RDC : Blocage idéologique de la gouvernance décentralisée

Le Congo belge était un amalgame des peuples unis par un fait colonial entre 1984 et 1960, aujourd’hui appelés ‘‘ethnies’’ ou ‘‘tribus’’ Pour les organiser en les matant, le colonialisme créa des ”circonscriptions indigènes”. Le colonialiste découpa le territoire en trois niveaux : Provinces (niveau 1), Districts (niveau 2) et Territoires (niveau 3), chargés d’encadrer directement ces circonscriptions indigènes.

Mais, il existait un autre découpage, celle de l’Eglise Catholique en circonscriptions ecclésiastiques chargées de pénétrer l’âme des indigènes en vue de les rendre corvéables à merci et au service de la colonisation. L’Eglise Catholique était intiment liee au colonialisme. Cette approche dite ‘‘ Politique Indigène’’ n’a pas été remplacée par une quelconque ‘politique communautaire’’ postcoloniale. D’où des ‘’terribles ambigüités ’’ au niveau de la gouvernance décentralisée au point de bloquer tout développement endogène en RDC.

1. Les Circonscriptions Indigènes de l’époque coloniale

 

Tableau 1 : La subdivision politico-administrative en 1997

Congo en 1997

Aujourd’hui, ces peuples précoloniaux sont donc abusivement appelés ‘‘ethnies’’ ou ‘‘tribus’’ en fonction de leurs traditions et de leurs langues. Le peuple congolais d’aujourd’hui est composé de plusieurs centaines d’ethnies – certains indiquent le nombre de 200, de 250, de 400 ou de 450 formant ‘‘peuples’’.

Si l’on tenait compte groupes spécifiques dans ces ‘‘peuples’’, l’on pourrait arriver à plus de 1000 ‘‘ethniques’’ ou ‘‘tribus’’ . Actuellement, on parle volontiers des ‘‘communautés congolaises’’. On utilise parfois des notions linguistiques et géographiques, voire morphologiques, et ce, sans nuance : Bantou, Soudanais, Nilotique et Pygmée. Cette classification relève surtout d’un pauvre héritage scientifique dû aux insuffisances intellectuelles des colonialistes du début du XIXème siècle qui classaient les communautés en groupes linguistiques– du reste- pour mieux les diviser.

Le moins que l’on puisse dire, le Congo humain est pluricommunautaire !

Pour organiser ces peuples précoloniaux en es matant, la Belgique colonialiste créa des circonscriptions indigènes. La mission de tutelle de communautés congolaises de ces circonscriptions indigènes était dévolue au Service territorial composées d’administrateurs blancs assiste d’un personnel subalterne noir, leurs ‘‘agents’’. Ces circonscriptions Indigènes furent donc organisées sous la supervision des ‘‘Territoires’’ dépendants des ‘‘Districts’’ et ces derniers des ‘‘Provinces’’ tous aux mains des dirigeants colonialistes convaincus.

En fait, la circonscription indigène constituait la cellule administrative inferieure de toute l’organisation administrative du Congo belge. Mais, l’astuce colonialiste était édictée de la manière suivante : ‘‘Les circonscriptions indigènes sont dotées d’une structure organique qui respecte et reconnaît l’organisation politique et sociale traditionnelle dans la mesure compatible avec l’évolution et les aspirations profondes de la population.’’

Les Circonscriptions Indigènes étaient de trois ordres :

  • La Chefferie était un groupement traditionnel organisé sur la base de la coutume. Le chef était désigné par la coutume et investi par le Commissaire de district.
  • Le Secteur était une circonscription administrative formée par la réunion de groupements traditionnels organisés par la coutume, mais numériquement trop faibles pour se développer harmonieusement dans tous les domaines. Le chef était nommé par le Commissaire de District parmi les chefs de groupements traditionnels.
  • Le Centre Extra-Coutumier était une circonscription administrative formée des populations non organisées sur la base de la coutume, groupées dans des les agglomérations et dont l’importance numérique est suffisante pour qu’elles se développent harmonieusement dans tous les domaines. Le Chef était nommé par le Commissaire de District parmi les membres du Conseil du Centre.

D’une norme de civilisation africaine, la solidarité clanique s’était transformée en une technique soit de sécurité sociale sectaire en contexte d’extrême précarité soit de minimisation des coûts sociaux d’encadrement des populations indigènes. Pour Baadikko Mammadu, ‘‘ Des chefferies et des sous-chefferies indigènes furent instituées pour servir de courroies de transmission à l’Administration. Le système, inspiré de la politique britannique de l’‘‘indirect rule’’, se releva très efficace. En effet, elle permettait au colonisateur de contrôler un vaste territoire avec un minimum d’apport en moyens financiers et humains. Jusqu’en 1940, le Congo ne comptait en tout et pour tout huit cent-six administrateurs belges.’’[1]

Aujourd’hui, cette politique coloniale la mise en valeur ‘‘économique’’ du Congo belge n’a pas été remplacée par une politique communautaire de développement en RDC..

2. Une Eglise catholique intimement liée à l’Etat colonial

L’église catholique était en fait intimement liée à l’Etat colonial : ‘‘L’activité des missions vise directement et exclusivement à hâter le progrès de la société indigène en donnant aux populations le vrai sens de la vie et en améliorant leur situation morale et matérielle. Aussi, la politique constante de l’Administration coloniale a-t-elle été de soutenir les œuvres de missions et d’en favoriser l’expansion’’[2].

Ainsi, deux types de découpage territorial existèrent au Congo Belge, celui de l’Eglise catholique épousant plus ou moins les réalités endogènes des populations noires et celui de l’administration publique coloniale fondée sur des préoccupations exogènes des colonialists!

Pour comprendre la portée de la question, il faut d’analyser avec détails le rôle des missions religieuses au Congo belge par rapport aux districts d’alors !

L’administration publique coloniale avait été conçue comme une organisation territoriale remplissant plutôt des tâches d’encadrement des actions ‘‘économistes’’ de la mise en valeur du Congo sous forme des districts et des territoires.

Les textes légaux et conventions tels que l’Acte général de Berlin de février 1885, la Charte Coloniale et la Convention de Saint-Germain-en-Laye du 10 septembre 1910 garantissaient la liberté de tous les cultes au Congo.

L’Etat colonial était censé être neutre en matière des religions. En réalité, une alliance solide s’était faite entre le Gouvernement colonial et les missions religieuses catholiques. Les relations entre l’Etat colonial et les missions catholiques avaient été régies par une convention particulière avec le Saint-Siège en date du 26 mai 1906. Et depuis 1929, le Saint-Siège fut représenté au Congo.

En 1956, on comptait 567 stations catholiques desservies par 2.167 missionnaires européens et 314 prêtres indigènes. Notons qu’il y avait à la même époque 255 stations protestantes desservies par 587 pasteurs et 925 missionnaires européens et américains et 1.003 membres du personnel religieux indigènes.

Sur une population de 12.843.574 congolais et une population non congolaise de 107.413 résidents, on recensait 3.902.334 catholiques et 667.436 catéchumènes, avec en prime 704 frères européens et 104 frères indigènes ainsi 2.449 religieuses européennes et 606 religieuses indigènes.

De nombreuses œuvres (éducation de la jeunesse, enseignement, soins médicaux, lute contre les maladies épidémiques et endémiques,..) étaient tenues par les missions catholiques.

En principe, les associations missionnaires obtenaient la personnalité civile pour mieux assurer la stabilité de leurs œuvres et mieux gérer leur patrimoine. La réalisation de ces œuvres et l’acquisition du patrimoine exigeaient une connaissance fine des mœurs et des coutumes des populations indigènes et un suivi permanent et toujours approfondi de l’âme noire.

Pour ce faire, le Congo fut divisé en 36 circonscriptions ecclésiastiques catholiques dont le Saint-Siège fixait librement les limites et désignaient les titulaires : Vicaires ou Préfets apostoliques. Ce sont ces circonscriptions qui allaient plus ou moins devenir des diocèses du Congo indépendant. Aujourd’hui, on en compte 47 en RDC.

Les circonscriptions ecclésiastiques coloniales étaient en fait fixées en fonction des réalités ethnosociologiques et ce, en vue des tâches d’évangélisation en langues tribales locales et de contrôle idéologique des populations. C’est en cela que les missions catholiques furent des auxiliaires efficaces de l’administration colonial par ”districts” et ”territoires” interposes.

En fait, l’Eglise catholique tenait l’âme noire des populations et l’Administration coloniale tenait leurs corps en une symbiose colonialiste d’exploitation. Aujourd’hui, il est urgent pour l’Etat de se réapproprier la fonction de conciliation des âmes et des corps mais dans une dynamique d’autonomie collective et de développement endogène!

Aujourd’hui encore, seul le Vatican – à qui les responsables des diocèses actuels envoient systématiquement les informations sur les collectivités congolaises – a une connaissance parfaite – globale et détaillée – de nos réalités locales !

Pourquoi, les gouvernants congolais s’empêchent-ils eux-mêmes d’y accéder ? Mystère! Les décideurs politiques nationaux et les populations locales devraient être le destinataire politique essentiel de ces informations collectées dans les collectivités locales en mode de gouvernance décentralisée.

3. La faute de l’Administration postcoloniale du Territoire

En 1956, le Congo belge était subdivisé en 6 provinces, dirigées par des gouverneurs, assistés chacun de deux commissaires provinciaux et d’un secrétaire provincial. Toute agglomération importante pouvait être érigée en ville, subdivisée en communes, Parfois, les communes comportaient des zones annexes.

Les provinces étaient – dans l’ensemble – subdivisées en 26 districts Et les districts – à leur tour et dans l’ensemble – étaient subdivisés en 141 entités politico-administratives dits ‘‘territoires’’ ! En fait, aujourd’hui, Ce sont les ‘‘districts coloniaux’’ qui sont envisagés comme des futures provinces et reconnues dans la Constitution du 18 février 2006. Elles datent donc – presque toutes – de l’époque coloniale ! Sans la dimension jadis dévolue a l’Eglise coloniale catholique !

Il serait illusoire de ne considérer que les entités politico-administratives de l’ordre étatique de l’époque coloniale sans tenir compte d’autres découpages administratifs qui leur étaient consubstantiels dans la mise en valeur du Congo Belge. . On doit – absolument – tenir compte du découpage de l’Eglise catholique romaine.

Si l’on ne tient que compte des ethnies, le risque est d’avoir des provincettes tribales sans viabilité économiques (1960-1964) ! S l’on tient compte uniquement de la variable budgétaire, on aura d’immenses provinces dont l’administration serait éloignée des administrés (1967-2014) ! Il faut donc partir d’un mix des plusieurs critères dont la langue locale, la viabilité économique de l’entité administrative, la démographie, les affinités sociologiques,… comme envisagé par la Commission des Divisions Politiques de la Table Ronde de Léopoldville en février 1961.

La principale condition permissive d’une telle gouvernance décentralisée est une certaine homogénéité de langage dans une entité territoriale donnée. C’est pourquoi, il faut être ‘‘novateur’’ en acceptant le principe de création d’une nouvelle configuration des entités territoriales ! Faute d’avoir identifié et mise en œuvre un critère sociologique pertinent de découpage territorial du Congo pour clarifier les consciences et pour plus de transparence des acteurs par rapport à eux-mêmes, il s’est développé des comportements politiques dont on peut résumer la nature dans le tableau ci-dessous.

Tableau 1 : Influence de la mauvaise administration sur le leadership

Analyse sociologique

Conclusion :

En réalité, la RDC vit dans un chaos organisationnel structural au niveau de la gouvernance locale et connaît un énorme blocage de son développement endogène du fait d’une absence d’effective Administration de son immense territoire.

Jean Munyampenda, Economiste

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