RAPPEL D’UNE LETTRE OUVERTE A KABILA ET A TSHISEKEDI DE 2011

Jean Munyampenda Ndahiriwe smallAu milieu de l’année 2011, on savait que Joseph Kabila rempilerait. Tshisekedi, qui le savait - préparait son camp à la contestation en invitant ses militants à prendre leurs responsabilités et à l’investir le 6 décembre 2011. C’est en date  du  17 août 2011 que j’avais remis  au Journal AfricaNews de Kinshasa une lettre ouverte à Joseph Kabila et à Etienne Tshisekedi  en proposant une forme des Concertations  au sommet en vue d’un gouvernement intérimaire préparatoire des élections transparentes et justes. C’était avant la rébellion du M23 et la ”convocation” des Concertations Nationales par Joseph Kabila pour endiguer une crise  depuis longtemps profonde !

A SON EXCELLENCE, MONSIEUR JOSEPH KABILA KABANGE, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE,

ET

A MONSIEUR ETIENNE TSHISEKEDI, LEADER HISTORIQUE DE L’OPPOSITION, 

Monsieur le Président de la République et Monsieur le Leader Historique de l’Opposition,

Si  Je me permets  de Vous écrire  en toute franchise, c’est parce que j’espère être compris sur des sujets que n’osent jamais aborder ceux qui sont voués uniquement et exclusivement à  la recherche des avantages personnels dans une quelconque course au pouvoir.

Les  courtisans  ont pour funeste rôle de  hisser leurs chefs politiques à  un niveau d’orgueil individuel et de fierté personnelle en prétendant les  servir  alors qu’ils s’en servent pour se positionner à des postes ou dans des créneaux alléchants. La fonction des courtisans n’est pas d’anticiper ni de  dompter les événements précédents une quelconque tendance négative ou une chute.

Croyez-moi, Messieurs, c’est le même mécanisme d’opacification des intérêts sordides des courtisans qui est en cours lorsque l’on vous nomme ‘‘Autorité Morale’’ ou l’on vous appelle ‘’Moise’’. Et c’est pour eux et non pour vous-même qu’ils le disent !  J’ose croire que  Vous êtes plutôt respectivement  ‘‘Autorité Morale pour toute la République’’ et ‘’Moise pour tout le peuple’’

Messieurs,

La dignité attachée au leadership politique est la contrepartie de sa lourde mission de conduire les populations vers un niveau élevé de développement économique et social, gage de la vraie sécurité, collective et individuelle, et de fondre idéologiquement  les diverses populations en un seul peuple et une seule nation. Cette mission  consiste essentiellement à créer des structures chargées de guider les populations vers des lendemains meilleurs.

Les uns mettent l’accent sur la ‘‘structure’’ en tant que ‘‘base’’ sans lequel  le développement n’est envisageable. Ils évoquent ainsi les infrastructures matérielles créées ou réhabilitées (routes, écoles,…) et les instituions politiques et administratives mises en place pour une sécurité accrue ou pour l’avancement de la démocratie dans le pays

Les autres mettent l’accent sur la ‘‘ structure’’ en tant ‘‘proportion’’ d’une population par rapport à  une référence quelconque. Ils parlent ainsi de nombre des personnes employées ou non par rapport à la population active, nombre des personnes médicalement couvertes ou non par rapport   à  la population totale, nombre des familles ayant ou non des logements décents par rapport aux standards habituels en la matière, nombre d’enfants scolarisés par rapport au total des enfants congolais en âge de scolarité, nombre des personnes ayant un revenu leur permettant de manger suffisamment à leur faim,…

Si l’on veut que les proportions de la population souffrante puiser drastiquement diminuer à  terme, il nous faut continuer – ensemble – à  créer des infrastructures et des emplois, à bien planifier et  à  mieux prioriser les projets d’infrastructures et surtout  à lutter contre la corruption.

Messieurs,

En matière d’investissements matériels, il y a aujourd’hui  incontestablement des avancées certaines par rapport aux années 1980-1990 de stagnation économique et, en matière  d’institutions politiques, on note une démocratisation de la société congolaise par rapport aux années 1990-2003  de recul de la paix !

Mais, la misère reste sensible ; pire, elle est  effrayante dans de larges proportions de la population globalement souffrante. Le malentendu risque d’être total si l’actuelle compétition politique électoraliste par personnes interposées débouchait sur des révoltes sociales comme lors des pillages de 1992,  encore lourdes de conséquences humaines et matérielles.

Il n’est plus possible de discourir sans voir l’ampleur de l’actuelle et cruciale question sociale ou sans penser à  la nécessité de poursuivre les investissements en cours. Le discours sur les proportions ethniques dans telle ou telle province pour en faire des ‘‘bases électorales’’ est de nature à miner la paix pourtant chèrement acquise lors des négociations politiques d’un passé que nous espérons révolu. On serait comme cet étourdi qui sciait l’arbre sur lequel il était assis.

Messieurs,

La population congolaise est passée de 25 millions d’habitants en 1970 à  75 millions en 2010, sans le moindre investissement vraiment viable, à  effets primaires et secondaires importants  et  d’ampleur économique nationale significative.

En 2009 -et par comparaison-, l’Angola  a eu un PIB de 65 milliards de USD contre une population de 17 millions d’habitants alors que la RDC disposait d’un PIB de 11 milliards de USD contre 75 millions d’habitants. C’est donc faute de n’avoir pas suffisamment   investi  dans les années 1970-2003- et n’avoir pas ainsi anticipé la croissance démographique en créant d’importantes infrastructures matérielles et de solides institutions républicaines que les proportions de la population souffrante sont grandes. Aujourd’hui, la pauvreté, en chiffres et …en  larmes,  est très profonde.

Messieurs,

Certains murmures politiciens – au départ de nature technique – sur les fichiers électoraux et sur les retards éventuels sur le calendrier électoral – encore en vigueur – ne peuvent plus être ignorés. Dans un effort commun, il s’agit – ici et maintenant  - d’anticiper les probables contestations des résultats électoraux.  Ces contestations seraient dramatiques dans cette situation généralisée de pauvreté.

 Urgemment et pour tous, la question est de savoir comment endiguer les possibles pillages et l’éventuelle confusion préélectorale  ou postélectorale,  et ce, sans étouffer le changement tant attendu par notre peuple ?

Mais, comment atteindre cet objectif, dans le cadre constitutionnel et légal actuel et ce, sans que la démarche puisse apparaître comme entreprise anti-démocratique ou de capitulation politique, avant les élections ? Quelles seraient la durée et la composition d’une telle rencontre politique ? Quelle serait ensuite l’utilisation médiatique de cette rencontre par vos camps respectifs et d’autres acteurs politique de la vie nationale ?

Messieurs,

Point n’est besoin de changer de  Constitution ni les lois de la République pour une rencontre politique au sommet. C’est un exercice ordinaire en démocratie. Sans être foncièrement d’accords sur la manière de régler la question de la dette américaine et sur un arrière –fond électoraliste,  les leaders  politiques du pouvoir et de l’opposition aux USA se sont rencontrés et ont abouti à  une solution  plus ou moins satisfaisante de son paiement, sans arrêter la machine économique.  Il est aujourd’hui nécessaire  en RDC d’organiser des élections justes,  libres et transparentes et de canaliser les aspirations populaires au changement par la voie des urnes et non par la violence.

Je Vous propose  une  rencontre politique entre Vous, Son Excellence Monsieur Joseph Kabila Kabange, Président de la République et Vous, Monsieur Etienne Tshisekedi, Leader Historique de l’Opposition. Il ne s’agit point ici de formaliser institutionnellement cette rencontre politique mais d’inaugurer un contact  permanent entre le pouvoir et  l’opposition, dans une perspective plus large.

Messieurs,

Une telle rencontre politique suppose une feuille de route. Je propose le schéma suivant  au menu d’une telle rencontre politique :

- La prolongation concertée de l’actuel calendrier électoral de 3 mois, une fois ou deux fois renouvelables (au maximum). La rencontre politique susmentionnée ne serait qu’une rencontre informelle pour explorer la possibilité d’avoir des élections apaisées dans notre pays ;

- L’engagement par Vous deux et pour tous, de parvenir à des élections justes,  libres et transparentes ;

- La nomination d’une personnalité choisie de commun accord entre le Président de la République et le Leader historique de l’Opposition pour la formation d’un Gouvernement, Gouvernement Intérimaire de Gestion Politique du Processus Electoral et – essentiellement – en appui à la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).  Le Premier-Ministre désigné serait de facto le Ministre de la Gestion Politique du Processus Electoral, les autres ministères étant chargés de la gestion des affaires courantes ;

- En conséquence de cet engagement commun, la prolongation des institutions actuelles dont le Parlement  sur la période intérimaire convenue ;

- La composition du Gouvernement Intérimaire de Gestion Politique du Processus Electoral par les technocrates de la Majorité Présidentielle et Alliés et de ceux de l’opposition parlementaire et  extra-parlementaire ;

- Le financement par le Gouvernement Intérimaire des campagnes électorales pour les candidats déclarés et admis par la Cours Suprême de Justice dans la course à la Magistrature Suprême ;

- L’engagement du Premier-Ministre et des autres membres du Gouvernement de ne point inutilement prolonger la période intérimaire de Gestion politique du Processus Electoral, la performance du Gouvernement étant d’organiser les élections en appuyant la CENI  endéans les 6 mois à  venir.

Messieurs,

Tout en vous souhaitant bonne lecture de la présente, je Vous  prie  d’agréer, Monsieur le Président de la République et Monsieur le Leader Historique de l’Opposition, l’expression de mon  profond respect  et ma très grande considération.

                                                                                                                                            Jean Munyampenda

Le Chapeau de l’Editeur.

AFRICANEWS

RDC-Elections: Urgent courrier à Kabila et Tshisekedi Publié par La Rédaction, le 17 août 2011 dans Actualité, La une, Politique, Spécial Elections

L’auteur, Jean Munyampenda du CNDP, dit sentir monter de partout une pression susceptible de déboucher sur les émeutes dues à la contestation des élections. Il veut prévenir en proposant une concertation entre le Président de la République et le vieil opposant dont le couronnement serait la prolongation de 3 ou 6 mois du calendrier de la CENI et la formation d’un gouvernement chargé de la gestion politique du processus électoral, animé par un Premier ministre technocrate choisi de commun accord.

Il dit avoir personnellement réfléchi et y avoir consacré des jours entiers. Il affirme avoir choisi de vivre à la cité, dans et au sein des masses, à dessein. II dit y avoir constaté un mouvement inhabituel, sauf vent passager comme de coutume quelque fois à Kinshasa, la bouillante capitale RD-congolaise. Ancien de l’AFDL, une des personnalités à l’origine du RCD et secrétaire national aux Affaires politiques du CNDP-parti politique, Jean Munyampenda sonne le tocsin. Il dit avoir senti une énorme pression interne et externe. Il a senti et sent surtout monter la pression interne au regard du déploiement des deux camps politiques engagés dans la course électorale et des discours respectifs de différents protagonistes ou de leurs lieutenants dans les médias. «Ça sent la poudre. Ça risque, de pourrir de partout. Comme lors des pillages de 1991 et 1993», prévient-il. Munyampenda a peut-être bien vu et bien entendu.

Dans les salons politiques, il se raconte que Kabila rempilera. Tshisekedi, qui le sait, prépare son camp à la contestation en invitant ses militants à prendre leurs responsabilités et à l’investir le 6 décembre 2011. Le message a été lâché et capté le 9 août dernier au stade des Martyrs que le leader de l’UDPS a rempli comme un œuf parenthèses ouvertes et vite fermées. Simple illusion ou constat objectif d’un acteur averti, un analyste avisé, la crainte de Munyampenda de voir le pays sombrer une nouvelle fois dans la crise l’a poussé à rédiger une lettre- ouverte.

L’auteur de cette correspondance au ton à la fois alarmant et conciliateur s’est personnellement amené mardi 16 août 2011 à la Rédaction d’AfricaNews pour expliquer la pertinence de sa démarche. Il dit avoir librement pris ses responsabilités, Il dit avoir le courage de ses idées et est prêt à les assumer. Un courrier qui fera certainement date.

Il est adressé aux deux plus sérieux candidats en lice pour la présidentielle de novembre 2011, le Président de la République Joseph Kabila Kabange, nommé Autorité morale et Etienne Tshisekedi wa Mulumba dit Moïse ou leader historique de l’Opposition. Il en appelle à une urgente rencontre au sommet entre les deux, avant les élections. Un tête-à-tête qui ne devrait pas déboucher sur la révision de la Constitution mais sur la prolongation concertée de l’actuel calendrier électoral de 3 mois, une fois ou deux fois renouvelables -au maximum- et la formation d’un gouvernement intérimaire de gestion politique du processus électoral et, ajoute- t-il, essentiellement en appui à la CENI. Choisi de commun accord entre Kabila et Tshisekedi, le Premier ministre de ce gouvernement serait de facto le ministre de la Gestion Politique du Processus électoral», propose Munyampenda. Les autres ministères seraient quant eux chargés de la gestion des affaires courantes. Cet engagement commun impliquerait la prolongation des institutions actuelles dont le Parlement sur la période intérimaire convenue alors que l’équipe gouvernementale, serait composée des technocrates de la Majorité présidentielle et Alliés et de ceux de l’Opposition parlementaire et extra-parlementaire. Ce gouvernement devrait financer la campagne électorale des candidats présidents déclarés et admis par la Cour suprême de justice -CSJ- dans la course à la magistrature suprême.

Munyampenda prévoit aussi des garde-fous. Il suggère que les membres du gouvernement de gestion du processus électoral s’engagent à ne point inutilement prolonger la période intérimaire de gestion politique du processus électoral, «la performance du gouvernement étant d’organiser les élections en appuyant la CENI endéans les 6 mois à venir». Prolongation, gouvernement des technocrates…

On en reparle: Le schéma avait déjà été proposé dans un rapport-brulot de l’ONG International Crisis Group -ICG. Innovation : Munyampenda promeut une discussion exclusivement négociée, menée et conclue par les RD-Congolais. Deux RD-Congolais. Deux camps politiques. A la façon des Américains. A l’exemple des Démocrates et Républicains qui ont trouvé un accord sur le règlement de la dette des Etats-Unis sans le concours de l’étranger. Ça ne manque ni de gueule ni du piquant. Lettre-ouverte.

Achille KADIMA MULAMBA

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