RDC : Les sources historiques et politiques du chaos organisationnel

Le Congo est immense avec d’importantes ressources naturelles variées. Les colonialistes belges s’y étaient dotés de tous les pouvoirs de gouvernance économique et sociale des Congolais, et ce, selon la formule du fasciste Mussolini : ‘‘Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État’’. Il n’était donc ni une république ni une démocratie. Ce n’était qu’un amalgame des peuples africains sous un pouvoir centralisé et une administration colonialiste. Les successifs pouvoirs en RDC tente – en vain- de reproduire ce pouvoir colonialiste de multiples façons. Mais en fait, il n’est plus possible – aujourd’hui – de reproduire ce modèle colonial d’Etat sur des personnes en quête de démocratie.

1.  RDC : Immense avec d’importantes ressources naturelles variées

La superficie du Congo-Kinshasa, anciennement ‘‘Congo belge’’ et aujourd’hui – et officiellement – ‘‘République Démocratique du Congo’’ (RDC) – est de 2 345 409 Km2 soit d’environ 80 fois la Belgique, son ex-puissance coloniale (30.500 Km2). C’est un territoire égal à six fois l’Allemagne, plus de 4 fois la France, 1/13 de toute l’Afrique, 33 fois plus grand que le Benelux (Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), une fois et demie plus grand que le Québec (Canada), ou encore grande comme la partie des États-Unis située à l’est du Mississippi. C’est le 12e État du monde par sa taille et le deuxième plus grand pays d’Afrique par sa superficie.

La RDC compte 9.045 Km de frontières avec ses voisins, à savoir le Congo-Brazzaville, la République Centrafricaine, le Soudan du Sud, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, la Zambie et l’Angola. Superposé sur la carte de l’Europe, la ville de Muanda (Ouest) serait en Espagne alors que celle de Goma (Est) serait en Ukraine et la ville de Libenge (Nord-Ouest) au Danemark et celle de Sakania(Sud-Est) au Yémen en Asie.

Le Congo est un pays des forêts et des savanes. C’est un pays au climat équatorial dans une partie et au climat tropical dans une autre partie. Il compte également un climat tempéré des montagnes dans sa partie Est. Le Congo est à la fois un espace des plaines, des plateaux et des montagnes. Il compte des fleuves et des rivières immenses. De nombreuses rivières offrent des possibilités de construction de grands et de petits barrages hydroélectriques.

Le fleuve Congo forme un bassin hydrographique exceptionnel et constitue un véritable boulevard de navigation à travers tout le Congo. Parmi les ressources minières actuellement connues, on peut noter entre autres les minerais et roches suivantes : cuivre, cobalt, or , diamant , corindons , uranium-radium, étain, tungstène, tantale (coltan), niobium, manganèse, cadmium, houille, pétrole et bitume et divers autres minerais et roches (silicates hydrates d’aluminium, barytine et baryum, bismuth, cérium, disthène, graphite, kaolin, lithium, palladium, platine, plomb, vanadium, ….).

Dans un tel espace, l’ordre est un impératif de survie ; l’ordre est essentiel au fonctionnement régulier de la société. Dans le monde, l’ordre implique une certaine discipline c’est-à-dire une obéissance à des lois ou à des règlements qui régissent un Etat. L’ordre suppose – en effet – l’existence d’une autorité (un gouvernement, une administration publique) c’est-à dire- en fait – un ‘‘pouvoir se faisant obéir’’ ou plutôt une puissance coercitive, grâce à un ensemble d’éléments organisés et destinés à opérer sur un territoire déterminé. L’ordre peut être démocratique ou non.

2. Congo Belge : Ni république ni démocratie

Le Congo belge n’était pas ni une république ni une démocratie c’est-à-un Etat dans lequel la souveraineté appartient au peuple par l’intermédiaire des représentants élus. Le Congo belge était un ordre colonial c’est-à -dire un territoire occupé et administré par une nation étrangère et qui y jouait un rôle culturel, politique et social considérable.

Dans le Congo belge, il n’y avait donc ni entente (convention internationale) entre les populations congolaises et les populations belges pour que le territoire du Congo soit une colonie de leur souverain Léopold II ou de l’Etat belge ni assentiment (contrat social important) entre les différentes nations précoloniales pour qu’elles soient unies sur un même territoire.

La finalité du Congo belge relevait d’une doctrine élaborée qui prônait la transformation systématique du territoire en petits espaces géographiques ou ‘‘concessions’’ qui puisassent être exploités économiquement par toutes les puissances européennes et dont la Belgique était un simple gardien.

La principale modalité de gestion du Congo belge relevait d’un ‘‘Etatisme’’ pur, dure et exogène …par lequel l’Etat colonialiste belge s’y était doté de tous les pouvoirs de gouvernance économique et sociale. La mise en œuvre de cette doctrine étatiste à une histoire, ….une histoire tragique pour les populations congolaises qui – selon la formule du fasciste Mussolini – signifiait : ‘‘Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État’’.

Dans son livre, Henry Dorchy, reconnaît à la page 268 de son livre sur l’Histoire des Belges ce qui suit : “La colonie devait procurer à la métropole les débouchés indispensables à son activité économique et ouvrir des voies nouvelles à sa civilisation culturelle”. Le Congo et les Congolais devaient civiliser la Belgique et non l’inverse ! La mission civilisatrice belge, c’était pour les Belges eux-mêmes et non pour les Congolais !

L’histoire coloniale du Congo, étudiée par la Belgique “scolaire” -celle présentée dans le livre susmentionné d’ Henry Dorchy est naturellement distincte de l’histoire de l’ ‘‘encadrement totalitaire’’ de l’Etat colonial belge. En Belgique, c’est une histoire ethnocentrique insistant sur le génie conquérant et “libérateur” ou “civilisateur” de la race blanche dans un pays des “roitelets nègres”. (Henry Dorchy, Histoire des Belges, Ed. A. de Boeck Bruxelles 1968).

D’une manière générale, l’Etat colonial était à la fois “un entrepreneur parmi tant d’autres (…), “le véritable répartiteur des facteurs de production, des rôles à jouer et des richesses générées” et “un aménageur d’environnement et des conditions générales dans lesquelles l’exploitation coloniale étant appelée à se réaliser avec efficacité: ordre public, (…), voies de communication efficace” . (Voir Conférence Nationale Souveraine, Rapport de la Commission de l’Economie, Commerce, Industrie et Planification, Titre IV, Annexe I).

3. Congo Belge : Différents peuples sous une unique administration

Le Congo belge était une union forcée d’êtres humains sous administration unique et sur un même territoire immense mais extrêmement segmenté d’une manière inédite en ‘‘chefferies’’ conçues comme des ‘‘bantoustans’’. Les ‘‘chefferies’’ étaient donc des portions géographiques sur lesquelles étaient parquées des ‘‘indigènes’’ de même langue ou des mêmes traditions et ensuite regroupées en entités politico-administratives d’enfermement colonialiste dits ‘‘Territoires’’, sans possibilité pour eux de se mouvoir librement au sein de l’inédit ‘‘Congo belge’’.

Lentement, les populations africaines colonisées allaient se découvrir, se mélanger et plus ou moins coexister entres elles. Et le Congo belge apparut aux yeux des colonisés comme un amalgame des communautés ou nations africaines et des peuples précoloniaux dont on avait systématiquement étouffé l’expression politique et sociale en liquidant leurs vrais leaders historiques ou traditionnels.

Chacune de ces communautés a – jusqu’au jour d’aujourd’hui – son terroir, son histoire, sa culture et sa stratégie de survie au sein d’un système politique toujours de plus en plus fragile. Ces peuples précoloniaux demeurent plus ou moins liés à leurs terroirs historiques d’antan en faisant se prévaloir – dans la conscience des leaders – les intérêts économiques locaux dans leurs constructions politiques nationales.

Certaines communautés ont été intégralement absorbées au Congo actuel (Baluba, Bakuba, …) mais – en fait-, la plupart ne l’ont été que partiellement et vivent aujourd’hui long des frontières congolaises (Bakongo, Lunda, Zandé, Ngbandi, Tutsi et Hutu dits Rwandophones congolais – pour les différencier ces Banyarwanda congolais des Banyarwanda citoyens de la République Rwandaise actuelle-,…).

En période postcoloniale -, les leaders politiques ont eu et ont encore du mal à se défaire d’une certaine ‘‘conscience ancestrale de type communautaire’’ qui alimente – d’une façon ou d’une autre – un sectarisme ethnique tantôt latent tantôt virulent et surtout un localisme politique, une sorte de patriotisme local et … xénophobe.

A chaque ouverture démocratique du jeu politique au niveau national, les pouvoirs d’Etat successifs et les leaders politiques opèrent des manipulations en ‘‘régnant’’ littéralement sur les masses par des divisions ethniques savamment orchestrées et exploitent ainsi ces divisions en opportunités de ‘‘survie politique’’. C’est ainsi qu’il existe en RDC des ‘‘identités précoloniales’’ irréductibles à une ‘‘congolité’’ unidimensionnelle. Les ‘‘identités précoloniales’’ semblent être des ‘‘invariants’’ sociologiques dont il faut tenir compte dans l’analyse politique concrète de la réalité congolaise !

La mode actuel des élites politiques congolaises est de s’organiser à la fois en “associations ethno-tribales” puissante pour se faire valoir politiquement et en “bandes pluriethniques” (partis politiques, associations de type humanitaire ou développementaliste, églises,…) pour mieux contrôler collectivement les ressources auxquelles elles ont accès par l’exercice d’un quelconque pouvoir sur les masses.

Cependant, la forme pluriethnique des alliances politiques semble éphémère, ponctuelle et souvent limitée à un besoin pré-calculé de ‘‘rapine’’ économique ou politique. La compétition est souvent sectaire car les leaders politiques utilisent leurs appartenances ethniques comme des ‘‘bases électorales’’, brisant ainsi les possibilités de fonder de larges et utiles fronts politiques pour le changement radical. Mais, cela ne signifie pas qu’il existe une tendance à ‘‘balkanisation’’ du territoire. C’est beaucoup plus une question d’unité nationale, irréductible au seul aspect de l’unité territoriale.

La lente et continue évanescence de l’Etat congolais hérité de l’ordre colonial ne saurait s’expliquer par lui-même. L’élite politique issue de la colonisation aurait pu préserver l’Etat en ses structures tout en en modifiant la finalité politique, mais elle n’a pas pu générer des utopies bien à elle, ni fonder une pratique politique spécifique et cohérente par rapport aux préoccupations des populations. Il faut absolument trouver – ici et maintenant – une nouvelle valeur sociale de nature à ‘‘relancer l’Etat’’ sur des bases ‘‘progressistes’’ ou modernes en relevant le défi doctrinal ainsi lancé au leadership congolais.

4.  Congo Belge : Une administration colonialiste centralisée

Pour l’Etat colonial, l’Administration publique avait pour rôle l’‘‘encadrement des populations’’. C’est ainsi qu’il avait été formé des ‘‘élites d’exécution’’ c’est-à-dire des élites de niveau inferieur de formation : agents auxiliaires de l’administration (tels que les dactylographes), enseignants des écoles primaires, infirmiers et les assistants médicaux, agents auxiliaires de Justice,….La formation universitaire des ‘‘élites’’ fut exclue de la conception colonialiste belge jusque dans les années 1958, soit deux ans avant qu’intervienne l’indépendance du Congo-Kinshasa.

Il existait un gouvernement métropolitain central à Bruxelles et un gouvernement colonial et local à Léopoldville. Même si le Congo belge avait une personnalité distincte de celle de la métropole belge, la Belgique assurait cependant directement l’exercice de son droit souverain sur la colonie depuis le 15 novembre 1908. L’activité gouvernementale belge était régie par la Constitution belge alors que celle du Congo belge l’était par les dispositions de la Charte coloniale. Mais, la loi belge pouvait intervenir en toute matière, la Charte coloniale étant elle-même une émanation de la loi belge et non d’une loi souveraine des Congolais pour et par eux-mêmes.

Une des caractéristiques essentielles de la Charte coloniale était la suivante : alors qu’il avait perdu ses pouvoirs en Belgique en devenant un monarque constitutionnel, le roi belge était tout puissant au Congo. • Le pouvoir législatif au Congo était exercé le roi belge par voie de décret contresigné par le Ministre des Colonies. Le projet de décret législatif – élaboré par le Ministre des Colonies – devait être soumis à un organe consultatif – le Conseil colonial –composé de 14 membres dont huit nommés par le roi des Belges et six par les chambres législatives belges (chambre basse et Sénat).

Le pouvoir exécutif au Congo était exercé par le roi belge par voie de règlements et d’arrêtés proposés par le Ministre des colonies. Le Ministre des colonies faisait partie du Conseil des Ministres du Gouvernement belge et y délibérait comme les autres ministres des intérêts de la Belgique.

Chaque année, un rapport d’administration du Congo belge était présenté aux chambres législatives et ce, au nom du roi des belges.

Le Tableau ci-après donne une indication des pouvoirs du Gouverneur General du Congo Belge et des orientations typiquement économiques de ces pouvoirs. Tableau n0 1 : Les pouvoirs du Gouverneur Général du Congo Belge

Tableau 1 : Les pouvoirs du Gouverneur Général du Congo Belge

Les Administrations sous tutelle du Gouverneur Général
Composition du Conseil de Gouvernement au Congo
  • Commandement   de la Force Publique
  • Administration de la Sureté
  • Secrétariat Général du Gouvernement
  • Commissariat du Plan Décennal
  • Services publics :

-  Affaires. Politiques, Administratives et   Judicaires

-  Affaires indigènes et sociales

Budget, Finances et Douanes

Affaires économiques

Terres, Mines et Géologie

Agriculture et Colonisation

Service Vétérinaire

Travaux publics et Communications

Services Médicaux

-  Instruction Publique et Cultes

-  Institut Géographique

Membres de droit
  • Gouverneur général
  • Deux vice-gouverneurs généraux
  • Secrétaire Général du Gouvernement
  • Procureurs généraux
  • Les gouverneurs de province
  • Commandant de la Force Publique
Membres (pour 3 ans)
  • 9 membres des entreprises de capitaux
  • 9 représentants les classes moyennes
  • 9 représentants de l’Emploi
  • 9 notables
  • 19  représentants des milieux ruraux.

Sources : A. Michels et N. Laude : Congo-Belge et Ruanda –Urundi. L’Edition Universelle S.A. Bruxelles, p.228

Le Ministre des Colonies était le trait d’Union entre le Congo Belge et la Belgique ; mais – au nom du roi des belges – il traçait au Gouverneur général les grandes lignes de la politique à suivre et traitait toutes les affaires coloniales que requéraient son intervention. L’avis du roi belge sur cette administration comptait énormément ! Le Ministre des Colonies était ainsi un lien législatif et exécutif entre le Roi des Belges et la Belgique elle-même par le biais de l’administration du Congo belge.

Le Gouverneur général du Congo belge pouvait agir législativement par voie d’ordonnance-loi ou suspendre temporairement un décret existant pour une période de six mois. Il exerçait le pouvoir exécutif par voie d’ordonnance.

Le Gouverneur général du Congo belge était installé à Léopoldville (Kinshasa actuel). Il représentait l’autorité belge au Congo sous la forme la plus haute : tous les pouvoirs convergeaient vers lui. Il avait la haute direction des services administratifs et militaires. Plus tard, Joseph Kasavubu, Joseph Mobutu, Laurent Kabila et Joseph Kabila ont – eux aussi – voulu que tous les pouvoirs d’Etat convergeassent vers eux et eux seuls ! Triste héritage ! Comme s’ils étaient les nouveaux gouverneurs coloniaux de la RDC.

5. La RDC, un modèle politique reproducteur du pouvoir colonialiste

Pour pouvoir comprendre pleinement l’actuel état de déliquescence de l’Etat en RDC, il faut revenir brièvement sur l’atmosphère politique des régimes politiques successifs de 1960 à nos jours et ce, par rapport à l’idéal lumumbien de l’État au service du peuple.

L’Etat colonial belge était totalitaire. Mais vers les années 1948, l’Etat colonial érigea une politique paternaliste dite ‘‘Politique Indigène Coloniale’’ qui consistait à mettre en avant le concept de ‘‘ Communauté Belgo-Congolaise’’.

Et, en 1955 à Léopoldville, ‘‘ (…) le Roi Baudouin a insisté sur le contact humain entre Blancs et Noirs’’ pour que des ‘‘ (…) solidarités s’affirment’’ et que des ‘’(…) intérêts se confondent’’. Cependant, l’Etat colonial belge ne pouvait encore dire aux populations noires : “Moi, l’État, je suis le peuple.”, selon le mot de Friedrich Nietzsche. L’‘‘Etat’’ n’était pas le ‘‘peuple congolais’’ puisque cet Etat servait essentiellement d’instrument de répression ou de mise au pas populations noires au Congo.

L’Etat du Congo belge était resté un “(…) des monstres (…)’’, mentant froidement et son ‘‘paternalisme’’ n’était qu’un mensonge qui rampait de sa bouche. Plus tard, les leaders congolais s’étaient rendu compte que l’ ‘‘Etat colonial’’ n’était pas le ‘‘peuple congolais’’ et de proche en proche, ils allaient manifester leur rupture idéologique d’avec un système colonial d’oppression. C’est pourquoi Patrice Lumumba avait ouvertement dénoncé le système colonial et condamné comme un ” (…) humiliant esclavage’’ imposé aux Congolais par la force.

Plus tard, l’échec du premier Premier Ministre Patrice Lumumba résida dans le fait de n’avoir pas su organiser un solide mouvement politique susceptible de lui venir en aide avec l’appui large des masses, dans l’Etat comme hors de l’Etat. ‘‘L’Etat n’était pas le peuple’’ pour qu’il se serve du seul Gouvernement d’Etat pour résister aux ambitions personnelles ou sectaires des gens … en pleine guerre froide d’alors entre les USA et l’URSS !

Avec ses successeurs, la formule de Friedrich Nietzsche “Moi, l’État, je suis le peuple” fut peu à peu substituée par la formule de Louis IV, celle de dire : ‘‘L’État, c’est Moi’’. D’abord par Joseph Mobutu, ensuite par Laurent Kabila et enfin par Joseph Kabila.

Entre 1965 et 1973, Joseph Mobutu ‘‘régna’’ sur le Congo avec les mêmes personnes du fameux Collège des Commissaires Généraux en version plus ou moins remaniée et/ou élargie. En 1973, Joseph Mobutu créa un Parti-Etat. En mettant l’Etat dans un Parti politique sous forme de Parti-Etat, c’était comme si Joseph Mobutu voulait mettre l’Océan Atlantique dans un bassin pour mieux l’observer et le réguler à sa guise. Par ce bais, Joseph Mobutu cherchait à atteindre un objectif, celui d’être le seul Chef sous une doctrine de son propre nom – le Mobutisme -. Il resta au pouvoir d’Etat jusqu’en 1997, 32 ans après son deuxième coup d’Etat. On pouvait alors dire que ‘‘L’État, c’est Mobutu’’.

Joseph Mobutu s’appuya de plus en plus sur les membres de famille et de son ethnie par crainte des trahisons dans son propre camp. La formule de Louis IV devint – pour Joseph Mobutu – : ‘‘C’est ma famille, c’est cela L’État’’. En fait, la dictature de Mobutu ‘‘(…) [avait] (…) réussi à privatiser l’État et l’Administration publique. Elle [avait ] réussi à les transformer en de simples biens privés à la solde exclusive du despote et de sa famille biologique. Aussi [avait]-t-elle réussi à les mettre au service de la meute de courtisans et d’artisans. (….). Le régime de Mobutu avait ainsi reproduit le modèle colonial en tentant d’imiter Léopold II : il avait essentiellement fondé son régime politique ‘’sur la privation’’ ; il avait réussi à confisquer ‘‘les libertés publiques et les droits fondamentaux de la personne humaine’’ (Par Joël Asher Lévy-Cohen : ‘‘Balkanisation’’ ou ‘‘Confédération’’ ? Quelle solution viable pour la République Démocratique du Congo ? Internet consulté le 26 octobre 2012)

Joseph Mobutu eut contre lui des forces internes de changement issues de son propre système politique et les Américains qui –en contexte de fin de la Guerre Froide – étaient devenus des partisans inédits et farouches des droits humains sur le plan international.

La chute de Mobutu en mai 1997 à la suite de la Libération du Congo contre sa dictature par une coalition congolaise – soutenue par le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola – amena au pouvoir Laurent Désire Kabila. Contre toutes attentes, Laurent Désire Kabila s’arrogea tous les pouvoirs exécutifs et législatifs par un décret présidentiel du 18 mai 1997. Ce fut un coup d’arrêt à une longue lutte pour la démocratisation de la société.

Laurent Kabila voulait contrôler la totalité du pouvoir politique dans un Etat plutôt évanescent et où les lambeaux – organisationnels et humains – de son Administration publique n’avaient plus rien avoir avec le fameux Congo belge que – lui, Laurent Kabila – avait connu avant de fuir en 1961… pour se refugier au Burundi, dans les maquis congolais, en Ouganda, en Tanzanie et … avant de revenir à Kinshasa par la volonté des dirigeants du Rwanda. Il eut fallu plutôt constituer un Front politique large pour barrer la route à la réaction mobutiste et pour refonder l’Etat. Il fit exactement le contraire !

De nouveau, on pouvait revenir sur la formule de Louis IV en disant – pour Laurent Kabila : ‘‘L’État, c’est Moi’’. Ceux des lumumbistes qui virent en son régime, une opportunité de réaliser l’approche selon laquelle ‘‘L’État, c’est le peuple’’ furent franchement déçus par sa volonté d’institution d’un culte de personnalité en sa faveur mais en version crypto-communisante du Lumumbisme !

Au lieu de s’attirer les tshisekedistes et les divers partisans lumumbistes dans une nouvelle ‘‘Union Sacrée’’ pour refaire un Etat au service des populations congolaises, Laurent Kabila ne choisissait que ceux qui pouvaient lui servir de suppôts au culte de sa personnalité. Et, il fallu tout refaire en matière de lutte pour la démocratisation de la société !

Laurent Kabila avait, à l’interne de son pouvoir, un ennemi de taille – les mobutistes – et à l’externe de ce pouvoir – ses anciens alliés de l’AFDL réorganisés au sein du RCD et ses ennemis mobutistes, certains regroupés au sein du RCD et du MLC et d’autres présents dans l’opposition civile à Kinshasa. Laurent Kabila avait agi comme ‘‘un étourdi sciant l’arbre sur lequel il est assis’’.

A la mort par assassinat de Laurent Kabila en janvier 2001, il fut remplacé par son Fils, Joseph Kabila Kabange. Le pouvoir de ce dernier fut littéralement ‘‘truffé’’ des mobutistes hérités de son père. Plus tard, les mobutistes allaient dire de lui qu’il était leur ‘‘Autorité Morale’’ pour le flatter et le caresser dans le sens du poil … et lui soutirer toujours la même chose: l’argent public! C’est par là qu’il les tient aussi!

Lors de négociations de paix en 2003 et des accords qui en résultèrent, le poids des mobutistes augmenta dans les institutions issues de la Transition de 2003 à 2006. Au point qu’un ancien partisan de son père – Mwenze Kongolo- dit que sa direction n’est que du ‘‘mobutisme’’ sous couvert des discours lumumbistes. Du mobutisme édulcoré !

En réalité, c’est comme si Joseph Kabila cherche à naviguer sur un Océan Atlantique dans une petite pirogue motorisée et entourée d’autres pirogues auxquelles il a ôté les moteurs et sans lien avec la première pirogue motorisée. Il navigue sur une mer dangereuse sans équipement doctrinal approprié !

L’entourage de Joseph Kabila est constitué non seulement des mobutistes mais aussi des ‘‘lumumbistes’’ de l’ex-lumpenprolétariat de la diaspora européenne et américaine jadis charriée par l’AFDL. La confusion idéologique est telle que – depuis-, beaucoup d’opportunistes -en quête d’argent facile et des sensations politiques fortes – convergent régulièrement vers le pouvoir de Joseph Kabila Kabange.

Autour de Joseph Kabila Kabange, on compte – aujourd’hui – des personnes, surtout lassées de combattre pour des causes politiques ou humanitaires sans résultats palpables en termes de gain matériel personnel. Il s’agit – en fait- des véritables traîtres des causes auxquelles ils avaient pourtant consacrées tant d’énergies. Résultat : l’Etat congolais a été remplacé par des ”réseaux’. Nanti de cette force d’inertie liée à la passivité des leaders politiques et des militants des nobles causes oubliées, Joseph Kabila Kabange doit – sans doute – se dire : ‘‘ Moi, Joseph Kabila, je suis l’État’’!

Jean Munyampenda, Economiste

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