  programme électoral de Joseph Kabila en 2006, il institua un nouveau slogan devenu depuis lors le pilier central de sa communication : la ‘‘Révolution de la modernité’’, qui sans rappeler celui de la ‘‘Révolution-comparaison’’ de Joseph Mobutu en 1966 !

Au départ, Joseph Kabila Kabange misait sur  une élite politique habituée à être courtisane auprès de tout pouvoir  constitué. Joseph Kabila Kabange  considérait tous les leaders politiques en termes des gens susceptibles comme  chacun   de lui ‘‘apporter’’ sa ‘‘base ethnique’’ comme une ‘base électorale’’ ! Evidemment – en contre partie  – des  faveurs en argent et autres avantages de la part de Joseph  Kabila Kabange. Il s’est choisi certaines personnes en fonction de la taille démographique de leurs ethnies.

Il y a donc un  ‘‘pragmatisme’’ du type mobutiste de la part de Joseph Kabila par PPRD interposé qui correspond à un autre  pragmatisme issu aussi du mobutisme :celui des leaders politiques  qui cherchent à  exalter l’orgueil personnel de Joseph Kabila Kabange en faisant  lui - leur ‘‘Autorité morale’’ – pour eux – et non pour toute la République ! Le but visé est  souvent  celui de miner la lucidité du Président de la République  en accroissant une emprise sur lui par une clique ou une coterie.

Il est à noter que le PPRD est surtout constitué des anciens mobutistes et autres transfuges des autres formations politiques en quête des positions politiques intéressantes et juteuses autour de Joseph Kabila Kabange.

Joseph Kabila Kabange s’est constitué  d’énormes moyens financiers pour être ainsi “en haut de l’affiche”.  Joseph Kabila Kabange est devenu immensément riche et dispose des moyens financiers et sécuritaires d’Etat. En plus, il sait faire un chantage sur les parlementaires et autres hauts fonctionnaires en bloquant le  paiement de leurs émoluments sur une longue période jusqu’à ce qu’ils courbent – un à  un – leurs échines. Une manière de mettre tout le monde à ses pieds.

Comme sous la dictature de Joseph Mobutu, les leaders politiques courent après l’argent. Sa sœur Jeannette et son frère Zoé Kabila sont aussi approchés pour atteindre Joseph Kabila Kabange et ces derniers tirent des avantages de cette position dominante. La lutte des cliques  politiques opposées a refait  surface comme au temps de Joseph Mobutu. C’est qui fait dire à certains que le système  de Joseph Kabila  est une forme du mobutisme revisité.

Son entourage est devenu un univers où « se bousculent intérêts, alliances, oppositions, amitiés, haines, coopérations, conflits, passions et pathologies institutionnelles. Dans son entourage,  des acteurs qui lui sont proches ont fini par se transformer dans le mauvais sens  du fait des  interactions douteuses entre personnes issues des divers milieux moraux et doctrinaux. Pour les plus honnêtes, leur intégrité morale et leur clairvoyance ont été quotidiennement mises à rude épreuve au point d’être actuellement usées. Malin est celui qui peut encore être sûr  d’avoir la confiance du Chef pour entreprise une noble mission dans sa tâche quotidienne.

Le système de Joseph Kabila Kabange  fonctionne uniquement par corruption ou par intimidation. L’intimidation se fait dans l’obscurité du soir ou de la nuit par des éliminations ciblées. La pratique de l’intimidation des partisans de Joseph Kabila Kabangea été  surtout manifeste au cours de campagne électorale de 2011.

Joseph Kabila Kabange n’a pas de vision politique connue! . Il ne fait que suivre le cours des événements pour s’y adapter aveuglement pourvu qu’il subsiste au pouvoir.Il ne sait pas imprimer une marche à  la République. Pour Joseph Kabila Kabange, il  est plus facile de nager en suivant le cours de la rivière  que de nager à contre courant.

Par perplexité, Joseph Kabila laisse toujours les choses prendre un cours déterminé. Il n’anticipe pas sur la durée pour les populations. Il n’intervient que s’il est forcé d’agir pour survivre politiquement. Il cherche alors  des mécanismes de régulation dans le cours des événements. S’il le peut, il réoriente les événements  à  guise ou capture les acteurs de ces événements dans une nasse à son profit politique.Sinon, il se tait.

Ses partisans croient alors que c’est une stratégie délibérée de management politique qui exigence de la prudence, du flegme et flexibilité. Non. En fait, Joseph Kabila Kabange ne fait que minimiser le risque d’être emporté par les événements et ce, à son plus bas niveau. Après coup, les courtisans de Joseph Kabila  saluent en lui son ‘‘attitude qui consiste à peser à l’avance tous ses actes’’ et feignent de ‘‘s’apercevoir des dangers qu’il a couru et sa manière d’agir avec perspicacité ou clairvoyance’’.

Dans le désarroi, il organise des commémorations où le Lumumbisme et le Nationalisme sont vantés.  C’est en ce moment-là que Joseph Kabila Kabange met à  l’honneur  les cryptocommunistes-kabilistes plutôt proches de feu Laurent Kabila (Célestin Lwangy, Babi Mbayi, Abdoulaye Yerodia Ndombasi, Eddy Angulu, Dr Jean Baptiste Sonji,…), aujourd’hui regroupés dans le Parti Révolutionnaire du Peuple (PRP) ou dans une Kyrielle de petites organisations nostalgiques. On rappelle alors   Joseph Kabila  était là  avec son père Laurent Kabila et actif durant les épreuves de la lutte de libération. Même si les kabilistes cryptocommunistes  ont une sorte de rancœur à peine camouflée contre Joseph Kabila, ce dernier les utilise toujours rappeler sa légitimité ‘révolutionnaire’’.

Et les kabilistes cryptocommunistes sont obligés de rester attachés à Joseph Kabila comme des feuilles jaunies sur un tronc. Joseph Kabila peut aisément les utiliser car – en fait-  la plupart d’eux il les reconnait dans leurs mensonges : ils n’ont jamais participé à la lutte de libération de l’AFDL contre Mobutu. Les fêtes  commémoratives du 17 mai 1997 constituent un calvaire pour eux car ils sont obligés d’honorer la mémoire de feu Laurent Kabila mort en janvier 2001 plutôt que de parler de leurs propres actes de bravoure  durant le processus effectif de libération entre 1996 et 1997 !

Prié de livrer son témoignage au public à l’Eglise protestante du Centenaire de Kinshasa en date du 17 mai 2010, Abdoulaye Yerodia Ndombasi a fondu en larmes en souvenir de feu Laurent Désiré Kabila au lieu de parler des hauts faits qu’il aurait partagés  avec le défunt.  En fait, l’émotion  – sincère ou non – avait plutôt servie à masquer théâtralement son vide effectif d’actions durant la lutte de libération.

Lui, Abdoulaye Yerodia Ndombasi et la plupart de ses amis étaient arrivés en RDC à la fin de la lutte de libération pour alimenter un esprit anti- tutsi ou contre le Rwanda dans un ‘‘nationalisme’’ d’autant plus virulent qu’ils n’avaient pas d’autre doctrine ou chose à offrir.   Les aises matérielles sans façons de cette pseudo-élite politique de l’AFDL étaient le fondement de leur motivation politique. Rien de plus.

D’autres formations politiques ou proton partis politiques proches du PPRD poussent comme de champignons. Sous d’autres cieux, on les aurait appelés « partis alimentaires » ou partis du ‘‘multi-kabilisme’’. La démocratie oblige ; chacun est libre d’afficher ses ambitions dans un contexte où le « gâteau » politique se s’est rétréci  avec la chute de la production nationale sur trois décennies.

Avec Joseph Kabila Kabange, le management politique est une gouvernance sans  principe ni doctrine et difficile à définir et à saisir dans son axe idéologique. C’est pourquoi l’opposition a du mal à le déboulonner, même si les populations ne l’aiment pas vraiment.

Et puis : en quoi  une ‘‘perspicacité  ex-post’’ ou une  ‘‘clairvoyance  à rebours’’  peut servir dans une gouvernance stratégique  ?  Il n’y a aucune lumière dans la gouvernance de Joseph Kabila Kabange. Il survit grâce au fait qu’il remue la perversion issue du mobutisme.

Les dernières ‘‘Concertations Nationales’’ convoquées par Joseph Kabila n’ont fait que ‘’effleurer’’ les différents problèmes  relatifs à  une crise profonde dont il a prétendu- en vain- donner des solutions ‘‘importantes’’. Par contre, il a tout fait pour attiser des envies et allégeances   courtisanes de ceux de la classe politique qui voulaient être des Ministres dans un ‘‘Gouvernement’’ dit expressément ouvert à  l’opposition et à  la société civile. Alors qu’une guerre faisant rage a l’Est de la RDC entre les FARDC (forces officielles) et le M23 ( Rebelles), il allait en visite en Turquie !

‘‘Dans l’immédiat, Joseph Kabila peut être sûr que son banquet refusera du monde, mais il doit se convaincre que les véritables problèmes de la RDC résident dans la mauvaise gouvernance politique et économique du pays et que les réformes actuelles qu’il propose au peuple congolais montreront vite leurs limites’’. (voir.www.lecongolais.cd/les-non-dits-dun-gouvernement-de-cohesion-nationale-de-kabila-les-mobutistes-au-pouvoir)

Le M23– suscité par Joseph Kabila, pour n’avoir pas voulu appliquer les accords de mars 2009 avec le CNDP- a été comme un os jeté aux Congolais pour les distraire et préparer probablement un troisième mandat inconstitutionnel soit de jure soit de facto en ajournant longtemps le plus longtemps possible les élections présidentielles devant intervenir en 2016. Comme jadis en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo !

Le pragmatisme de Joseph Kabila relève non seulement de la nature de l’homme mais aussi d’une irresponsabilité  et d’une absence manifeste d’intégrité de sa part. Les populations assistent toujours médusées devant tant de funestes astuces dans la classe politique congolaise ! Le kabilisme est un anti-idéal lumumbien de liberté, de l’unité et du progrès. C’est au niveau stratégique que l’on a  à faire ce constat avec beaucoup d’éclat !

La Gouvernance stratégique est celle qui consiste à  indiquer – de manière – participative  – aux populations un ‘‘axe d’orientation’’ et  une ‘‘règle générale de prise de décision’’.  A ce titre, c’est  ‘‘la réponse cohérente que donnent les dirigeants à la question  suivante : quelle nation voulons-nous devenir ?

Pour le cas de la RDC, cette gouvernance stratégique doit être une gouvernance transformationnelle car   :

  • Nous sommes en face d’une société congolaise dans laquelle  l’élite politique est surtout portée vers la compétition en vue d’une aisance matérielle pour elle-même  comme si, en elle,  gisait encore la  substance idéologique de la colonisation qui faisait d’elle une “élite des évolués” ou une “élite  des assimilés” au service  des intérêts étrangers, 50 ans après la décolonisation formelle du Congo-Kinshasa.
  • Nous sommes en face d’ un ‘‘Etat’’ congolais actuel  qui semble être encore une instance surajoutée aux diverses consciences ancestrales ou  précoloniales où n’importe qui peut “puiser” des ressources et transformer le pays en ‘‘république’’ bananière où la kleptomanie est le mode principal de gouvernement.
  • Nous sommes en face à des  les leaders politiques   qui ont tendance à s’organiser à la fois “en associations ethno-tribales”  puissantes  pour se faire valoir politiquement et “en bandes pluriethniques” (partis politiques, associations de type humanitaire ou développementaliste,  églises,…) pour mieux contrôler, collectivement  et individuellement, les ressources auxquelles ils ont accès par l’exercice d’un quelconque pouvoir d’Etat.

La Gouvernance stratégique relève donc du choix réfléchi des grandes options fondamentales prises par la direction politique de l’Etat quant à la vie de la nation dans l’ordre mondial actuel et ce, pour assurer sa survie, son développement et sa prospérité. L’intelligence pragmatique du type kabiliste ne peut être une réponse adéquate aux problèmes politiques ci-dessus de la société congolaise.

En RDC, l’échec de la gouvernance stratégique résulte ou du mauvais choix de l’axe d’orientation et de la règle de prise de décision ou  de l’absence tout court de la gouvernance stratégique au niveau de la pensée politique des dirigeants d’un pays. C’est pourquoi, la RDC peine  à  devenir  un Etats stable à la fois pour la sécurité nationale, pour la sécurité individuelle et pour la sécurité régionale. Joseph Kabila est incapable d’adopter  une démarche politique de nature à établir une cohésion sociopolitique, indispensable à  la sécurité et au bien-être du citoyen.

Dans cette perspective, la ‘‘révolution morale’’  proclamée en date du 30 juin 2010 par le Président Joseph Kabila Kabange est – en soi, par lui – lourde en enclencher !

Les Lumumbistes n’ont jamais pu former un bloc historique de rupture ni “fédérer des pensées rationnelles” pour exprimer et incarner la nécessité de survie économique ou biologique des hommes et des femmes du Congo-Kinshasa. Bref, ils n’ont jamais  pu assumer idéologiquement les fantasmes “d’un Congolais à jamais libéré” par Patrice-Emery Lumumba ni donner naissance à un “unitarisme” démocratique, en réponse à l’unitarisme dictatorial mobutien. Les “valeurs africaines” de solidarité sur base régionale ou ethnique étaient  invoquées et pratiquées par les lumumbistes en même temps que les “valeurs occidentales” de type idéologique, sans se rendre compte de certaines antinomies, contraires à une fonctionnalité moderne de l’Etat.
C’est pourquoi, on trouve dans l’entourage de Joseph Kabila des mobutistes orthodoxes jadis réactionnaires à l’AFDL, des Kengistes du techno-mobutisme, des retro-nationalistes en quête de mobilisation des peuples précoloniaux et  partisans des suprématies tribalistes au sein des provinces congolaises, des gizengistes, des cryptocommunistes de l’époque de Laurent Kabila, des tshisekedistes repentis, des pseudo-socio-democrates tournés vers le pillage des ressources publiques.
Aujourd’hui,  le kabilisme est la version officielle de ce Lumumbisme, plutôt mobutiste en son essence.  Il attire une grande partie de la ‘‘classe politique’’ congolaise  mais – malheureusement pour elle- , Joseph Kabila n’a rien de consistant à offrir à  son banquet.
Les “idéologies politiques” lumumbistes se sont heurtées durement aux “solidarités biologiques” de type ethnique. Elles sont aujourd’hui constamment à l’épreuve des valeurs universalistes. A la place d’une symbiose, il y a eu syncrétisme idéologique et dynamique d’autodestruction politique.
Du Lumumbisme, il reste simplement que la   célébration de Patrice Lumumba et de ses discours dans des clips et affiches publicitaires ! Les ”élites” dites lumumbistes et leurs ”doctrines” convergent avec les autres ”politiciens” vers le kabilisme pour finalement accoucher – aujourd’hui - d’une funeste pensée unidimensionnelle, sans excellence ni perspective stratégique. Le schéma ci-dessous illustre cette convergence vers  cette pensée unidimensionnelle sans hauteur.
Doctrines

[1] La ‘‘concentration’’ est le fait de faire converger tous les pouvoirs vers un même centre de décisions Elle cherche à  augmenter davantage la proportion de ses adeptes dans la société et à les rassembler tous et régulièrement en un point de convergence en dissolvant les différends politiques éventuels dans une ‘‘solution commune’’.
[2] L’ ‘incarnation’’ consiste à  ‘‘personnifier’’ les aspirations au progrès et à dignité  des populations et à leur donner une apparence réelle par des réalisations concrètes censées répondre aux attentes précises.   Le système politique de propagande et les médias y jouent un rôle déterminant.
[3] Voir Baakikko Mammadu :Baadikko Mammadu : Francafrique : l’échec. L’Afrique postcoloniale en question. Editions L’Harmattan Paris 1994
[4] Jean Pierre Sonck,  Internet consulté le 12 août 2010
[5] Journal ‘‘Congo Nouveau’’, Edition 144 du jeudi 23 décembre 2010, Kinshasa

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