Ordre communautaire : changement politique et tribalisme ne riment point

Changement politique et tribalisme ne riment point,  Souvent, la tendance ethnotribaliste des individus tend à s’imposer sur l’union idéologique et politique de type pluricommunautaire au niveau des responsables des formations politiques congolaises. La fragmentation du MNC de Patrice Lumumba en plusieurs ailes politiques, la liquéfaction de la direction collégiale de l’UDPS, la disparition du MPR  au lendemain de la mort de Mobutu ….ne préludent-ils point  - à terme – les mêmes échecs pour l’UNC de Vital Kamerhe, le G7 de Moise Katumbi et le PPRD de Joseph Kabila  ou l’UDPS d’Etienne Tshisekedi ? Ne s’agit-il pas  là des conglomérats d’individus aux ambitions divergentes, issus des divers horizons idéologiques et politiques incompatibles?

Il s’agit ici de situer – théoriquement - la nature des blocages sociologiques internes aux possibilités de changement  dans un contexte tribaliste – avoué ou souterrain- de la classe politique congolaise[1].C’est cette perspective  que la  notion d’ambition personnelle doit être sociologiquement contextualisée  et analysée de manière beaucoup plus précise.  Car les ambitions personnelles peuvent être un obstacle à un compromis politique global (Dialogue national) ou un consensus politique partiel (Candidature unique de l’Opposition), malgré une nécessité endogène de tout changement pacifique ou de toute révolution  conduite de manière ordonnée.

1. La conscience du voisinage ethnique

Il existe deux manières d’ignorer les communautés ethniques en tant richesses humaines et culturelles de la nation congolaise moderne :

  • Soit  ne pas en tenir compte dans la réflexion politique sur un Etat en d’Afrique.  C’est la manière la brutale et usuelle des élites pseudo-intellectuelles et aliénées issues des écoles occidentales qui tentent une  consolidation institutionnelle interne de l’Etat postcolonial  africain comme si l’on était dans un espace culturel absolument homogène.
  • Soit réduire les communautés ethniques à des simples des bases électoralistes au service des politiciens de l’establishment. C’est manière la plus vicieuse car elle consiste en des compétitions sectaires – en forme de subtiles exclusions ethniques mutuelles-, globalement suicidaires et irresponsables en termes de gouvernance politique du pays.  .

Les premiers apprennent souvent la réalité africaine de l’ethnicité à leur dépends en se faisant facilement éjecter de la scène politique ou économique par les seconds qui sont devenus des coriaces conservateurs sociaux rompus aux arcanes des intrigues de tous genres, ….en contribuant ainsi à la  décomposition toujours plus profonde de la société globale.

Mon analyse porte sur de cette deuxième catégorie des Congolais en utilisant la notion d’ ‘‘ordre communautaire’’, beaucoup plus large que celle restrictive de ‘‘base électoraliste’’.

C’est tout simplement impossible en tant que réalité sociopolitique et drame humain quotidien.  C’est vrai pour  les Hutus et les Nande qui s’affrontent au Nord-Kivu ! Le Kasaïen et le Katangais se sont affrontés durant les années 1990.  Une partie des Tutsis congolais sont encore tristement dans des camps de refuge au Rwanda et au Burundi. En basse intensité, c’est aussi une lutte secrète entre individus sectaires dans nos organisations civiles privées comme dans nos organismes publics. Pour ne citer que quelques cas!

C’est aussi difficile d’ignorer une généralité qui se rencontre dans le parcours historique des populations actuelles du monde.   Il en fut  de même  aux USA des années de la ségrégation légale où les  noirs et les blancs formaient deux ordres communautaires distincts. Il fut ainsi aussi en Afrique du Sud entre les Blancs et les Noirs durant l’Apartheid.

Les sunnites et les shiites ou les arabes et les Kurdes en Irak, les flamands et les Wallons en Belgique, les serbes, les croates  et bosno-musulmans en Bosnie…, et les ethnies rivales dans les pays africains sont autant d’”ordres communautaires” qui empêchent la formation des véritables ‘‘ordres  nationaux’’.

Un “ordre communautaire” est une notion  plus empirique qu’idéologique. Un ordre reflète surtout la conscience d’un voisinage ethnique, potentiellement conflictuel !

Au Congo, un siècle après la soumission collective de ses différents peuples par le colonialiste Belge, apparaît encore  comme une mosaïque d’ethnies et des tribus à la coexistence nationale précaire. Faut-il les ignorer ou en tenir compte pour la formation d’un nouvel ordre national ? 

Un ordre communautaire a plusieurs  traits fondamentaux

  • Un code exclusif des autres perçus comme non membres

Une communauté  se réfère  à  une identité culturelle des hommes et des femmes, identité définie par l’usage en commun d’une langue, d’une religion ou d’une doctrine particulière et postule sa continuité historique, explicitement ou implicitement.

Les communautés d’un pays deviennent des “ordres communautaires” lorsqu’elles servent  des bases électorales et des facteurs incontournables d’accès au leadership politique. Un ordre communautaire implique des préjugés les uns envers les autres qui assignent aux hommes et aux femmes des cercles sociaux qui limitent leurs libertés individuelles et leur épanouissement en fonction des potentialités personnelles.

  • Un modèle sectaire de solidarité   

Dans ordre communautaire, on  n’est plus un espace public où les individus affichent librement à la fois leur unicité et leur solidarité dans l’action et la parole. Un ordre communautaire postule la solidarité sociale des membres mais avec l’exigence de respecter cette solidarité, dans les toutes circonstances et à  toute épreuve.  Si l’on  assimile cette exigence -  inconsciemment ou consciemment –,  on participe en quelque sorte à cet ordre communautaire d’exclusion des autres congolais.

Dans ce cas, la  ‘‘solidarité sociale’’ implique  un principe acharné de  défense de la communauté ethnique contre tout bon sens. La solidarité communautaire devient alors du sectarisme. Il est souvent le fait d’une minorité active – par rapport aux gens composant une communauté ethnique dans son ensemble. Les membres d’un ordre communautaire sont minoritaires  - et au dehors, –.leurs  valeurs universalistes sont  purement démagogiques. Au niveau du pays, leur nationalisme  est absolument incantatoire par lequel certains taxent les membres des tribus transfrontalières et  tous les métis  d’être des étrangers sans droits politiques et constitutionnels au plan interne.

  • Une aliénation de principe de la solidarité humaine

La solidarité humaine est avant tout une valeur de civilisation. Elle est  une réponse des hommes et des femmes devant l’adversité ou une manifestation de compassion. Une solidarité ouverte est nécessairement fondée sur un modèle universaliste. Dans ce cas, elle est susceptible de connaître de développements inattendus tels que la fusion par agglomération avec autres communautés.

Lorsqu’une une communauté ethnique est idéologiquement fermée de l’intérieur par ses leaders  politiques et religieux, elle devient un  ordre communautaire. Dans ce cas, les coutumes et les traditions  sont véhiculées dans des discours – politiques et religieux – qui ignorent la ‘‘gratuité’’ propre à   l’esprit humaniste africain et rédigent ainsi des lettres vidées de  leur substance fondamentale. Il est un reflet de recul de la civilisation humaine d’Afrique.

  • L’ordre communautaire  est un localisme politique  de type sectaire 

Les ordres communautaires ont souvent un substrat matériel sous forme de ‘‘terroir’’, sorte de ‘‘patrie’’ et survivance géographique des anciens peuples précoloniaux au sein de la nouvelle république issue de la colonisation.   Sur ces terroirs, il s’y développe des attitudes populaires de nature plus ou moins sectaire et réactionnaire à  arrivée massive  des gens des autres contrées. Ces terroirs sont considérés comme des  ”terres de pères” (“vaterland”)

En fait, les doctrines fondées sur les “terres de pères” ont toujours impliqué l’asservissement des hommes au passé. Au Congo, ces doctrines ont toujours été d’essence ethno-tribaliste, lié à un territoire géographique et à une certaine tradition politique locale, et surtout à une fabuleuse escroquerie politicienne permettent d’exclure les autres citoyens congolais du bénéfice des droits légitimes, tels que les droits économiques et sociaux et surtout des droits civils et politiques dans les provinces de leur résidence. Elle induit dans la culture politique une forme de “citoyenneté différenciée” au niveau local.

Les partisans du sectarisme local veille à ce que “les terres tribales ou ethniques” ou “les terroirs ancestraux” soient exclusifs de toute présence des “non-originaires”, considérés comme des envahisseurs devant, tôt ou tard, être boutés du “fief ancestral”. Mais, les politiciens poursuivent en fait les  avantages que confère le pouvoir d’Etat au Congo au niveau central.

Au niveau la société civile dite intellectuelle,  on peut être “libéral” à Kinshasa et sectaire au Katanga ou Kivu. Pour un originaire du Kongo central, on peut être “marxiste” à Lubumbashi et fasciste dans son Kongo Central natal, etc.  C’est là l’essence du ‘‘localisme politique’’ par lequel les leaders nationaux revendiquent toujours des bases électorales auprès des membres  de leurs communautés ethniques respectives  mais juste pour jouir des privilèges au niveau national,… contribuant ainsi à  faire des ordres communautaires des tremplins du sous-développement endogène.

Au niveau local, l’arriération amène certains compatriotes à fixer leurs propres coutumes particulières  comme des critères exclusifs de congolité. Par exemple,  il est ahurissant d/entendre à Kenge que tous les Congolais mangent des ‘‘mikunku’’ (une légume particulière du Bandundu) ou parlent tous et partout au Congo aussi bruyamment que la plupart des Kinois !

  • L’ordre communautaire  est une escroquerie des élites politiques  

Il y a lieu de noter que ce sectarisme local est surtout – et c’est curieux – le fait des leaders politiques plus ou moins bien représentés dans les institutions politiques de niveau central.

C’est pourquoi, les élites politiques   ont tendance à s’organiser à la fois en associations ethno-tribales“  puissante  pour se faire valoir politiquement et en “bandes pluriethniques” (partis politiques, associations de type humanitaire ou développementaliste,  églises,…) pour mieux contrôler collectivement les ressources auxquelles elles ont accès par l’exercice d’un quelconque pouvoir sur les masses.

  • L’ordre communautaire véhicule une idéologie réactionnaire.

La “bonne gouvernance de changement” se heurte depuis longtemps   à  une sorte de fascisme local qui renvoie souvent à une réalité précise et bien définissable : un patriotisme local doublé d’un sectarisme affirmant l’égalité des droits et des citoyens mais restreinte aux seuls originaires d’un territoire géographique déterminé.

Pour les leaders à la recherche des bases électorales, les “ethnies” ou les “peuples” précoloniaux du Congo n’ont cessée d’être une réalité du passé mais plutôt des “ordres communautaires” actuels.  Ils “conservent ainsi en l’état les identités potentiellement étriquées et bornées produites par la structure du pouvoir. Ils ne voient pas non plus que les groupes et les cultures sont des entités mouvantes”.  Ils utilisent l’éloquence en langue ethnique ou tribale pour dominer sur les autres,  et – au besoin- l’ostracisme ou la  coercition  pour donner une définition sectaire d’un bon membre du groupe ethnique ou tribale.

  • L’ordre communautaire est une schizophrénie politique 

En Afrique, la ‘‘conscience’’  serait plutôt de la sagesse formalisée, souvent par des proverbes.  L’un de ces proverbes affirme qu’ ‘‘une hyène de  chez soi n’est jamais pressée de te manger  alors qu’elle est toujours prompte  à engloutir les étrangers ‘’. Et  certains Kinois de justifier leurs comportements sectaires en citant Mobutu : ‘‘le choix est clair entre un frère (conscience historique)  et un ami (conscience sociale)’’.

Mais, il ne faut pas oublier que les mêmes Africains disent qu’un bon voisin est préférable à un frère éloigné, un ami qui t’assiste préférable à un frère qui t’ignore ou étranger qui te sauve préférable à un parent qui t’opprime.  En la matière, un manque de lucidité et de perspicacité  sur les enjeux d’avenir peut faire manquer une opportunité  vitale.

Le dictionnaire Larousse définit la conscience comme étant une perception ou une connaissance plus ou moins claire du monde extérieur et de soi-même. Dans la conscience, il y a toujours une intention particulière.  La  particularité de la conscience est d’être toujours une conscience de quelque chose. Cela étant, la conscience peut  être :

  • Une conscience tournée vers la connaissance de  « la relation d’être, de vie, de parenté,  entre les descendants et les ascendants ». C’est la   conscience historique qui saisit les choses et les événements  du point de vue diachronique en une interprétation particulière de  l’histoire.
  • Une conscience tournée vers la connaissance de   la  «relation (…) entre tous ceux qui emploient les mêmes moyens existentiels». C’est la conscience sociale qui considère la vie actuelle du point de vue synchronique par un certain nombre des  représentations et des comportements sociaux observables.

La non-coïncidence entre ces deux consciences est une des explications de la crise des comportements ambivalents des dirigeants politiques congolais.

Les leaders politiques entretiennent une certaine dose d’angoisse identitaire pour mieux l’utiliser à  leur propre profit. C’est pourquoi ils tiennent souvent au mode centraliste de gestion de l’Etat.

  • L’ordre communautaire est une arme secrète  darchaïques gouvernants  

L’histoire montre que les ordres communautaires jouent un rôle important dans la vie publique, particulièrement dans le recrutement des hommes des forces spéciales de l’Armée et des services de sécurité et  au niveau des officiers supérieurs de cette armée. C’est pourquoi  les forces armées et les services de  sécurité jouent un rôle déterminant dans les répressions contre les populations et les intellectuels politiquement engagés.

L’intention particulière des leaders politiques  n’est pas souvent formalisée  ni clairement affichée en visions ou en doctrines politiques, Or, ce sont ces visions ou en doctrines devraient présider à aux comportements des leaders politiques à  l’égard de tous citoyens congolais. Parfois, lorsqu’elle est bien définie, c’est dans une perspective ouvertement sectaire !

  • L’ordre communautaire est un obstacle politique  au changement

En RDC, l’on n’est point ahuri – par exemple- de voir que les membres d’une ethnie donnée se réunir et apporter leur soutien en tant qu’ethnie à  tel ou tel candidat aux élections législatives ou présidentielles.

C’est pourquoi aussi les partisans du changement  recherchent toujours des voies et moyens de mutation politique dans une réflexion profonde sur la question de la gestion du territoire et de la gouvernance décentralisée, fédéraliste ou non.

Et ce, à cause d’une élite tribalisée et ‘‘tribalisante’’ qui a tendance à transformer les communautés ethniques en ‘‘ordres communautaires’’ c’est-à-dire en communautés ethniques, tribales ou claniques politiquement fermées antagonistes et par des leaders politiques aux aspirations cupides.

  • Pourtantl’ordre communautaire est aussi un déni de la réalité vécue, socialement pluricommunautaire. 

La formation  (de facto,  sous la forme d’organisations de la société civile)  des associations ethniques ou tribales – au nom de la défense de la culture ou pour des raisons politiques- est en contradiction avec une évolution de la société congolaise vers une société pluricommunautaire.

La formation de ces  associations sectaires est en parfaite contradiction avec l’existence effective de nombreuses relations régulières entre les hommes et les femmes, y compris en termes des mariages intercommunautaires et des nombreuses personnes nées de ces relations. Les ordres communautaires sont souvent le fait des hommes pourtant coupables des relations avec les femmes des autres communautés ethniques ; ils sont -par définition – sexiste. Les mariages et les amitiés pluriethniques sont  un rempart d’appauvrissement affectif et politique de la société congolaise moderne.

La dérive politique vers les ordres communautaires s’oppose aux nombreuses créations idéologiques et politiques nées des amitiés  des personnes issues des ethnies et tribus différentes. Et, ces créations idéologiques et politiques pluricommunautaires (partis politiques, syndicats et associations professionnelles, églises et missions religieuses,  gouvernements locaux,…) sont la nécessité actuelle de changement.

2. L’illusion de la prospérité pour tous

L’ordre communautaire génère une illusion politique, celle de la prospérité pour tous !   Pour comprendre  cela, il faut se situer du point de vue du caractère destructeur des ordres communautaires.

Du point de vue de la rationalité occidentale formalisé par le comportement égoïste et matérialiste de l’ ‘‘homo economicus’’,  on s’attendrait à ce que l’on choisisse le camp de ceux avec qui l’on partage les mêmes moyens existentiels en face d’un oppresseur commun, même issue de sa parenté ou son territoire d’origine. Manifestement, il y a une intelligence qui fait défaut dans ce cas.

S’agit-il d’une intelligence ? Non. Il ne s’agit plutôt d’une ambivalence idéologique où deux visions ou deux liens sont en opposition antagonique.

  •  Le lien historique est relatif à sa communauté  d’origine. Il postule des obligations sociales à  l’égard  de ses « frères et sœurs » de la communauté dans le respect des traditions ancestrales en transcendant les différences socio-économiques de classe. Cette quête de transcendance relève du monde idéologique,  invisible mais réel.
  • Le lien social est relatif au groupe social actuel. Il postule une solidarité sociale par extension et implique une vision qui veut promouvoir l’individu, la liberté et la maitrise des lois qui gouvernent effectivement la nouvelle société pluricommunautaire.

Comment marier deux visions du monde en une synthèse dont il est encore difficile d’imaginer les contours ?

On note – tout simplement – une ambivalence de type shakespearien : être ou ne pas être. On peut facilement on passe d’une vision à l’autre – à tort ou à raison –. L’interlocuteur occidental ne saurait d’avance sur quel pied danser avec un tel individu, idéologiquement ambivalent !

L’action coloniale créa une stratification sociale en trois catégories dans chaque communauté : la catégorie des Nantis, la catégorie des Moyens,  la catégorie des Pauvres et Exclus. On ne pouvait pas les appeler ‘‘classe sociale’’ tant ils étaient tous sans propriété économique au sens productif du terme. Ce n’était que des ‘‘strates sociales’’. En fait, la colonisation avait  introduit un hiatus dans le système communautaire.

Soient 5 communautés (A, B, C, D et E) mixées dans une société pluricommunautaire unique.

Figure 1 : Equation idéologique du système politique congolais

odreL’idéologie communautaire (communautarisme)  exige que l’on s’assiste mutuellement par une forme de consommation collective des revenus octroyés individuellement par le colonialiste aux nantis et aux moyens. Les pauvres doivent être impérativement pris en charge par les nantis, par exigence de la norme culturelle africaine.

D’où une pression effective, affective et idéologique, au moyen de suggestions et de recommandations, voire des menaces, douces et brutales, de toutes sortes !  Cette pression signifie que l’on peut être pauvre et cherchait à vivre la vie de nantis avec les membres de son lignage, son clan, sa tribu ou de son ethnie.

Mais comme le poids ne peut qu’excessif sur son propre niveau, le fait d’être nanti devient une véritable malédiction  si les personnes à prendre en charge deviennent nombreuses par rapport aux revenus individuels.

Le nanti tend à devenir objectivement leader politique de sa communauté. Aussi, le nanti cherchera-t-il à augmenter démesurément le revenu individuel, chose objectivement impossible dans un système de type colonialiste

Sous cette contrainte objective, le nanti  s’emploiera :

  • Soit à chercher des opportunités de revenus pour ses proches afin d’alléger la pression sur soi. Cette stratégie est symbolisée par la flèche verticale ascendante x.
  • Soit à dissimuler ses revenus en tentant de les mettre hors de portée de ses proches ou  en les consommant en dehors de leur vue c’est-a-dire en compagnie de ses pairs nantis. Cette stratégie  symbolisée par la flèche horizontale y.

Ces deux flèches mises en ensemble forment une équation sociale difficile à vivre, d’autant plus que les revenus sont toujours limités.

Par leur coopération, les leaders politiques obtiennent des positions sociales pour leurs proches communautaires mais aussi ils utilisent leurs membres pour s’entre-défenestrer :

  • - D’une part, les membres de communauté A chercheront tous à devenir des Am(classe des nantis) ou des An (classe moyenne) mais jamais des Ao (pauvres) ou des Ap (exclus). Il en sera de meme pour les membres de la communauté B qui se positionneront pour devenir de Bm ou des Bn mais jamais des Bo ou des Bp.  La comparaison sociale entre les deux communautés va constituer la base d’une compétition intercommunautaire au point que ces deux communautés  vont se transformer en ordres communautaires avec des leaders politiques sectaires. Les rapports sociaux entre leaders communautaires tendent à être conflictuels.
  • - D’autre part, les nantis devenus leaders politiques de leur communautés se parlent et se conçoivent comme  détenteurs du pouvoir sur leurs communautés respectives. L’harmonie et la paix du territoire où sont implantées ces communautés dépendront de leurs amitiés, de leurs alliances, leurs amitiés, leurs  coopérations. Les rapports sociaux entre leaders communautaires tendent à être harmonieux et fonctionnels dans la société politique d’en-haut.

Les relations sociales entre leaders politiques congolais sont dialectiques, puisqu’elles sont à la fois conflictuelles et fonctionnels dans la société. L’ambivalence idéologique induit une équation en deux états contradictoires.

-          L’’équation sociale du tribalisme  

Lorsque les strates sociales An  + Ao +A tendent à se vider  pour devenir  tous  des Am, la communauté A serait absolument riche par rapport aux autres communautés.   A la limite, tous les A sont nantis, selon les critères en vigueur dans la société congolaise !

L’objectif  serait donc d’obtenir 100% des nantis pour chaque communauté. Chaque leader politique sectaire fonde sa démagogie  sur la promotion sociale des membres de ‘‘son’’ ordre communautaire en signifiant que son objectif est de faire passer de la proportion des nantis sociaux de  0%  à  100%  ou tout au moins dans proportion proche de 100% des nantis. Une démagogie terriblement suicidaire et irresponsable[2].

figure 1.1

Comme ce calcul politicien est le même pour toutes les communautés A, B, C,  D et E, il en résulte une idéologie selon laquelle tout le monde peut être individuellement riche.

La compétition politique pour piller les ressources de l’Etat est – en quelque sorte- socialement légitimée ! C’est là l’essence du système d’impunité en faveur des membres de son ethnie ou de sa tribu!

Le pillage des ressources de l’Etat pour sa famille et sa communauté ethnique ne saurait régler la question de la pauvreté généralisée. Au contraire, cette idéologie tend à détruire le tissu économique et social de la nation congolaise, toujours en gestation !

-          L’état conflictuel  de l’ambivalence idéologique 

Lorsque les strates sociales  riches prolifèrent  dans toutes les communautés, on finit par croire que bientôt il n’y a que des  A, Bm , Cm ,  Dm et E dans la société : une seule strate sociale en tant classe unique des nantis.

En fait, l’on est en face d’une illusion de prospérité pour tous, l’envers de la démagogie  au niveau des différents ordres communautaires[3].

figure 2.2

Une seule classe  des nantis ! C’est cela le grand rêve sur lequel les leaders politiques s’autorisent à pratiquer une démagogie, sans subtilité aucune !  De ce rêve de la prospérité générale, il en résulte une illusion d’optique  qui appelle les Congolais à  se croire tous potentiellement riches puisque le Congo est doté des ressources naturelles, immenses et variées !

L’autre alternative doctrinale imaginable mais concrètement impossible, c’est celle de supposer que tous les Congolais pourraient appartenir à une seule classe sociale moyenne au service des entreprises étrangères qui distribueraient des revenus sur base des grilles uniformes des salaires. L’époque de l’Union Minière du Haut-Katanga où tous les ‘‘nègres’’ étaient  des ouvriers  est révolue.

 En fait, les politiciens des ordres communautaires véhiculent un vrai mirage schizophrénique dans un monde capitaliste d’aujourd’hui. Un mirage  sans possibilité  aucune de concrétisation. Les tribalistes – pseudo-nationalistes – empestent le pays.

La ‘‘congélation’’ des différences ethniques  et tribales à  la source des drames politiques ne peut provenir que d’un leadership capable de ‘‘répression’’  des favoritismes ethniques tant au niveau de la composition des équipes de travail que du discours politique non xénophobe. Ceci suppose à la fois :

  • Une sincérité idéologique de  la part du Top-Leader  dans son engagement politique,
  • Une  pratique sociale quotidienne (de la part de ses collaborateurs) qui soit  transparente par rapport aux lois
  • Et – surtout -.une claire vision de changement attendu par les populations et les communautés de base du pays.

Nos dirigeants politiques doivent être avant tout des ‘‘rulers’’ qui bâtissent l’avenir ! Les membres visibles de la cllasse politique actuelle en RDC en sont-ils capables?

Jean Munyampenda


[1]  http://grandslacsregion.org/?p=221#more-221  C’est un extrait  (actualisé ) d’un texte posté  le 20 /07/ 2013  sur mon Website www.grandslacsregion.org
[2] Il s’agit ici d’une formalisation d’une tendance fondamentale de la communauté A mais la vie est plus complexe avec des relations horizontales évidentes.Les échanges matrimoniaux  et les liens conjugaux tendent à freiner quelque peu la tendance communautariste de fond.   Il est impossible d’arriver au chiffre  1 (unité) dans cette équation

[3] C’est une formalisation d’une illusion d’optique  qui incite à vrai mirage  schizophrénique puisque  sans possibilité  aucune de concrétisation. C’est le sens du zéro dans cette équation

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