RDC: 3 conceptions idéologiques potentielles pour un changement transformationnel effectif

Les Congolais rêvent d’un Congo-Kinshasa, autonome - libre (militairement) et prospère (économiquement)  –, dynamique  - diffusant le progrès social, scientifique et doctrinal en Afrique – et de ce fait, pays-leader politique panafricain Comment y parvenir si l’on n’a pas une vision précise de ce rêve en forme de vision politique ? Et comment avoir une vision politiquement cohérente si l’on ne sait pas à quelle référence philosophique de base l’on se rapporte pour penser et agir? 

1. Contexte

Beaucoup  veulent se maintenir - depuis une à quatre décennies ! – dans le cercle du Pouvoir d’Etat sans bilan socioéconomique positif pour justifier ce maintien ! Dans l’opposition – récente ou ancienne –,  on rêve d’un come back  alors que les échecs de leur gestion de la chose publique et leurs attitudes politiques antérieures sont encore dramatiquement vécues au niveau des populations !

Certains applaudissent lorsque l’ONU  maintient des soldats étrangers  - entrant et sortant, sans motifs nationaux valables – sur son sol contre l’avis du Gouvernement ; d’autres font systématiquement des doux yeux aux puissances étrangères pour les aider à accéder au pouvoir d’Etat, et ce, malgré leurs handicaps physiques ou  intellectuels notoires ! Aurions-nous la classe politique la plus bête du monde,… si l’on considère les déclarations et les manœuvres politiciennes des uns et des autres au regard du rêve  congolais ci-dessus mentionné ?

La politique est un art  mais elle dépend des attitudes de ses opérateurs – les artistes de cette politique ! Or, l’idéologie est le moteur – l’âme - pouvant mettre en branle les talents artistiques de ces  opérateurs politiques. Un déficit idéologique  au sein de la classe politique est le plus grand drame qu’une Nation peut connaître !

En RDC, s’agirait-il d’un simple déficit conjoncturel d’idéologie de changement ou d’un défaut structurel d’idéologie de transformation ? ‘‘A lutta continua’’ pour le Congo et les Congolais … comme avant l’indépendance en 1960 ?

Un miracle est toujours possible. Wait and see! Ici, mon propos est tout simplement de rappeler quelques principes de base susceptibles d’être débusqués  derrière les discours doctrinaux – si discours politiques cohérents,  il y a – dans le chef des leaders politiques …pour arriver à un Congo, autonome, dynamique et leader en Afrique !

2. Libéralisme : liberté  individuelle et abondance

Dans la conception libérale de vie, l’égoïsme est une donnée essentielle des comportements humains et  la compétition entre humains est censée être naturelle. Cette compétition porte essentiellement sur l’acquisition des biens et des services.

La société est matérialiste. Pire, les gens ne sont pas nécessairement égaux pour s’affronter à armes égales. Ni par nature. Ni par l’histoire.  Au lieu de s’en plaindre, il faut plutôt  l’apprivoiser en devenant égoïste soi-même  et vivre avec le matérialisme en mode ambiant.

Dans le libéralisme, l’individu est roi… – et en dernière instance-, le libéralisme est inséparable de l’individualisme. Les différentes variantes du libéralisme visent à atténuer le poids de cet individualisme en tenant compte du fait que les talents individuels ne sont  tous orientés vers l’accumulation des richesses matérielles  et du fait que  les individus ne s’adonnent pas tous à la production des biens et services vraiment utiles à la société au sens collectif (drogues, assistance aux escrocs et aux bandits).

Mais, c’est au niveau économique que le libéralisme se fonde et trouve sa pleine  et ultime justification doctrinale.

Les vendeurs cherchent à vendre leurs biens et services à un prix très élevé et les acheteurs espèrent toujours  obtenir les prix les moins élevés possibles. Dans la conception libérale, tout est susceptible d’être ou de devenir ‘‘marchandise’’ et l’on postule que tout un chacun est acheteur et vendeur de quelque bien ou de quelque service.  Il suffit de lui donner une certaine forme  ou y mettre un ajout (une valeur ajoutée, dit-on !) pour le mettre sur le marché !

Le marché, ‘ c’est là  où les vendeurs et les acheteurs potentiels d’un bien ou d’un service peuvent discuter du prix de cette ‘‘marchandise’’.  Le marché agit comme une ‘‘main invisible’’ qui permet de départager – à chaque prix possible – l’offre d’une marchandise (sa quantité à vendre) et la demande de cette marchandise (la quantité voulue par  les acheteurs).

Chacun met  en branle ses talents pour produire quelque bien ou quelque service-  et est amené  affronter le marché par obligation de survie ou d’accumulation des richesses. Comme chacun est tenu de vendre quelque chose pour – au moins – sa survie, il est donc astreint à mettre en branle ses talents en exerçant son imagination pour produire – toujours davantage, en quantité et en qualité – un bien ou un service. Il doit exercer sa ‘‘liberté’’, dit-on !

C’est ainsi que le libéralisme postule qu’il est source d’abondance pour tous. En vertu de son optique matérialiste, cette abondance constitue non seulement l’objectif du bonheur  individuel et collectif  mais  aussi la justification ultime de son organisation institutionnelle fondée sur la défense des libertés individuelles dont celle d’avoir une propriété privée des moyens de  production et d’élire les dirigeants politiques de son choix.

3. Marxisme : solidarité humaine  et abondance

Le marxisme a servi longtemps de base pour une critique fondamentale du libéralisme et une option alternative visant à  promouvoir un autre système institutionnel différent du monde libéral : le système socialiste.

En commun, – le système libéral et le système socialiste-   ont postulée le bonheur par l’abondance matérielle. Seules, les voies d’analyse ont été différentes en leurs méthodes et en leurs conséquences

Parmi les moyens qu’un individu met en branle pour produire un bien ou un service, il y a ceux de la ressource humaine : les travailleurs.  Le propriétaire d’un moyen de production – égoïste par définition dans la conception libérale -   cherchera toujours à utiliser ces travailleurs en vue d’en tirer le maximum de temps de travail tout en les rémunérant le moins possible.

Le temps des travailleurs au service du propriétaire des moyens de production peut être calculé en unités  homogènes (mois, jours, heures, minutes, secondes). Si l’on considère ce temps d’utilisation des travailleurs  comme équivalent de l’argent gagné  lors de la vente du bien ou du service, le temps pourrait servir de référence pour calculer la part  reçue des travailleurs et la part accaparée par le propriétaire des moyens de production.

Soit une marchandise vendue à 1000 $US  mais ayant nécessité 10 heures de travail, Dans ce cas, le propriétaire aurait gagné 100$/Heure  mais s’il paie 15 $/heure  au travailleur, il aurait empoché en fait 85 $US/heure  pour lui seul. S’il avait pris en location les autres moyens de production et  utilisées à crédit les matières premières  d’autrui pour 35 $US, il aura ainsi glané 50$US pour son entreprise.

Karl Marx voulait ainsi montrer que toute entreprise- en contexte égoïste  – chercher à minimiser les coûts de travail  en exploitant au maximum les travailleurs  et – à terme – en les éliminant du processus de production au moyen des innovations technologiques. En fait, ces innovations technologiques proviendraient à coup sûr d’un financement   – direct ou indirect – de l’argent accumulé dans le sillage de l’exploitation des travailleurs.

Aussi, Karl Marx proposa-t-il la mise place d’un système institutionnel qui serait fondé une solidarité des travailleurs par laquelle ils mettraient leurs talents en commun (entreprises communes) pour produire les biens et les services et pouvoir – ainsi- s’accaparer de toute la valeur des marchandises vendues.

Dans cette optique, les travailleurs se partageraient la valeur acquise  et ce, – après avoir payé les matières premières et  de consommation  utilisées et après avoir mis en réserve une part pour l’amortissement des outils de production ou pour le développement technologique et/ou stratégique de leur entreprise commune.  En fonction des circonstances, ils se partageraient cette valeur acquise soit selon leurs capacités respectives (socialisme) soit selon les besoins de famille de chacun des travailleurs associés dans l’entreprise commune (communisme) .

Au plan institutionnel, ceci implique un collectivisme par une programmation globale des productions dans un pays donné, une organisation en réseau des entreprises communes des travailleurs, une planification des changements technologiques, un ordre social veillant à l’équilibre des familles des travailleurs et  une autorité politique centrale  de coordination et de régulation de l’ensemble.

4. Christianisme : liberté, et solidarité dans l’amour du prochain

Tout autre chemin est celui suivi par le christianisme, hors des sentiers battus du matérialisme.  Ce n’est pas par l’acquisition individualiste ou l’accumulation communautaire des biens et des services que vient le bonheur des humains mais plutôt par la foi en la  vie éternelle dont ces humains seraient jusqu’ici privés, faute de croire en Dieu, créateur de l’univers. Pour renouer avec Dieu, il suffirait d’accepter- en son  cœur – le message d’amour délivré aux humains au nom de Dieu par Jésus-Christ.

Le message d’amour du christianisme consiste à aimer son prochain comme soi-même. Le christianisme récuse l’égoïsme – individualiste et communautariste – et stigmatise les pervers, les hypocrites, les menteurs, les assassins, les méchants, les corrompus, les adultères, en tant qu’obstacles à  un climat où les gens sont sans peur ni appréhensions des uns contre les autres et donc un cadre où ‘‘liberté’’ et ‘‘solidarité’’ rythment la  vie, …à  la fois !

Mais, on ne peut vraiment aimer son prochain que si l’on une certaine compréhension de Dieu en tant que Créateur et un Père éternel pour tous. Dieu est Esprit  mais – un jour -, il s’est révélé  en la personne de Jésus-Christ, en qui résida sa plénitude. Par sa mort et sa résurrection,  Jésus-Christ démontra que la mort est susceptible d’être vaincue. Il ouvrait ainsi la voie à une vie éternelle pour quiconque croyait à sa divinité et donc à ses paroles, son Evangile. Ce qui rendait aussi caduque toute nécessité des toutes luttes égoïstes.

Pour ce faire, il est important que les humains puissent se réunir régulièrement et partager ce message d’Amour.  C’est le rôle de l’Eglise de propager l’Evangile du Christ et … pour faire le Bien, les uns aux autres.  L’Eglise lutte pour le Bien en pratiquant des œuvres de charité et en appelant à la solidarité des hommes et des femmes dans une optique fraternelle et/ou humanitaire.

Dans la perspective chrétienne, il faut que le Gouvernement puisse activement lutter contre le Mal. La lutte contre le Mal consiste à éliminer les sources potentielles de l’insécurité et de la haine entre humains, à liquider les causes effectives  de cette insécurité et de cette haine et à favoriser la convivialité à  tous les niveaux (horizontal et vertical) de la société. Les parlements doivent voter des justes lois, et  la justice  dire le droit sans des ‘‘a priori’’ de race ou de sexe, de richesse ou de pauvreté, d’origine ethnique ou d’origine régionale.

Sans nécessairement suggérer un modèle institutionnel  précis pour les opérateurs politiques, le christianisme en appelle à une participation active des gens dans leurs communautés de base dans laquelle ils sont appelés  à identifier ensemble leurs besoins collectifs et à proposer  des pistes consensuelles de satisfaction de ces besoins.

On doit tenir compte non seulement des besoins des gens mais aussi de leurs talents – les capacités potentielles – pour pouvoir – ensemble – les satisfaire. Librement  et solidairement  mais au niveau des communautés de base ! Le christianisme est une des sources essentielles de la ‘‘social-démocratie’’.

Là où le christianisme s’écarte du collectivisme, ce qu’il implique que les individus demeurent libres dans leurs choix et comptables des conséquences de ces choix à l’égard des autres et …de soi-même. Au niveau élevé – régional ou national – le choix des dirigeants doit pouvoir se faire en fonction des capacités avérées pour harmoniser les choix opérés à la base et coordonner le processus de leur mise en œuvre en vue de la satisfaction  concrète des besoins identifiés.

Par Jean Munyampenda

6 avril 2016

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