RDC: Les manifestations de janvier 2015 contre Joseph Kabila marquent-elles le début de la fin de son règne ?

RDC : en lisant dans les manifestations  de janvier 2015 contre le régime en place,  l’on peut y relever des signes de fin de règne et  affirmer l’existence d’un mouvement tendanciel vers des révoltes exaspérées des populations qui – le cas échéant – pourraient être canalisées par des réformistes issus de la fraction populiste de l’actuelle classe politique.De 1966 à 1996 – durant trois décennies -, la RDC avait vécu un environnement interne particulièrement difficile  pour les populations et qui avait contribué à installer au sein de la société un climat permanent de méfiance à l’égard de tout leadership politique. On peut citer notamment :

  • Les effets conjugués de l’effondrement des cours de cuivre et du crash pétrolier sur l’économie, les mesures suicidaires de  nationalisation des biens des etrangers au profit des particuliers congolais (zairianisation et radicalisation) dans les années 1970,
  • La liquidation du principal outil de production du secteur minier par absence des investissements de maintien et par négligence, la fuite de capitaux et la liquidation de son administration publique au profit des réseaux courtisans du parti unique d’alors dans les années 1980,
  • Les régulières grèves et les pillages de 1991 et 1993, le climat d’insécurité généralisé des années 1990, le découragement des investisseurs étrangers enclins à ne se doter que des jachères dans les domaines miniers, pétroliers, ou agricoles et le tarissement de l’aide publique au développement.
  • Les conflits fonciers et interethniques au Kivu et en Province Orientale de 1981-1986  et l’entrée massive en RDC des réfugiés hutu rwandais avec à leur tête les célèbres génocidaires Interahamwes, aujourd’hui connus sous le nom des FDLR.

La guerre de 1996 marqua un tournant avec la liquidation de la dictature de Joseph Mobutu mais pas nécessairement dans le sens souhaité par les populations congolaises, surtout à Kinshasa. Au cours des temps, le règne changea au sens où un ‘‘règne’’ désigne non seulement le gouvernement d’un ‘‘souverain’’ mais aussi et surtout le principe qui influence- le plus – la manière de penser de l’époque de ce gouvernement.

En mai 1997, un homme – aujourd’hui de renom et berger d’une Eglise chrétienne à Kinshasa – m’avait dit – à la manière prophétique des pasteurs congolais – ce qui allait suivre après l’entrée de l’AFDL[1] dans cette ville : ‘‘Le règne du Lion est terminé ; dans un proche avenir, il sera instauré un règne de Singes puis il sera suivi d’un règne des Serpents.’’

En observant les divers dérapages au sein de l’AFDL, on pouvait croire et espérer une nécessaire, rapide, salutaire et inévitable rectification de ligne politique de la ‘‘Libération’’ de mai 1997. Mais ce fut plutôt une longue et déplorable histoire pour les populations congolaises.

Après 17 ans – et ex-post-, l’interprétation d’alors de cette ‘‘vision’’ peut finalement être corroborée avec les faits de la manière suivante :

  • Le ‘‘règne du Lion[2] est terminé’’ signifiait que ‘‘le temps des hommes forts -Joseph Mobutu et  Laurent Kabila – est fini’.
  • Le ‘‘règne des Singes[3]’’ fut celui des ‘‘des Seigneurs des guerres avec une pluralité des chefs  dans diverses parties du pays’’
  • Le ‘‘règne des Serpents[4]’’ est celui actuel dont la corruption est manifeste’’.

1.  L’éphémère continuité du  règne du Lion de 1997 à 2001

1990-1996 : c’était aux temps des Conférences Nationales en Afrique et celui des changements en termes d’alternance au pouvoir d’Etat sans élections, celui des ‘‘Transitions’’ …vers des supposées élections. Mais en RDC, l’attente de la Transition fut longue et emailée de nombreuses intrigues politiciennes de positionnement envers Tshisekedi Etienne  incarnant alors l’opposition politique ou envers Joseph Désiré Mobutu alors au pouvoir d’Etat. Les progressistes Congolais attendaient un signe de révolte patriotique de la part des populations en quête de changement à l’interne contre le fantoche et farouche pouvoir de Mobutu.

De facto, on attendait un ‘‘homme politique’’ qui serait au dessus des querelles partisanes de la classe politique. Tous les Congolais attendaient un ‘‘Sauveur’’ au sens institutionnel et politique  du terme qui ne penserait pas à ses intérêts de communautés ethnique mais aux intérêts de la nation congolaise – alors et toujours en gestation !  L’aveuglement et l’impénitence de la classe politique était tel qu’il était clair que ce sauveur ne pouvait être qu’un ‘‘agent de Dieu’’, un être hors du commun.

Le ‘‘sauveur’’ éventuel se devait d’être  un ‘‘homme fort’’, créateur des fortes institutions’’ dans le cadre d’un Etat de Droit c’est-à-dire – à la fois – des institutions de large participation populaire au niveau local  et des institutions ‘‘démocratiques’’ classiques au niveau central. Le langage sur le changement fut donc un langage sur la nécessité de convivialité de nature chrétienne – d’amour divin -, au travers des échanges sincères et des franches discussions au niveau de l’Etat et de la société civile.

En RDC, le changement fut refusé aux populations par leur propre élite  intellectuelle et politique dont Freddy Matungulu dira d’elle – presque 20 ans après -  qu’elle ‘‘affectionne les titres d’Honorable et d’Excellence, mais qui chaque jour se déshonore en excellant dans toutes les vilénies, absolument toutes, pour parvenir au sommet d’une hiérarchie sociale devenue nauséabonde ou s’y maintenir à tout prix, en entretenant la détresse et la déshumanisation de notre société désemparée.’’[5]

En 1997, les pays voisins – avec le MPLA en Angola[6], le FPR au Rwanda[7], le NRM en Ouganda[8]-, victimes des interventions militaires de Joseph Désiré Mobutu – au service des intérêts extra-africains – espéraient – un jour – en finir avec la ‘‘politique du bon-voisinage de Mobutu’’ qui consistait en une sous-traitance de la domination extérieure contre les partisans  du changement en Afrique au Sud du Sahara[9] en cette époque-là  et ce, en forme de soutien aux dictatures alliées ou aux rébellions réactionnaires’. Et cette fois-là, Joseph Mobutu avait commis l’imprudence politique majeure d’accueillir en RDC les génocidaires hutus rwandais – interahamwes (FDLR), chassés du pouvoir du Rwanda et donc, d’accueillir avec eux, leur  malédiction  de sang.

En mai 1997, les prières adressées à Dieu par les Congolais semblèrent alors exaucées lorsque l’AFDL[10] entra dans la ville de Kinshasa avec à sa tête Laurent-Désiré Kabila ! Mais, Laurent Désiré Kabila  ne parla point de politique et de gouvernance en langage chrétien mais en celui de la répression de toute la classe politique d’alors, sans nuances ni distinctions contre des femmes et des hommes taxés de ‘‘mobutisme’’ congénital. Pourtant-  parmi eux-, il se choisit des gens assez serviles pour procéder à  son ‘‘changement’’ de type stalinien.

Le changement de type stalinien signifiait ‘‘changement’’ au service d’un ‘‘homme fort’’ avec des bouc-émissaires d’avance désignés et non un changement au service des ‘‘fortes institutions’’ au niveau de l’Etat. Son concept de ‘‘participation’’  impliquait ‘‘exclusion’’ et ‘‘culte de personnalité’’ ! Son concept de ‘‘participation’’ était aux antipodes de la démocratie prônée par les avant-gardistes de l’opposition radicale des années 1980-1990 !

Le culte de personnalité fut institué au profit de Laurent Désiré Kabila au grand désespoir des Kinois, de la classe politique et de ses anciens compagnons de Lutte. Les pillages des biens publics et l’abus des biens privés furent systématiques durant un temps et assortis d’un climat de terreur. Pire, il s’allia aux interahamwes des FDLR- en RDC en adossant la terrible malédiction  de sang  qui continua ainsi d’obscurcir le destin politique des Congolais.

La chute de Joseph Désiré Mobutu n’allait donc pas être suivie de construction des fortes institutions au service des populations mais plutôt par une courte continuité du ‘‘règne de Lion’’, Lion en la personne – cette fois-ci – de Laurent Désiré  Kabila.  En fait, le ‘‘Lion’’ Laurent Désiré Kabila n’était  qu’un ‘‘Gros Singe’’ imitant le ‘‘Lion’’ Joseph Désiré Mobutu – Lion certes maléfique mais ‘‘Lion’’ quand même, déguisé  en ‘‘Léopard’’, symbole de Satan – qui venait d’être chassé du pouvoir d’Etat en RDC. Le ‘‘règne du Lion’’ continua sans véritable Lion ! Son règne fut éphémère !

Laurent Désiré Kabila mourut[11] en 2001 faute d’avoir compris – sans doute – qu’il eut fallu ouvrir des négociations en douceur avec d’une part  les forces politiques et sociales en vue d’un nouvel ordre politique démocratique interne en 1997 et d’autre part les Occidentaux qui avaient soutenus les Rwandais, les Ougandais et les Angolais  – au plan diplomatique  et logistique – et ce, pour un retrait pacifique, digne et concerté de leurs troupes de la RDC.

 2. Le règne  des Singes de 2001 à 2006

En août en 1998, la guerre éclata et  engendra trois ‘Etats’ de facto (Etat-Kabila à l’Ouest, Etat-RCD à  l’Est et Etat-MLC au Nord)  et  une kyrielle des suzerainetés internes en chacun d’eux. Cela indiqua  que l’on était bel et bien dans le règne des Singes tant les ‘‘gouvernements’’  de ces ‘‘Etats’’ se ressemblaient aussi bien en matière de viol des droits humains qu’en matière de gouvernance autocratique ! Ce fut l’époque des ‘‘apprentis autocrates’’.

La guerre dura -de facto – plus ou moins 12 ans  mais elle baissait d’intensité en phases successives scellées par  des accords de paix entre parties belligérantes : Accords de Lusaka en 1999, Accords de Sun City en 2003, Accords de paix de Goma  de 2009 entre le Gouvernement de Kinshasa et le CNDP et ces derniers seront en fait repris – en mode séparé –  dans les Accords de Kampala en 2012 avec le même Gouvernement et  les M23 !

La guerre dura parce que la notion de la ‘‘permanente agression rwandaise’’ était  largement devenue un prétexte politique majeure pour ne point reconnaitre le droit de protection ou d’autodéfense des Tutsis congolais en butte aux génocidaires FDLR soutenus par le Gouvernement de Kinshasa contre les Tutsis du Kivu. Cette notion de la ‘‘permanente agression rwandaise’’ allait alimenter une formidable distraction politique en forme de conservatisme outrancier  en RDC, …en plus d’accuser systématiquement les Tutsis congolais d’être des étrangers venus du Rwanda car ayant – objectivement – un ennemi commun…mais en RDC où ces FDLR sévissaient et sévissent jusqu’au jour d’aujourd’hui. Le Gouvernement de Kinshasa ne cessait donc pas de pratiquer une suicidaire politique d’Autriche !!

La mort de son père en 2001 fut – sans doute – pour Joseph Kabila Kabange,  un signe qui lui indiqua le sort qui serait le sien en cas de poursuite d’une  gouvernance de nature autocratique manifeste. Il lui apparut donc important et indispensable de se concilier les Occidentaux et la classe politique congolaise selon les aspirations égoïstes de ses diverses fractions.

En 2003, la réunification du pays intervînt mais il n’existait cependant plus un ‘‘Ruler’’ – un  leader politique de type ‘‘Lion’’ et assez visionnaire en termes d’édification nationale des fortes institutions  démocratiques. Silencieux – par tactique ou par nature-, Joseph Kabila Kabange chercha toujours à pénétrer les aspirations de chacun de ses interlocuteurs et à écarter ceux de ses compatriotes qui seraient par la suite difficiles à manipuler ! Sa préférence alla à ceux qui rêvaient des aises matérielles et non à ceux qui cherchèrent à édifier des institutions au service des populations.

De 2003 à 2006, la route vers la paix fut laborieuse et faite des sournoises luttes – et des désordres  – en vue du contrôle du pouvoir au sein d’un Congo réunifié sur papier et non dans les esprits des acteurs de cette réunification. Il eut plutôt un lent enkystement institutionnel des désordres  susmentionnés  et cela annonça un autre temps, celui du Règne des Serpents c’est-à-dire celui des ‘‘pseudo-démocrates’’.  

La gestion du pouvoir d’Etat durant la Transition consista en une transformation des Singes en Serpents c’est-a-dire des ‘‘apprentis autocrates’’ en ‘‘pseudo-démocrates’’  dans une sorte de ‘‘civilisation universelle’’ en version imposée par la fameuse ‘‘communauté internationale’’ au nom des intérêts spécifiques de ses majeures composantes étatiques (USA, France, Grande-Bretagne, RSA,…).

 3. Le processus de  transformation des Singes en Serpents

Le “social” est aujourd’hui perçu par les populations à son niveau le plus bas en ce sens que les gens cherchent surtout un revenu nécessaire pour satisfaire leurs besoins d’alimentation, et de logement et d’habillement décents. ‘‘  (…) la débrouillardise longtemps érigée en norme sociale, a fini jusqu’à miner dans les méandres des structures  mentales, de l’inconscient collectif  et des institutions politiques, toute possibilité d’une véritable  démocratie capable de demander des comptes a ceux qui détiennent le pouvoir, ou de transformer l’espace public en lieu de gestion rationnelle et des valeurs partagées’’[12]. C’est dans tel contexte social que – malheureusement – le culte de personnalité du Chef a été  remplacé par le culte de l’argent !

Et les Kinois de dire que ‘‘Ebemebe ya nyoka esilaka sumu te’’: la mort du serpent ne signifie pas nécessairement la disparition de son venin. En 2006, la transformation du règne des Singes en règne des Serpents n’était qu’une sorte de retour de l’‘‘ordre ancien’’ sous forme d’une continuité historique. Sans rupture, … pour un œil  averti !

Le règne des Lions céda la place au règne des Singes  et du règne des Singes sortit un règne des Serpents! Un environnement contraignant pour l’entreprenariat local, une croissance économique tirée par l’exportation des minerais  mais sans bénéfice social pour les populations  et une impossibilité conséquente d’émergence d’une dynamique classe moyenne congolaise,,, tels sont les symptômes socio-économique du règne des Serpents. Mais, c’est surtout au niveau du principe politique de sa gouvernance du pays que les choses sont plus funestes.

Le règne des Serpents est doctrinalement caractérisé par de nombreuses distractions politiciennes et certaines  historiettes telles que  celles d’obscurs desseins des illiminatis et des francs-mâcons sur la RDC, les controverses de type ethno-régionaliste et l’amalgame des gens, sans nuances. Ces historiettes politiques ont pour fonction d’enflammer l’imaginaire populaire sur des enjeux politiques dont les Congolais n’ont pas un contrôle et ainsi décourager les efforts rationnels en faveur d’un changement de type qualitatif. Rien de nouveau sous cet aspect par rapport au régime de Mobutu !

Mais, les années 2003-2006 préparèrent la maturation du règne de Joseph Kabila, celui  dominé par l’argent par lequel Joseph Kabila allait recycler les deux espèces politiques antérieures -  l’espèce mobutiste et l’espèce lumumbiste – en seul entité idéologique : le néo-kabilisme.

Le groupe néo-kabiliste est constitué de plusieurs cliques, toutes courtisanes par nécessité de survie personnelle de leurs membres :

  • Les pseudo-lumumbistes dits ‘‘Diasa-Diasa’’ (crypto-kabilistes ou ‘‘laurentistes’’).   – les membres du  lumpenprolétariat venus de la  diaspora congolaise des années 1997-2000 – . avaient beaucoup appris de la nécessaire courtisanerie de survie d’auprès du tyran Laurent-Désire Kabila. Ils ont reconduits leur attitude courtisane envers Joseph Kabila -  non sans parfois une certaine rancœur- en vue de se renflouer les poches
  • Le ‘‘conglomérat des aventuriers’’[13] jadis regroupés au sein du RCD était aussi passé par la courtisanerie pour pouvoir se maintenir en vie au sein de la grande rébellion orientale des années 1998-2003. Aujourd’hui, ils affichent une certaine loyauté ostentatoire -  farouche ou discrète – pour dissimuler leurs anciennes attitudes et actes anti-kabilistes.
  • La ‘‘timidité révolutionnaire’’ d’Antoine Gizenga n’est pas seulement due à  la confusion idéologique de cette ligne lumumbiste – mystique et ethno-regionaliste- mais aussi une expression des attentes mercantiles et politiciennes – longtemps contenues – de ses partisans pseudo-révolutionnaires !
  • Certains radicaux anti-mobutistes et issue de l’opposition dite ‘‘tshisekediste’’ furent attirés au pouvoir du fait du caractère frustrant d’une longue lutte sans fruits évidents au niveau collectif et au niveau personnel et par rejet d’un certain ‘‘adventisme’’ démocrate dans une structure congolaise – idéologiquement et  socialement – labile (fragile, sans consistance).
  • Le recyclage du mobutisme fut manifeste avec retour de  Léon Kengo wa Dondo par le Sénat et des plusieurs membres de l’ex-rébellion réactionnaire du MLC au sein du Gouvernement et dans les services et forces de sécurité. Pour les mobutistes, le virus du statu quo était le sang. Le sacre posthume de Koyagialo  en tant Héro National par Joseph Kabila ne laisse aucun doute sur cet aspect des choses !

Avec hésitation et doutes, l’élite politique congolaise  tend  à se faire courtisane auprès de Joseph Kabila en  initiant  des procédures politiciennes d’attachement à son  nom mais pour ses propres intérêts égoïstes, sans conviction quelconque au plan doctrinal dans une direction présidentielle – elle-même – sans véritable vision politique. C’est la simple   logique d’accumulation des privilèges sociaux qui prévaut partout et dans tout.  Le destin auquel s’abandonne cette élite ne signifie en fait qu’une défaillance toute intérieure,  défaillance portant la marque d’une totale démission devant la Nation.

En termes d’obligations de satisfaction des besoins des populations, l’élite dirigeante est sans principe actif ni fécond. Elle est toute simplement consommatrice et soucieuse de couvrir sa pensée  égoïste au sein des alliances  tantôt ouvertement ethno-tribaliste ou régionaliste tantôt apparemment non  sectaire et politicienne.

 4.  La nature  du règne des Serpents

 Malgré  son  incapacité notoire à  mettre en place une gouvernance politico-économique digne de ce nom en RDC,  cette élite courtisane affiche toujours une sorte de soumission anticipée  au Chef de l’Etat actuel en pensant – avant-tout – aux aises  matérielles de sa démarche.

 Mais il existe une différence fondamentale d’avec le régime de Mobutu : dans le règne des Serpents, les leaders politiques s’interdisent de songer aux conséquences des meurtres et des répressions sur leurs propres communautés locales d’origine et chacun d’eux croit que la responsabilité personnelle de ses actes politiques est absoute par le caractère collectif de l’irresponsabilité. Tout le malheur vient d’une insuffisance d’analyse. Dans le temps mobutistes, la cécité politique ci-dessus  était le fait de quelques voyous mais aujourd’hui ce phénomène est massif au sein des élites politiques.

Dans le règne des Singes, la  courtisanerie consistait en une capacité de l’élite à créer sa propre clientèle ethno-tribale  ou régionale qui lui devait allégeance, et qui constituait ainsi la base dans laquelle le pouvoir politique centrale puisait les éléments de sa relative légitimité.

Aujourd’hui – dans le règne des Serpents -, c’est surtout  la capacité  de couvrir d’odieux assassinats  et de justifier des répressions contre des personnes issues de sa propre communauté ethnique en soumettant ses réactions impulsives à la nécessité d’un  calcul personnel et égoïste. Le comportement de l’élite  courtisane est lumineusement luciférien.

Dans le règne des Singes, la lutte des factions se menait en coulisse pour s’enrichir au moyen de prédation des biens de l’Etat et/ou des ressources naturelles du pays. Chaque faction avait ses ténors, intrigants, seconds couteaux, malfrats (scolarisés ou non)  et qui se haïssaient entre eux.

Aujourd’hui – dans le règne des Serpents  -, l’on assiste plutôt à très peu des luttes intestines du fait d’une certaine ‘‘conscience politique’’ d’une  incurie générale au sein de l’arène présidentielle, avec comme conséquence  une indulgence mutuelle leur permettant de se côtoyer sans se combiner ou se haïr sans s’affronter.  L’essentiel est un mot d’ordre non décrété  de s’enrichir et de se maintenir en place par divers mécanismes  et procédures typique de cette  maffia politico-financière installée dans l’Etat et hors de l’Etat depuis l’époque de Joseph Mobutu,

Dans le règne des Singes, la  société civile était formée des simples exécutants somnambules des ordres reçus des proches du Président de la République  au travers chacun son  propre canon ethno-tribal.

Aujourd’hui – dans le règne des Serpents-, les chefs des organisations de la société civile  spéculent eux aussi sur les  intentions du monarque Présidentiel  en accusant  les leaders politiques locaux d’être des adversaires supposés, réels ou potentiels du Président de le République et surtout en  calomniant et en dénigrant les déchus de l’arène présidentielle.

Le chef de l’Etat est devenu un arbitre silencieux au sein des oligarchies communautaires constituées par les leaders politiques ou entre ces leaders communautaires  et les tenants  des contre-pouvoirs locaux – institués par le Chef de l’Etat – mais parallèles aux oligarchies communautaires desquelles sont issues des leaders politiques originaires des différentes contrées locales. De cet éclatement de l’ancienne hiérarchie des pouvoirs locaux, il s’est instauré une diffuse confusion institutionnelle généralisée où chacun peut faire du mal à chacun, ….même sans le savoir !

Le système se nourrit – en effet- des conflits à tous les niveaux – national, local, communautaire -. Tous sont impliqués dans l’espionnage mutuel avec l’appui de services de sécurité. Au besoin, on peut  programmer ces conflits au niveau local pour enclencher des contestations sociales,  politiques locales à soumettre à l’arbitrage du chef de l’Etat.  C’est par ce biais d’arbitrage que le Chef de l’Etat finit par  prendre pieds dans une quelconque affaire locale – directement ou indirectement !

Il s’en suit toujours  une dégénérescence sociale dans les communautés de base rendant  ainsi caduques ou illusoires les valeurs morales traditionnelles  et  certaine  médiocrité  à tous les niveaux et dans tous les domaines. Une vraie calamité sociale.

L’intelligence politique de type patriotique a cédé la place au mythe de l’enrichissement sans cause et le travail  rémunérateur  n’a plus sa place dans une  mystique de survie miraculeuse au quotidien. De nombreux gourous font fonction de sanctifier le mal ambiant et d’anesthésier les consciences des gens sur une catastrophe collective tendant – inexorablement – vers  l’élévation constante de la mortalité et la morbidité, physique et morale au sein des populations congolaises.

C’est pourquoi, il existe ne RDC des tendances politiques – immanentes au ‘‘règne des Serpents’’- d’une telle contradiction interne qu’elles peuvent mener – du fait des conflits sectaires et interethniques d’un autre âge – à l’implosion du pays dans des douleurs indicibles à la manière de la République Centrafricaine voisine.

En lisant dans les manifestations en RDC contre le régime en place,  l’on peut y relever des signes de fin de règne en affirmant l’existence d’un mouvement tendanciel vers des révoltes exaspérées des populations qui – le cas échéant – pourraient être canalisées par des réformistes issus de la fraction populiste de l’actuelle classe politique. La timidité de la MONUSCO en face des manifestants congolais indique aussi une tendance à la ‘‘continuité’’ politique au travers d’autres gens issues du sérail politique actuel et qui misent sur une modernisation possible accélérée des structures avec l’appui des Occidentaux.

Mais, il n’est pas exclu que des fortes agitations  populaires radicales puissent continuer et apparaître de plus en plus contre toutes les formes du statu quo du type Poutine-Medvedev ou du type Eltsine- Poutine, assimilables ici à une révision de la Constitution, honnie par les populations. Non pas que les populations comprennent grande chose à  cette Constitution, mais tout simplement parce qu’on y note le principe du non-renouvellement du mandat de Joseph Kabila en 2016.

Une chose est certaine : même si Joseph Kabila Kabange peut se survivre politiquement à lui-même un temps, l’actuel règne des Serpents est déjà -… spirituellement – mort ! Mais l’agonie réelle du règne des Serpents – lui – risque d’être – par contre – longue. 

Jean Munyampenda



[1] Alliance des Forces Démocratiques de Libération, mouvement politico-militaire soutenu  par le Rwanda, l’Ouganda et l’Angola et les USA qui chassa Joseph Désiré Mobutu du pouvoir d’Etat en RDC en le remplaçant par Laurent Désiré Kabila en mai 1997. Cela marqua la fin de 32 ans de pouvoir de Joseph Désiré Mobutu.

[2] Le lion symbolise la force et  l’énergie canalisée et maîtrisée. Il relève de la  maturité si la direction politique est faite en vue du progrès économique et social du peuple. Il relève de la tyrannie si  la direction politique est personnalisée et sans véritable progrès.    

[3] Le singe symbolise les comportements caricaturaux des humains, un stade infantile, voire primitif de la conscience (sujette à la distraction et  sans capacité réelle de concentration utile aux populations. Un tyran est semblable à  un Lion mais de facto, c’est souvent  un gros singe.

[4] Le serpent est assimilé à la connaissance interdite (corruption) et donc à  la manifestation d’une énergie utile mais non utilisée dans un sens positif de progrès pour les populations.  

[5] Freddy Matungulu Mbuyamu Ilankir : ‘‘RDC : une société malade de ses politiciens et de son élite’’: http://www.jeuneafrique.com 2014

[6]  De 1973 à 1996, Joseph Mobutu avait soutenu la rébellion de l’Unita contre le pouvoir du MPLA (‘‘Mouvement Populaire de Libération d’Angola’’. La rébellion de l’Unita a occasionnée plusieurs centaines  des milliers des morts  et le règne de Mobutu  est perçu comme un viol  majeur du peuple angolais de ces dernières années de son histoire.

[7] En1990, Joseph Mobutu avait envoyé au Rwanda ses troupes d’élite contre la rébellion du ‘‘Font Patriotique  Rwandais’’ (FPR). Ces troupes congolaises avaient contribué à  stopper l’écrasement de la dictature ségrégationniste de Habyarimana alors soutenu par les Français et les Belges. Kigali accuse aujourd’hui ces opérations  militaires d’avoir préparé le lit du Génocide  des Tutsis, en plus de la liquidation des chefs d’alors de cette rébellion progressiste.

[8] Joseph Mobutu avait soutenu Idi Amin Dada contre qui le ‘‘National Resistance Movement’’ (NRM)  de Yoweri Museveni luttait acharnement pour en finir avec les massacres des civils érigé en mode de gouvernement  en Ouganda de ce temps-là.

[9] Le Zaïre de  Joseph Mobutu pratiquait une politique de sous-impérialisme contre les autres Etats d’Afrique en contre partie d’un interne soutien ferme des Occidentaux à son régime. Avec arrogance, il avait fini par détruire son propre pays par un pouvoir personnel sans partage.

[10] ‘‘Alliance des Forces Démocratiques de Libération’’,  mouvement politico-militaire formé par les Rwandophones congolais auquel adhéra Laurent Désiré Kabila en tant Porte-parole puis Président avant de le liquider – une fois le pouvoir conquis à Kinshasa  – et de  le qualifier – ex-post -  de ‘‘conglomérat d’aventuriers’’.

[11] La mort de Laurent Désiré Kabila reste une énigme. En plus des Occidentaux qui se méfiaient de sa politique crypto-communisante, il pouvait bien être assassiné par ses nouveaux alliés de l’ancienne classe politique mobutiste (et dont une fraction était en lutte armée sous la bannière du MLC) que par ses anciens alliés de la nouvelle rébellion armée soutenue par ses anciens partenaires du Rwanda et de l’Ouganda. Il pouvait être aussi assassiné pour des possibles motifs privés tant il traitait avec de nombreux affairistes de son entourage. Par manque de constance diplomatique.

[12] Toussaint Kafarhire Murhula in Congo-Afrique n0 445 Mai 2010, p. 421

[13] Cfr note 6 en bas de page

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