ANALYSE 3 : PORTEE IDEOLOGIQUE DU CHANGEMENT ENVISAGEABLE EN RDC

Le peuple  espère en ses leaders politiques lorsqu’il estime que ces derniers sont de ceux ne tremblent pas devant leurs semblables  et escomptent – par et pour eux-mêmes – avoir une influence considérable sur leur société soit en craignant Dieu ou soit  le juste jugement de l’Histoire. Tel n’est  pas toujours  le cas en RDC.

1. L’analyse comportementale des leaders politiques

Par ceJean Munyampenda Ndahiriwe smalltte crainte de Dieu ou du Jugement de l’Histoire, les vrais leaders politiques agissent sur base :

• D’une claire vision de l’environnement économique, politique, technologique et social à l’échelle internationale ;

• Des considérations de longue durée et non dans une perspective électoraliste de courte vue en engageant l’avenir de la Nation ;

• Des intérêts vitaux  des populations en opérant des choix sous forme chaque fois d’une décision calculée, – car fondamentale et irréversible dans ses conséquences.

Pour exposer valablement sur les comportements des élites politiques en RDC, j’ai eu recours à une théorie – aussi simple que largement connue – celle de la Pyramide de  Maslow qui postule qu’il est impossible de satisfaire un besoin si les besoins des étages inférieurs ne sont pas comblés.

Dans son étude des comportements humains, Maslow avait en effet construit un schéma en forme de pyramide pour illustrer cette idée en identifiant les besoins humains  de la manière suivante :

• Les besoins physiologiques liés à la survie.

• Les besoins de sécurité et de protection.

• Les besoin d’appartenance et d’affection.

• Les besoins  d’estime de soi  et des autres.

• Les besoins d’accomplissement de soi.

Figure 1 : Besoins étagés dans une Pyramide de Maslow

motivation picture

En fait, l’assertion de la hiérarchie des besoins doit être tenue pour fausse dans l’optique d’un leadership transformationnel où la démarche politique est plutôt parfaitement inverse  à celle envisagée dans la pyramide  de Maslow.

Dans le cadre d’une gouvernance transformationnelle, la pyramide de Maslow doit être ‘‘lue’’ plutôt en termes des chaînons objectifs entre différents niveaux de cette pyramide.

Ces chaînons objectifs entre les différents niveaux de la pyramide – de haut vers le bas -  sont des véritables défis  à  relever des défis en faveur de la collectivité  par un leader transformationnel et non pour lui-même !

Les défis du leadership transformationnel sont au nombre de quatre :

• L’exigence doctrinale : les leaders doivent  produire des discours pertinents leur permettant  d’être  légitimement un groupe politique dirigeant, non seulement des les populations d’aujourd’hui mais  aussi pour les générations futures.  C’est par la production des discours pertinents que les leaders deviennent véritables des élites de la société. L’exigence doctrinale  est lisible dans la pyramide de Maslow en tant que chaînon existant entre d’une part le besoin d’accomplissement de soi et d’autre part le besoin d’estime par le peuple.

• Un défi politique : les leaders doivent nouer  des relations internes utiles et mutuellement avantageuses et constituer des alliances externes qui permettent de maintenir une stabilité politique et institutionnelle de la société, dans son ensemble. C’est de la constitution des larges fronts politiques que les leaders deviennent des chefs légitimes  dans la société. Le défi politique  est lisible dans la pyramide de Maslow en tant que chaînon existant entre d’une part le  besoin d’estime par le peuple et d’autre part le besoin d’appartenance à une communauté nationale unique.

• Un défi organisationnel : les leaders doivent de travailler en équipes des personnes compétentes en vue d’aboutir aux objectifs politiques et ce, conformément à  l’exigence doctrinale ensemble assumée et surtout mettre en place des structures appropriées  à la capacité socioculturelle (renforcée si nécessaire) des populations qui devraient se prendre en charge de manière humainement acceptable. Le défi organisationnel  est lisible dans la pyramide de Maslow en tant que chaînon existant entre  d’une part le besoin d’appartenance à une communauté nationale unique et d’autre part le besoin de sécurité et de protection des populations.

• Un  défi socioéconomique : les leaders doivent précisément indiquer les besoins sociaux vitaux  des populations sous forme d’un programme apportant une réponse globale et valable pour les satisfaire en y déterminant – impérativement et de manière intégrée- les biens et services à produire dans les différents secteurs de la société. Le défi socioéconomique est lisible dans la pyramide de Maslow en tant que chaînon existant entre  d’une part le  besoin de sécurité et de protection des populations et  d’autre part le besoin physiologique survie des populations.

Ainsi donc, les leaders transformationnels ont pour essence la création des structures à la fois protectrices  des populations  et génératrices de progrès sur une longue durée.   Mais, ils doivent – au préalable – :

• D’abord, accoucher des discours pertinents sur la protection et le progrès  des populations sur le longue terme ;

• Ensuite,  œuvrer pour la formation d’un large front politique en vue de lutter pour la stabilité au sein de la société globale ;

• Enfin, créer des structures appropriées sur base des capacités organisationnelles des populations à se prendre en charge de manière acceptable.

En RDC, la nécessité de changement se fait cruellement ressentir  en termes d’absence de discours pertinents capables à la fois de générer des fronts politiques – larges, pluricommunautaires et idéologiquement solides. Le changement se fait ressentir en vue de la nécessaire création des structures congolaises de gestion autonome de la société globale !

Figure 2 : Les défis étagés d’un Leadership transformationnel

figure 2

Les leaders transformationnels font leurs  analyses d’une  intellectuellement autonome.

C’est la condition pour que ces analyses soient vraiment pertinentes c’est-à-dire qu’elles puissent accoucher des prévisions conformes aux attentes des populations et débouchent sur des actions en cohérence logique avec les buts recherchés pour ces populations. Ils doivent faire des ‘‘analyses concrètes de la situation concrète’’ avant d’agir dans un sens bien déterminé !

Les leaders transformationnels ne sont pas souvent sous influence des analyses exogènes ; ils ne sont pas ainsi  victimes du ‘‘Soft-Power’’  des prédateurs idéologiques extérieurs.  Il s’agit souvent des journalistes, des ex-agents de renseignement, des ex-diplomates en Afrique. Les prédateurs idéologiques externes sont souvent des journalistes et des écrivains occidentaux autoproclamés ‘‘experts’’ des pays africains, œuvrant pour les agences des renseignements de leurs pays d’origine ou en quête des ‘‘subventions’’ pour leurs œuvres journalistiques auprès des Gouvernements africains.

Les prédateurs idéologiques extérieurs de ce ‘‘Soft-Power’’ accompagnent les efforts de leurs pays à  s’implanter en RDC et cherchent à influencer les décideurs congolais– actuels ou futurs – in insufflant aux gens des analyses conformes aux intérêts exogènes  de leurs pays. Malheureusement, les médias de la RDC ont tendance plutôt à s’adonner aux reproductions internes de leurs écrits et dires téléologiques dans nos médias au lieu de leur lutte – âpre et vigoureuse – en RDC.

2. Les deux types essentiels de leadership politique

Des gens exceptionnels en périodes exceptionnelles sont  des ‘‘rulers’’ comme on dit en anglais. Ce ne sont pas nécessairement des dictateurs politiques. Les hommes tels que Winston Churchill en Grande Bretagne, De Gaulle en France, Georges Washington aux Etats-Unis d’Amérique, Nelson Mandela  en Afrique du Sud … sont autant d’exemples de la façon dont une société peut  secréter – lors d’une mutation sociale ou institutionnelle -  des femmes et hommes exceptionnels aux temps exceptionnels.

Au lieu d’un leadership machiavélique (où les leaders agissent suivant les penchants de leurs âmes et en  entretenant diverses intrigues), d’un leadership bureaucratique (où les leaders agissent suivant les prescrits de la loi) ou d’un  leadership professionnel (où les leaders agissent suivant la légitimité prévalant), les temps exceptionnels appellent un ‘‘leadership transformationnel’’ par lequel les leaders agissent suivant leurs convictions  profondes, en créant ainsi des mœurs et habitudes nouvelles.

Les institutions politiques devraient être un cadre pragmatique de sélection des leaders exceptionnels pour des temps normaux comme …pour des temps exceptionnels. Dans ce sens, je pense que le Président américain Barak Obama avait raison de dire à Accra au Ghana que l’Afrique a beaucoup plus besoin de bâtir des institutions que des leaders forts.

Les institutions politiques modernes impliquent qu’à la tête d’un pays,  il y ait toujours  personnes  à  la fois lucides  et ‘‘douées de capacités pour la gestion de la chose publique’’ .

Si un leader cherchait à parvenir  à ses fins physiologiques par tous les moyens,  son comportement politique serait  à  la base de la démolition  de la  société qu’il est censé organiser : le leadership politique interne serait la cause de l’évanescence de l’Etat parce qu’il ne  penserait  essentiellement qu’à ses aises matérielles au sein du pouvoir d’Etat.

Au plan international, un leader politique au comportement ‘‘physiologique’’  serait un personnage déphasé dans son combat politique en cessant d’être un véritable acteur consciencieux, audacieux ou innovateur pour le bien collectif de sa communauté nationale.

En fait, les ‘‘leaders’’ au comportement ‘‘physiologique’’ pensent ‘‘politique’’ de bas en haut sur la pyramide de Maslow : ils n’ont de doctrine que pour leur ego ou leurs ‘‘ventres’’. A un certain moment, les Congolais disaient d’eux que c’étaient des ‘‘ventriotes’’ et non des ‘‘patriotes’’. Manifestement, ce comportement ‘‘physiologique’’ est la caractéristique fondamentale de la classe politique congolaise actuelle.

Tableau n0 1 : Comportements comparés des leaders politiques

Leader type Maslow[1] Leader transformationnel[2]
  • Il fomente des intrigues de toutes sortes et attise des débats politiques chaleureux et non lumineux” pour avoir des suffrages populaires
  •  Il organise des répressions,  des attentats ou des raids contre des adversaires réclamant une reconnaissance de leurs droits bafoués ;
  •  Il n’hésite pas à former des coteries ethniques ou religieuses mêmes si cela doit déstructurer la société globale et engendrer des conflits politiques difficilement surmontables dans l’avenir du pays ;
  • Il  se met  à la disposition des puissances étrangères en signant des accords violant à  terme les intérêts vitaux  de son pays pourvu qu’il y  trouve  de manière égoïste des ressources pour lui-même;
  • Il tient des discours d’exclusion ou de manipulation pour se maintenir ou pour accéder au pouvoir d’Etat en période – légale ou non – de compétition;
  • Il cherche à perdurer au delà des époques relatives aux mandats publics ou des époques  prévues dans une transition légale; 
  • Il imagine  des ‘‘complots extérieurs’’ pour s’assurer du soutien des populations, soutien indispensable à  sa survie politique  immédiate ou  à  sa continuité  précaire dans l’avenir.
  • Il fomente des insurrections populaires  ou des rebellions armées avec des propos qui  abusent les masses  s’il ne trouve  rien à  “se mettre sous la dent’’
  • Il est avant tout serviteur des populations et prêche par l’exemple. (il n’exige jamais des gens ce que lui-même n’est pas disposé à faire) ;
  • Il conduit les choses avec bienveillance et souci des autres et en dirigeant  avec l’intégrité, sans sombrer dans des détails ni discussions oiseuses ;
  •  Il  se fixe  des  normes, se les impose  et les impose à tous. Il récompense  la performance et encourage les non-performants. Il s’impose une discipline, et la même discipline, il l’impose  à ses  collaborateurs pour le bien du pays ;
  • Il  s’organise et se concentre sur des priorités dans son  travail et puis  agit avec hardiesse  et décision. Il agit  – ici et maintenant – en pensant qu’une tâche  non assumée équivaut  à un échec ;
  • Il lit beaucoup,  reste  branché sur les évolutions dans son travail  et n’a peur d’agir lorsqu’il pense avoir raison. Il assume avec courage ses positions ;
  • Il est  toujours à l’écoute des autres et .choisit toujours la ‘‘juste’’ voie, même  si elle a beaucoup d’embuches,   plutôt que de choisir la mauvaise voie, par facilité ;
  • Il est persévérant dans son idéal en estimant que l’abandon est le chemin de la défaite et qu’il  vaut toujours mieux de bien faire les choses en termes de  choix le meilleur;
  • Il est généreux et évite de penser  petit  et  bas. Il traite les gens comme ils veulent qu’on le traite lui-même. Il fait confiance en ses collaborateurs.

[1] Le leader type Maslow, c’est un ‘‘leader au comportement physiologique’’,  à   la recherche surtout de la satisfaction de ses instincts personnels de survie  ou de puissance individuelle.

[2] Voir la carte de visite du Général Major T.K. Mofett. Un leader transformationnel,  c’est un leader répondant surtout à une exigence doctrinale au triple défi politique, organisationnel et socioéconomique de la société.


Le leadership transformationnel est – en fait- une ressource rarissime dans les classes politiques d’Afrique au Sud du Sahara. Dans un contexte de crise structurale aussi aiguée que celle en vigueur en RDC, le changement ne peut être mené qu’avec  des leaders transformationnels.  Ils doivent d’abord accéder au pouvoir d’Etat et ensuite agir en conséquence pour les populations.

3. L’utopie constructive au service de la gouvernance stratégique

L’objectif essentiel de ce livre est de proposer une architecture organisationnelle– globale dans sa cohérence  interne et détaillée dans ses  articulations – pour résorber les contradictions internes nées d’un leadership de type physiologique dans  la société congolaise actuelle en les ‘‘apprivoisant institutionnellement’’ en vue d’en faire plutôt  des ressorts du dynamisme politique interne.  Il répond à  une exigence doctrinale, et spécialement à la question du ‘‘pourquoi’’ des institutions  proposées en vue du changement.

En RDC, l’exigence doctrinale fondamentale découle de la nécessité  politique de voir  les leaders congolais  produire des discours pertinents leur permettant  d’être  légitimement un groupe politique dirigeant, non seulement des les populations d’aujourd’hui mais  aussi pour les générations futures.  Elle découle surtout de la nécessité sociale actuelle d’organiser au sein de la RDC  un ordre étatique,  essentiel au fonctionnement régulier de la société  et donc un impératif de survie collective :

• Un ordre démocratique  pour rompre d’avec un  leadership  postcolonial où le dirigeant politique cherche à ce que tous les pouvoirs convergent à  l’image de l’ancien Gouverneur général du Congo belge qui  – à  la fois – agissait législativement par voie d’ordonnance-loi  et exerçait le pouvoir exécutif par voie d’ordonnance.

• Un ordre républicain où l’Administration publique fonctionne effectivement  et dans laquelle le fonctionnaire doit incarner cette race  qui a pour rôle d’intérioriser une politique gouvernementale et par laquelle les idées mènent le monde, les actes transforment la société et les individus triomphent par rayonnement .

• Un ordre étatique où  le  pouvoir politique  n’use plus de clientélisme et  des relations d’alliance hors administration publique pour mener les actions en fonction de ses objectifs immédiats et ne provoque plus ainsi du sectarisme ethnique et du militantisme dithyrambique avec un contenu politique d’escroquerie.

Dans le domaine d’élaboration doctrinale, le ‘‘doctrinaire ‘’ a une ambition pour sa société et une idée préconçue sur les mutations sociales souhaitées – bref un idéal -  au point que l’essentiel de sa démarche méthodologique est d’établir  ‘‘pour qui’’, ‘‘pour quoi’’ et ‘‘par qui’’ cet idéal est formulé :

• ‘’Pour qui’’: le ‘‘doctrinaire’’ doit  formuler son ambition en termes des structures voulues pour la ‘‘nouvelle société souhaitée’’ et des mécanismes internes de sa stabilité durable et de sa régulation interne. Il doit décliner les objectifs structuraux (structures à mettre en place) et les mécanismes formels de stabilisation et de régulation de la nouvelle société envisagée.

• ‘‘Pour quoi’’ : le ‘‘doctrinaire’’ doit indiquer  les objectifs économiques et sociaux et culturels qu’il assigne aux mutations sociales. Il doit situer les objectifs économiques par rapport aux structures envisagées et les objectifs sociaux et culturels par rapport aux différents groupes sociaux de la société actuelle à  transformer.

• ‘‘Par qui’’ : le ‘‘doctrinaire’’  doit relever  les forces politiques et les groupes sociaux vraiment porteurs du changement  en termes  des capacités existantes de  mobilisation  des masses et d’accouchement des institutions destinées à  enclencher et à soutenir durablement les mutations sociales voulues. Il s’agit ici de statuer sur le leadership actuel pour situer le défaut de la ‘‘mécanique politique’’ congolaise en vue de proposer une piste de sortie de la crise,  structurale et actuelle, de la gouvernance en RDC.

L’élaboration doctrinale relève du domaine de la gouvernance stratégique, La gouvernance stratégique  est celle qui consiste à  indiquer – de manière – participative  – aux populations un ‘‘axe d’orientation’’ et  une ‘‘règle générale de prise de décision’’.

L’élaboration doctrinale relève donc du choix réfléchi des grandes options fondamentales prises par la direction politique de l’Etat quant à la vie de la nation dans l’ordre mondial actuel et ce, pour assurer sa survie, son développement et sa prospérité.

L’echec de la gouvernance stratégique résulte ou du mauvais choix de l’axe d’orientation et de la règle de prise de décision ou  de l’absence tout court de la gouvernance stratégique au niveau de la pensée politique des dirigeants d’un pays. Ce dernier cas semble être celui des dirigeants successifs de la RDC depuis 1960.

Pour le cas de la RDC, cette gouvernance stratégique doit être une gouvernance transformationnelle car   :

• Nous sommes en face d’une société congolaise dans laquelle  l’élite politique est surtout portée vers la compétition en vue d’une aisance matérielle pour elle-même  comme si, en elle,  gisait encore la  substance idéologique de la colonisation qui faisait d’elle une “élite des évolués” ou une “élite  des assimilés” au service  des intérêts étrangers, 50 ans après la décolonisation formelle du Congo-Kinshasa.

• Nous sommes en face d’un ‘‘Etat’’ congolais actuel  qui semble être encore une instance surajoutée aux diverses consciences ancestrales ou nationales précoloniales où n’importe qui peut “puiser” des ressources, un ”Etat” aujourd’hui transformé en ‘‘république’’ bananière où la kleptomanie est le mode principal de gouvernement.

• Nous sommes en face des  leaders politiques   qui ont tendance à s’organiser à la fois “en associations ethno-tribales”  puissantes  pour se faire valoir politiquement et “en bandes pluriethniques” (partis politiques, associations de type humanitaire ou développementaliste,  églises,…) pour mieux contrôler, collectivement  et individuellement, les ressources auxquelles ils ont accès par l’exercice d’un quelconque pouvoir d’Etat.

Dans cette perspective, la ‘‘révolution morale’’  proclamée en date du 30 juin 2010 par le Président Joseph Kabila Kabange est – en soi -  lourde en enclencher !  Le pouvoir en place utilise les mots pour faire illusion. Toujours. Chaque fois.

Du point de vue de la gouvernance stratégique, les comportements des leaders  devraient dériver d’une certaine analyse prospective des événements.  La ‘‘prospective’’ concerne les possibilités d’évolution de la société actuelle  lorsque la connaissance provient de la faculté d’une personne ou un groupe des personnes  à comprendre et à  deviner les ‘‘choses’’ du futur.

La ‘‘prospective’’ permet de se comporter conséquemment – aujourd’hui  -devant une réalité d’aujourd’hui. Si cette réalité d’aujourd’hui est perçue comme ‘‘triste réalité’’, on s’emploie à  la modifier dans le sens des ‘‘choses’’ devinées dans le futur.

Parmi les ‘‘choses’’ devinées dans le futur, il y a des ‘‘situations souhaitables’’  dont on aimerait hâter l’avènement.  Lorsque une ‘‘situation souhaitable’’ dans le futur est  décrite et suscite une adhésion des masses populaires, elle devient une ‘‘utopie’’.

En RDC, la ‘‘démocratie’’ et l’ ‘‘Etat de Droit’’ furent perçus comme  une situation souhaitable pour les populations, un baume souverain capable de soigner des blessures de la dictature de Joseph Mobutu dans les années 1980 !  Les gens se sont alors sont transformés en opposants politiques  et ont ainsi agi dans la perspective de cette utopie démocratique et républicaine.

L’utopie est une construction imaginaire mais rigoureuse d’une société, qui constitue, par rapport  pour celui qui la réalise, un idéal total.

L’utopie est réalisable si les éléments  de sa réalisation sont concrets et actuels. Dans ce sens, l’utopie est indispensable pour mobiliser les énergies des populations en vue de leur progrès économique  et social. L’utopie devient alors une ‘‘foi’’ qui bouleverse ‘‘les montagnes’’.

L’utopie est constructive si elle est une émanation de la société réelle et se donne pour une nécessité sociale de solidarité entre  personnes et communautés devenues interdépendante par la force de l’histoire. L’utopie est alors au centre de la gouvernance stratégique et  fonctionne de la manière suivante :

• Une vraie ‘’utopie’’ est fondée au départ sur une  ‘‘perception exacte de la triste réalité d’aujourd’hui’’ par l’esprit humain au moyen de la pensée, de la réflexion, du raisonnement, du discernement, du jugement, de la raison, de l’’intelligence.

• Ensuite, l’utopie ‘‘devine’’ la situation  possible et souhaitable  à  advenir et qui puisse  changer – demain – positivement la  réalité actuelle réalité’’ et susciter ainsi l’‘‘espérance’’ au niveau de l’âme humaine c’est-a-dire des attentes affectives et des sentiments, des motivations à  l’action, de l’imagination  et de la sensibilité.

• Enfin, l’utopie accouche d’une ‘‘vision’’ par laquelle les gens se décident de mettre sur pieds une organisation pour soutenir cette  ‘‘vision’’ (un parti politique, une organisation non gouvernementale, un ‘‘ministère’’ religieux, une société secrète,  un ‘‘gouvernement’’ officiel ou occulte, un ‘‘Etat’’).

La  ‘‘vision’’ est  au cœur des activités et des comportements collectifs dans une société. Si une gouvernance n’a pas une telle vision susceptible de mobiliser les énergies, ce qu’elle n’a pas en elle une utopie constructive et les gens – les dirigeants politiques en tête – disent alors que la volonté politique manque derrière les actions gouvernementales. Un sentiment de vide pousse les gens à  être d’avance désabusés pour toute action gouvernementale.

Dans ce cas, il y a manifestement absence de gouvernance stratégique.

Dans une ‘‘vision politique authentique’’, il doit exister une cohérence logique:

• Entre la ‘‘pensée’’ (réflexion, raisonnement, discernement, jugement,  raison, intelligence et l’‘‘espérance’’ (attentes affectives, sentiments, motivations à  l’action, imagination  et sensibilité).

• Entre l’esprit humain et l’âme humaine.

• Entre   la ‘‘perception exacte de la triste réalité d’aujourd’hui’’ (esprit humain) et ‘‘la situation  possible et souhaitable  à  advenir et qui puisse  changer demain et positivement l’actuelle réalité’’ (lâme humaine);

La vision politique n’est donc un simple alignement des programmes politiques, des plans économiques nationaux, encore moins des chantiers physiques. Encore moins, un simple slogan de campagne électorale ! Dans une gouvernance stratégique, une vision politique est plus qu’un programme politique.

Une  vision politique suppose une ‘‘lumière de l’esprit’’. La lumière, c’est ‘‘tout ce qui sert à  éclairer’’. Au sens figuré, la lumière de l’esprit c’est cette clarté de l’esprit liée d’une part au savoir et aux connaissances et d’autre part au talent exceptionnel d’organisateur.

La psychologie nous apprend qu’une âme troublée à tendance à provoquer de l’obscurité dans l’esprit alors qu’une âme apaisée à  tendance à produire de la lumière dans l’esprit.  La Bible nous enseigne aussi que ‘‘L’esprit du sage le dirige du bon côté, tandis que  celui de l’insensé le pousse du mauvais côté’’   et qu’ ‘‘Un  brin de folie a plus d’effet que la sagesse et une bonne réputation’’.

Il y a donc une communication entre ‘‘âme’’ et ‘‘esprit’’  d’un peuple. la cohérence logique entre les deux, c’est cela la sagesse.

Le rôle de dirigeants est donc d’être ‘‘sages’’ !

• Dans une situation de paix, de sécurité et de croissance économique et de progrès social, la sagesse se réfère aux notions de prudence, de pondération, de pudeur,  de mesure de bonne conduite, de modération, de docilité au sens commun. Dans ce cas, le pays a besoin des dirigeants ‘‘normaux’’.

• Mais dans un pays de mauvaise gouvernance structurelle,  de guerres, des désordres et des crises à  répétition comme la RDC, la sagesse signifierait courage, philosophie d’action, intelligence organisatrice, production raisonnée et réfléchies des discours mobilisateurs du peuple contre la triste réalité d’aujourd’hui. Dans  ce cas, le pays a besoin d’une élite politique exceptionnelle, du moins durant la période nécessaire de sortie de crise.

Les dirigeants d’un pays peuvent – toutefois- choisir d’autres voies.

• Soit ils entretiennement des obscurités dans l’âme du peuple par des discours divisionnistes ou rétrogrades en vue de se maintenir au pouvoir (incohérence au niveau de l’âme). C’est  la perversion politique.

• Soit ils sont incapables de ‘‘deviner’’  des situations possibles et souhaitables pour le peuple et agissent en notoires irresponsables  (incohérence au niveau de l’esprit). C’est l’incompétence politique.

• Soit ils peuvent être à  la fois pervers (rétrogrades et divisionnistes) et incompétents (non prospectifs).

La sentine, c’est cette saleté tapie au fonds d’une bouteille qui remonte à la surface lorsqu’elle est secouée :

• La fièvre des indépendances des années 1960 a généré la dictature de Joseph Mobutu.

• Les secousses de la démocratisation ont permis l’émergence de de Laurent Kabila.

• Les difficultés de gouvernance et les incompétences personnelles des dirigeants politiques actuels ont aujourd’hui accouché d’un système pseudo-démocratique de gouvernement parallèle de gestion des affaires de l’Etat.

L’utopie peut être manifestement irréalisable si elle est un projet dont la réalisation est impossible. Elle constitue alors une ‘‘illusion d’optique’’ destinée à  tromper et à  mystifier les populations pour permettre à  un pouvoir politique de perdurer ou une opposition d’y accéder !

L’‘‘illusion d’optique’’ fonctionne comme une  ‘‘fausse prophétie’’ telle que celles décrites dans la Bible chrétienne.  Les slogans de ‘‘Retroussons les Manches’’ ou de ‘‘L’objectif 80 de Joseph Mobutu’’, de incantations de ‘‘L’auto-prise en charge’’ de Laurent Kabila et celle de la ‘‘Révolution de la Modernité’’ de Joseph Kabila  sont à  ranger dans cette catégorie des ‘‘illusions d’optique’’.

En RDC, à  l’opinion publique, les dirigeants politiques cherchent à masquer le caractère trompeur ou mensonger de leurs interventions publiques ou leurs programmes et à les présenter aux masses populaires comme étant de ‘‘nature surnaturelle’’,  une ‘‘révélation’’ ou un ‘avènement’ inéluctable’’.

Pour ce  faire, ils diffusent des légendes, désignent  des boucs-émissaires et  produisent  des mythes.  Ils puissent leurs ‘‘savoirs’’  ou  s’aliment eux-mêmes en ‘‘croyances’’ auprès de certains leaders d’opinion  (‘‘prophètes’’ ou ‘’féticheurs’’ nationaux ou étrangers) pour se prémunir contre des incertitudes ou les risques de l’environnement.

Ils s‘appuient sur ‘‘églises prophétiques’’, des ‘‘fétiches’’, des ‘‘prophéties’’. Ils entretiennent une mauvaise circulation de l’information et des considérations politiques franchement ahurissantes. Par exemple, ils expliquent la longévité de Joseph Kabila au pouvoir comme le produit de son adhésion à  la Franc-maçonnerie ou au port des fétiches arabes.

Ils adoptent ainsi une pensée prélogique qui ne peut établir une adéquation entre la nécessaire ‘‘perception exacte de la triste réalité d’aujourd’hui’’ et de l’inévitable ‘‘espérance que la chose à  advenir puisse  changer demain et positivement la  réalité actuelle réalité’’.  Or, une vraie doctrine  politique doit être justement fondée sur la réalité en vue de sa transformation !

Malheureusement, les deux univers ‘‘européen’’ et ‘‘africain’’ de la société coloniale, objectivement encore dans les élites politiques africaines, continuent de jouer comme une différence de potentielle  provoquant une pensée politique prélogique et donc une énergie négative…  contre ces mêmes élites.

Rétrospectivement, il semble alors qu’on puisse affirmer que  :

  •  Le Lumumbisme a soigné l’âme  d’un peuple issu de la colonisation par un discours nationaliste sincère mais il n’a pas pu  fournir suffisamment de la lumière d’esprit au peuple, faute d’une  nette perception exacte de la réalité politique d’alors dans les années 1960 ;
  • Le e Mobutisme a perverti systématiquement l’âme du peuple pour le maintenir dans l’obscurité de l’esprit mais il était  terriblement attentif et fixé sur le réel  durant la longue période de sa dictature de 1965 à  1996.

Si le radicalisme tshisekedien dénonçât systématiquement la perversion mobutiste mais cependant  il n’adopta jamais une vision conséquente pour venir à bout de la dite perversion entre 1980 et 1997. Tout simplement, il avait un peu soigné  l’âme du peuple et un peu provoqué  de la lumière dans son esprit.

Les dirigeants politiques d’aujourd’hui ont pris acte de l’état de l’âme du peuple et cherchent  à détourner à  leur  profit le peu de lumière d’esprit alors acquis par le peuple dans les années 1980-1990. Ils   se nourissent  de la perversion mobutiste qu’ils font passer pour de la lumière lumumbiste, lumière lumumbiste – du reste-  toujours insuffisante pour éclairer les masses populaires congolaises. C’est pourquoi, , la pensée prélogique  est devenue le stade ultime de la décomposition de toute gouvernance stratégique dans la Nation congolaise.  L’âme congolaise est pervertie  plus jamais.

Seul un vrai changement peut remettre les Congolais en marche vers le progrès économique et social  et … la dignité véritable.

Jean Munyampenda

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